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mercredi 15 avril 2026

"L'AFFAIRE ST-JEAN" SUR LA ROUTE DE BAYONNE À BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN JUIN 1869 (troisième partie)

L'AFFAIRE SAINT-JEAN EN 1869.


En juin 1869, a lieu un crime sordide à Bayonne.



pays basque autrefois crime labourd faits divers
BAYONNE 1870
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Mercure d'Orthez, le 7 août 1869 :


"Cour d'assises des Basses-Pyrénées.

Audience du 3 août 1869.

Présidence de M. De Bordenave-d'Abère, conseiller.


Affaire St-Jean.

Double assassinat suivi de vol.



... D. N’avez-vous pas demandé à M. Boutoey de vous autoriser à prendre trois à quatre mille francs sur la créance qu’il avait sur Mlle Baltet ?

R. C'est une erreur. Je ne lui ai demandé que trois ou quatre cents francs, et il me dit de prendre mille francs si j’en avais besoin, car il aimait autant m'avoir pour débiteur qu'elle.

D. Etes-vous allé trouver Mlle Baltet pour lui faire la commission ?

R. Oui. Elle m'a répondu qu'elle n'avait rien à faire ni avec moi ni avec M. Boutoey. Mais je n'ai pas rapporté à ce dernier ce propos dans ce qu'il avait d’injurieux pour lui. Et, en sortant, je dis à  Mlle Baltet : Puisque vous n’avez pas d'autre service à me rendre, je puis m’en aller.

D. Ne lui avez-vous pas dit, au contraire : "C'est dit, vous ne voulez pas. C’est bien." Sous-entendant ainsi une menace ?

R. Non.

D. Etes-vous allé chez M. Gomez, banquier, lui demander de l’argent, offrant la caution de Mlle Baltet ?

R. Je suis allé chez M. Gomez. Mlle Baltet m’avait dit que c’était un homme compatissant pour des ouvriers laborieux et qui voulaient parvenir ; je le lui ai dit et lui ai demandé de l’argent, mais je n’ai pas fait autre chose.

D. Vous entreteniez votre maîtresse dans l’espoir d’un mariage sortable ; vous lui avez emprunté, à diverses reprises, de petites sommes s’élevant à 74 fr. Des brouilles fréquentes survenaient, vous l’avez injuriée, vous l’avez battue et même menacée de mort ?

R. Jamais. Je l’aimais trop. Elle a bien tort de dire des choses semblables.

D. Etiennette Hiriart avait loué un atelier pour la somme de 500 fr. et elle s’est engagée seule pour le payement ?

R. Nous nous sommes engagés tous les deux. C’est bien la faute d’Etiennette Hiriart, si nous nous sommes brouillés. Elle m’a repoussé sans motif. J’ai été la trouver à Biarritz ; je lui ai dit, est-ce bien fini ? Elle me dit que oui. Je lui dis deux paroles grossières, les seules de cette nature que je lui ai adressées. Je lui en demandai immédiatement pardon voulant me jeter à genoux. Le désespoir me prit ; je conçus alors le projet d’assassinat ; je l’ai malheureusement exécuté.

 D. Quel est le motif qui vous a porté à tuer Mlle Baltet ?

R. Le refus plein de dureté qu’elle a mis à me refuser l’argent que voulait me déléguer sur elle l’abbé Boutoey, refus qui était la cause de la rupture de mon mariage.

D. Et pour la domestique ? 

R. Elle m’avait proposé de me marier avec elle, et, sur mes refus, elle m’avait calomnié auprès de Mlle Baltet qui ne pouvait pas avoir d’autre motif pour repousser ma demande.

D. Pourquoi avez-vous fait un testament ?

R. Ayant résolu l’assassinat, j'ai voulu l’utiliser ; d’ailleurs je me payais ainsi de divers services que j’avais rendus avec mes parents à Mlle Baltet, qui ne m’en avait jamais payé. Ainsi, pendant tout l’été, nous arrosions sans rétribution aucune un jardin, et cela pendant dix ans environ.

D. Vous n’aviez pas d’autre motif de haine contre la demoiselle Baltet ?

R. Je vous prie, M. le président, de m’épargner des récriminations contre une femme que j’ai tuée. Je ne peux pas en parler.

