mercredi 21 novembre 2018

LA TRAVERSÉE DU PAYS BASQUE DES PÈLERINAGES DE ST JACQUES DE COMPOSTELLE EN 1934


LA TRAVERSÉE DU PAYS BASQUE PAR LES PÈLERINS DE ST JACQUES DE COMPOSTELLE.


Depuis le dixième siècle, de très nombreux pèlerins ont traversé le Pays Basque pour se rendre à St-Jacques-de-Compostelle.



navarra antes
PELERINS A RONCEVAUX NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays Basque, dans son 

édition du 6 novembre 1934, sous la signature de J. Nogaret :


"Les Pèlerinages de St-Jacques de Compostelle et la traversée du Pays Basque. 



Le Pays Basque a toujours été un lieu de passage. A toutes les époques, les populations les plus diverses s’y sont rencontrées ; mais il est une catégorie de voyageurs, très nombreux autrefois, qui a complètement disparu, c’est le pèlerin de Saint-Jacques. 



Les pèlerinages à Compostelle, dont on peut fixer l'origine au dixième siècle, se sont prolongés pendant cinq ou six cents ans ; leur belle époque a été les douzième et treizième siècles. Pendant cette longue période, notre pays a été parcouru par des milliers de pèlerins. 



pais vasco antes
POEME DES PELERINS DE ST JACQUES DE COMPOSTELLE

Dans quelles conditions se faisaient ces pèlerinages ? Comment étaient organisés les convois ? Quels étaient les lieux de repos ? Autant de questions du nature à solliciter l’attention des chercheurs. Il y a quelques années, M. Colas, professeur agrégé du l’Université, s’est livré à une première étude dans une brochure intitulée : "La voie romaine de Bordeaux a Astorga, et le carrefour des voies jacobites convergeant vers Ostabat".  En consacrant ces quelques lignes à ce sujet nous n’avons donc pas la prétention de traiter de l’inédit, mais de mettre en lumière une des pages les plus curieuses du notre histoire régionale. 



pays basque autrefois
VOIE ROMAINE DE BORDEAUX A ASTORGA


Malheureusement, les documents sur cette période du moyen âge dans notre pays sont assez rares. A défaut de textes, l’étude des lieux eux-mêmes permet de se reporter à l’époque éloignée où les pèlerins franchissaient les chemins dangereux de la Basse-Navarre et les défilés périlleux du port de Cize. Le Pays Basque et la vallée d’Aspe étaient l’aboutissant naturel vers lequel convergeaient les nombreuses routes qui, de tous les pays de France et d'Europe, se dirigeaient vers le col d’Ibaneta et le Somport. Qu’elle était pénible, difficile et redoutée, la traversée de ces régions ! On peut en juger par la relation qu'en ont laissée quelques pèlerins. Voici ce qu’en dit l’un d’eux, Aimery Picaud, un Poitevin, qui se rendit à Compostelle au quinzième siècle : "On arrive vers le port de Cize, dans le territoire des Basques qui possède, près de la mer et vers le septentrion, la ville de Bayonne. Ce pays où l’on parle une langue barbare, est plein de forêts, montagneux, dépourvu de pain, de vin et de tout aliment."



On trouve d’autres témoignages de la crainte qu’inspiraient ces régions, dans le Codex de Compostelle, qui les désigne comme "composées de massifs montagneux, couverts de forêts épaisses, où se rencontrent des bandes de loups et d’ours ; n’avant comme routes que de simples pistes, traversant les rivières grâce à des gués souvent impraticables." 



La route principale n’était autre que l’ancienne voie romaine figurant sur l’itinéraire d’Antonin et qui, d’Aquae-Tarbellcae (Dax), par Carasa (Garris) et Imus Pyreneus (St-Jean-le-Vieux), franchissait la chaîne des Pyrénées au col d'Ibaneta et descendait ensuite sur Roncevaux pour gagner Pampelune. Sur cette artère principale venait se greffer une quantité d'autres chemins, aujourd'hui encore reconnaissables, grâce aux établissements charitables dont le souvenir et les noms se sont conservés. Ce sont les "ospitalia", auberges d’autrefois, appelées aussi hôpitaux, réservés aux voyageurs et aux pèlerins, qui venaient y chercher un refuge pour la nuit, ou y faire un séjour pour se reposer des fatigues du voyage. Celui qui veut se donner la peine d’explorer le pays, y rencontre des vestiges de ces établissements : à Harambels, les ruines de la maison Ospitalia ; à Ostabat, lieu de rencontre de plusieurs routes, deux maisons Ospitalia ; à Utxiat, un grand hôpital démoli au dix-huitième siècle ; à Irissarry, l’immense bâtisse des chevaliers de Malte, avec une belle inscription en espagnol ; à Aphat-Ospital, une vieille chapelle du douzième siècle. A l’hôpital Saint-Blaise, à Ordiap, à Arsoritz. à Saint-Michel, à Bidarray, on retrouve, intactes parfois, en ruines le plus souvent, ces anciennes maisons hospitalières où se reposaient pèlerins et voyageurs. 



