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mercredi 29 juillet 2026

LA PROTOHISTOIRE AU PAYS BASQUE (première partie)

LA PROTOHISTOIRE AU PAYS BASQUE.


La protohistoire est une période de temps intermédiaire entre la Préhistoire et l'Histoire sensu stricto, caractérisée par l'absence d'écriture propre au sein des sociétés étudiées.



pays basque protohistoire blot barandiaran
GRATTOIRS EN SILEX NEOLITHIQUE
72 SARTHE




Voici ce que rapporta à ce sujet le Docteur J. Blot, dans le Bulletin de la Société des sciences, 

lettres & arts de Bayonne, en janvier 1973 :



"Contribution à la Protohistoire en Pays Basque.


Introduction.



Il n’est pas de promeneur tant soit peu observateur qui ne remarque au cours d’une randonnée dans les montagnes du Pays Basque, quelques dalles plantées dans le sol, limitant un coffre de pierre, quelques blocs rocheux fichés dans le sol et disposés en cercles, ou même quelques tertres insolites de terre ou de pierre... Sans doute ces humbles monuments lui parleront peu ; et cependant... ils sont les rares témoins d’une très lointaine époque où se formait l’Euskual-Herri, cette époque que les spécialistes appellent la Protohistoire. Or, nos connaissances sur cette période de ce côté des Pyrénées sont très minces comparées aux résultats obtenus tant en Pays Basque Sud qu’en France même, dans les régions limitrophes (Landes, Béarn, etc.). 



Pour l’archéologue comme pour l’historien, la protohistoire représente un stade de l’évolution humaine située entre la préhistoire (absence d’écriture) et l’histoire (commencement des textes écrits), c’est-à-dire, pour ici, d’environ — 1 800 années jusqu’à — 50 années avant Jésus-Christ, date de l’invasion romaine. Cette période est aussi appelée "Age des Métaux" du fait de l’apparition progressive du cuivre d’abord, puis du bronze, et enfin du fer, en remplacement de la pierre en tant que matériau pour armes et outils. 



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TÊTES DE RENNES ET DE BISONS BRISEES
GROTTES D'ISTURITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN


L’intérêt majeur de la recherche, de l’étude, et de la protection des monuments dont il sera question ici (dolmens, cromlechs, monolithes, tumulus, fonds de cabanes) tient au fait qu’ils représentent pratiquement les seuls vestiges matériels qui nous soient parvenus de la protohistoire de l'Euskal-Herri, période essentielle où s’est forgée son individualité ethnique, linguistique, et où plongent les racines de la plupart des comportements spirituels de l’Euskualdun, devant le Destin, la Mort, la Divinité. 



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CROMLECHS D'OCCABE
64 MENDIVE


Le remarquable travail de prospection effectué par J.M. de Barandiaran, et consigné dans son ouvrage : El Hombre Préhistorico en el Pais Vasco avait toutefois jeté les grands jalons de la recherche ainsi que des travaux ultérieurs comme ceux de MM. P. Boucher, Chauchat, J.L. Tobie. Tout ceci laissait présager qu'une recherche systématique pourrait s’avérer fructueuse. Aussi, depuis 1968 avons-nous entrepris une prospection régulière des trois provinces : Labourd, Basse-Navarre, Soule. Au cours de plus de sept mille kilomètres à pied, parcourant systématiquement toutes les montagnes du Pays Basque Nord, et leur piémont, nous avons ainsi identifié de nombreux vestiges, dont certains ont déjà fait l’objet de publications. Nous avons eu la très grande chance de pouvoir effectuer ce travail avant la création du réseau routier pastoral de montagne. Les bulldozers ont en effet endommagé de nombreux sites et souvent détruit les monuments qui s’y trouvaient. Il ne nous en reste plus que les renseignements et photos pris au cours de ces prospections.