D. Après la confection du testament, vous avez passé une journée courant les cafés et les cabarets ?

R. J’espérais que le projet criminel fuirait mon esprit, et que peut-être ma maîtresse reviendrait. Elle n’est pas revenue.

D. La Providence semble avoir pris soin de vous le donner le temps de renoncer à votre crime, car vous deviez l’exécuter la veille, et vous en avez été empêché par un de vos amis qui vous a vu à une heure très-avancée de la nuit aux aguets près de la maison.


L’accusé ne répond pas,


D. Enfin, dans la nuit du 14 au 15, vous avez commis le double assassinat qui vous est reproché.

R. Oui, je l’ai fait comme je vous l’ai raconté. Je n’ai porté qu’un coup à la demoiselle Baltet ; si j’en avais porté plusieurs, je vous le dirais. La tache de sang trouvée à mon pantalon a été produite lorsque j’ai transporté la servante d’une extrémité du lit à l’autre.

D. On a trouvé la clef au secrétaire, elle n’y était cependant jamais ; l’argent de la victime se trouvait dans un tiroir qui ne s’ouvre qu’à l’aide d’un secret ; on y a retrouvé 160 fr. en or et 14 fr. de menues monnaies ?

R. Je n’ai pas cherché d’argent.

D. Cependant vous avez emporté la montre de la domestique et différents bijoux de la maîtresse ?

R. Oui.

D. Qu’avez-vous fait après le crime ?

R. J’ai lavé à la fontaine le marteau ensanglanté, puis j’ai été me coucher. Le lendemain, j’ai été à Biarritz pour demander de l’ouvrage pour mon père.

D. N’avez-vous pas été à Biarritz pour cacher le produit du vol ?

R. Je l’ai caché dans une haie ; mais je n’ai pas pris cette direction dans ce but.

D. En revenant de Biarritz le soir, n’avez-vous pas trouvé un rassemblement devant la maison des victimes ? n’avez-vous pas voulu entrer ? et n’avez-vous pas dit : il faut être bien lâche pour tuer deux femmes sans défense ?

R. Je n’ai rien dit de semblable.

D. Ne vous êtes-vous pas rendu coupable dans le mois d’octobre dernier d’un vol à main armée sur un vieillard qui venait de toucher sa quinzaine ?

R. Celui qui m’accuse de ce crime se trompe. S’il était vrai je l’avouerais. 



pays basque autrefois crime labourd faits divers
VUE GENERALE DE BAYONNE 1870
PAYS BASQUE D'ANTAN

— M. le président fait passer sous ses yeux les photographies des deux victimes dans l’état où elles se trouvaient après le crime ; il lui demande s’il les trouve exactes. L’accusé répond qu’elles doivent l’être.



Audition des témoins.



M. Delmas, commissaire de police à Bayonne, décrit les lieux, narre les constatations faites et ajoute qu’il a accompagné l’accusé à Biarritz où, sur ses indications, on a trouvé les objets qu’il avait cachés dans une haie.



M. Gassaing, gardien-chef de la maison d’arrêt de Bayonne, raconte les aveux de l’accusé, qui ont été faits devant lui. St-Jean père, confronté avec son fils, s’écria, dans un élan d’indignation, qu’il le tuerait de sa propre main, s’il était sûr de sa culpabilité. L’accusé, ému, se jeta à genoux, en avouant son crime, et demandant pardon à son père du déshonneur qu’il infligeait à son nom.



M. Ferraud, docteur-médecin. Déposition sans intérêt après les aveux.



Pierre Montout est le compagnon de l'accusé qui a passé avec lui la soirée qui a précédé le crime. La veille, à une heure du matin, il l'avait rencontré devant la maison des victimes, circonstance, qui selon l'accusation, a retardé d'un jour la perpétration du forfait.



Lecture est faite des deux dépositions du curé X... et de l'abbé Boutoey, à qui l'accusé s'était adressé pour trouver l'argent nécessaire à la célébration de son mariage.



Marie Lamothe et Marie Lassus, sont les voisines qui les premières ont aperçu les cadavres et averti le voisinage.



Jean Cazaubon, chez qui l’accusé, donne d’excellents renseignements sur la conduite et la caractère de l’accusé, qui toutefois était sombre et taciturne.


