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vendredi 2 octobre 2026

UNE HISTOIRE DE LA GRANDE PÊCHE BASQUE EN 1943 (dixième partie)


UNE HISTOIRE DE LA GRANDE PÊCHE BASQUE.


Depuis des siècles, il y a des pêcheurs de petite et grande Pêche au Pays Basque.



pays basque autrefois pêche baleine morue
TERRE-NEUVAS 1941
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet Madame Maxime Dégros dans le Bulletin de la Société des 

sciences, lettres & arts de Bayonne, en janvier 1943 :



"La grande Pêche Basque des Origines à la fin du XVIIIe siècle. (Suite)


Les ports basques.



Le déplacement de l’embouchure de l'Adour exerça également son influence sur Bayonne. Aussi longtemps que le fleuve se jeta à Capbreton, des bâtiments jaugeant jusqu’à 800 tx purent remonter jusqu’à Bayonne, dont le port était très actif, mais qui, capitale politique de la région, souffrait de ce que Capbreton abritât toujours l'entrepôt des marchandises. 



pays basque autrefois fleuve labourd
L'ADOUR AUTREFOIS



Du jour où l’Adour se jeta au Vieux Boucau, son nouveau lit, ensablé, empêcha les navires de plus de 80 tx de remonter à Bayonne, ce fut la ruine du port. Les principaux négociants allèrent se fixer à St-Jean-de-Luz ou à Capbreton qui dès lors eut à supporter de la part de Bayonne maintes tracasseries souvent violentes. 



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L'ADOUR AUTREFOIS


Le commerce maritime bayonnais demeura insignifiant jusqu’à l’ouverture du nouvel estuaire. Il prit alors un grand développement par suite de l’entrepôt qui s’y établit, et Bayonne supplanta définitivement Capbreton. 



Au XVIIe siècle, elle est maîtresse de l’Adour. En réalité son port n’est pas favorable car la barre de l’Adour rend son accès très difficile. La barre est un amoncellement de sables mouvants, formés par la rencontre de deux courants : l’un venant de l’Adour, l'autre de la mer. Elle constitue une bosse sous-marine qui diminue brusquement la profondeur de l’eau. Suivant la direction et la force des vents, elle se déplace et provoque un danger permanent. Pour la franchir, il faut : la grande marée, un vent arrière plus fort que le courant qui vient à la rencontre du navire et une mer calme pour que le pilote major (celui de la barre) puisse de sa chaloupe guider la marche du navire. 



Comme ces conditions se trouvaient rarement réunies, on comprend les difficultés d’accès au port ; aussi dès qu’on l’utilisa sérieusement, c'est-à-dire après 1578, chercha-t-on les moyens de supprimer cette barre gênante et dangereuse, mais aucun travail efficace ne fut entrepris. Souvent en effet des navires s’y perdaient, bien qu’ils eussent attendu le moment favorable pour la franchir. Ainsi en 1733 un terre-neuvier, après une attente de six jours, se perdit le septième avec sa pêche.  



Pour ne pas engager de grosses dépenses en exécutant d’importants travaux, on préféra au XVIIIe siècle des réparations partielles continuelles qui en définitive coûtèrent sans doute aussi cher et ne donnèrent jamais d’heureux résultats. Ceci explique que la fortune de Bayonne ait toujours été très inférieure à celle de St-Jean-de-Luz dont le port, quoique médiocre, était encore bien meilleur. 



Pour éviter l’inconvénient qu’offrait la traversée de la barre de l’Adour, les Bayonnais laissaient chaque année quelques navires hiverner à Pasajes en Espagne, port sûr et d’accès facile. Ces navires placés dans un chenal voisin de la mer, s’y conservaient très bien grâce à la salure de l’eau, mais les derniers arrivés étaient moins favorisés, se trouvant dans un renfoncement du port où l’eau trouble était presque douce et où les vers pouvaient les attaquer. 



Cet hivernage en Espagne ne manquait pas d’inconvénients. S’ils voulaient aller à Pasajes approvisionner leurs navires afin de partir directement pour la grande pêche, les Bayonnais devaient remplir en France de nombreuses formalités qui demandaient bien du temps. Si les Espagnols suscitaient quelqu’incident (ce qui arrivait régulièrement) la flotte partait trop tard et arrivait trop tard sur les lieux de pêche. De plus, l’armement des navires laissés à Pasajes coûtait un tiers en plus de ce qu’il aurait coûté en France parce qu’il fallait tout transporter, ou que les Espagnols, s'imposant comme pourvoyeurs, exagéraient leurs prix. 



Enfin, sans parler de l’humiliation qu’il y avait pour les Bayonnais à dépendre ainsi de l’Espagne, leur situation était très critique quand une guerre éclatait entre cette nation et la France. 



Pour leur commerce et leur pêche les Bayonnais avaient donc besoin d’un bon port ; ils ne cessèrent de le réclamer, mais il fallut attendre Napoléon pour voir aménager un port dont l’accès soit toujours facile. 



Au XVIIIe siècle, on pensa faire de Biarritz un avant-port de Bayonne. Quand la pêche côtière était florissante, le port de Biarritz était l’un des plus accessibles de la côte, préférable à celui de St-Jean-de-Luz et surtout à celui de Bayonne. 



Avec l’amélioration de ce dernier grâce au percement de l’estuaire de l’Adour, et les armements de la grande pêche, Biarritz perdit de son importance et se contenta d’être un port de petite pêche. En 1739, après de longues discussions, on y restaura une ancienne tour, sur laquelle on établit un feu destiné à guider les navires à l’entrée de l’Adour. Les frais de construction s’élevèrent à 2 904 livres. L’entretien devait être assuré par une contribution payée par chaque navire entrant dans la barre. Deux ans plus tard, on reconnut l'inutilité de ce feu et il fut supprimé. 



St-Jean-de-Luz est construit au fond d’une baie semi-circulaire. A sa gauche se jette la Nivelle qui le sépare de la ville de Ciboure. 



Cette baie abritait mal les navires contre les vents du large, et une barre, fréquemment formée par les sables, rendait l’entrée et la sortie du port si difficiles que sur la droite de la ville, près de Ste-Barbe, se tenaient en permanence des chaloupes prêtes à secourir des navires en détresse ou à partir plus rapidement en chasse des baleines qu’on signalait. Aussi, dès le XVIe siècle, pensa-t-on à créer un port au pied de la falaise de Socoa dépendant de la paroisse de Ciboure. 



St-Jean-de-Luz se montra d’abord hostile à ce projet et il y eut même des incidents sanglants entre les deux populations ; puis il comprit l'utilité de ce port et contribua à sa construction. 



Des travaux, commencés sous Henri IV, furent terminés en 1627. 



