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mardi 9 septembre 2025

LE PAIN "ESPAGNOL" AU PAYS BASQUE EN MAI 1918 (cinquième et dernière partie)

    

LE PAIN "ESPAGNOL" EN MAI 1918.


Pendant la Première Guerre mondiale, la question du ravitaillement est un sujet quotidien préoccupant dans toute la France, et au Pays Basque également. 




PAIN 1918



Voici ce que rapporta E. Seitz dans le quotidien La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-

Luz, dans plusieurs éditions :



  • Le 24 mai 1918 (suite) :

"... En résumé, Monsieur le Préfet, nous avons conscience d'avoir assuré la fidèle application de vos instructions concernant les restrictions imposées dans la Défense Nationale et cela malgré les difficultés inhérentes au régime spécial qui fait de notre station un vaste hôtellerie et malgré l'insuffisance numérique du personnel de la police municipale.



Nous n'avons pour cela ménagé ni notre temps ni nos peines et nous serions justement émus, que sans aucun égard pour nos efforts, on pût, en généralisant un cas isolé qui a pu se produire, méconnaître les résultats obtenus et la tâche considérable que nous avons accomplie.



Nos populations, vous le savez, sont animées du meilleur esprit et supportent avec vaillance les sacrifices commandés par l'intérêt du pays. Il est bien, toutefois, que M. le ministre du ravitaillement n'oublie que notre département est encore condamné au régime de la ration de pain à 200 grammes et qu'il est indispensable que cette ration soit portée à 300 grammes, comme partout ailleurs, à l'heure où les restrictions sur la viande vont nous imposer de nouvelles privations.



J'ai déjà appelé sur ce point l'attention de M. le ministre. Je sais que cette question est l'objet de vos préoccupations et j'ai confiance que votre sollicitude lui fera donner une équitable solution. 


Le Sénateur Maire : P. Forsans."


biarritz 1919
PIERRE FORSANS MAIRE DE BIARRITZ - MIARRITZE
PAYS BASQUE D'ANTAN



  • Le 29 mai 1918 :


"Pain Espagnol.


— Hier, à la gare de Biarritz-Ville, des personnes étaient arrêtées devant un ballot contenant une sérieuse quantité de pain espagnol et se plaignaient de ne pouvoir en acheter, la marchande refusant de le leur vendre à n'importe quel prix. Un agent s'enquit. Le pain était destiné à être vendu aux prix exagérés que nous avons connus. Devant la menace de saisie, la marchande, tout en maugréant accepta de vendre au prix toléré de 0.80 le demi-kilo. En quelques minutes, tout fut enlevé.



Cependant, nous devons signaler qu'il y a quantité de personnes qui consentent encore à payer le pain espagnol à n'importe quel prix. Ces gens-là ne sont pas raisonnables, car ils se font ainsi les auxiliaires de la contrebande et ils empêchent le pain espagnol de diminuer de prix."



  • Le 26 juin 1918 :

"Le pain Espagnol.



— Le pain de contrebande continue d'arriver à Biarritz où certains intermédiaires le vendent clandestinement à raison de 5 et 6 francs le kilo. Plusieurs saisies ont été faites récemment dans les gares.



Maintenant, voici le nouveau truc employé pour échapper à la surveillance exercée à Biarritz-Ville. Les transporteurs de pain, arrivant de la Négresse par le train, le jettent par la portière, en cours de route, aux environs du pont de Chélitz et des compères viennent le recueillir. Il est même arrivé récemment que des pains ainsi jetés en dehors de la voie ont été recueillis et mangés à bon marché par des personnes à qui ils n'étaient pas destinés."



  • Le 30 novembre 1918 :

"Après l'Armistice.



... En Espagne, par exemple, où nous comptons tant d'amis sincères, mais aussi des germanophiles stupides et ingrats, les effets de l'armistice gagné par nos Poilus se font sentir plus promptement encore peut-être que chez nous.



Déjà, moins de quinze jours après la capitulation boche, le pain, élément essentiel de la vie, a baissé de 10 centimes par kilog. dans toute la péninsule ; déjà l'on prévoit une baisse de prix sur un grand nombre de denrées d'alimentation, sur les cotons et les produits de fabrication ; déjà les sortes de tabac qui manquaient — ceux qui viennent des colonies et de Manille principalement — sont attendus et annoncés chez les marchands. Déjà l'officielle "Gaceta" a publié la déclaration officielle de l'ambassadeur d'Allemagne, annonçant la fin de toute belligérance navale, la fin de la guerre commerciale par sous-marins, la fin du régimes des sauf-conduits, obligations restrictives, obstacles de tout genre, la liberté, en un mot, du trafic maritime.



Il n'est pas inutile peut-être de rappeler aux Bochophiles espagnols, qui bénéficient, comme tous les autres neutres, de cet heureux état de choses, que c'est aux Boches qu'ils doivent les souffrances du blocus, aujourd'hui terminé pour eux, que c'est aux Alliés qu'ils doivent, depuis le 11 novembre, les bénéfices de la libre navigation ; aux Alliés, qui, à leur profit, ont fait signer par les plénipotentiaires l'article 32 de l'armistice :


"Le gouvernement allemand notifiera formellement à vous les gouvernements neutres, que toutes les restrictions imposées au trafic de leurs bâtiments avec les puissances alliées ou associées... sont immédiatement annulées."