Charles Passelin et Emile Verget sont deux ouvriers qui travaillaient avec St-Jean. Celui-ci leur avait fait part de son projet de s’établir et, à leurs observations, avait répondu : Les grands deviendront petits, et les petits deviendront grands. Ils reconnaissent divers objets dérobés au patron par l’accusé.


Etiennette Hiriart, domestique à Biarritz. — A l’entrée de ce témoin, tous les regards se portent sur elle. C'est la future de St-Jean, qui, par son refus de mariage, l’a poussé au désespoir et au crime. C’est une fort jolie fille de 20 ans. Elle a mis sur ses yeux des lunettes vertes, qu’elle ne porte pas d’habitude, sans doute pour se dérober tant soit peu aux émotions de l’audience.



Voici le résumé de sa déposition, qui offre un véritable intérêt :


"J’ai connu St-Jean, il y a trois ans. Il y a 17 mois environ, nous nous promîmes mariage. Je pouvais espérer 1 500 fr. de dot, je n’ai jamais dit 3 000 fr., et St-Jean ne m'a jamais fait part de ses espérances de fortune.


Mlle Baltet avait promis de louer à St-Jean une maison servant à un débit de boissons. Elle refusa quand elle apprit notre projet de mariage, en disant à St-Jean : "Puisque tu fais un tel mariage, je n ai plus à m’occuper de toi."


J’ai su que mon futur avait fait des démarches pour se procurer de l’argent afin de terminer le mariage, mais il ne m’en a jamais parlé. Le 7 avril dernier, persuadée que nous devions nous établir, j’ai loué un magasin pour 500 fr. après avoir quitté mes maîtres. Il était du reste très-pressé d’en finir. Il venait me voir presque tous les jours à Biarritz, et me disait qu’il réparait, par un travail de nuit, le temps qu’il perdait ainsi. Mais comme il m’empruntait souvent de l'argent, je soupçonnais qu’il ne me disait pas la vérité.


Arnaud St-Jean était très-jaloux. Un jour, sur une observation que je lui fis, il me donna un soufflet. Mais il me demanda immédiatement pardon, disant que c’était l’excès de son amour qui avait excité sa jalousie. Après cette scène, je m’enfermai dans ma chambre qui était au premier étage et je fermai la croisée. J’entendis bientôt qu’on escaladait la muraille, puis le bruit d’une chute. J’ouvris la croisée, et vis St-Jean, étendu à terre, baigné dans son sang. Je lui demandai ce qu’il avait. Il répondit : "Plût au ciel que je me fusse tué." Et il jura que si je ne revenais pas à lui, il se tuerait sous mes yeux.


Obsédée par ses poursuites, je me retirai à Espelette, chez mes parents, après lui avoir défendu de venir m’y trouver, ce qui le fâcha beaucoup. Il me reprocha de rougir de lui devant ma famille. Il vint me voir, malgré ma défense, et se présenta comme mon futur.


Décidée à rompre avec lui, je le lui déclarai à Bayonne, à mon retour. Il tomba dans un grand désespoir. Il voulut me donner sa montre en gage de ce qu’il me devait, mais il voulait un souvenir. Je lui dis de conserver la chaine de la montre qui était l’oeuvre de mes mains.


Je partis par la voiture de Biarritz. Je le vis assis sur un banc, puis se levant pour suivre la voiture. Mais il ne put pas, et n’arriva à Biarritz que quelque temps après nous. Là, il me supplia de renouer. Comme il m’avait calomniée, je refusai. Il me proposa d’aller devant toutes les personnes qui avaient entendu ces propos. Je restai inflexible. C’est alors qu’il me quitta. Je dois dire qu’il ne m’a jamais menacée de mort."



Après cette déposition qui a vivement impressionné l’auditoire, le président demande à l’accusé s’il a rien à dire. Il répond :


"J’ai tant aimé cette femme, que je ne peux pas me décider à la contredire. Elle a tort de m’accuser. Je ne l’ai jamais battue. Je l’aimais trop. Elle est la cause de mon malheur sur la terre ; peut-être que je ferai son bonheur dans le ciel.



L’accusé prononce ces derniers mots d'une voix entrecoupée de sanglots."

(Indépendant.)




A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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