On a beau dire, aux Français en général et aux Biarrots en particulier : "Laissez le charbon aux usines de guerre ; brûlez de la tourbe !" On a beau, à mesure que chôment les usines de guerre, être disposé à brûler n'importe quoi pour laisser la houille aux transports et à l'industrie pour la renaissance économique, il y a cependant des cas assez nombreux où la houille est indispensable, au moins comme appoint et puis surtout la question pour le charbon comme pour le pain, le sucre ou la pomme de terre, être traitée avec équité. S'il n'y a pas de houille, tout le monde s'en passera ; s'il y en a en quantité inférieure aux besoins normaux, comme c'est le cas actuel, qu'on répartisse les quantités disponibles au prorata des besoins réels et reconnus tels. Ainsi le veut la plus élémentaire justice, ainsi doit le vouloir et la réaliser la plus rudimentaire administration.
C'est à la Préfecture de Pau que se trouve la direction du service de répartition des charbons, et nous aurons à examiner comment on s'en est acquitté.
Mais auparavant, qu'on nous permette d'ouvrir une parenthèse pour saluer d'une sincère bienvenue notre nouveau Préfet, M. Maupoil qui, arrivant du Finistère, vient de prendre possession de ses fonctions. Nous avons la certitude qu'il est disposé à mettre toute son intelligence et sa conscience au servi d'une mission dont nous connaissons les difficultés. Il aura à lutter contre des forces d'inertie et des tendances fâcheuses que M. Le Bureau défendra avec opiniâtreté. On voudra faire de lui le Préfet de Pau et il y aura pour lui un rare mérite à savoir rester le Préfet du département, donnant à tous l'impression qu'ils sont traités avec la même équité, non seulement par les intentions, mais par les réalisations. La série d'articles que nous sommes dans la nécessité de publier, démontrera à M. le Préfet Maupoil que jusqu'ici nous n'avons pas eu l'impression de cette équité.
Pour ce qui est des charbons, nous ne remonterons pas au-delà de ces derniers mois et ne rappellerons pas toutes les protestations des années antérieures.
Nous n'insisterons pas sur le déficit de 150 tonnes entre les attributions faites à la ville de Biarritz et les quantités fournies.
Mais voici le fait grave : si l'on compare le régime de distribution du charbon ; entre les deux villes si voisines de Bayonne et de Biarritz — et tout le monde dans la population fait la comparaison — l'on constate que les consommateurs de Biarritz obtiennent péniblement 50 kilos de houille par mois, tandis qu'à Bayonne, on a 200 kilos et plus par ménage et que la Ville, malgré l'importance de cette distribution, peut encore emmagasiner du charbon et faire des réserves ; ces réserves ont été telles à certains moments que la Municipalité de Bayonne aurait pu céder 200 tonnes à celle de Biarritz ; il est vrai que s'il y a eu intention, il n'y a jamais eu de réalisation. D'autres localités de la région sont au moins aussi privilégiées que Bayonne, comme taux d'attribution aux ménages consommant du charbon. Comment cela peut-il se faire ?
Oh ! c'est bien simple ; on a réparti la houille suivant l'importance numérique des populations. Dès lors, Bayonne bénéficie d'une attribution bien plus importante que Biarritz.
Seulement, il y a autre chose à considérer de plus important que le chiffre de la population, ce sont les besoins réels ; c'est, dans cette population, le nombre de foyers qui consomment du charbon. A Biarritz, ce nombre est considérable, en raison du très grand nombre de grandes villas destinées à la location et des maisons qui reçoivent des étrangers ; en raison de l'usage généralisé des fourneaux à charbon. Il n'y a pas moins de 3 500 ménages dans ce cas. A Bayonne, où, dans la plupart des familles, on utilise d'autres moyens de chauffage, le nombre des foyers qui ont besoin de charbon n'atteint pas à la moitié du chiffre établi par Biarritz. Si donc on fournit à Bayonne 300 tonnes pour moins de 1 500 ménages consommant du charbon, et à Biarritz 175 tonnes pour 3 500 ménages dans le même cas, il y aura au moins 4 fois plus de charbon disponible pour les Bayonnais que pour les Biarrots. Pourquoi pas, dès lors, ne fournirait-on pas à Hasparren, proportionnellement à sa population, 60 tonnes de charbon ; comme il n'y a certainement pas 20 maisons utilisant la houille, chacune d'elles aura 3 000 kilos par mois ; ce dernier exemple prouve — par l'absurde — l'erreur qu'il y a à faire la répartition des charbons proportionnellement au nombre d'habitants.
Voilà ce que M. Forsans a dû établir et ce qu'il a fini par faire admettre — comme il était logique — par M. le Préfet des Basses-Pyrénées.
Mais... nous vous dirons demain ce qui s'en est suivi."
A suivre...
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
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