Le port de Socoa, bien abrité, rendit quelques services. En réalité, il était peu commode. Son fond de roc usait les câbles ; beaucoup trop petit, il ne contenait qu’une soixantaine de vaisseaux de 200 tx au plus. Les navires ne pouvaient y entrer ou en sortir qu’à marée haute, et, à ce moment, la mer y était si forte, que les navires ancrés s’y cognaient les uns contre les autres 



Socoa n’était donc pas un port idéal, et dès qu’on se fut rendu compte de ses inconvénients, on chercha à améliorer celui de St-Jean-de-Luz ce que rendait très difficile la présence de la barre. Vauban, chargé par Louis XIV d’établir un projet, jugea qu’un excellent port pouvait être fait à St-Jean-de-Luz, et indiqua le moyen (il s’agissait de rétrécir la baie) ; mais les guerres de la fin du règne et la mort du roi empêchèrent les travaux et l’on continua d’utiliser le vieux port. 



Mal abrité, les orages et les tempêtes l’endommagèrent fréquemment. 



Au XVIIIe siècle, les réparations furent continuelles. On fit de nombreux projets jamais réalisés ; on dépensa, en réparations et travaux provisoires, autant que si l’on avait réalisé le plan de Vauban (en 1789, dans les impôts payés par Bayonne, 1 200 livres sont affectés au port de St-Jean-de-Luz), mais on ne rendit jamais le port pratique. 



Socoa ne l’étant pas plus, les navires ne pouvaient compter sur un abri favorable dans cette partie de la côte ; circonstance regrettable au point de vue international, car les bâtiments venant du golfe de Gascogne y seraient entrés par gros temps, au lieu d’être obligés d’aller jusqu’à Pasajes, à cinq lieues de là. Pour la pêche, c’était bien plus regrettable encore. Les Luziens ne tenaient pas à laisser leurs navires hiverner à Socoa qui ne les contenait pas tous et où ils s’abîmaient, non plus qu’à Saint-Jean-de-Luz où l’entrée et la sortie étaient difficiles et périlleuses. Aussi en laissaient-ils hiverner presque tous les ans à Pasajes et supportaient-ils tous les inconvénients qui en résultaient. 



Aussi longtemps qu’ils armèrent pour la grande pêche, et cela jusqu’à la Révolution, les habitants de St Jean-de-Luz ne cessèrent de réclamer un autre port, attribuant avec raison à son insuffisance une grande partie de leurs malheurs. 



Les archives locales sont pleines de leurs doléances au XVIIIe siècle, où le malaise politique, économique et social contribuait déjà à faire baisser la pêche. 



Cependant, même à cette époque, le trafic de St-Jean-de-Luz était encore supérieur à celui de Bayonne. 



En résumé, le commerce passa donc successivement de Capbreton (au XVIe siècle), à Bayonne (au XVIIe) de là à St-Jean-de-Luz. Mais les Basques manquèrent toujours d’un bon port comme Pasajes, où les navires entreraient facilement, hiverneraient sans danger, d’où ils sortiraient par n’importe quel temps, et leur pêche s’en ressentit. 



Avant d’abandonner l’étude des ports basques, voyons rapidement comment s’y font les constructions et les départs des navires. 



A Bayonne, Ascain, St-Jean-de-Luz, un bâtiment se construit à assez bon compte, bien qu’aucun matériau ne se trouve au pays basque. 



La main-d’œuvre est constituée par les habitants du pays qui ne sont pas pêcheurs. Le chanvre nécessaire au cordage vient du Nord. Il entre sans beaucoup de frais dans le port quand celui-ci est franc ou quand on spécifie qu’il est destiné à des navires. Les matières résineuses pour caréner les vaisseaux viennent des forêts des Landes et descendent de Dax par l’Adour. 



Le bois vient des Pyrénées : les petits mâts proviennent généralement de la vallée d’Aspe, d’où ils descendent par la Nive. Les plus forts, venant de la vallée de Barétous, prennent un chemin de terre jusqu'au Gave d'Oloron qu'ils empruntent jusqu’à l'Adour. 



A Ascain surtout se fabriquent les navires de fort tonnage. L’enquête de 1664 montra que les chantiers du Labourd avaient fourni 21 bâtiments sur 74, le reste venant de chantiers français ou hollandais. 



En 1684, la construction d’un navire de 280 tx, portant 65 hommes, coûtait environ 48 000 livres, son équipement 16 000, soit 64 000 livres, auxquels s’ajoutent les avances à l’équipage. 



En 1775, il faut compter pour la construction, l’équipement et les avances près de 90 000 livres ; en 1784, 120 000 livres. De plus, chaque désarmement et réarmement coûte 30 000 livres.



Quand sont terminées toutes les formalités concernant l’équipage, un navire doit, avant de partir, acquitter certains droits, qui augmentent les dépenses des armateurs : droit d’average (pour réparer les avaries du port) ; de balise (pour l’entretien de celle-ci), à Bayonne seulement ; de lestage et délestage ; enfin, du droit de congé. 



Tous ces droits varient suivant la nature du voyage et le tonnage du navire. En 1782, les bâtiments de 80 tx au plus, partant de Bayonne chargés de morue à destination de Bilbao, St-Sébastien ou Santander, payent en tout 2 l. 12 s. 16 d. 



Les navires de pêche doivent, de plus, prendre un congé à Plaisance ou St-Pierre pour aller pêcher sur les Bancs et retourner au pays basque (7 l. 10 s. en 1765), quel qu’en soit le tonnage. La perception de ces taxes qui, relativement minimes, ne grevaient pas considérablement le budget des armateurs, contribuait à l’entretien des ports.



Les principaux lieux de pêche.

La côte du golfe de Gascogne.



Les baleines, pour fuir "les profondes ténèbres et les rigueurs de l’hyver" boréal, car elles aiment le soleil et la lumière, descendaient au Moyen-Age vers des régions plus tempérées. 



Elles étaient attirées par la côte du golfe de Gascogne qui, sans être très découpée, présentait des échancrures assez ouvertes pour recevoir celles qui allaient mettre bas. D’autres, suivies déjà de leurs petits, appréciaient les sables où "ces jeunes folâtres" pouvaient se divertir (entre autres la plage de la Chambre d’Amour, près d’Anglet). 



Leur passage durait tout l’hiver, commençant à l’équinoxe de septembre, au moment où les sardines arrivaient sur la côte (d’où probablement le nom de baleine de sardes, que les Basques donnaient à l’espèce qu’ils trouvaient sur leur côte). 



Toutes les populations du littoral prenait part à la pêche ; le nom de Guéthary vient peut-être du basque "guaitary : gardien", à cause des tours qui existaient dans ce bourg et d’où l’on surveillait l’approche des baleines. 