C'est donc grâce à la liberté des mers gagnée par nous et réclamée par nous pour eux que les Espagnols peuvent librement commercer et manger du pain bon marché."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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samedi 9 août 2025

LE PAIN "ESPAGNOL" AU PAYS BASQUE EN MAI 1918 (quatrième partie)

   

LE PAIN "ESPAGNOL" EN MAI 1918.


Pendant la Première Guerre mondiale, la question du ravitaillement est un sujet quotidien préoccupant dans toute la France, et au Pays Basque également. 




PAIN 1918



Voici ce que rapporta E. Seitz dans le quotidien La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-

Luz, dans plusieurs éditions :



  • Le 16 mai 1918 :

"Le pain espagnol. — Le maire de la ville de Bayonne a pris l'arrêté suivant :


Art. 1er. — A dater de ce jour l'exposition et la mise en vente de tout pain blanc dit Espagnol, ou de toute autre provenance, sont interdites sur tout le territoire de la commune de Bayonne autrement qu'au prix de la taxe fixé par l'arrêté susvisé de M. le préfet des Basses-Pyrénées du 21 décembre 1917.


Art. 2. — Toute infraction aux dispositions de l'article qui précède entraînera la confiscation du pain exposé et mis en vente. Ce pain sera distribué aux Orphelinats de la Ville, sans préjudice des poursuites exercées contre les contrevenants par application de l'article 471, paragraphe 15 du Code pénal.


Art. 3. — M. le commissaire central de police et les agents de la police municipale, M. le préposé en chef de l'octroi et les agents sous ses ordres sont et demeurent chargés de l'application du présent arrêté.


Fait à l'Hôtel de Ville de Bayonne, le 10 mai 1918.

Le maire : J. Garat."



  • Le 19 mai 1918 :

"Hendaye.

La question du pain espagnol.



— Décidément il ne sera plus facile de spéculer comme on le faisait scandaleusement sur les privations du public et sur la faim en vendant à des prix abusifs le pain importé d'Espagne.



Après les arrêtés pris par le maire de Bayonne et par le maire de Biarritz pour rappeler à la raison les vendeurs de pain, voici que la municipalité d'Hendaye agit à son tour pour réglementer le cours du pain espagnol.



Voici en effet l'arrêt qui vient d'être pris :


Considérant que le pain espagnol acheté sur place, en Espagne, revient à 0.60 peseta le kilo, ce qui, au cours actuel du change, représente 0 fr. 95 ;

Qu'il est inadmissible que le même pain, importé en France par des particuliers qui en font l'objet d'un commerce important, soit revendu à 2 fr. 50 et 3 fr. le kilog.


Arrêtons :


Art. 1er. — A partir du 18 mai 1918, il est interdit à tout entrepositaire ou revendeur de pain blanc, dit espagnol, sur le territoire de la commune de Hendaye, de livrer cette denrée à un prix supérieur à 1 fr. 25 le kil. ;


Art. 2. — Toute personne qui vendrait ou achèterait du pain espagnol au dessus de 0 fr. 65 la livre, s'exposerait à la réquisition de son stock au prix de la taxe locale, soit 0 fr. 65 le kilog., et à être poursuivie pour hausse illicite en matière de ravitaillement."



  • Le 24 mai 1918 :


"Restrictions à Biarritz.



— Ceux qui subissent les restrictions à Biarritz, ceux surtout — et ils sont l'immense majorité — qui se font un devoir de s'y conformer dans toute leur rigueur nécessaire, seront bien étonnés d'apprendre que des rapports adressés au ministre du ravitaillement accusent notre département et Biarritz en particulier, de ne pas observer ces restrictions.



M. Forsans, sénateur, maire de Biarritz, qui, à la mairie, doit soutenir une lutte continuelle contre les difficultés de ravitaillement tout en veillant scrupuleusement au respect de toutes les réglementations, a répondu par la lettre suivante au préfet des Basses-Pyrénées :


Le Sénateur-Maire de Biarritz à Monsieur le Préfet des Basses-Pyrénées, Pau.


J'ai eu connaissance de la dépêche en date du 6 de ce mois par laquelle, à la suite d'un rapport qui lui a été fait, M. le ministre du ravitaillement relève que les dispositions légales et réglementaires édictant des restrictions diverses ne seraient pas régulièrement observées dans le département des Basses-Pyrénées.


Il signale notamment qu'à "Biarritz le régime de la carte ne fonctionne pas dans les hôtels et qu'on donne le pain à discrétion, qu'il se fait dans cette commune et dans les environs un commerce de pain blanc espagnol , vendu à 2 francs le kilogramme. Le pain est passé en fraude à la frontière et est destiné à la clientèle riche. Les boulangers eux-mêmes s'adonneraient à ce trafic et la vente de ce pain, malgré un arrêté du maire qui l'interdit, continuerait clandestinement".


Je regrette que M. le ministre ait pu être si mal renseigné et qu'au lieu de lui dire que le pain est ici dépensé sans mesure — amère dérision ! — on ne lui ait pas plutôt rappelé que nous en avons été complètement privés à diverses reprises et qu'à l'heure actuelle les Basses-Pyrénées sont réduites à la ration de 200 grammes tandis que cette ration, dans les autres départements, n'est nulle part inférieure à 300 grammes.


