lundi 12 novembre 2018

EDMOND ROSTAND À CAMBO EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN JUIN 1903


EDMOND ROSTAND À CAMBO EN 1903.


Après avoir loué dès 1900 la villa Etchegorria à Cambo, Edmond Rostand se fait construire de 1903 à 1906 la villa Arnaga, où il écrira Chantecler.

pays basque autrefois
EDMOND ROSTAND
PAYS BASQUE D'ANTAN

Voici ce que rapporta la Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, dans son édition 

du 19 juin 1903 :


"Edmond Rostand et Cambo.


M. Rostand a fait à un de nos confrères les déclarations suivantes :


"— J’allai séjourner à Cambo, voici près de deux ans, parce que le docteur Grancher, qui y passe une partie de l’année, m’avait promis que ce climat merveilleux assurerait ma guérison. Quinze jours durant je trouvai cet exil odieux et je subis, là-bas, un ennui mortel. Puis, peu à peu, je me suis accoutumé au pays, à ma maison, aux êtres qui m’entourent et je pense aujourd'hui que c'est le seul coin de terre où je puisse goûter quelque plaisir et où, sans doute, je finirai mes jours.



labourd autrefois
EDMOND ROSTAND CAMBO
PAYS BASQUE D'ANTAN

Nous avions loué une petite maison basque avec un jardin, pour 3 000 francs. Nous l’avons toujours. Mais des ambitions nous sont venues : nous voulons avoir notre demeure bien à nous, et dès l’août prochain nous bâtirons notre maisonnette. J’en ai acheté le terrain voilà plusieurs mois, et toujours j'hésitais avant de dire : "C’est fini, arrêtons nos plans", parce que c'est une chose grave que bâtir la maison qui désormais sera la maison familiale, et où les enfants grandiront. 




J’ai dû me résoudre enfin. Mon architecte et moi nous avons tout convenu, et je quitterai Paris aussitôt après les élections académiques de la mi-juin pour surveiller moi-même les fondations de l’immeuble. Ne riez pas ! Nous avons fait un rêve : avoir une jolie maison et des fleurs tout autour, beaucoup de fleurs partout, qui mettront des couleurs somptueuses et des parfums délicieux dans les nuits incomparables que nous avons là-bas... 


cambo les bains autrefois
EDMOND ROSTAND CAMBO
PAYS BASQUE D'ANTAN

C’est l’auteur des Romanesques qui poétisait, à ce moment, les soirs de Cambo. Et comme les vers merveilleux de cette exquise comédie de la vingt-cinquième année s’appliquaient à ravir à cette évocation, Mme Rostand les rappela : 



Le jour baisse... L’odeur des sureaux flotte et grise ! 

Les fleurs vont s’effaçant dans la pénombre grise... 

Mon premier rendez-vous le soir... Ah! Je défaille... 

La brise fait le bruit d'une robe de faille... 

On ne voit plus les fleurs... J'ai les larmes aux yeux. 

On ne voit plus les fleurs, mais on les sent bien mieux, 

Puis la douce nuit s’est faite, et voici 

Qu’en l’azur foncé du ciel obscurci, 

S'allumant partout, par là, par ici, 

Et l’autre après l’une, 

Tandis que l'étang est tout croassant 

Les étoiles vont en nombre croissant 

Tout autour, autour du pâle croissant 

De la pâle lune ! 




pays basque autrefois
EDMOND ROSTAND
PAYS BASQUE D'ANTAN

Un tel pays devait assurément permettre à M. Edmond Rostand un travail facile, et je lui demandai comment il écrivait là-bas. Il m'assura qu’il écrivait si peu que jusqu’ici nulle pièce n’était commencée ni même décidée. Et il accusa Cambo, d'être, par son charme même, cause de tant d’inaction : 



"Sous nos fenêtres, s’étend le plus splendide panorama que vous puissiez imaginer ; toute la coulée de la Nive, claire, blanche, aux reflets d’argent, et la vallée jusqu’à Bayonne, vers St-Jean-de-Luz, Biarritz et la mer. Le soir, lorsque les côtes s’éclairent, nous apercevons dans le lointain des points rouges à l’infini, et le soleil se couche, parfois, dans des crépuscules, où nous découvrons Hendaye et Fontarabie baignées dans des poussières d’or. 




Le climat est doux, le ciel bleu ; la race est fière, robuste, loyale ; une sorte de quiétude mystérieuse enveloppe les êtres et les choses, amollit les nerfs et berce la rêverie. Nous nous éveillons, le matin, et aussitôt celle première question : 


Quel temps fait-il aujourd'hui ? 



C’est notre principal souci... Alors, avant midi, longue promenade à pied jusqu’au déjeuner ; ensuite excursion en bicyclette ou en voiture, lecture et repos ; dîner, une heure au jardin, et coucher. On dort là-bas de dix heures du soir à sept heures du matin. 



cambo les bains autrefois
EDMOND ROSTAND
PAYS BASQUE D'ANTAN

Voilà la vie. Elle se traîne calme et monotone, cependant enveloppante et absorbante. Si je prends un feuillet, si j’écris quelques vers, je les abandonne presque aussitôt, mécontent et las. L’horizon féerique s’ouvre devant moi, et la plume tombe de mes doigts... Ma pensée est si loin déjà qu’en vain je voudrais la ressaisir ; et je m’abandonne alors doucement à mon rêve." 




Ainsi, M. Edmond Rostand n’a rien écrit ou du moins rien ordonné. Il a conçu deux sujets de pièces, hésite encore entre l’un et l'autre, et dès son retour à Cambo, se jure que, par un effort obstiné, il réalisera ses projets poétiques et nous donnera, l’an prochain, une œuvre nouvelle ; il secouera la torpeur magique de Cambo. Autour de lui, dans ces montagnes heureuses où les paysans vivent de peu, travaillent à peine et lézardent au soleil, tout incite à la paresse. Alors, tout le jour, il flâne comme eux. 



labourd autrefois
EDMOND ROSTAND
PAYS BASQUE D'ANTAN

Mme Edmond Rostand m’affirma qu’elle-même ne se reconnaissait plus. Elle avait quitté Paris depuis deux ans bientôt, et se trouvait, l'autre soir, toute surprise d’aller au théâtre et de veiller jusqu’à minuit. Les voitures, sur le quai, l'effaraient et lui semblaient si redoutables qu’elle n’osait même plus traverser le boulevard. 



" — Alors, demandai-je, c’est fini, Paris ? 


 — Oui, certes. Nous essayons de nous débarrasser du petit hôtel que nous possédons, rue Alphonse-de-Neuville, et nous louerons un modeste appartement, un simple pied-à-terre, pour les voyages ici que les directeurs exigeront. 



— Et vous logerez en quel quartier ?  


— Sur les quais, bien sûr... C’est le seul endroit à Paris où je puisse songer à la Nive et penser à Cambo..." 




pays basque autrefois
EDMOND ROSTAND
PAYS BASQUE D'ANTAN

M. Edmond Rostand était bien perdu pour nous..."








Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans ce 1495ème article.


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