Biarritz semble avoir été le centre principal de la pêche au XIIIe siècle. Deux tourelles rondes flanquaient le château établi sur la falaise qui dominait le port ; elles servaient à guider les barques et le guetteur, qui s’y trouvait, signalait l’arrivée des baleines. Dans les habitations, une pièce du rez-de-chaussée était généralement réservée à la "fonte de l’huile". Tonnes d’huile et fanons s’entassaient dans les magasins autour du port-vieux. 



C’est à Biarritz qu’on trouva le plus de traces du passage des baleines (sièges ou clôtures de jardins fabriqués avec les os de ces animaux ; fours où l’on fondait la graisse). 



Au XIVe siècle, le commerce de la ville est très florissant ; elle traite avec les villes espagnoles ou flamandes ; elle est très riche, mais elle est sous la dépendance de Bayonne dont elle entretient le chapitre avec la dîme de ses revenus et où elle est obligée de vendre une partie de sa pêche. 



Si Biarritz prend une baleine, Bayonne doit en être immédiatement avertie et la vente aux enchères de la bête se fait devant les représentants de l’abbé de Biarritz et du maire de Bayonne (accord du 18 février 1335). Tous les habitants peuvent pousser les enchères, sauf ceux qui ont pris part à la capture. 



La pêche côtière, régulière et abondante d’abord, se fit plus difficile dès le XVe siècle, soit que l’espèce de baleines qui venaient jusqu’alors ait disparu, soit plutôt qu’averties par leur instinct, elles aient déserté ces lieux trop dangereux pour elles. Aux XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles on les pêche encore sur la côte, plus souvent qu'aujourd’hui, mais cependant la prise d’une baleine est un événement qui fait l’objet de nombreux contrats passés entre les villes de la côte (1567, transaction entre Biarritz et Bayonne ; 1580, entre Biarritz, Bidart et Guéthary) et qu’on relate avec détails surtout si le hasard veut qu’un hôte de marque puisse justement y assister. Ainsi, le 18 janvier 1529, François de Turenne qui allait à Madrid épouser par procuration Eléonore d’Autriche, assista à Biarritz à la prise d’une baleine de "sept aulnes et demi et quatre doigts dont la langue pesait seize quintaux". 



Le 16 février 1619, une baleine, aperçue à Bidart, fut poursuivie jusqu’à Hendaye dont les habitants se mirent en chasse ainsi que ceux de Fontarabie. Ces derniers emportèrent l’animal. 



En décembre 1625, les Biarrots en capturèrent une autre. En 1626, c’est le duc de Grammont qui a la chance d'assister à une pêche. Le 4 février 1688, une baleine et son petit entrèrent dans l'estuaire de la Bidassoa, âprement disputés entre chaloupes françaises et espagnoles. Les habitants de Fontarabie les rapportèrent chez eux et pourtant, d’après le récit, ceux d’Hendaye auraient dû se les approprier. 



Le 1er avril 1741, un cachalot entra dans le port de Bayonne. Sa capture dura quatre heures ; toute la population était présente, les uns pour aider, les autres pour regarder car "un événement si singulier et si extraordinaire... mit toute la ville en mouvement et dans le plus vif empressement de courir à ce spectacle." 



En 1743 et 1748, à Capbreton, en 1764, à Saint-Jean-de-Luz, s’échouèrent une baleine, ou la mère et son petit, et chaque fois ce fut un grand profit et un grand amusement pour la communauté. 



pays basque autrefois chasse baleine
BALEINE 1863
PAYS BASQUE D'ANTAN


Les lieux de pêche d’Amérique. 



En Amérique, c’est près de la côte de Terre-Neuve, de Capbreton, des îles St-Pierre et Miquelon, dans le détroit Davis et le golfe St-Laurent, sur les Bancs, que les Basques pêchent les morues. Les trois centres principaux sont la côte et les bancs de Terre-Neuve, Capbreton, l’Archipel St-Pierre. 



Le poisson vit toute l’année dans ces parages, changeant de place pour suivre l’appât qui l’attire. 



On le pêche à partir du moment où les glaces fondent et où il se rapproche des côtes pour frayer. 



Le hareng l’attire fin mars en Acadie ; début mai à Capbreton, où il reste jusqu’en septembre. On le trouve au milieu de mai sur le banc de St-Pierre et la côte sud de Terre-Neuve, d’où il avance vers le nord du Grand Banc. C’est le plus beau poisson, la morue de primeur, (il y en a une trentaine au quintal). Vers le 20 juin, la morue est dans le golfe St-Laurent, puis à l’est de Terre-Neuve où elle poursuit le capelan. Elle est plus petite et moins belle ; il y en a une cinquantaine au quintal. 



En juillet, la pêche est générale. La présence des chiens de mer fait quelquefois fuir la morue en août, mais elle revient en septembre. Le capelan a été remplacé par l’encornet ; puis c’est à nouveau le hareng qui attire une morue grasse et huileuse. 



Octobre ramène les pêcheurs près des côtes, et si les glaces ne sont pas trop précoces, ils peuvent pêcher tout le mois à Capbreton et sur la côte ouest. 



Si l’année est mauvaise, le poisson déserte les bancs dès le mois de juin. 



Les morues affectionnent particulièrement les fonds rouges : mélange de coquillages, terre grasse et roches pourries. Les meilleurs sont au Grand Banc, au banc des Orphelins, ensuite à Ferol et Port-à-Choix, puis sur l’autre côté de l’île. 



Les Bancs sont probablement des restes d’un ancien continent nord-Atlantique. Ils forment un haut-plateau sous-marin dont le sol, recouvert d’une faible épaisseur d’eau, est propice à la vie des morues. Les principaux sont : le Grand Banc, le Banc à Vert, le Banc de St-Pierre, le Banc des Veuves et des Orphelins. 




pays basque autrefois pêche baleine morue
GRANDE PÊCHE SUR LES BANCS DE TERRE-NEUVE



Les Bancs sont dangereux toute l’année ; les écueils y sont nombreux et souvent invisibles. La rencontre du Gulf-Stream et du courant du Labrador provoque en été, quand la différence de température des deux courants est très marquée, des brumes épaisses et persistantes. En hiver, le danger vient des glaces ; mais le moment le plus périlleux est encore le printemps, quand commence le dégel. 



On pêche sur les bancs non loin de la côté de Terre-Neuve que l'on regagne tous les soirs. 