La vérité est, Monsieur le Préfet, qu'à Biarritz, l'arrêté par lequel vous avez fixé à 200 grammes la ration de pain est indistinctement appliqué à tous, aussi bien aux hôtels qu'aux petits ménages et que nous observons avec la plus grande rigueur toutes les mesures de contrôle que vous avez sagement prescrites pour en assurer l'exécution.


En l'absence de la carte individuelle qui n'existe encore ni dans les Basses-Pyrénées ni dans les départements voisins, nous remettons chaque jour à chacun des hôtels un nombre de rations de 200 grammes correspondant au chiffre des personnes qui y prennent leurs repas et ce chiffe est chaque semaine, l'objet d'une vérification.


Dans ces conditions, j'ai le droit d'affirmer que les hôtels ne peuvent donner du pain à discrétion à leurs clients et de protester contre la généralisation d'un cas isolé qui peut se produire partout où plusieurs personnes prenant leurs repas en commun, il est loisible à l'une d'elles de faire bénéficier une autre de tout ou partie de sa ration.


Il est exact que, depuis quelque temps, du pain espagnol est mis en vente à Biarritz. Mais ce pain n'est nullement passé en fraude à la frontière. Il est introduit sous les yeux des autorités françaises ; il n'est nullement réservé pour la clientèle riche puisque chacun peut s'en procurer, et la vente e est faite, non clandestinement, mais au grand jour.


Il en est de même d'ailleurs dans toutes les localités de la région. Pouvions-nous, alors que plusieurs fois par semaine nous n'avions pas de pain, priver les familles de la ressource du pain espagnol ? Je ne l'ai pas pensé et même à l'heure actuelle, tant que la population est condamnée au régime de la ration de 200 grammes, j'estime qu'il ne serait pas sage de la priver d'un supplément d'alimentation qu'elle peut se procurer sans nuire à l'intérêt national.


Mais si je n'ai pas cru devoir interdire la vente sur le territoire de la commune du pain espagnol dont l'entrée en France est permise, je me suis du moins attaché à prévenir les abus auxquels cette vente pourrait donner lieu. C'est ainsi que j'ai fait saisir le pain dont le prix de vente est trop élevé et que, dès la première heure, cette vente a été interdite aux boulangers afin de leur éviter la tentation de ne pas observer la taxe et une surveillance exercée par le commissaire de police garantit l'application de cette mesure. C'est ainsi que, prévenu par lui il y a quelque temps de l'infraction commise par un boulanger, après m'être rendu compte que des poursuites seraient dépourvues de sanction, j'ai adressé au contrevenant une lettre dont copie est ci-jointe.



Il n'est donc pas exact de dire que les boulangers de Biarritz s'adonnent au trafic du pain espagnol.



Il est dit d'autre part dans le rapport qui a ému M. le ministre du ravitaillement que "dans la plupart des hôtels et restaurants de Biarritz on sert du beurre et des repas d'avant-guerre : Le tout est d'y mettre le prix et de prendre ses repas dans les appartements".



Il m'est agréable de trouver dans la forme même de cette énonciation — paraphrase d'un diction fameux — la preuve certaine que l'auteur du rapport n'a pu relever dans aucun des 150 établissements de Biarritz servant des repas, une seule infraction ayant pu échapper à la surveillance de la police municipale.



Celle-ci pourrait-elle induire en tentation le maître d'hôtel par des offres engageantes et se donner ainsi le malin plaisir de constater la contravention après l'avoir provoquée ?



De tels moyens ne sont pas à notre portée et sincèrement, je déclare qu'il ne peut nous convenir non plus de les employer..."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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mercredi 9 juillet 2025

LE PAIN "ESPAGNOL" AU PAYS BASQUE EN MAI 1918 (troisième partie)

  

LE PAIN "ESPAGNOL" EN MAI 1918.


Pendant la Première Guerre mondiale, la question du ravitaillement est un sujet quotidien préoccupant dans toute la France, et au Pays Basque également. 




pays basque guerre labourd histoire 1914-1918 ravitaillement frontiere pain guipuscoa
PAIN 1918



Voici ce que rapporta E. Seitz dans le quotidien La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-

Luz, dans plusieurs éditions :


  •  le 8 mai 1918 :

"Interdiction de la vente du pain espagnol.


— Par ordre formel de M. le Maire, la vente et l'achat du pain blanc de luxe, d'Espagne ou de toute autre provenance, sont interdits à des prix au-dessus de la taxe officielle fixée par l'arrêté de M. le Préfet en date du 21 décembre 1917.



Des avertissements sévères ont été donnés à toutes personnes se livrant à ce trafic, et s'il n'en était pas tenu compte immédiatement, les agents procéderont à la confiscation du pain.


Le commissaire central entend que les instructions et les ordres de M. le maire soient strictement appliqués."



pays basque guerre histoire labourd 1914-1918 ravitaillement frontiere pain guipuscoa
PORTEUSE DE PAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN



  • le 12 mai 1918 :

"Le pain espagnol.