 

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LIVRE EL HOMBRE PREHISTORICO EN EL PAIS VASCO
DE J.M. DE BARANDIARAN



Dans les lignes qui suivent, nous tenterons d’évoquer la signification de ces monuments après avoir brossé un tableau succinct du contexte historique et surtout humain. A ce propos nous voudrions dès maintenant insister sur le fait qu’en protohistoire comme en préhistoire, personne ne peut jamais être sûr qu’une hypothèse est entièrement fondée ou exacte ; de plus en Pays Basque français, n’ayant de ces vestiges que la situation et les caractéristiques morphologiques (dans l’ensemble aucune fouille d’envergure n’a encore été effectuée), nous serons obligés de faire souvent référence à des monuments similaires des régions limitrophes. 



Enfin et surtout, ces lignes s’adressent au lecteur non familiarisé avec ces notions, mais curieux de son passé, et nous demanderons aux autres toute leur indulgence pour les erreurs et les omissions qu’il pourront relever. 



Avant d’aborder l’étude des conditions et modes de vie propres à la protohistoire, il paraît utile d’évoquer en quelques mots la longue période de préhistoire qui précède — et explique — la protohistoire. 



La Préhistoire — Ses grandes étapes.



Elle est schématiquement divisée en trois stades de très inégales durées : 


a) Le Paléolithique (âge de la pierre taillée). Période la plus longue. On y distingue trois époques qui tiennent compte des conditions climatiques, des types humains et des outillages rencontrés. 


Certes, les premiers vestiges attribuables à une présence humaine sur la Terre ont été trouvés en Afrique et remontent à trois ou même à quatre millions d’années. En Pays Basque nous n’en sommes pas encore là... mais, du paléolithique intérieur, qui s’achèvera aux environs de —100 000 ans avant Jésus-Christ, on connaît quelques instruments de pierre attestant déjà de manière certaine la présence de l’Homme. (C’est l’époque du "Pithécanthrope".) 



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PITHECANTHROPE
DECOUVERT PAR E. DUBOIS


Le Paléolithique moyen voit maintenant l’Homme de Néanderthal occuper la région. Nous avons une assez bonne connaissance de ses conditions de vie, de ses armes et outils en Euskual-Herri. Toutefois, vers —35 000 ans avant Jésus-Christ, il disparaît totalement pour être remplacé par "l’Homme de Cro-Magnon", le premier véritable "Homo-Sapiens". Celui-ci va recouvrir une grande partie de l’Europe et inaugure donc la période suivante dite Paléolithique supérieur. 



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CRÂNE DE TYPE CRO-MAGNON
MUSEE 24 LES EYZIES



Dès ce moment, les travaux les plus récents concordent sur ce point, l’Homme Basque est, et va rester, chez lui. Les études effectuées sur les crânes trouvés dans les grottes, en particulier à Urtiaga (Aranzadi, J.M. Barandiaran) montrent la transition progressive de l’Homme de Cro-Magnon, vers le "Proto-Basque" et ainsi de suite au cours des millénaires vers le Basque actuel qui semble donc bien résulter de l’évolution, sur place, de la descendance de l’Homme de Cro-Magnon. 



Des grandes étapes du Paléolithique Supérieur : Aurignacien, Périgordien, Solutréen, et Magdalénien, c’est surtout la dernière qui marquera l’ébauche de l’Euskual-Herri. 



Les chasseurs-nomades de bisons, de rennes, de chevaux, habillés de peaux de bêtes, évoluant dans un décor de steppes froides, habitant les grottes, pratiquent des procédés technico-magiques de chasse et nous laisseront des chefs-d’œuvre de Lascaux, Niaux, Gargas, Isturitz, Santimamine, Altamira... Leur territoire s’étend à toute l’aire dite "Franco-Cantabrique" de la Dordogne aux Asturies, et l’ensemble des tribus devait présenter déjà une certaine unité culturelle et spirituelle et même fort probablement linguistique. En effet, aux images tracées sur le roc devaient correspondre des croyances, des légendes, transmises par voie orale de générations en générations. 