A Terre-Neuve, dont nous avons déjà donné une description sommaire, la côte sud est la plus poissonneuse (chaque homme y prend au moins 60 quintaux par saison) et fournit le meilleur poisson. Le port de Plaisance, bien situé, abritant au moins 80 navires, rendait cette côte très pratique. La pêche se faisait à une lieue de terre et la morue était rapportée chaque soir. 



pays basque autrefois pêche baleine morue
FORT DE PLAISANCE TERRE-NEUVE



La côte ouest est très bonne aussi entre Cap de Raye et le golfe St-Laurent ; mais la pêche de printemps est d’un résultat médiocre et celle d’automne très écourtée par les glaces qui s’y forment de bonne heure. De plus, les ports n’y sont pas grands et les graves peu nombreux. Ainsi, à Port-à-Choix, qui fut le plus fréquenté par les Basques, il n’y a guère que trois graves et la place pour 90 chaloupes et cinq ou six navires. 



La côte nord entre Ferol et Cap de Grat n’est utile que pour la coupe des bois. 



Capbreton, île triangulaire de cent lieues de tour environ, a tous ses ports à l’est. Les principaux sont : Louisbourg, bien protégé mais fermé par les glaces de novembre à mai, et Fort Dauphin, qui est bien abrité mais difficilement accessible. Aucun ne peut recevoir de grands bâtiments. Les graves manquent. L’été y est excessivement chaud et gâte le poisson. La pêche s’y faisait assez loin de la côte, car il fallait aller sur le banquereau ou Banc à Vert, à plus de six lieues, ce qui forçait les chaloupes à passer la nuit en mer et quelquefois même plusieurs nuits. Les hommes couraient de gros dangers et la morue risquait de s’abîmer avant d’être préparée ; d’ailleurs, la pêche n’était pas très abondante, un homme ne prenait pas plus de 30 quintaux dans la saison. 




pays basque autrefois pêche baleine morue
ÎLE DU CAP-BRETON (NOUVELLE-ECOSSE)



Pour tous ces inconvénients, les Basques n'apprécièrent jamais Capbreton qui n’était pas apte à devenir l’établissement principal d’une nation. Ce pouvait être un lieu de pêche secondaire ; c’était surtout pour nous une forteresse qui protégeait la navigation française au nord de l’Amérique, et permettait de surveiller le golfe St-Laurent et notre colonie canadienne. 



A Saint-Pierre, la morue est très belle, surtout à l’est, dans le Canal. Mais les ports ne contiennent pas plus de 50 chaloupes et le bois manque. 



L’île est cependant préférable à celle de Miquelon dont les graves seraient supérieurs, mais dont la rade est très mal abritée. 



Les lieux de pêche d’Europe.



Eu Europe, les Basques pêchaient en Islande, au Groenland, à l’île Jan-Mayen, au Spitzberg, aux îles Lofoden. 



Au Spitzberg seulement, ils eurent un moment des établissements ; le nom de La Biscayers Hook pointe du Nord-Ouest, rappela leur passage. Au sud de la baie actuelle de Magdalena était la Baie des Basques, siège des établissements de Vrolicq, et au nord, un autre centre basque qui est maintenant le havre de Smeerenburg. 




pays basque autrefois pêche baleine morue
SMEERENBURG
NORD-OUEST DU SVALBARD




Les Basques continuèrent à y pêcher la baleine dont ils fondaient la graisse à bord. De même, ils envoyèrent des expéditions au Groenland, après le mois de juillet où commencent seulement à fondre les icebergs. Les baleines étaient assez nombreuses dans ces parages. Mais la pêche de la morue ne fut jamais très active en Islande, car les Basques pratiquaient peu la pêche dérivante et les côtes islandaises leur furent toujours interdites."





A suivre...




(Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France et Wikipédia)


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vendredi 5 juin 2026

L'AVIRON BAYONNAIS EST CHAMPION DE FRANCE DE RUGBY EN MARS 1943 (deuxième et dernière partie)

 

L'AVIRON BAYONNAIS EST CHAMPION DE FRANCE DE RUGBY LE 21 MARS 1943.


Le championnat de France de rugby à XV de division unique de la FFR 1942-1943, 44e édition de la compétition et première édition sous ce format, est remporté par l'Aviron Bayonnais qui bat le SU Agen en finale : 3 à zéro.



pays basque rugby aviron bayonnais
EQUIPE DE RUGBY AVIRON BAYONNAIS 1942-1943



Après trois saisons de compétitions non officielles, la FFR décide de rétablir le championnat de France sous forme de "division unique".



Divisée en deux par l'armistice de 1940, la FFR réussit à organiser un championnat par zone et la finale interzones est disputée, au stade de Colombes, le 21 mars 1943, entre l'Aviron Bayonnais et le SU Agen respectivement vainqueurs de leur zone.



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le journal, dans son édition du lundi 22 mars 1943, 

sous la plume de Pierre Lorme :



"Au stade de Colombes, devant 25 000 spectateurs.



pays basque rugby aviron bayonnais
STADE DE COLOMBES

Après un match très coloré et indécis jusqu'à la fin l'Aviron Bayonnais a battu Agen et enlevé le titre de champion de France de rugby.

(De notre envoyé spécial Pierre Lorme, par téléphone.)



... Considérations.



Ce ne fut pas tout à fait la grande partie que l'on attendait ; et certains spectateurs quittèrent le stade olympique un peu déçus Ceux-là n'avaient certes pas réalisé l'importance de l'enjeu. Les deux équipes étaient farouchement décidées à vaincre ; elles pensaient peut-être davantage à la défense qu'à l'attaque ; et il était évident que le score ne pourrait qu'être étroit. On le vit bien dès le début quand des placages sévères étouffèrent dans l'oeuf la plupart des offensives, et ceci de part et d'autre. Plus question de jeu élégant, spontané, voire chevaleresque mais une rude empoignade entre deux quinze de valeur sensiblement égale.



La ligne d'avants d'Agen, plus athlétique, plus lourde et tout aussi mobile que celle d'en face s'assura un net avantage à la mêlée et à la touche. Les Basques, en dépit de tout leur courage, se trouvèrent souvent malmenés par ce pack accrocheur en diable où Bruneteau, Basquet et Matheu se signalèrent entre tous.



pays basque rugby aviron bayonnais
EQUIPE RUGBY SU AGEN 1943


Maîtres du ballon en mêlée fermée, beaucoup plus efficaces à la touche, les Agenais rivalisaient aussi d'activité dans le jeu ouvert avec leurs adversaires. Ils donnèrent de ce fait de multiples occasions à leurs lignes arrières. Malheureusement, les trois-quarts de la cité des pruneaux se plaçaient mal, et ils n étaient pas assez rapides, tant à l'ouverture qu'au centre, pour déborder leurs vis-à-vis.



