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samedi 25 juillet 2026

L'ACADÉMIE GASCOUNE DE BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE DE 1926 À 1973 (première partie)

L'ACADÉMIE GASCOUNE DE 1926 A 1973.


Le 7 mai 1926, est fondée à Bayonne une association loi 1901 : "l'Académie Gascoune de Bayoune".


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ACADEMIE GASCOUNE BAYOUNE


Voici ce que rapporta à ce sujet Léon Herran dans le Bulletin de la Société des sciences, lettres & 

arts de Bayonne, en janvier 1973 :



"L'Académie Gascoune (1926-1973).



On ne peut dissocier notre Société des Sciences, Lettres et Arts de l’Académie Gascoune. Toutes deux d’origine bayonnaise, l’une fêtant son centenaire, l’autre dans trois ans, atteignant sa cinquantième année. 



Il est une autre raison. Les Académiciens Gascons ont tous appartenus, à quelques exceptions près, à notre Société. Il n’est que que de se souvenir des Pierre Simonet, Carlito Oyarzun, Ferdinand Barbe, Pierre Rectoran, Raymond Sousbielle, René Godinot et tant d’autres, dont le nom nous échappe aujourd’hui. 



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PIERRE RECTORAN
SECRETAIRE PERPETUEL ACADEMIE GASCONNE


Avant d’entreprendre l’historique de l’Académie Gascoune, il convient de parler de la langue pratiquée par les Bayonnais, les Angloys et les Biarrots pendant des siècles. Les controverses sur les origines de Bayonne, l’attribution toute gratuite d’honorables bascophiles de son étymologie : Baï-Ona (bonne rivière) ne peut constituer à nos yeux une preuve formelle de Bayonne-basque. Les nombreuses cités portant soit le même nom de Bayonne, Bayon, Bayonville, etc. répandus du Nord au Sud de la France, démontrerait que les Basques ont acquis droit de cité dans tout le pays des Francs. 



Il nous faut encore parler de la langue gasconne, que d’aucuns auraient tendance à assimiler à un "patois". Je m’en voudrais de ne pas citer un maître du parler. Académicien français, qui fut à maintes reprises, ministre de l’Instruction publique, député, puis sénateur de notre département et même Ambassadeur de France, j’ai nommé Léon Bérard.



homme politique béarn ministre sénateur
LEON BERARD
SENATEUR BASSES-PYRENEES 1927 ET 1936

"Il n’est guère de préjugés plus répandus et plus tenaces, écrit-il dans la Préface de l’ouvrage de J. Bouzet et Th. Lalanne "du Gascon au Latin", que ceux qui se sont formés autour du mot et de la notion de "patois". Les langues méridionales que l’on parle encore aux environs d’Avignon et d’Arles, dans la région de Toulouse, à Dax, Bayonne, Pau et Orthez, ce n’est là, pense-t-on assez communément, que du français corrompu, du français dégénéré. Et des illettrés ne sont pas seuls à professer une erreur aussi grossière : elle a trouvé créance auprès d’hommes assez instruits et qui ont même feuilleté l’inestimable Littré, mais en omettant de lire la préface qui les eût détrompés à jamais. 



Comme le mépris qu’ils font des prétendus "patois" se comprend et s’explique aisément par une telle croyance ! A quoi bon étudier, entretenir et révérer des jargons misérables qui ne sont qu’une corruption de la langue de Bossuet et de Voltaire, qui ressemblent au français comme les boniments d’un guide napolitain ressemblent à une plaidoirie de Cicéron, comme telles harangues de réunion publique à un discours de Mirabeau ! N’est-il pas urgent, au contraire, de rejeter ces haillons linguistiques afin que tous les esprits, en France, soient ornés des splendeurs et des richesses de la langue nationale ? 