— Les mesures radicales prises à Bayonne, il y a quelque jours, contre la vente du pain espagnol, à des prix exorbitants ont eu pour effet de faire baisser quelque peu le prix de cette denrée à Biarritz. Mais ce prix n'est encore ni acceptable ni tolérable. Le pain coûte en Espagne 0.60, ce qui, avec le change, et la douane, représente 1 franc de notre monnaie. En faisant la part des risques de contrebande, des voyages et peines, le prix de 1.50 à 1.75 le kilo serait assez largement rémunérateur pour les vendeurs ; le pain de un kilo et demi ne devrait pouvoir être vendu plus de 2.25 à 2,50.



Nous savons bien, et nous l'avons déjà dit, que le mal réside surtout à la frontière même et que les contrebandiers de Hendaye ou de Béhobie vendent les pains à 3 francs en moyenne aux revendeuses qui l'apportent à Biarritz ou Saint-Jean-de-Luz.



Mais il y aurait moyen de mettre à la raison ces exploiteurs ; il suffirait pour cela que les revendeurs leur laissent la marchandise pour compte pendant quelques jours et qu'il soit interdit à ces revendeurs de dépasser un prix déterminé pour la vente au public."



pays basque guerre histoire labourd 1914-1918 ravitaillement frontiere pain guipuscoa
PORTEUR DE PAIN SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT
PAYS BASQUE D'ANTAN



  • le 14 mai 1918 :

"Biarritz.

Le pain espagnol. — Vendeuses, à partir de jeudi ne vendez pas le pain espagnol au-dessus de 80 centimes la livre, 1.60 le kilo, 2.40 le pain de 3 livres, vous vous exposeriez à voir réquisitionner votre stock au prix de la taxe locale, soit à 65 centimes le kilo.



Acheteurs, à partir de jeudi, ne payez pas le pain espagnol plus de 80 centimes le demi-kilo, 1.60 le kilo, 2.40 les 3 livres. Ce prix maximum est normal et comporte une suffisante rémunération des frais, charges et risques des intermédiaires.



Nous en reparlerons d'ailleurs demain."



pays basque guerre histoire labourd 1914-1918 ravitaillement frontiere pain guipuscoa
PORTEUSE DE PAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN


  • le 15 mai 1918, sous la plume d'E. Seitz :

"Pain espagnol. — Doit-on tolérer la vente du pain espagnol, qui, en raison des frais de change et de transport et des risques divers, est d'un prix de revient très supérieur à celui du pain national ? Doit-on au contraire en interdire la vente et appliquer à la lettre la taxe interdisant de vendre du pain plus de 0 fr. 65 le kilo ?



Si la question s'est posée, c'est qu'il y a eu, qu'il y a encore un vrai scandale du pain espagnol, c'est que ce pain, passé en contrebande est devenu matière à exploitation vraiment intolérable ; c'est qu'on vend ici et ailleurs, à 1 fr. 40 le demi-kilo, à 2,50 et 3 francs le kilo, à 3,50, 3,75 et même 4 francs les 3 livres, un pain d'Espagne qui est même souvent de fabrication clandestine et de propreté douteuse.



Notez que c'est pour une grande part la classe pauvre et travailleuse qui, se trouvant insuffisamment nourrie par les 200 ou 250 grammes de pain de la ration quotidienne, achète à ces prix fantastiques le pain espagnol. Elle paie, mais n'en pense pas moins et proteste avec raison. Mais comme le pain, même à 3 francs le kilo est une nourriture plus économique que la viande et bien d'autres denrées on en achète quand même. Il semble qu'il y a donc lieu de laisser cette ressource au public mais de protéger ce dernier contre le mercantisme.



Nous avons établi, dans un précédent article de La Gazette, que le pain, non compris les frais et risques de contrebande et les frais de voyage, revenait en argent français, à 1 fr. ou 1.10, suivant qu'il acquitte ou non les frais de douane ; nous avons ajouté qu'une marge de 50 centimes devrait suffire à couvrir les risques, frais et bénéfices des revendeurs qui le détaillent dans notre ville. Il semble donc raisonnable de fixer à 1.60 le kilo le prix de vente toléré.



Nous avons appris que l'administration municipale et le service de police ont reconnu exactes nos précisions et légitimes nos conclusions. ... Donc, à l'avenir marchands et public peuvent se le tenir pour dit la vente du pain espagnol (j'entends par là le pain vraiment importé d'Espagne), ne sera tolérée qu'à un prix ne dépassant pas 80 centimes la livre, 1.60 le kilo et 2.40 le pain de 3 livres. Si les marchands persistaient à vendre le pain au-dessus de ce prix, la police le réquisitionnerait, et l'ayant remboursé au taux de la taxe municipale : 0.65 le kilo, le livrerait au public à ce même prix.



pays basque guerre labourd histoire 1914-1918 ravitaillement frontiere pain guipuscoa
BOULANGERE BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Cette solution est raisonnable et sera sans doute approuvée.



Nous n'ignorons pas que la plupart des revendeurs de ce pain ont un bénéfice assez limité, même en l'écoulant actuellement au prix abusif dont on se plaint. C'est à Hendaye, à Béhobie que les contrebandiers et mercantis ont établi le cours exagéré de 3 francs et plus par pain de 3 livres. Les revendeurs de Biarritz n'ont qu'à leur laisser cette denrée pour compte jusqu'à ce que leurs prétentions, étant devenues plus modestes, ramène le pain à un prix plus normal et auquel cependant nos revendeurs puissent trouver leur compte.