Par dessus le marché, la blessure de Calbet désorganisa grandement le quatuor d'attaque ; et bien que le capitaine agenais soit revenu sur le terrain comme deuxième arrière, il n'en était pas moins réduit à un rôle uniquement passif.



Le meilleur homme du quinze agenais fut sans conteste Bruneteau. Le fameux "Roux-Poil" sema maintes fois le désordre dans les rangs basques. Tant comme avant troisième ligne que comme demi d'ouverture, Winger aux trois-quarts. Bruneteau servit son équipe de façon splendide.



Il est regrettable que le magnifique travail des avants ait été gâché par les hésitations, les courses en biais et la tactique monocorde des attaquants agenais. Il est vrai qu'ils avaient affaire à forte partie.



Chez les Bayonnais, les avants, surclassés, durent jouer "le match de leur vie". Ils firent preuve d'un courage magnifique de bout en bout ; mais derrière ce pack archibattu, la tâche des attaquants n'était guère aisée. Les Agenais interdirent absolument aux Basques de pratiquer leur jeu habituel, ils le désorganisèrent constamment par leurs incursions rapides et leur façon de suivre constamment la balle.



Cependant il y eut de beaux départs à la main des avants basques. Derrière eux, c'est Dauger qui se signala le plus dans les rangs bayonnais, ainsi d'ailleurs que le quasi-vétéran Celhay, qui reste en dépit des ans un attaquant toujours redoutable.



pays basque rugby aviron bayonnais
PHOTO DE JEAN DAUGER FINALE RUGBY 1943
AVIRON BAYONNAIS OMNISPORTS


La paire de demis des Basques fut assez nettement supérieure à celle d'en face (qui n'avait déjà pas brillé beaucoup face à Montferrand) ; et Arotça, aussi bon qu'il l'était il y a dix ans, s'avéra le meilleur des troisième ligne chez les bleu et blanc.



L'absence du puissant Boudon se fit largement sentir chez les vainqueurs, dont le succès fut accueilli par la foule parisienne avec un enthousiasme, digne des rencontres internationales de jadis.



Ce qu'est L'Aviron Bayonnais.



A Bayonne, tout le monde naît pelotari et rugbyman. Les enfants, dès qu'ils sont en âge de courir, font des passes avec une balle de chiffons. Ceci explique qu'une ville aussi petite, à laquelle Le Boucau et Biarritz empruntent encore de jeunes sportifs, puisse se permettre d'être champion de France...



Avant-guerre (nous parlons de l'autre guerre), l'Aviron Bayonnais fit une entrée éclatante dans le monde du sport en écrasant, en finale, le S. C. U. F., que commandait Cadenat. Le Gallois Roë, Iguinitz, Fernand Forgues, le junior Lasserre, Hédembaight, étaient alors les vedettes des bleu et banc. Beaucoup de ces magnifiques athlètes devaient d'ailleurs donner leur vie pour la France...



Après 1918, l'Aviron Bayonnais se retrouve. Il a alors pour demi d'ouverture l'excellent Billac, pour trois-quart aile Laurent Pardo. Puis apparaissent les fameux frères Béhoteguy, deux centres éblouissants. Lasserre s'épanouit et d'arrière passe trois-quart, puis avant troisième ligne. Etchepare se signale par ses trouées rapides. Les Zabaletta, Lauga, Arotça, Celhay, Elissalde, à leur tour, prennent place dans l'équipe première, où ils sont rejoints par Dauger, par Boudon, par Larré.


rugby aviron bayonnais équipe france
LES FRERES ANDRE ET HENRI BEHOTEGUY
EQUIPE DE FRANCE DE RUGBY 1928


Le jeu bayonnais est surtout caractérisé par la grande adresse de tous les joueurs et leur aptitude particulière à bien se placer. Quiconque s'échappe n'est pas livré à lui-même ; il trouve toujours deux ou trois coéquipiers prêts à l'assister. Ce n'est pas un jeu très rapide, la race n'étant pas une race de sprinters, mais l'activité générale est énorme, comme énormes les qualités de coeur et d'énergie. Ces jeunes gens de taille moyenne mais larges d'épaules et solides, présentent tous des vertus morales — camaraderie, cran, enthousiasme, amour de leurs couleurs — qui leur permettent des exploits imprévus. On n'est jamais sûr, avant le coup de sifflet final, de les avoir vaincus.



Avec cela des adversaires sympathiques et courtois, dont on ne peut redouter aucune traîtrise.



pays basque rugby aviron bayonnais
MAURICE CELHAY ET L'EQUIPE DE RUGBY DE L'AVIRON BAYONNAIS
DEVANT VESTIAIRE PARC DES PRINCES 
21 MARS 1943


Le titre est bien placé, aux mains de l'Aviron Bayonnais. Ce n'est pas faire injure aux Agenais, valeureux jusque dans la défaite, que de le constater."




(Source : Wikipédia et gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)











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mardi 5 mai 2026

L'AVIRON BAYONNAIS EST CHAMPION DE FRANCE DE RUGBY EN MARS 1943 (première partie)

L'AVIRON BAYONNAIS EST CHAMPION DE FRANCE DE RUGBY LE 21 MARS 1943.


Le championnat de France de rugby à XV de division unique de la FFR 1942-1943, 44e édition de la compétition et première édition sous ce format, est remporté par l'Aviron Bayonnais qui bat le SU Agen en finale : 3 à zéro.



pays basque rugby aviron bayonnais
EQUIPE DE RUGBY AVIRON BAYONNAIS 1942-1943



Après trois saisons de compétitions non officielles, la FFR décide de rétablir le championnat de France sous forme de "division unique".



Divisée en deux par l'armistice de 1940, la FFR réussit à organiser un championnat par zone et la finale interzones est disputée, au stade de Colombes, le 21 mars 1943, entre l'Aviron Bayonnais et le SU Agen respectivement vainqueurs de leur zone.



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le journal, dans son édition du lundi 22 mars 1943, 

sous la plume de Pierre Lorme :



"Au stade de Colombes, devant 25 000 spectateurs.


Après un match très coloré et indécis jusqu'à la fin l'Aviron Bayonnais a battu Agen et enlevé le titre de champion de France de rugby.

(De notre envoyé spécial Pierre Lorme, par téléphone.)



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STADE DE COLOMBES



Paris, 21 mars. — Cette finale qui s'est terminée par la victoire de Bayonne a tenu tous ce qu'elle promettait. Dans le décor à la fois imposant et familier du Parc des Princes, nous avons retrouvé l'ambiance d'autrefois, alerte et joyeuse, pimentée de la griserie de la fièvre légère des grands matches de rugby.



