LE THÉÂTRE BASQUE EN 1912.
En 1912, le bascophile Etienne Decrept fait une analyse du théâtre Basque.
Voici ce que rapporta à ce sujet Etienne Decrept, dans l'hebdomadaire Pyrenoea, le 1er
septembre 1912 :
"A propos du théâtre Basque. (suite)
A Monsieur Albert Léon.
Veuillez, Monsieur, et veuillent comme vous les lecteurs de Pyrenoea que la question intéresse m’excuser d’avoir si longtemps fait attendre une réponse que je voudrais plus compendieuse, car l’actualité a droit à la première place dans un magazine qui se respecte, et je n’ose me flatter que notre controverse sur les origines du Théâtre Basque soit précisément actuelle.
Je m’efforcerai d’être aussi bref que peut me le permettre la démolition de cette masse compacte d’arguments superposés par un bâtisseur émérite en assises qu’on dirait inébranlables. Pour tenter la désagrégation de ce formidable monument dans l’ombre duquel disparaît ma légère et paradoxale construction, je me servirai de la méthode familière aux maçons si elle est ignorée des professeurs de logique. Ainsi, je m’attaquerai tout d’abord au couronnement, ce couronnement que vous avez placé, Monsieur, comme un point d’ironie sur le dernier pignon de votre imposant édifice.
Vous devinez, sans doute, qu’il s’agit du cahier de Jeanne d’Arc, appartenant à mon excellent ami Clément d’Andurain, et de la copie de Clovis que possède la Bibliothèque Nationale. Je suis plus sévère que vous, Monsieur, et je vous déclare que si l’authenticité de ces deux documents m’était démontrée d’une façon péremptoire, je ne les traiterais pas en phénomènes isolés. Je m’inclinerais humblement devant deux faits et je ferais amende honorable pour le péché d’outrecuidance. Mais cette démonstration est loin d’être faite et je m’étonne à bon droit qu’un homme aussi sérieux qu’un docteur ès-lettres accorde à un écrit tout juste l’âge du papier sur lequel on le griffonna. Le filigrane de 1723 marqué dans le vélin du manuscrit de Jeanne d’Arc vaudrait, certes si l’oeuvre littéraire était attribuée à un auteur mort durant l’année précédente. Il est sans valeur testimoniale pour garantir sa contemporanéité. Le papier peut avoir gardé sa blancheur sans maculature jusqu’à nos jours. Quand j’étais gamin, je crayonnais de vagues caricatures sur d’anciens registres notariaux tranchés de jaune vif, de jaspé capricieux ou de marbré sanguinolent, à la grande fureur de mon père qui attribuait à ces bouquins de famille une importance que je ne reconnaissais pas surtout à leurs premières pages, couvertes d’une large et solennelle écriture et, par conséquent, peu accueillantes à mes fantaisies délinéaires.
Le sac des châteaux, des études et des sacristies a dû jeter pendant la Révolution française des monceaux de ce beau papier dans la circulation, et il n’y aurait rien de surprenant à ce que le manuscrit discuté eût cette brutale origine... Et — permettez-moi cette parenthèse — comment l’oeuvre des vieux pastoraliers aurait-elle pu disparaître tout entière si elle avait à sa disposition des matériaux aussi résistants que ce quasi-parchemin des XVIIe et XVIIIe siècles ? Ce n’était pas là les pelures d’oignon de Saffores que nous a values le triomphe de la camelote, fille du progrès industriel ! Aussi, en l’absence de toute pièce dûment authentiquée et antérieure à elles, je persisterai à qualifier originaux les prétendues copies du siècle dernier, et ce n’est pas la découverte d’une pastorale éclose en 1634 qui modifiera mon affirmation. Il s’agit là encore d’une copie... naturellement. Mais, palsambleu ! qu’on exhibe le véritable document, afin qu'on en puisse comparer l’écriture et la langue avec celles des ouvrages indiscutés de la même époque... et les clabaudeurs comme moi se tairont !.... Hélas ! hélas ! on ne le sortira point pour la bonne raison qu’il n’existe pas...
Vous connaissez la mésaventure du fameux chant d'Altabiskar que Manterola lui-même exalte dans son Cancionero ; vous avez vu récemment en quelles miettes le subtil M. Julio de Urquijo a réduit le Lelo légendaire ; et la Couvade ? cette Couvade dont l’apocryphie ne pouvait faire aucun doute pour qui connaissait le caractère hautain de l'Etcheko-Yaun !
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| LA COUVADE AUTREFOIS |



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