Ajoutons que, pour rendre opérante la mesure prise ici, il faudrait qu'elle fut appliquée de même à Saint-Jean-de-Luz et Hendaye.



Ainsi cessera ce que l'on a justement appelé le scandale du pain espagnol.



P. S. — Nous avons constaté ce matin, aux Halles, qu'un tableau bien en vue annonce l'interdiction de vendre à Biarritz du pain espagnol à un prix supérieur à 80 centimes le demi-kilo."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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samedi 7 juin 2025

LE PAIN "ESPAGNOL" AU PAYS BASQUE EN MARS 1918 (seconde partie)

 

LE PAIN "ESPAGNOL" EN MARS 1918.


Pendant la Première Guerre mondiale, la question du ravitaillement est un sujet quotidien préoccupant dans toute la France, et au Pays Basque également. 




pays basque guerre histoire 1914-1918 ravitaillement frontiere pain guipuscoa
PAIN 1918



Voici ce que rapporta E. Seitz dans le quotidien La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-

Luz, le 9 mars 1918 :



"Le pain d'Espagne.



Il y a toujours une question de pain d'Espagne, car de plus en plus, la spéculation s'exerce, d'une façon scandaleuse sur cette denrée.



Nous avons dit déjà que grâce à une tolérance amicale de nos amis d'Espagne, beaucoup de frontaliers, de Luziens, même des Bayonnais et des Biarrots pouvaient aller de l'autre côté de la frontière chercher le pain nécessaire à leur ménage, en petite quantité d'ailleurs. L'autorité espagnole chargée de faire respecter l'interdiction de l'exportation, — car l'Espagne a du blé tout juste pour ses besoins — s'émeut de voir les progrès d'une spéculation éhontée qui s'exerce sur le pain par l'intermédiaire de contrebandiers cupides et sans vergogne et, si l'on n'y met ordre, il est à craindre que la spéculation tue le tolérance. Il y a, en effet, un double scandale que les autorités d'Espagne et de France ont à faire cesser : d'une part la fabrication clandestine et la sortie en fraude d'une très grande quantité de pain de qualité plus que douteuse d'ailleurs ; d'autre part la vente à Biarritz, à Bayonne, en diverses autres localités et surtout aux environs de Béhobie, des sacs et des charretées de pain vendu d'autant plus cher qu'il est plus mauvais, aux prix exorbitants de 2 à 4  francs le kilo.



pays basque guerre histoire 1914-1918 ravitaillement frontiere pain guipuscoa
BOULANGERE BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Je tiens à m'expliquer tout de suite sur la question de qualité et de prix et à rendre aux autorités et aux commerçants cette justice stricte de déclarer que ni les uns ni les autres ne sont responsables de ce dont nous nous plaignons. Pas un boulanger de Saint-Sébastien ni d'Irun n'est capable de faire et de délivrer des pains aussi défectueux et aussi sales souvent que ceux dont nous avons vu faire la vente ici ; pas un ne vend le pain à qui que ce soit au-dessus de 55 ou 60 centimes le kilo suivant la qualité (les revendeurs même se contentent d'une minime majoration qui ne met pas le pain au-dessus de 65 centimes de peseta).



Nous nous trouvons en présence d'une fabrication de contrebande et d'une exploitation honteuse contre laquelle les autorités d'Espagne et de France se doivent de sévir rigoureusement.



J'ai constaté, à Biarritz, au cours d'une enquête suivie, qu'on y apportait journellement — surtout depuis que la frontière est fermée — des charretées de pain, dont la vente a été interdite sur la place publique, mais qu'on débite dans divers magasins. Ces pains ont des origines diverses sans doute, mais la plupart présentent les caractéristiques suivantes : Ils n'ont pas le poids régulier de 1 000 ou 1 250 grammes ; or la surveillance est très sévère en Espagne et le pain de boulangerie pèse le poids légal, à très peu de grammes près ; ce poids est d'ailleurs obligatoirement inscrit à même la croûte de chaque pains ; et puis la plupart sont mal cuits, humides, souillés ; j'en ai vu de tout graisseux ; d'autres complètement mouillés ; d'autres avec de saletés de toute sorte ; cela donne à penser qu'ils sont faits dans des boutiques clandestines des environs de Béhobie ou Behobia, avec des farines qu'on se procure indûment. Pains ou farines sont transportés par contrebande à travers la Bidassoa par des moyens de fortune et grâce à des complicités coupables.



A la suite de notre dernier article, un correspondant nous écrivait que les revendeurs, à Biarritz, du pain espagnol n'exagèrent nullement en vendant le pain de 3 francs à 3 fr.50.


"Voici pourquoi, ajoutait-il : avec le change, les trois livres coûtent 1 fr. 05 mais il faut compter les frais de voyage, le temps perdu, les commissions à payer : Mais généralement les revendeurs de Biarritz ne passent pas la frontière. Ils s'adressent, le long de la Bidassoa, à Hendaye, Béhobie, Biriatou et même plus loin, dans diverses maisons connues d'eux : maisons particulières, auberges, épiceries, fermes, etc., où l'on trouve des stocks de pain espagnol passé en contrebande par les paysans espagnols ou contrebandiers de profession.