Le temps est doux, le soleil est chaud, le stade est tout bruissant des 25 000 spectateurs massés sur les gradins, et dans les tribunes. Sur la pelouse verte, les couleurs des maillots tranchent comme des fleurs des champs. Quand on voit sortir du souterrain, les Agenais aux maillots orange, côte- à côte avec les Bayonnais aux maillots bleu ciel et blanc une immense clameur s'élève au-dessus du stade à la vue des trente hommes qui vont s'employer pour la conquête du titre de champion de France.



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EQUIPE RUGBY SU AGEN 1943



Dans les tribunes, que de visages connus : autour du colonel Pascot de de ses invités d'honneur : MM. Abel Bonnard, Cathala, Bouffet et Bussières, on reconnaît tous les habitués des grands matches d'autrefois : la silhouette élégante et fine de Jauréguy, la carrure pachydermique de Jules Cadenat, le lorgnon doctoral de Louis Daudet se penche vers la face rondouillarde de René Crabos et, dans les gradins, tous les Basques et tous les Pyrénéens de Paris qui se sont assemblés pour applaudir aux exploits des enfants du pays en visite dans la capitale.



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RUGBYMAN ADOLPHE JAUREGUY


Au moment du coup d'envoi, il y a un instant de flottement, on cherche en vain l'arbitre, M. Barbe, qu'on savait fort capable de diriger avec maîtrise un match de cette importance, M. Barbe n'arrive pas ; l'heure avance ; il faut prendre une décision et c'est M. Rous, désigné pour remplir les fonctions de juge de touche, qui empoigne le sifflet et lâche les deux équipes sur le terrain. Renseignements pris M. Barbe, victime de la lenteur des moyens de transport, arriva cinq minutes après le coup d'envoi, mais trop tard, sa place était prise.




Agen domina largement par ses avants... Mais une contre-attaque bayonnaise fusa soudain... Et l'Aviron Bayonnais enleva de justesse le titre si envié.


Assistance-record, mais match peu fertile en belles phases de jeu. La supériorité des Basques en trois-quarts contrebalança la faiblesse de leur pack.




On craignit un instant que le match ne fût aussi terne que la finale zone non-occupée entre Montferrand, et Agen. Il n'en fut rien, les équipes ne cessèrent jamais d'essayer de jouer et malgré la vigoureuse empoignade des deux blocs d'avants, la partie fut de bout en bout colorée, rapide et passionnante dans ses péripéties.




Pendant toute la première mi-temps, Agen domina grâce à sa fameuse ligne d'avants, mais les attaquants ne surent pas exploiter à fond les occasions qui leur furent offertes. En seconde mi-temps les Bayonnais qui semblent mieux en souffle que leurs vis-à-vis, menèrent la danse ; les Basques, eux, ne laissèrent pas s'enfuir l'occasion ; elle se présenta sous la forme d'une contre-attaque menée par le demi de mêlée Dubalen et continuée par le centre Danger. Près des buts, le petit ailier Larre, reçut la balle et, prenant sa chance, avec une belle décision, s'en alla irrésistiblement jusqu'au delà de la ligne blanche. En vain, Agen tenta de réagir. La victoire souriait à ceux qui avaient su oser se livrer à fond. Les Basques étaient vainqueurs et remportaient à trente ans d'intervalle le même titre de champions que leurs aînés avaient cueilli avant l'autre guerre. Mais Agen est complètement lavé de la mauvaise impression qu'avait produit à Lyon son match contre Montferrand, et c'est très bien ainsi.




Grâces soient rendues aux deux équipes qui ont su démontrer devant un immense public que le rugby sport viril, peut être violent sans être méchant, et l'acharnement de ses adeptes n'exclut pas la loyauté et le fair-play.




Les Agenais et les Bayonnais ont donné une grande joie à tous les spectateurs du Parc des Princes.
Après le match, M. Abel Bonnard sut l'exprimer en termes parfaitement choisis : "Cette adorable journée de printemps, dit-il, ne marque pas seulement le renouveau de la nature, elle marque aussi le renouveau de la jeunesse française".




La partie.




Dès le début, c'est une série de mêlées. L'Aviron Bayonnais se fait pénaliser pour incorrection. Bonnet, d'Agen, tente le but et le manque de très peu, le ballon frappant la barre et revenant ensuite en jeu !




Les bleu et blanc réagissent avec vigueur ; une belle percée de Dauger échoue sur les buts agenais. Les Basques dominent un instant ; seul un coup franc permet à Agen de se donner de l'air.



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PHOTO DE JEAN DAUGER FINALE RUGBY 1943
AVIRON BAYONNAIS OMNISPORTS



Le jeu revient au centre. On note de part et d'autre des maladresses nombreuses, dues évidemment à l'énervement. Par ailleurs les défenses veillent ; et quiconque tente de s'échapper est impitoyablement mis à terre. Dans l'ensemble, les Bayonnais font preuve de plus de variété et de perçant dans leurs offensives, mais ils sont dominés assez largement en avants.




Bruneteau, d'Agen, se distingue par une belle percée individuelle, à laquelle répond aussitôt une contre attaque de Dauger, qui se montre vraiment très brillant.




Les mises en mêlée sont l'objet de pénalisations nombreuses, les talonneurs levant le pied prématurément. Le jeu est sec, mais non point violent. On sent que rien n'est laissé au hasard, et que les deux camps désirent farouchement la victoire.




Encore une percée de Bruneteau, décidément infatigable. Bayonne se dégage par un coup franc suivi d'un second. La mi-temps est alors sifflée au centre du terrain. Le jeu a été jusqu'ici très égal, et l'on ne saurait dire vraiment qui mérite le plus de l'emporter.




Seconde Mi-Temps.




La seconde mi temps voit immédiatement les Basques se montrer très menaçants. Sur touche à un mètre de la ligne de but agenaise, le trois-quart aile Celhay est projeté en ligne de but in extremis.



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MAURICE CELHAY ET L'EQUIPE DE RUGBY DE L'AVIRON BAYONNAIS
DEVANT VESTIAIRE PARC DES PRINCES 
21 MARS 1943




Maintenant les avants du Sud-Ouest prennent le commandement des opérations et remontent par touches successives. L'Aviron ne sort plus de ses cinquante mètres et ne se dégage qu'à la suite de coups francs répétés. Le Bayonnais Labèque rate le but de peu, et Zabaletta tente en vain un drop-goal.




Calbet, capitaine d'Agen, est blessé. Il boîte bas : on doit l'emporter sur la touche. Bien que jouant à 14, les Agenais prennent le meilleur. Cependant le jeu se porte dans les 22 mètres agenais ; et c'est alors le coup de théâtre. Le Basque Dauger perce, passe à Celhay, qui repasse à Larré. Ce dernier, prenant Guiral de vitesse, va marquer un essai qui n'est pas transformé. Bayonne : 3 - Agent : 0.




