samedi 24 novembre 2018

DÉTOURNEMENT DU RAVITAILLEMENT À BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1942


UNE AFFAIRE DE DÉTOURNEMENT DU RAVITAILLEMENT À BAYONNE EN 1943.


Pendant la seconde guerre mondiale, le Pays Basque, à l'instar du reste de l'hexagone a connu des affaires de marché noir et de détournement de ravitaillement.




QUAI ST ESPRIT BAYONNE 1943
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta la presse locale, en particulier la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du 

Pays basque, dans différentes éditions :


  • le 9 septembre 1942 :

"Les affaires de détournement du Ravitaillement. 



Nous avons déjà à plusieurs reprises entretenu nos lecteurs de l’affaire dans laquelle le contrôleur général de la carte d'alimentation des services du Ravitaillement de la zone occupée des Basses-Pyrénées le sieur Mathis se trouve compromis en compagnie de sa femme de service et d'un garçon de café. Ces deux derniers, on le sait, complices du dit contrôleur, trafiquaient avec les tickets de sucre qui leur étaient remis par lui. 



Depuis son arrestation Mathis ne cesse d’opposer des dénégations aux accusations dont il est l’objet de la part de sa femme de service, mais celle-ci persiste avec une ardeur qui ne faiblit pas, à le dire coupable. D’après cette femme, son patron aurait touché une somme de 30 francs par kilo de sucre obtenu grâce aux tickets donnés par lui. Ces contradictions soumettent la perspicacité du juge d’instruction à une rude épreuve, mais il ne fait aucun doute qu’il saura en démêler le vrai du faux au mieux des intérêts de la justice. 



SOLDAT ALLEMAND BAYONNE 1943
PAYS BASQUE D'ANTAN



Dans la soirée d'hier nous avons appris que cette affaire pourrait avoir un certain rebondissement. Un quatrième personnage, dont le nom n’a pas encore été révélé, serait également compromis. 



On parle également d’une affaire d’abattage de bœuf, de liquidation de plusieurs porcs et autres "délicatesses", f faire des plus clandestines, naturellement, dont les détails connus de quelques initiés bien placés, ne manqueront pas d’intéresser l’opinion publique, dès que celle-ci en sera saisie."



  • le 10 décembre 1942 :

"Le Directeur du ravitaillement obtient la révocation de 8 employés indélicats.


A la suite de l’enquête menée par le commissaire Dehès, de la brigade mobile de Bordeaux, et par l'inspecteur Garrigou, plusieurs chefs de service et employés du ravitaillement général ont été entendus par M. Deléris, juge d’instruction, et inculpés de trafic frauduleux de titres d’alimentation ou de denrées. 



Ce sont les nommés H... D..., C... Saint-J..., les demoiselles D...R..., J... et plusieurs autres. 



Ces chefs de service et employés ne font plus partie du ravitaillement général. Dans un but d’épuration, M. Gonfreville, directeur général, a demandé et obtenu leur démission. 



Quant au contrôleur principal Mathis, qui fut à l’origine de la découverte de ces affaires, il a été mis en liberté provisoire après trois mois de prison préventive."


MARCHE BAYONNE 1943
PAYS BASQUE D'ANTAN

  • le 5 mai 1943 :

"L'affaire du Ravitaillement devant le Tribunal Correctionnel.



L'affaire dite ces scandales du Ravitaillement, qui a tait tout le bruit que l'on sait en raison de la qualité des personnalités compromises qui comptaient parmi les hauts fonctionnaires du dit Ravitaillement Général des Basses-Pyrénées (zone occupée), est appelée ce matin devant les juges. Vingt inculpés sur vingt-deux répondent à l'appel de leur nom. 



Il est aussitôt procédé à l'audition des témoins et à l’interrogatoire des inculpés. 



La dame Etchepare, femme de ménage de M. Mathis, contrôleur chef du service de la carte, reconnaît avoir reçu de celui-ci des cartes qui lui ont permis d’acheter 82 kilos de sucre pour son usage personnel, dit-elle, et celui de quelques amis. Elle déclare avoir revendu ce sucre au-dessus de la taxe et avoir servi une commission de 1 500 francs au dit sieur Mathis comme convenu entre eux. 



Le mari de la domestique, qui est lui-même garçon de café, est l'objet de la même inculpation de trafic de tickets. Comme sa femme il reconnaît les faits. 



La dame L... pour sa part s'est bornée à livrer du sucre contre des tickets détachés, mais au prix de la taxe et dans l’ignorance absolue de leur provenance douteuse. Elle reconnaît l’exactitude du fait. 