b) Le Mésolithique. Vers —8 000 ans avant Jésus-Christ survient un phénomène planétaire considérable : la terre se réchauffe. C’est la fin de la dernière grande glaciation, nous entrons dans une période de transition : le Mésolithique. Le paysage se transforme, les glaces fondent progressivement et grâce à des pluies abondantes l’Europe des Steppes se couvre de forêts. Les grands herbivores : rennes, bisons, remontent vers le Nord. Certaines tribus de chasseurs ont pu les suivre, d’autres ont préféré rester sur place ; mais ils ont dû s’adapter. En effet, le mode de vie change : aux grandes chasses d’antan fait place la recherche de coquillages, d’escargots ; la mentalité change aussi : l’Homme a dû ressentir une grande sensation d’abandon de la part des anciennes divinités protectrices de la chasse qui n’agissent plus, et une mutation psychique en profondeur commence à s’opérer, favorable à un changement de croyances et de rites. 



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EPOQUE MESOLITHIQUE
PERIODE CAMPIGNYENNE



c) Le Néolithique (âge de la pierre polie). Peu à peu le climat s’améliore, le décor végétal qui va être le nôtre se met progressivement en place. Le Pays Basque entre insensiblement dans la période suivante : le Néolithique (environ —4 000 ans avant Jésus-Christ). 



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NEOLITHIQUE GRATTOIRS EN SILEX
72 SARTHE



Si, sur le plan de l’anthropologie, on ne trouve pas de bouleversements mais une filiation régulière, quelle révolution dans le mode de vie : l’homme, de "chasseur-prédateur" devient "producteur". Le nomade va se sédentariser, et de ce fait, non seulement il pourra s’adonner au polissage de la pierre, à la fabrication des premières poteries, mais surtout, avec l’élevage et l’agriculture, de nouvelles relations s’établissent entre l’homme et le milieu naturel. Ces meilleures conditions auront pour conséquence un accroissement toujours plus important de la population... 



De cette époque datent les premières tentatives de domestication des animaux, l’élevage des premiers troupeaux bien plus rentable qu’une chasse au jour le jour. Les pasteurs commencent à sillonner la montagne, la transhumance fait son apparition tandis que d’autres, dans les plaines, s’installeront et deviendront agriculteurs. Les premières semailles nécessitant l’intervention sélective de l’homme modifient aussi l’ancestral jeu de la "sélection naturelle". Ces nouveaux rapports de force établis entre l’homme et la nature ne vont pas manquer d’influer sur les rites religieux : la notion de fécondité de la déesse "Terre-Mère" s’imposera vite. 



Ainsi, à la fin de la Préhistoire, au début de l’Age des Métaux, c’est-à-dire pour ici vers — 1 800 avant Jésus-Christ, nous trouvons une population homogène dans son noyau humain, le long de la Cordillère pyrénéenne et du Bassin de la Garonne à celui de l’Ebre. Elle parle une langue aux racines multimillénaires que certains n’hésitent pas à considérer comme le vestige de la langue parlée en Europe par les tribus préhistoriques magdaléniennes. Cette langue qui s’est transmise jusqu’à nos jours avec de nouvelles acquisitions, des évolutions, reste, avec l’Homme Basque, le seul témoin vivant de ces lointaines époques. Ce véhicule de traditions orales, de croyances, de légendes, porte avec lui un capital de connaissances qui laisse confondu. 



Nous en verrons plus loin quelques exemples à propos des récits attachés aux dolmens et aux cromlechs. Rappelons simplement ici que la racine "aiz" ou "haiz" (rocher, silex) qui se retrouve dans les noms basques d’instruments tranchants, tels que aiztto (couteau), haichtur (ciseaux), haizkor (hache), aiztur (pioche) évoque bien la très lointaine origine de l’Euskuara."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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