Ils seraient bien empêchés, ces braves gens, si nous les mettions en demeure de nous dire de combien le français est antérieur au provençal et au gascon, quand et comment le français est venu à se corrompre, entre Saint-Rémy-de-Provence, Bordeaux et Bayonne ou Orthez. Est-il donc si difficile de les amener à reconnaître que l’idée qu’ils se font de l’origine et des rapports de la langue française, des dialectes et des patois est de même nature et de même qualité que celles qui étaient professées en physiologie, en pathologie, en thérapeutique par les médecins de Molière ? On a appris, avec une instruction primaire un peu soignée, que notre pays, sous le nom de Gaule, a été pendant cinq siècles une partie de l’empire romain. Cela étant acquis, il semble aisé de concevoir et d’admettre, selon d’innombrables témoignages scientifiquement irréfutables, que les Gaulois nos pères avaient adopté pour la plupart la langue des vainqueurs, le latin ; qu’ils lui ont fait subir, à l’usage, des transformations assez profondes, variables selon les contrées et les climats ; qu’il s’est ainsi constitué une langue romane du nord et une langue romane du midi, nées du latin l’une et l’autre, la seconde tenant à la langue mère par des liens plus étroits."



J’arrête là la citation du savant académicien au surplus latiniste distingué et j’espère avoir convaincu que notre gascon n’est pas un patois vulgaire, mais une langue vivante tirée du latin. 



Ce sont sans doute ces considérations et l’amour de sa cité natale qui poussèrent Maître Pierre Simonet, avocat au Barreau de Bayonne, à jeter un véritable cri d’alarme et fonder, en 1926, l’Académie Gascoune. 



Il adressa à Quarante Bayonnais une lettre dans laquelle il dénonce le danger de la perte de notre langue et de nos traditions. Je m’en voudrais de ne pas en donner la traduction : 


"Maintes fois, vous avez remarqué, comme moi, combien se perd le culte du souvenir et le respect de la tradition. 


Les hommes meurent, les choses disparaissent au milieu de l’indifférence générale et c’est tout juste si on rencontre quelques rares curieux qui se plaisent à s’entretenir du passé si vite oublié. Et, cependant, dans une ville comme la nôtre, combien de souvenirs intéressants, d’histoires savoureuses, combien de types curieux qui méritent leur place petite dans l’histoire locale. 


Les vieux coins de Bayonne disparaissent les uns après les autres, et rares sont les peintres qui pensent à en conserver l’image. Les vieux types — et quels types ! — meurent sans même laisser leur portrait à un ami. 


Tout s’"effiloche", comme disait le défunt Pinaquy, tout, ou juste tout. Eh bien, il ne faut pas laisser dépouiller le peu qui nous reste des traditions qui ont fait de Bayonne une ville si attirante, et ceux qui y tiennent encore se doivent de les ramasser et de les défendre. 


Et notre vieux gascon de Bayonne ? Il est, de vrai, une langue originale avec sa grammaire, sa syntaxe, ses règles et son dictionnaire qui contient des mots que l’on ne peut traduire dans aucune autre langue, et enfin, sa littérature faite des pages écrites par les poètes et les écrivains dont les œuvres sont charmantes et savoureuses, ne peuvent disparaître, faisant partie de notre héritage littéraire national. 


Pendant des siècles entiers, notre gascon a été, à Bayonne, notre langue officielle, dans laquelle ont été écrits, tous les arrêts des Maires, les délibérations du Corps de Ville, en un mot, toutes les archives.


Les Bayonnais ne peuvent admettre la perte de notre gascon. Ils pensent, au contraire, qu’il convient de le défendre et de le maintenir dans toute sa pureté, d’établir un dictionnaire définitif et toujours tenu à jour, une grammaire complète, de ramasser et de publier toutes les œuvres gasconnes qui risqueraient de se perdre et d’être oubliées, de favoriser l’emploi de notre langue. 


Pour réaliser ce programme, il faut compter sur la bonne volonté et le travail désintéressé de tous ceux qui s’attacheront à cette entreprise. Et pour assurer la continuité de ses efforts, beaucoup ont songé à fonder à Bayonne une Académie Gascoune. 


C’est dans ce but qu’une réunion de véritables Bayonnais de Bayonne aura lieu mardi prochain 6 avril (1926), à 9 heures du soir à la Mairie. On parlera de la formation de l’Académie Gascoune. 


Vous êtes, Monsieur, un de ces fidèles bayonnais que cette œuvre ne manquera pas d’intéresser. Je serai bien honoré par votre présence à cette réunion ; 


Croyez, Monsieur, et cher Concitoyen, aux sentiments amicaux de votre dévoué serviteur, 


Signé : Pierre Simonet."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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