mardi 3 avril 2018

LE PAYSAN AU PAYS BASQUE EN AVRIL 1924

LE PAYSAN BASQUE EN 1924.


La population du Pays Basque Nord a été fortement agricole pendant de très nombreuses années.

pays basque autrefois
PAYSAN
PAYS BASQUE D'ANTAN

Voici ce que rapporta la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays Basque, dans son édition 

du 10 avril 1924, sous la plume de Richard Etchats, membre de l'Office Agricole :

"Le Pays Basque agricole.


Le paysan.


Ce qu'il est en réalité, car souvent on l'ignore. - Ce qu'il doit savoir et ce qu'il doit faire.


Paysan : homme rustre impoli. 


Croyez bien que cette définition n’est pas de moi, elle émane d'une autorité bien plus haute, c'est un des grands maîtres de la langue française qui lui a donné la consécration de son incontestable compétence, un homme qui n'agissait et ne parlait pas à la légère, qui fit des études de médecine très sérieuses dans le seul but de pouvoir accorder aux termes scientifiques médicaux leur sens véritable avec toutes les explications nécessaires, c’est Littré. Ouvrez son grand dictionnaire au mot Paysan et vous pourrez le constater par vous-même. Certes, je ne me permettrai pas de contester le bien-fondé des théories et définitions de l’éminent philologue, pareille attitude serait impertinente, mais j’oserai avancer que si le paysan méritait peut-être les termes un peu durs de l’énonciation de Littré à l'époque où il préparait son dictionnaire, c’est-à-dire avant 1877, les temps ont changé, et, avec l'agriculture qui le fait vivre, le paysan a évolué. Le cultivateur n’est plus, s’il l’a jamais été, la brute dont le niveau moral était à peine supérieur à celui des bêtes de son étable et de sa basse-cour, si délicieusement caricaturée par Cham, Gavarni et Daumier, des contemporains de Littré entre parenthèse, ce qui semblerait confirmer son appréciation du paysan de l’époque. 


pays basque 1900
PAYSANS
PAYS BASQUE D'ANTAN

Plus juste pourtant me semble la définition d’un député qui disait ces jours-ci du haut de la tribune de la Chambre que le cultivateur est aujourd’hui un artisan, c’est-à-dire un travailleur spécialisé dans un métier; ceci est vrai dans une certaine mesure, pour pouvoir obtenir un rendement même moyennement satisfaisant des terres épuisées par des siècles d’exploitation de notre vieux continent, on peut sans exagération dire que de plus en plus le paysan devient le praticien spécialiste qui a droit à marcher sur un pied d'égalité avec les meilleurs artisans de l'industrie, de la bâtisse ou de la manufacture. 



Mais il existe toutefois une différence dont il y a lieu de tenir compte en faveur du cultivateur; le maçon, le charpentier, le mécanicien, l’ouvrier des usines de produits chimiques n’ont guère besoin dans leurs métiers de connaissances autres que celles qui concernent directement le travail manuel dont ils sont chargés, et qui ne varient que relativement peu, tandis que le paysan doit apprendre non seulement les règles élémentaires qui régissent la culture de la terre, c’est-à-dire savoir choisir la saison et le moment les plus propices pour chacune des opérations de sa profession, distinguer parmi les innombrables variétés de chaque produit agricole celles qui peuvent le mieux s'adapter au sol et au climat de son terroir, connaître à fond les travaux de préparation et d’entretien de ses cultures, discerner les moments les plus favorables pour les récoltes, juger la valeur marchande tant au point de vue rendement en travail qu’au point de vue commercial de son cheptel, et être au courant des particularités de chaque sujet de son élevage afin de donner à chacun la nourriture qui lui convient sans parcimonie ni gaspillage, mais il doit encore avoir des notions de mécanique pour pouvoir utiliser et entretenir son outillage agricole, de chimie peur pouvoir faire un usage rationnel et efficace des engrais, de charpente pour pouvoir maintenir en bon état les locaux, les clôtures et le matériel qui lui sont indispensables; il doit être un peu vétérinaire de façon à savoir donner les premiers soins à un animal malade ou blessé; il doit enfin posséder suffisamment de connaissances d’histoire naturelle et de biologie pour pouvoir déterminer le genre d’ennemi qui s’attaque à ses cultures et être à même de lui opposer les moyens de défense qui conviennent. 