Agen joue son va-tout, mais la fin arrivera sans changement, Bayonne est champion de France."



A suivre...



(Source : Wikipédia et gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)











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dimanche 14 décembre 2025

L'ESTUAIRE DE LA BIDASSOA AU PAYS BASQUE EN 1942-1943

L'ESTUAIRE DE LA BIDASSOA EN 1942-1943.


La Bidassoa est un fleuve côtier, frontalier sur une dizaine de kilomètres entre la France et l'Espagne, au Pays Basque.

Elle prend sa source dans les monts de Navarre et se jette dans le golfe de Gascogne.



pays basque autrefois labourd guipuscoa bidassoa
ESTUAIRE DE LA BIDASSOA FONTARRABIE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta François Duhourcau dans le Bulletin du Musée Basque N° 21-22 en 1942-

1943 :



"L'estuaire éblouissant de la Bidassoa.



Tant que subsistera la langue française — c'est-à-dire toujours — le prélude orchestral de Ramuntcho sera fameux et célébré dans les grammaires comme de Chateaubriand plus simple et plus senti. Ses phrases imprégnées d'embrun et d'automne, enchantées de la rumeur des brisants du golfe de Biscaye et percées d'un rayon de soleil espagnol, il est juste de les rappeler dans cette présentation de la gerbe des cours d'eau de notre extrême Sud-Ouest. Grâce à la magie d'un Pierre Loti, "nos rivières méridionales, l'Adour, la Nivelle et la Bidassoa qui longe l'Espagne" sont immortalisées ; elles escortent à jamais dans les mémoires "les tristes courlis, annonciateurs de l'automne".



De toutes, celle qui fait le plus rêver, parce que la plus chargée de mystère, avec son nom étrange, à la fois charmant et sauvage, c'est la petite rivière navarraise, frontière, au terme de sa course, du Guipuzcoa et du Labourd, de l'Espagne et de la France, qu'il me fut réservé d'évoquer dans ma contribution à cette symphonie des eaux : la singulière et prenante Bidassoa — "la dernière de toutes nos rivières qui entre dans la mer du Couchant", disent les journaux historiques relatant le mariage de Louis XIV.



Si vous déployez devant vous une carte détaillée, la Bidassoa apparaît ainsi qu'une plante d'eau, un nymphéa à nombreuses racines ou radicelles, qui s'étire en une longue ligne droite et enfin s'épanouit, à fleur d'eau de mer, en un merveilleux calice. Elle aspire à joindre le flot marin et les soleils couchants. Sous forme imagée, voilà toute la Bidassoa et les trois parties naturelles de son cours.



Passé Béhobie-Béhobia, l'îlot de la Conférence et l'île des Faisans, la Bidassoa arrive à son épanouissement. La fleur va éclore que je vous ai promise, la fleur d'eau inclinée sur sa tige.



pays basque autrefois labourd guipuscoa bidassoa
VUE PLONGEANTESUR BEHOBIA DEPUIS BEHOBIE ANNEES 1940
PAYS BASQUE D'ANTAN



La puissante stature du Jaïzquibel barre l'horizon et contraint la rivière à dévier à droite. Elle se déploie alors, avant de joindre la mer, en un splendide calice de sable et d'eau. C'est le fleuve ensablé, ondarabia, qui vaut à Fontarabie son nom aussi juste que pittoresque. Nous sommes là dans l'un des plus rares passages d'eau, de montagne et de ciel. Evidemment, c'est, non point Hendaye, mais Fontarabie, la perle du site. Sur l'occident du ciel la masse allongée et chauve du mont Jaïzquibel impose son ombre à la rivière. Son allure hautaine, sa crête jalonnée de tours en sentinelles et ses couleurs monacales attestent, en face de la gentillesse française, la singularité prenante de l'Espagne. A ses pieds, sur un monticule, l'ancienne petite ville forte de Fontarabie serre les toits mordorés de ses maisons autour de son clocher ciselé et du cube lourd, long voilé de vigne vierge, du château de Charles-Quint. Elle semble un guerrier figé à son poste et enveloppé dans sa capote de guérite faite d'une bure, venue du fond des âges de foi et transmise au soldat, dirait-on, par des pâtres, des pêcheurs et des pénitents. Nulle cité ne livre mieux par son aspect et sa physionomie le fonds moral qui l'anima toujours. Elle est vraiment, comme officiellement, "la très noble, très loyale, très valeureuse et très sainte Fontarabie".



Surveillant, d'un côté, la passe de la Bidassoa et, de l'autre, la route qui pénètre au cœur de l'Espagne par la trouée d'Irun, elle fut contre la France un rude jouteur, toujours héroïque, qu'elle soit prise par Bonnivet en 1521 ou Berwick en 1719 — et surtout imprenable, comme au siège de 1638 par le prince de Condé -— siège fameux qu'elle célèbre encore chaque année, le 7 septembre, veille de la Nativité de la Vierge et date anniversaire de sa délivrance par les armées de Cabrera, amiral de Castille et du marquis de Los Veles, vice-roi de Navarre. Les armées de secours fondirent à l'improviste sur les soldats de Condé de derrière la crête du Jaïzquibel qu'elles avaient gagnée en grand secret. Mais la libératrice, selon la croyance générale, ce fut la Vierge, Nuestra Señora de Guadelupe, patronne de la ville, et dont la chapelle, là-haut, sur la crête du Jaïzquibel et tendue vers le ciel, commande le site. Aussi l'image de la Vierge de la Guadeloupe domine-t-elle depuis lors le blason de Fontarabie.



pays basque autrefois labourd guipuscoa bidassoa
BLASON DE FONTARRABIE GIPUZKOA
PAYS BASQUE D'ANTAN



Aujourd'hui Fontarabie et Hendaye ne connaissent que l'amitié. Hendaye a depuis longtemps démoli son fortin qui n'est plus qu'un belvédère sur la lagune et les brisants de l'estuaire ; Fontarabie en a fait autant de la terrasse de son château de Charles-Quint. Mais elle a, heureusement, conservé l'enceinte de ses remparts et, au-dedans, ses hôtels écussonnés, ses balcons ouvragés, les consoles sculptées et peintes de ses toits surplombant, pour les ombrager, les rues et les ruelles. Plus d'un guerrier, guindé dans son armure, Fontarabie, resserrée dans ses murailles légendaires, apparaît dorénavant tel un coffret de vieux bois et de cuir basané qui conserve, entassées, les glorieuses décorations des ancêtres.