Or, nos revendeurs paient aux propriétaires et tenanciers de ces diverses maisons, auberges, fermes, épiceries, etc., le pain tantôt à 2 fr. 25, tantôt 2 fr. 50, 2 fr. 75 et parfois même 3 francs ou plus.


Cela, je l'ai vu, de mes propres yeux vu. Et encore les revendeurs de Biarritz ont-ils en plus de leurs frais de voyage et déplacement, les frais de repas à Béhobie et souvent aussi ceux d'un coucher, car il faut quelquefois attendre le pain. Je ne parle pas de la peine énorme qu'ils ont en outre à ramener sur leur dos des quantités de pain. Je suis absolument certain de ce que j'avance. Ayant, dans les débuts, payé à Biarritz le pain d'Espagne à 3 francs, j'ai voulu me rendre compte par moi-même et essayer de l'avoir meilleur marché.


J'ai donc fait à quatre reprises différentes le voyage de Biarritz à la frontière. J'ai pu, à chaque fois, me mêler adroitement à ces revendeurs. J'ai vite su et vu qu'ils ne payaient pas le pain 1 fr. 05 mais bien de 2 fr. 50 à 3 francs.


Un autre cas a lieu, quelques-uns des dits revendeurs ne vont pas dans ces maisons ou auberges tenant des dépôts de pain. Ils ont affaire directement aux contrebandiers espagnols connus d'eux. Or, les contrebandiers leur demandent par pain 1 fr. 26, plus 0 fr. 80 par pain pour frais de passage du pain d'Espagne en France. Le pain revient donc aux acheteurs à 2 fr. 05 minimum sans compter, je le répète encore, les frais de voyage, la peine et aussi les droits de douane perçus par les douaniers français, lorsque la quantité de pain entrée en France est un peu élevée."



M. J... a raison : ce qu'il écrit m'a été confirmé par les revendeuses qui ont fait métier d'aller chercher du pain pour le revendre ici ; c'est du côté de Béhobie et de Biriatou que ce trafic s'accomplit ; c'est là que la spéculation s'opère ; on y demande jusqu'à 3 francs par pain aux revendeurs eux-mêmes ; c'est de ces côtés-là qu'il faut, croyons-nous, rechercher et poursuivre l'industrie défectueuse du pain douteux, la mise en vente de pain à pesée frauduleuse, l'exportation éhontée d'un besoin populaire.



pays basque guerre histoire 1914-1918 ravitaillement frontiere pain guipuscoa
PORTEUSE DE PAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN


Autant il convient de favoriser par une juste tolérance l'approvisionnement de famille qui se fait dans les excellentes boulangeries d'Espagne, autant il est juste de savoir gré à nos voisins sympathiques de l'aide complaisante donnée aux populations de la frontière française, autant il est nécessaire de mettre un terme de part et d'autre à cette scandaleuse exploitation."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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mercredi 7 mai 2025

LE PAIN "ESPAGNOL" AU PAYS BASQUE EN MARS 1918 (première partie)

LE PAIN "ESPAGNOL" EN MARS 1918.


Pendant la Première Guerre mondiale, la question du ravitaillement est un sujet quotidien préoccupant dans toute la France, et au Pays Basque également. 




pays basque guerre histoire 1914-1918 ravitaillement frontiere pain guipuscoa
PAIN 1918



Voici ce que rapporta E. Seitz dans le quotidien La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-

Luz, le 1er mars 1918 :



"Pain d'Espagne.



L'Espagne est le seul pays d'Europe et un des seuls pays du monde où le blé soit en quantité suffisante pour que le pain ne doive pas être rationné. Tous les autres pays neutres d'Europe souffrent de l'insuffisance des blés autant ou plus que les belligérants. Toute l'Amérique du Nord se rationne afin de pouvoir alimenter les alliés européens et ainsi notre voisine d'outre-Pyrénées occupe une situation exceptionnellement privilégiée au point de vue de l'alimentation en céréales.



De là à pouvoir ravitailler la France, il y aurait loin, car c'est tout juste si l'Espagne arrivera à opérer la soudure avec la prochaine moisson.



Pour cette raison et pour d'autres plus générales, qui ont créé un malentendu économique entre la France et l'Espagne, nos voisins de la péninsule ont prohibé l'exportation de diverses denrées et surtout des céréales.



Pas plus que le blé, le pain ne peut franchir la frontière. Les ordres sont formels et rigoureux.



Mais — malgré l'action néfaste de germanophiles remuants, — les Espagnols sont en grande majorité nos amis, et se comportent comme tels ; nous l'avons toujours soutenu dans ce journal et nous en sommes encore certain malgré les résultats étranges des élections. Dans la province de Guipuzcoa, nombreuses sont les personnalités qui ne craignent pas de manifester leurs sentiments sympathiques et généreux à l'égard de la France, tels M. le gouverneur civil de Saint-Sébastien marquis de Pinafiel, le maire de la capitale guipuzcoane, don Zuaznavar, le maire d'Irun, M. Iruretagoyena et tant d'autres que l'on se trouve toujours disposés à se conduire de façon amicale et chevaleresque envers les Français.