M. Mathis est à son tour interrogé. Il nie avoir dérobé des cartes au service qu’il dirigeait et oppose un démenti formel au témoignage de la dame Etchepare. Il nie égale ment avoir remis une enveloppe contenant des cartes qui devait être remise à un sieur Chastenet (?) par l'intermédiaire du sieur Vignes, propriétaire du Bar-Choco de Bayonne. 



A une observation du président qui lui reproche une condamnation antérieure pour émission de chèques sans provision, Mathis fait remarquer que cette condamnation était ignorée par la justice au moment de son arrestation et que c’est lui qui en a donné connaissance à l'instruction, alors que le magistrat instructeur ignorait le fait. 



En résumé Mathis nie absolument l’accusation dirigée contre lui. Après lui le contrôleur Médine comparait à la barre. Comme son collègue du ravitaillement Médine nie les faits reprochés. 



De nombreux incidents surgissent au cours de ces auditions. Sur une intervention de Me André Delmas, le tribunal suspend l’audience et dans la salle le public manifeste. 



A la reprise l’interrogatoire continue et les dépositions sont hachées par de nombreuses interventions des défenseurs. 



Avec M. Joseph Saint-J.... comptable, on apprend qu'il est aisé de maquiller la tenue des livres dont les chiffres devaient servir à marquer les irrégularités des contrôleurs du ravitaillement. Cet exercice l'a fait profiter de quelques tickets clandestins et lui valent aujourd'hui de se trouver sur la sellette. 



Enfin c'est M. Collet. 35 ans, ancien chef de service, préposé aux collectivités du ravitaillement général, inculpé d'avoir utilisé indûment des tickets de pain et de matière grasse, qui reconnaît les faits reprochés et les met sur le compte de ses besoins de famille. 



Et l’audience prend fin avec l’audition de quelques comparses qui ont peu ou prou profité de leur collaboration aux différents services du ravitaillement pour obtenir deux ou trois cartes supplémentaires de pain ou de margarine. 



L’audience de l'après-midi.

 

L’audience de l'après-midi débute par le réquisitoire de M. Fonade, substitut du procureur de la République. L’honorable magistrat fait le procès des actes commis dans les bureaux d'une administration de l'Etat chargée de donner à chacun son dû et rien que son dû, ainsi qu’il est déclaré dans la loi. 



Il invite le tribunal à se montrer sévère pour les inculpés qui ont alarmé et scandalisé l’opinion publique. Les sanctions doivent correspondre à la gravité des faits. L’audience continue."


QUAI AMIRAL DUBOURDIEU BAYONNE 1943
PAYS BASQUE D'ANTAN

  • le 6 mai 1943 :

"Le réquisitoire de M. le substitut Fonade, prononcé au cours de la dernière audience de l'après-midi et dont nous avons parlé hier, a courageusement flétri les faiblesses coupables, ainsi que les défauts et les vices dont furent marqués les débuts du Ravitaillement général dans notre région. 



Certes, a-t-il reconnu, la tâche des organisateurs était lourde, mais le choix de ces derniers fut trop légèrement décidé. C'est ainsi que l'on vit placer à la tête de certains contrôles des hommes tarés ou ayant déjà eu maille à partir avec la justice. Un tel choix ne pouvait donner d'autres résultats que ceux dont le tribunal doit sévère ment sanctionner aujourd'hui. 



La parole est ensuite donnée aux défenseurs des inculpés. 



Successivement Maîtres Frank-Moreau, Jacques Simonet, Dartiguelongue, Sens, de Sèze, Harriague et Delmas prononcent d'émouvantes plaidoiries et en raison de l'absence de Me Delaunay, du barreau de Paris, défenseur de l'ancien contrôleur général Mathis, le tribunal remet la continuation des débats à une audience dont la date sera ultérieurement fixée."



PLACE REDUIT BAYONNE 1943
PAYS BASQUE D'ANTAN


  • le 2 juin 1943 :

"Le tribunal rend son jugement dans l’affaire du Ravitaillement général. 



Le contrôleur principal M... est condamné à dix mois de prison. Le chef de service Me... est condamné à huit mois de prison. La femme E... est condamnée à quatre mois de prison et son mari, garçon de café à Bayonne, est condamné à un mois de prison. La dame K..., épouse Me... est également condamnée à un mois de prison. 



Tous les autres employés du Ravitaillement général compromis dans cette affaire sont condamnés à des amendes variant de 5 000 à 1 200 francs."



Dans un article ultérieur, vous verrez que le nouveau contrôleur principal fut lui aussi "pris la main dans le sac"...





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