L'AFFAIRE SAINT-JEAN EN 1869.
En juin 1869, a lieu un crime sordide à Bayonne.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Mercure d'Orthez, le 7 août 1869 :
"Cour d'assises des Basses-Pyrénées.
Audience du 3 août 1869.
Présidence de M. De Bordenave-d'Abère, conseiller.
Affaire St-Jean.
Double assassinat suivi de vol.
... D. N’avez-vous pas demandé à M. Boutoey de vous autoriser à prendre trois à quatre mille francs sur la créance qu’il avait sur Mlle Baltet ?
R. C'est une erreur. Je ne lui ai demandé que trois ou quatre cents francs, et il me dit de prendre mille francs si j’en avais besoin, car il aimait autant m'avoir pour débiteur qu'elle.
D. Etes-vous allé trouver Mlle Baltet pour lui faire la commission ?
R. Oui. Elle m'a répondu qu'elle n'avait rien à faire ni avec moi ni avec M. Boutoey. Mais je n'ai pas rapporté à ce dernier ce propos dans ce qu'il avait d’injurieux pour lui. Et, en sortant, je dis à Mlle Baltet : Puisque vous n’avez pas d'autre service à me rendre, je puis m’en aller.
D. Ne lui avez-vous pas dit, au contraire : "C'est dit, vous ne voulez pas. C’est bien." Sous-entendant ainsi une menace ?
R. Non.
D. Etes-vous allé chez M. Gomez, banquier, lui demander de l’argent, offrant la caution de Mlle Baltet ?
R. Je suis allé chez M. Gomez. Mlle Baltet m’avait dit que c’était un homme compatissant pour des ouvriers laborieux et qui voulaient parvenir ; je le lui ai dit et lui ai demandé de l’argent, mais je n’ai pas fait autre chose.
D. Vous entreteniez votre maîtresse dans l’espoir d’un mariage sortable ; vous lui avez emprunté, à diverses reprises, de petites sommes s’élevant à 74 fr. Des brouilles fréquentes survenaient, vous l’avez injuriée, vous l’avez battue et même menacée de mort ?
R. Jamais. Je l’aimais trop. Elle a bien tort de dire des choses semblables.
D. Etiennette Hiriart avait loué un atelier pour la somme de 500 fr. et elle s’est engagée seule pour le payement ?
R. Nous nous sommes engagés tous les deux. C’est bien la faute d’Etiennette Hiriart, si nous nous sommes brouillés. Elle m’a repoussé sans motif. J’ai été la trouver à Biarritz ; je lui ai dit, est-ce bien fini ? Elle me dit que oui. Je lui dis deux paroles grossières, les seules de cette nature que je lui ai adressées. Je lui en demandai immédiatement pardon voulant me jeter à genoux. Le désespoir me prit ; je conçus alors le projet d’assassinat ; je l’ai malheureusement exécuté.
D. Quel est le motif qui vous a porté à tuer Mlle Baltet ?
R. Le refus plein de dureté qu’elle a mis à me refuser l’argent que voulait me déléguer sur elle l’abbé Boutoey, refus qui était la cause de la rupture de mon mariage.
D. Et pour la domestique ?
R. Elle m’avait proposé de me marier avec elle, et, sur mes refus, elle m’avait calomnié auprès de Mlle Baltet qui ne pouvait pas avoir d’autre motif pour repousser ma demande.
D. Pourquoi avez-vous fait un testament ?
R. Ayant résolu l’assassinat, j'ai voulu l’utiliser ; d’ailleurs je me payais ainsi de divers services que j’avais rendus avec mes parents à Mlle Baltet, qui ne m’en avait jamais payé. Ainsi, pendant tout l’été, nous arrosions sans rétribution aucune un jardin, et cela pendant dix ans environ.
D. Vous n’aviez pas d’autre motif de haine contre la demoiselle Baltet ?
R. Je vous prie, M. le président, de m’épargner des récriminations contre une femme que j’ai tuée. Je ne peux pas en parler.
D. Après la confection du testament, vous avez passé une journée courant les cafés et les cabarets ?
R. J’espérais que le projet criminel fuirait mon esprit, et que peut-être ma maîtresse reviendrait. Elle n’est pas revenue.
D. La Providence semble avoir pris soin de vous le donner le temps de renoncer à votre crime, car vous deviez l’exécuter la veille, et vous en avez été empêché par un de vos amis qui vous a vu à une heure très-avancée de la nuit aux aguets près de la maison.
L’accusé ne répond pas,
D. Enfin, dans la nuit du 14 au 15, vous avez commis le double assassinat qui vous est reproché.
R. Oui, je l’ai fait comme je vous l’ai raconté. Je n’ai porté qu’un coup à la demoiselle Baltet ; si j’en avais porté plusieurs, je vous le dirais. La tache de sang trouvée à mon pantalon a été produite lorsque j’ai transporté la servante d’une extrémité du lit à l’autre.
D. On a trouvé la clef au secrétaire, elle n’y était cependant jamais ; l’argent de la victime se trouvait dans un tiroir qui ne s’ouvre qu’à l’aide d’un secret ; on y a retrouvé 160 fr. en or et 14 fr. de menues monnaies ?
R. Je n’ai pas cherché d’argent.
D. Cependant vous avez emporté la montre de la domestique et différents bijoux de la maîtresse ?
R. Oui.
D. Qu’avez-vous fait après le crime ?
R. J’ai lavé à la fontaine le marteau ensanglanté, puis j’ai été me coucher. Le lendemain, j’ai été à Biarritz pour demander de l’ouvrage pour mon père.
D. N’avez-vous pas été à Biarritz pour cacher le produit du vol ?
R. Je l’ai caché dans une haie ; mais je n’ai pas pris cette direction dans ce but.
D. En revenant de Biarritz le soir, n’avez-vous pas trouvé un rassemblement devant la maison des victimes ? n’avez-vous pas voulu entrer ? et n’avez-vous pas dit : il faut être bien lâche pour tuer deux femmes sans défense ?
R. Je n’ai rien dit de semblable.
D. Ne vous êtes-vous pas rendu coupable dans le mois d’octobre dernier d’un vol à main armée sur un vieillard qui venait de toucher sa quinzaine ?
R. Celui qui m’accuse de ce crime se trompe. S’il était vrai je l’avouerais.
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| VUE GENERALE DE BAYONNE 1870 PAYS BASQUE D'ANTAN |

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