LA TOUR D'AUVERGNE AU PAYS BASQUE.
Théophile Malo de La Tour d'Auvergne-Corret est un militaire français, né en 1743 à Carhaix, en Bretagne, à qui Napoléon donna le titre de "premier grenadier de la République".
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LA TOUR D'AUVERGNE
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Voici ce que rapporta à son sujet Emile Second dans le quotidien Le Mot d'Ordre, le 11 avril 1891 :
... C'est le ministre de la guerre Lacuée qui est cause de l'erreur commise par tous les historiens. Chargé de présenter au premier consul Buonaparte un rapport sur la Tour-d'Auvergne, en 1800, il écrivit : "Le citoyen Lacuée a vu le capitaine La Tour-d'Auvergne à l'armée. Il y était proclamé le plus brave soldat et le plus rigoureux observateur de la discipline militaire. Dans des moments difficiles où tous les hommes devaient être mis à leur véritable place, on voulut à l'armée des Pyrénées-Occidentales donner un commandement à la Tour-d'Auvergne. 20 compagnies de grenadiers furent formées. On ne nomma point de chef à ce corps. La Tour-d'Auvergne était le plus ancien capitaine. Ce fut pour obéir qu'il consentit à commander. Les Français et les Espagnols nommèrent bientôt cette colonne la colonne infernale. Nous avons déjà expliqué d'où venait ce titre et comment fut réellement organisée et commandée la colonne infernale, où La Tour-d'Auvergne, placé en sous-ordre, ne dirigea que quelques compagnies de grenadiers. Nous avons tenu à faire cette rectification parce que nous estimons que l'histoire tire tout son intérêt d'une rigoureuse exactitude et ne doit admettre aucune fantaisie.
Le 17 octobre, la colonne infernale attaqua le poste d'Egny, que défendaient 4 000 Espagnols sous les ordres du général Filanghieri. Les compagnies de grenadiers de la 148e, conduites par La Tour-d'Auvergne, enlevèrent avec intrépidité à la baïonnette la redoute d'Egny et furent citées pour leur belle conduite. Les Espagnols s'enfuirent. Leur arrière-garde fut taillée en pièces et 2 canons de 8 restèrent entre les mains des vainqueurs.
Le général Filanghieri revint sur ses pas pour sauver son arrière-garde. Ce mouvement lui fut funeste.
Attaqué sur les hauteurs de Mesguiritz, il vit sa troupe en déroute en quelques instants. Ses débris ne parvinrent qu'avec peine à rejoindre la division du duc d'Ossuna, à Burguette.
Malheureusement, la colonne infernale ne poursuivit pas assez vite sa marche victorieuse, et ses guides l'égarèrent dans les bois. Elle n'arriva à Burguette que le 18 au matin, au lieu de s'y trouver le 17 au soir, comme elle en avait reçu l'ordre. Ce retard sauva l'armée espagnole d'une destruction complète. Le duc d'Ossuna, qui commandait dans la vallée de Roncevaux, profita avec habileté de l'intervalle qui était encore libre entre les deux grandes colonnes françaises, traversa la petite rivière d'Arce, et battit en retraite sur Pampelune, par Avyz, dans la nuit du 17 au 18, en suivant un sentier escarpé et périlleux.
Malgré les fautes commises, les Français avaient conquis la vallée de Roncevaux, tué, blessé ou fait prisonniers 2 500 Espagnols, plus 50 pièces de canon et 2 drapeaux. Cette victoire fut célébrée par la Convention.
Les troupes souffrirent affreusement après ces combats. La pluie et la neige tombèrent avec violence pendant plusieurs jours. Les communications se trouvèrent interrompues presque partout. Les soldats subirent à la fois les tortures du froid et de la faim.
Il fallut renoncer au siège projeté de Pampelune, car la situation devenait intolérable. La dysenterie exerçait de jour en jour plus de ravages dans l'armée exténuée par la rigueur de la saison et par l'insuffisance de la nourriture.
Les eaux des montagnes aggravaient ce mal.
La retraite commença le 20 novembre. Pour la dissimuler, une division exécuta un mouvement offensif et obtint un beau succès. 300 Espagnols furent tués, et le général marquis de Ruby ne s'échappa qu'en jetant son bel uniforme brodé à un tambour qui le poursuivait et en traversant une rivière à la nage. Les Français gardèrent 200 prisonniers, 5 000 fusils, 4 drapeaux, et trouvèrent, à Bergara, des magasins considérables de vivres et de munitions de guerre, ainsi qu'un amas de matières d'or et d'argent provenant de vases et de décorations d'églises, que le général espagnol avait enlevés pour éviter, prétendait-il, la profanation de l'ennemi.