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LEON IRURETAGOYENA
MAIRE IRUN 1918



Et puis, la population des villages frontières d'Espagne est depuis si longtemps habituée à voisiner aimablement avec celles des villages frontière de France que des devoirs de fraternité se sont pour ainsi dire établis entre elles. Les relations sont si étroites qu'indépendamment du pont qui relie Béhobie à Béhobia, l'on voit, entre Hendaye et Irun, trois ponts, voisins à se toucher, symboles de l'union étroite des deux cités.




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PONT INTERNATIONAL BEHOBIA ET BEHOBIE 1918
PAYS BASQUE D'ANTAN



Frontaliers d'Espagne et frontaliers d'Hendaye font un mutuel échange de leurs ressources. Aujourd'hui, que les conséquences de la guerre pèsent lourdement sur les Hendayais, ceux-ci sont heureux de trouver bon accueil sur l'autre rive de la Bidassoa. A charge de revanche, n'est-ce pas ? car nous ne sommes de revue et l'on ne sait pas ce que demain peut réserver à nos bons amis de l'autre rive. Nous ne leur souhaitons pas d'ailleurs de voir s'abattre sur eux un fléau tels que les Boches.



Quand les frontaliers de France n'ont pas de pain ni de farine ce qui leur arrive fréquemment, ou lorsqu'ils veulent goûter un pain plus blanc fait de pur froment, ils n'ont qu'un pont à traverser, à pied ou par le tramway et ils reviennent de chez leurs voisins espagnols avec leur pain et d'autres menues provisions difficiles à trouver chez nous pour le moment. Et c'est ainsi qu'Irun fabrique quotidiennement 2 000 kilos de pain environ en plus de ce qu'il lui faudrait pour sa consommation normale et l'on voit des théories de personnes de tout âge et de tout sexe, revenant d'Espagne avec la petite provision de pain pour la famille. Cela est, comme nous le faisait remarquer un fonctionnaire des douanes espagnoles, contraire au règlement prohibitif qui interdit de sortir du blé ou du pain. Mais, n'est-ce pas, on est Espagnol et non pas Boche. Un Espagnol comprend qu'entre voisins on se rende de menus services ; il n'aurait pas le coeur de refuser son pain blanc à celui qui en est momentanément privé et qui vient l'acheter tandis que les Boches, avec leur muflerie, croient bien spirituel et amusant, sans doute, de photographier ou cinématographier — ce qui est arrivé récemment — les voyageurs chargés de pain. Ces bons Germains, qui mangent à la table de l'Espagne, et ne comprennent rien à la vie sociale oublient que le pain KK est, depuis plus de 3 ans, la pâture de leurs compatriotes d'Allemagne.



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PAIN KK ALLEMAGNE 1918



Donc, n'en déplaise à ces Boches, nos voisins d'Espagne agissent envers nous, sur cette question du pain, comme nous agirions envers eux, comme doivent agir des gens civilisés. Malgré les rigueurs du règlement ils tolèrent que l'on emporte un pain chacun pour la consommation familiale ; ils essaient d'empêcher les abus qui pourraient rendre cette tolérance difficile ou impossible.



Ce que les fonctionnaires espagnols ne peuvent tolérer surtout, et en cela ils ont cent fois raison, c'est qu'on emporte des quantités insolites de pain pour en faire exploitation. Ils n'ignorent pas que des revendeurs, la plupart espagnols, d'ailleurs, écoulent ce pain à Hendaye (où il se vend entre 1 fr. 90 et 2 francs le pain d'un kilo), à Saint-Jean-de-Luz et à Biarritz où il se vend de 3 francs à 4 francs le kilo. Des contrebandiers sont venus fréquemment à Saint-Jean-de-Luz avec plus de 100 kilos de pain, qu'ils vendaient à des prix invraisemblables. Des revendeurs en ont apporté des charretées à Biarritz offrant à certain hôtel de leur en livrer 40 kilos par jour à 4 francs le kilo ou l'écoulant sur la place du Marché à 3 fr. 50, 4 francs ou 4 fr. 50 le pain de 3 livres. Nous avons personnellement entendu des personnalités espagnoles se plaindre de ces pratiques scandaleuses et manifester leur indignation de ce que les trafiquants prétendaient payer, en Espagne, le pain destiné à la France, à des prix considérablement majorés. "Nous n'avons jamais eu qu'un prix, le même pour tous les acheteurs quels qu'ils soient". C'est la pure vérité. Et nos bons voisins apprendront avec satisfaction que les maires de Saint-Jean-de-Luz et de Biarritz ont mis fin par des mesures rigoureuses au trafic intolérable auquel on se livrait. Leur tolérance ne doit profiter qu'à des besoins familiaux et non à des trafics doublement illicites."



A suivre...



(Source : Les cendres de l’ancien maire León Iruretagoyena reposent à Irun, 86 ans après son exil | Euskal Herria | Naiz)








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mardi 29 avril 2025

LE "SABOTAGE" DU RAVITAILLEMENT DE BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN DÉCEMBRE 1918 (cinquième partie)

LE "SABOTAGE" DU RAVITAILLEMENT DE BIARRITZ EN 1918.