saint jean pied de port autrefois
PAYSAN
PAYS BASQUE D'ANTAN

Cette énumération des connaissances du paysan soulèverait sans doute bien des protestations si je m’adressais à d’autres qu'à des agriculteurs, on m’objecterait de suite qu il n'est guère possible que tant de science puisse être possédée par un individu souvent illettré, qui, même s’il en est capable, ne lit presque jamais, qui par suite de la vie qu'il mène et de son isolement dans la campagne a très rarement l'occasion de s’instruire. Il n'est hélas! que trop vrai que le paysan manque d'instruction technique, nous nous en sommes plaint tout récemment (Bulletin du 7 Janvier), mais par nécessité de métier, le cultivateur est très observateur, saisit très vite les avantages et les désavantages de ce qu’il voit, et enfin s’il ne lit pas beaucoup, il parle et discute : je me demande si les non-initiés se doutent à quel peint toutes ces questions professionnelles sont débattues, retournées dans tous les sens, et examinées dans leurs moindres détails, au cours de ces parlottes entre gens de campagne, le soir, à la veillée, le dimanche à l'auberge, le jour de marché sur le foirail, partout et chaque fois que les paysans se trouvent réunis entre eux à l’abri des observations ironiques et inopportunes des "gens de la ville", et hors de la présence du "Monsieur" qui pourrait avoir des velléités de pontifier et de s’ériger en professeur plus ou moins intelligible. 



C'est là, au cours de ces échanges de vues et d'idées dans la plus grande intimité, que le paysan s'instruit au point de vue technique;chacun raconte ce qu'il a vu ou entendu, et on discute. Ah! il faut avoir montré patte blanche pendant de longues années avant d'être admis à participer à ces réunions intimes, il faut avoir clairement démontré que l'on n'est ni poseur ni enclin aux sarcasmes faciles, avant de voir disparaître la méfiance innée du travailleur de la terre, mais une fois que l'on a été jugé digne de confiance, que de bon sens, que de malice, et quelle sûreté de jugement on découvre chez ces êtres aux allures lentes et aux apparences lourdaudes et frustes. Le paysan type de ce qui est grossier, stupide et ignorant! Que non! Je conseillerais à ceux qui le croient de se méfier et de se demander s'ils ne sont pas l'objet d’une mystification de la part de ces humoristes pince sans rire. Les surnoms que, tout à fait entre eux, les paysans donnent à beaucoup de personnages qui sont convaincus d'avoir gagné leur amitié et leur estime sinon leur admiration, sont souvent des chefs-d œuvre d’observations malicieuses, et vous caractérisent un individu mieux que le crayon du meilleur des caricaturistes. 


pays basque autrefois
PAYSAN
PAYS BASQUE D'ANTAN

Le paysan n’a jamais été la brute inintelligente que l’on croyait il y a cinquante ans, aujourd'hui il s'instruit par lui même, puisqu’on lui refuse l’instruction technique à l’école, et par-dessus le marché il acquiert de plus en plus le sentiment de sa force par le groupement. 


Aussi je crois qu’il arrive à un tournant critique de son évolution. 


Que fera-t-il de sa force une fois qu’il l’aura bien comprise, quelle attitude adoptera-t-il le jour où il se sera rendu compte que dans un monde où de plus en plus l'avis de la majorité fait loi, il a pour lui le nombre, quel usage fera-t-il de sa puissance lorsqu'il aura compris que son rôle dans l'existence est de fournir à Humanité la seule chose dont elle ne peut absolument pas se passer, c'est-à-dire l'alimentation? 


Ecoutera-t-il les utopistes du "tout en commun"? Je ne le crois pas, il est trop malin pour cela, en général il possède soit en totalité, soit en participation, la terre qu’il exploite et le bétail de son étable, et n'a aucune envie de voir un étranger de la ville venir lui en réclamer gratis une part au nom de la camaraderie, réquisition non compensée dont je ne le vois pas très bien partisan. Se laissera-t-il embrigader par la haute finance, cette aristocratie d’un nouveau genre qui, c'était inévitable à cette époque d’après-guerre où l’argent seul compte, quelle qu'en soit la provenance, prétend aujourd’hui disposer du sort des nations et de l’humanité? J’en doute, le paysan ne retire pas les marrons du leu pour que d’autres les mangent. 


mauleon autrefois
PAYSAN
PAYS BASQUE D'ANTAN

Pour ma part j'ai foi en l’avenir du paysan; ou je me trompe fort ou il n’a et n’aura jamais qu’une aspiration et qu’un but : c’est le travail dans la paix, le bien-être et la justice. Je ne le crois pas porté aux solutions extrêmes à moins qu’on ne l’y force. Aussi je me permets en terminant de mettre en garde ceux qui ont la prétention d’en faire la bête de somme de l’humanité; les temps sent passés, s’ils ont jamais existé, où il s y prêtait volontiers. Il vaut nous mieux laisser travailler en paix et éviter par tous les moyens qu’il nous prenne un jour la fantaisie d’exiger au lieu de demander." 






Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans ce 1040ème article.


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