Le 3 décembre, le général Moncey rentra à Tolosa avec la plus grande partie de son armée. Les représentants du peuple profitèrent de ce rassemblement des troupes pour remettre solennellement le drapeau et la couronne civique que la Convention avait décernés à l'armée des Pyrénées-Occidentales en récompense de ses victoires. Le lendemain, les troupes s'installèrent dans des cantonnements.
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MARECHAL BON-ADRIEN JEANNOT DE MONCEY
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Les neiges tombèrent en telle abondance que les hostilités furent forcément suspendues. Le nombre des malades augmenta tout à coup d'une manière effrayante. Dans les premiers jours de l'année 1795, il y eut plus de 18 000 hommes aux hôpitaux. Cependant aucune épidémie ne sévissait sur l'armée, mais tous les soldats étaient épuisés ou fiévreux. La surexcitation, qui les avaient jusqu'alors soutenus, étant tombée, une réaction se produisit. Ces maladies étaient la conséquence du défaut de bonne nourriture et du manque de vêtements, car les hommes étaient presque nus. Ils avaient enduré, avec un courage héroïque, sans se plaindre, des privations de tout genre, des souffrances excessives pendant cette dure campagne de 1794.
L'encombrement des hôpitaux occasionna une épidémie qui, de l'armée, gagna la population. Les ravages s'étendirent des bords de la Deba jusqu'à ceux du Gers. Le mal s'aggrava au point que, seulement dans les hôpitaux militaires, il y eut de 700 à 900 morts par semaine. Des villages furent presque complètement dépeuplés. Deux mois après, il restait à peine 200 combattants par bataillon. Et encore les hommes présents sous les armes étaient-ils malingres, malades à la chambre, hors d'état de faire un service actif.
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LA TOUR D'AUVERGNE
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Cette épidémie durait encore lorsque la disette vint ajouter à ses horreurs. Dans les villes voisines de l'armée, les habitants ne se nourrissaient plus que de pommes de terre. Le 15 mars, on cessa toute distribution de pain aux soldats. Il fut remplacé par six onces de riz, deux onces de légumes secs, une ration d'eau-de-vie et une de vinaigre. Il en fut ainsi pendant vingt jours.
Ces soldats, qui venaient de supporter tant de fatigues et tant de maux, se soumirent à ces nouvelles privations avec un admirable stoïcisme. On doit citer, comme un exemple de leur dévouement et de leur excellente discipline, la conduite de la garnison de Saint-Sébastien qui, tourmentée de la faim, n'essaya jamais de s'emparer des pains blancs qui, tous les jours, étaient étalés par les Espagnols sur les places publiques et dans les boutiques. Les chefs avaient ordonné les plus grands ménagements pour les pays conquis, et ils furent obéis. Les généraux auraient montré beaucoup de sévérité pour les infractions à leurs ordres, mais il est surprenant qu'ils n'aient pas eu à sévir dans de telles circonstances. Rien ne montre mieux la discipline qu'on avait obtenue en peu de temps, dans cette armée de jeunes soldats, par l'énergie et l'appel aux sentiments patriotiques.
Ce sont des faits qu'il est utile de souvent rappeler pour montrer ce qu'on peut obtenir des armées françaises, même improvisées, quand elles sont dirigées par des chefs jeunes, hardis, intelligents, énergiques et inspirant confiance. L'histoire militaire de la Révolution est pleine d'épisodes pareils, qu'on connait peu. Voilà pourquoi on doit évoquer sans cesse ces souvenirs, donner en exemple la conduite de ces volontaires nationaux, auxquels on a fait une réputation déplorable bien injustement, de ces officiers républicains qui, comme La Tour d'Auvergne, ont sacrifié leur vie à leur pays sans rien lui demander en échange.
Il était nécessaire de donner les détails qui précèdent sur la situation de l'armée, pour faire comprendre les souffrances qu'elle avait endurées et l'état misérable dans lequel se trouvaient tous les officiers et les soldats.
La Tour-d'Auvergne avait à ce moment cinquante et un ans. On juge combien ces pénibles campagnes, malgré son énergie et sa vigueur, l'avaient éprouvé. A cet âge, coucher dans la boue ou la neige, passer des nuits aux avants-postes, se battre sans cesse !...
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LA TOUR D'AUVERGNE
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Certes, il avait bien mérité un peu de repos. Il n'en aurait pourtant pas pris, dominé par sa volonté de fer qui entraînait le corps, s'il n'était tombé malade à son tour. Il fut atteint de scorbut et se jugea décidément hors d'état de servir plus longtemps. Il demanda sa retraite, et obtint la permission de partir en congé dans sa famille, en attendant la liquidation. Un arrêté du comité de Salut public, en date du 18 nivôse an III (7 janvier 1795), l'autorisa à prendre sa retraite."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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