Son blason écartelé est aussi surchargé d'emblèmes que le coffret empli de bijoux historiques. L'un des quartiers porte une sirène émergeant du flot, les cheveux défaits, et qui tend un miroir. On imagine que si l'Ange, la tour étoilée, le lion, le navire pourchassant la baleine, dans les autres quartiers de l'écu, représentent l'histoire, la sirène au miroir symbolise la géographie. Impossible de mieux exprimer la charmante beauté du paysage que contemple la cité-reine du fleuve ensablé.



Devant Fontarabie, la Bidassoa s'élargit en une véritable baie, avant de se jeter, à gauche, au pied de la falaise qui s'allonge jusqu'au cap Figuier, dans une mer argentée de brisants. Mais la beauté de cette lagune, c'en est aussi l'extrême variété due aux allées et venues du flot marin qui, deux fois le jour, en changent la physionomie. A marée montante, les vagues écumeuses assaillent la passe, la forcent et font de la baie intérieure une petite mer clapotante, scintillante et que mouvementent le va-et-vient des bateliers, ainsi que la ronde des mouettes chassées des grèves par le flot. Le fleuve, dans une atmosphère vivifiée, n'est bientôt plus qu'un immense miroir qu'est venu tendre à Fontarabie, à Hendaye, aux montagnes, au ciel dégagé et à ses nuages vagabonds, une sirène, heureuse magicienne de l'océan. ... Mais bientôt, avec le jusant, elle se retire, laissant traîner derrière soi, toute dénouée, sa chevelure de sable et d'eau. La mer intérieure, tout à l'heure si vivante et charmante, devient un désert amphibie, abandonné des bateliers, une plane solitude recouverte de flaques pareilles à des poissons morts, disséminés. L'air lui-même est mort. Les courlis l'ont abandonné pour se poser sur les bancs découverts où ils cherchent leur provende. La rumeur des brisants s'est éloignée avec la mer : elle est devenue lointaine comme un souvenir et telle qu'on l'entend au creux des conques laissées par la vague sur les grèves.



pays basque autrefois labourd guipuscoa bidassoa
LA BIDASSOA ET FONTARRABIE 1944
PAYS BASQUE D'ANTAN



On ne peut imaginer paysage qui unisse mieux des éléments qui apaisent le cœur à d'autres qui le stimulent. Son charme est fait de plénitude dans un harmonieux mariage de la sérénité et du frémissement. Il apporte le calme aux nerveux surmenés comme la réviviscence aux léthargiques qui souhaitent de se réveiller.



Un homme a ressenti et exprimé, d'une façon unique, la poésie de ce lieu, un poète et un marin, comme il convenait : Pierre Loti, lorsqu'il vint commander le stationnaire de la Bidassoa. Avec Ramuntcho il a porté jusqu'aux extrémités de la terre la renommée du Pays Basque. Il a tant aimé ce paysage si complet, si varié, et dont il n'avait jamais vu, disait-il, le pareil au monde, lui qui croyait avoir vu tout ce qui de l'univers était beau, qu'il y acquit une demeure, un ermitage, au bord de la rivière, face à Fontarabie et à l'estuaire. Il l'a tant aimé que, mourant, il y voulut revenir, voici vingt ans, pour son dernier appareillage.



C'est dans sa maison, au bord de l'eau, qu'après un an de séjour il sentit, certain après-midi d'automne, ce que l'Éuskal-Herria possédait de particulier. Ce fut pour lui une sorte de révélation, dont on peut s'étonner seulement qu'elle ait tardé un an. Chez un visuel et un hypersensitif comme lui, on n'aurait pas cru la grâce si lente à venir devant un tel paysage. Les pages qui expriment l'éveil de Loti à la singularité du Pays Basque ne sont pas dans Ramuntcho. Nous les avons recueillies dans le volume Pays Basque qui complète l'œuvre euskarienne de Loti, telle une suite d'orchestre. Elles furent les premières écrites sur notre pays et s'intitulent Instant de recueillement.



C'était le 22 novembre 1892, à Hendaye, jour de l'Adoration Perpétuelle, fête de bon augure. Il faisait un de ces jours miraculeux de l'arrière-saison, comme ce pays sait parfois en donner : un jour chaud et doré tel qu'un muscat sur la treille. Assis sur sa terrasse, devant le miroir de la Bidassoa, Fontarabie et le Jaïzquibel, Loti écoute les cloches des églises et des couvents, aussi bien françaises qu'espagnoles, sonner tout le jour avec passion. Elles doublent de leurs mystiques sonorités l'éternelle symphonie des brisants. Il voit Basques et Basquaises se rendre en foule aux sanctuaires qui les appellent, par les chemins refleuris de l'extrême automne ou par la route royale de la rivière. Alors Loti est charmé et prend conscience de ce que l'Euskarie a gardé au fond d'elle-même de mystérieux et d'absolument distinct des autres pays de France qu'il connaît. Hors la Bretagne peut-être, qui n'a pas toutefois, cette ardeur ni cette magnificence. Il sent enfin que vit toujours là une âme à part et très ancienne, un génie local qui veut maintenir sa personnalité... Il y eut de cela cinquante ans en novembre dernier.



La grâce opère si bien que Loti se mit à écrire à la gloire de l'Euskal-Herria. Et ce fut, quatre ans après, en 1896, l'immortel Ramuntcho, qui est la Mireille du Pays Basque.



pays basque 1897 ascain loti labourd écrivain
RAMUNTCHO DE PIERRE LOTI
PAYS BASQUE D'ANTAN


Beethoven appelait ses "prières à Dieu" les plus subtils accords, les harmonies les plus étonnantes qu'avait trouvés son cœur pour chanter la Création. Les harmonies, les accords d'éléments que la nature a trouvés, à l'embouchure de la Bidassoa, nous semblent parmi les plus captivants du monde. Entre le promontoire rosé de Sainte-Anne-Abbadia et le môle avancé du cap Figuier, avec la plage de Hendaye, droite, immense, sonore, plage d'un blond sable fin où viennent crouler des vagues puissantes qui, dans leurs volutés, roulent de bruissants coquillages, avec les brisants de la barre, à son extrémité, sur la rivière, avec la lagune intérieure soumise aux pulsations de la mer, avec Hendaye et Fontarabie, cités fraternelles, les monts graves et veloutés, et un grand ciel découvert, chéri du soleil et des nuées, une merveilleuse symphonie naturelle est écrite à jamais pour l'enchantement des hommes. Pareille à maintes vies très modestes que justifie, illumine une belle fin, l'humble Bidassoa semble avoir eu pour destinée, ayant uni enfin deux grandes nations trop longtemps ennemies, de chanter par son estuaire éblouissant la "prière à Dieu" du Pays Basque.

François Duhourcau.

17 avril 1943."





(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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