pays basque autrefois
OSTABAT
PAYS BASQUE D'ANTAN

basse navarre autrefois
OSTABAT
PAYS BASQUE D'ANTAN

Mais l’établissement qui donne encore la plus exacte vision du passé, est l'abbaye de Roncevaux que nous voyons telle que l'ont connue bien des générations de pèlerins. Cette célèbre abbaye, un des quatre grands hôpitaux de la chrétienté, avait des revenus considérables lui permettant d’héberger pendant trois jours, sans frais pour eux, les pèlerins qui venaient frapper à sa porte. 

navarra antes
ABBAYE DE RONCEVAUX NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Malgré ces établissements, la traversée du Pays Basque aurait été périlleuse si d’autres mesures n'avaient été prises pour la protection des pèlerins. Ceux-ci avaient surtout à craindre les habitants qui, à demi-sauvages, leurs faisaient toute espèce de misères, n'hésitant pas à endosser l’habit de pèlerin, le manteau de cuir et le chapeau à coquilles pour tromper les vrais pèlerins. Aussi, pour protéger ces derniers, fut constitué, d’après Huarte et Sarasa, comme en Terre Sainte, et dans d’autres pays, un Ordre militaire, les chevaliers d’Ibaneta et de Roncevaux, qui portaient sur leur manteau l’insigne de leur ordre, la croix crossée à pied aiguisé et fiché. Leur rôle consistait, affirment toujours ces deux auteurs, à accompagner les pèlerins, à les diriger et à les protéger contre les indigènes et les animaux sauvages. On peut encore voir, disent-ils, sur les vêtements des moines Augustins de Roncevaux, cet ancien insigne des moines chevaliers dont la création remonte aux temps lointains où commencèrent les pèlerinages à Compostelle. MM. Dubarat et Daranatz, qui ont étudié à fond la question de cet ordre militaire, n’ont pas trouvé trace de ces prétendus chevaliers. S’il y a eu des gens pour accompagner et guider les pèlerins, ils ne dépendaient pas de l’abbaye. L’ordre religieux de Roncevaux ne fut jamais militaire. 



pais vasco antes
PELERINAGE ST JACQUES DE COMPOSTELLE
PAYS BASQUE D'ANTAN

On comprend qu'étant donnés les dangers que présentait un semblable voyage, beaucoup de pèlerins succombassent en route. Mais, pour celui qui était de retour, que de souvenirs, que de récits, que de légendes à raconter ! Toute une littérature est née sur les chemins de Saint-Jacques. Sans parler des naïves chansons des pèlerins, on peut dire que la plupart de nos chansons de gestes ont leur origine, ainsi que l'a montré M. Bédier, dans les récits fabuleux recueillis dans les monastères, dans les hôtelleries et sur les routes. Transmis par les pèlerins dans le monde des clercs, ils passèrent de là dans celui des trouvères, qui en formèrent les premières chansons de gestes. 



On voit que de souvenirs évoque la traversée du Pays Basque. Certes, les choses ont bien changé depuis l’époque des pèlerinages ! Le pays est plus peuplé, on trouve des localités qui n’existaient pas autre fois, les immenses forêts avec leurs animaux sauvages ont disparu ; mais il reste encore bien des vestiges du passé, des noms de lieux, des croix, quelques vieilles chapelles ; enfin, l’aspect général du pays est toujours le même. Aussi, lorsque de Saint-Jean-Pied-de-Port on dirige ses regards vers les pentes de l’Orisson, on peut, avec un peu d’imagination, apercevoir par la pensée, une longue théorie de pèlerins gravissant péniblement cet antique chemin de Compostelle et ayant pour idéal, suivant la pittoresque expression de M. Camille Jullian, "la réalisation du rêve de leur foi".



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Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans ce 1513ème article.


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