Après la fin de la Première Guerre mondiale, des difficultés de ravitaillement existent au Pays Basque Nord, et en particulier à Biarritz.




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CASINO BELLEVUE ET GRAND HÔTEL BIARRITZ 1918
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-

Luz, le 8 décembre 1918, sous la plume d'E. Seitz :



"Le sabotage du ravitaillement de Biarritz.



V. Le Charbon (suite).



La Préfecture avait mis du temps à se rendre aux raisons irréfutables invoquées par M. Forsans. Une dernière lettre avait été adressée par notre sénateur au Préfet, le 19 mai 1918 ; il n'y fut pas fait réponse, ou plutôt on n'y répondit que 4 mois après, en Septembre, par une circulaire imprimée adressée à tous les maires du département. Le Préfet demandait à ces derniers d'établir une liste nominative de tous les ménages de leur commune faisant réellement usage du charbon, annonçant que c'est sur le vu de ces états que serait faite dorénavant toute répartition de ce combustible, au prorata des quantités disponibles.



Le jour où eut lieu, à la sous-préfecture de Bayonne, la réunion des maires, en vue de cette répartition, tous, sauf un, apportèrent leurs dossiers bien en règle ; pour Biarritz, le travail avait eu une importance toute particulière. M. Forsans était accompagné de deux porteurs chargés des dossiers et des états récapitulatifs ; un recensement et une enquête consciencieux avaient abouti à cette constatation que 3 500 familles environ avaient besoin de charbon.



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DOCKERS USINE ST GOBAIN BOUCAU
PAYS BASQUE D'ANTAN



Si la ville de Bayonne avait apporté de même les résultats du travail réclamé par M. le Préfet, on eut pu établir dès ce moment une juste répartition. Mais le représentant du chef-lieu avait estimé inutile de faire comme les autres ; il avait 7 000 ménages et ne s'inquiétait pas de déterminer combien, parmi ces 7 000 ménages, avaient besoin de charbon.



C'était donc inutilement que les autres mairies s'étaient livrées à un long travail ; les protestations qui s'élevèrent à la réunion de la sous-préfecture restèrent sans résultat et sans sanction et, malgré la circulaire préfectorale, on persévéra dans les mêmes errements que par le passé.



Il fut cependant convenu que l'attribution faite à Biarritz serait équivalente ou même supérieure à celle de Bayonne, en raison de besoins plus grands, qui n'étaient plus contestés.



Or, tout récemment, Bayonne a reçu 300 tonnes de charbon, au lieu de 230 qui lui étaient attribués, et Biarritz est resté à la portion congrue.



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DOCKERS QUAI DE LESSEPS BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le Maire de Biarritz s'est vu dans l'obligation d'adresser au représentant de l'Administration, à la date du 30 novembre 1918, une nouvelle lettre ainsi conçue :


Le Maire de Biarritz, à Monsieur le Sous-Préfet de Bayonne.



Je n'ai cessé, depuis un an, de protester contre un système de répartition du charbon n'offrant aucune garantie et qui, basé uniquement sur les chiffres des populations, sans tenir compte de leurs besoins, a eu dans la pratique cette conséquence scandaleuse que le consommateur de telle commune a pu recevoir une attribution quatre fois plus élevée que celle du consommateur de la même catégorie dans la commune voisine.



Tenant compte de mes réclamations incessantes, M. le Préfet, par une circulaire en date du 27 septembre, a décidé que désormais les répartitions entre communes seraient faites au prorata des besoins réels des consommateurs et à cet effet, les maires ont été invités à produire les déclarations signées par les intéressés après en avoir contrôlé la sincérité, en ne faisant figurer sur les listes que les seuls ménages consommant réellement du charbon.



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DEBARQUEMENT DU CHARBON BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



J'ai applaudi avec mes concitoyens aux mesures si judicieuses prescrites par M. le Préfet et dont la mise en application loyale devrait mettre un terme à des abus intolérables en accordant à tous les consommateurs de la même catégorie un même traitement, quel que soit le lieu de leur résidence, et en ce qui nous concerne, nous nous y sommes immédiatement conformés.



Mais à la réunion qui a eu lieu il y a un mois, dans votre bureau, j'ai pu me rendre compte de l'effort qui était tenté pour éluder les dispositions si sages arrêtées par M. le Préfet et leur substituer les mêmes errements arbitraires qu'elles avaient pour but de faire cesser.



J'ai immédiatement protesté auprès de M. le Préfet et auprès de vous-même ; mais je n'ai jamais su le sort qui a été fait à la tentative que je dénonçais ni, non plus, la suite donnée à ma proposition.



Quoi qu'il en soit, vous voudrez bien considérer, Monsieur le Sous-Préfet, que le Conseil Municipal de Biarritz ne saurait plus longtemps supporter la responsabilité de l'injuste traitement dont la population a continué d'être la victime, malgré mes constantes protestations.



Je désire être fixé et je vous prie de m'autoriser à lui donner l'assurance que les répartitions de charbon pour foyers domestiques seront faites désormais d'après les listes établies en conformité des instructions de M. le Préfet et ne comprenant que les ménages consommant réellement du charbon.



Le Maire, P. Forsans."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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