jeudi 25 avril 2019

LA MAISON LAFFARGUE À ST JEAN DE LUZ-DONIBANE LOHIZUNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS


LA MAISON LAFFARGUE À SAINT-JEAN-DE-LUZ.


C'est en 1890 que Joseph Daniel Laffargue, fils de sellier et Compagnon du Devoir,  crée la Maison Laffargue, rue Gambetta à Saint-Jean-de-Luz.

maroquinerie saint jean de luz basque
MAISON LAFFARGUE ST JEAN DE LUZ
PAYS BASQUE D'ANTAN

Voici ce que rapporta le Bulletin du Musée Basque, dans son Numéro 10 de 1935, sous laplume 

d'Henri Dop :


"Une industrie Basque.


Les ceintures, les sacs et autres objets de parure en cuir clouté.


Il n' y a guère - c'était l'an dernier - et le fait est authentique, deux dames de nationalité étrangère se rencontraient en chemin de fer sur une ligne du Centre. Dès le premier contact, regards surpris de l'une et de l'autre, en se détaillant de la tête aux pieds. Mais aussitôt après, cette surprise se transforme en sourires : visiblement elles se sont découvert un lien commun de sympathie. Et comme la curiosité féminine n'est jamais longue à se satisfaire : "Madame", demande l'une d'elles, "n'auriez-vous pas été dernièrement à Saint-Jean-de-Luz ?" - "Vous aussi sans doute," lui réplique l'autre, "puisque nous portons toutes deux des ceintures et des sacs cloutés". La connaissance était faite ; la conversation s'engagea, se faisant de plus en plus intime à mesure que se déroulaient les kilomètres, et, au terme de leur voyage, ces deux dames, inconnues l'une de l'autre quelques heures auparavant, étaient devenues les meilleures amies du monde. C'est ainsi que de charmants "objets cloutés" peuvent servir de signe de reconnaissance et même provoquer des amitiés nouvelles.

artisanat pays basque autrefois
PREMIER MODELE DE SAC CLOUTE LAFFARGUE
DESSIN BULLETIN MUSEE BASQUE N 10 1935


Ces ceintures cloutées, ces sacs cloutés, nous n'avons pas besoin de l'apprendre à des Basques, ni à des fidèles du Pays basque, venaient de l'excellente et originale maroquinerie Laffargue, de Saint-Jean-de-Luz. Comme la réputation de ces parures originales n'est plus à faire, qu'elle est devenue pour ainsi dire mondiale depuis que les touristes et estivants de notre côte les répandent un peu partout et comme d'autre part leur création est une création basque, il nous a paru intéressant dans ce bulletin où rien n'est indifférent de ce qui appartient à notre pays, de retracer en quelques mots l'histoire de cette industrie artisanale bien basque.





A vrai dire, l'idée de se servir du clou pour orner le cuir n'est ni une nouveauté, ni une originalité basque. Cette conception se retrouve, dès la plus haute antiquité, au temps où la découverte du cuivre, puis du fer, a permis d'associer le métal au cuir. Témoins, pour ne pas remonter plus haut, ces riches ceintures et parures de torses en cuir, ornées de clous, de plaques ouvragées de bronze, que l'on recueille, malheureusement presque toujours mutilées ou gravement endommagées, dans les tombes de l'époque de Hallstatt. Depuis lors, ce genre d'ornementation n'a jamais disparu : on en constate l'existence à toutes les époques et dans tous les pays. Elle subsiste en particulier dans les régions montagneuses et d'élevage, où le pâtre se plaît à décorer aussi joliment que possible les colliers de ses animaux. Mais l'idée originale, qui est née dans le Pays basque, a été de remettre en usage dans la parure féminine une mode depuis longtemps disparue, et de s'être inspiré de l'ornementation des colliers de boeuf. Car, soyez-en sûrs, le créateur de nos objets cloutés, qui est un modeste artisan, n'avait certainement jamais su qu'il fut un temps, il y a des millénaires, où les ceintures cloutées étaient de mise courante chez la femme et l'homme.


maroquinerie saint jean de luz
MODELE DE SAC CLOUTE LAFFARGUE
DESSIN BULLETIN MUSEE BASQUE N 10 1935



Cet artisan, heureusement encore bien en vie, tien tune bourrellerie à Hasparren : c'est M. Sapparat. Voici comment il créa la ceinture cloutée. Vers 1906, une Parisienne en séjour à Hasparren vint lui commander une ceinture de cuir, et comme il était en train de fabriquer des colliers cloutés pour vaches, l'idée lui vint de proposer à la visiteuse d'orner sa ceinture, comme les colliers en chantier, de clous de cuivre. Cette idée parut séduisante à notre Parisienne, et c'est ainsi que pour la première fois une ceinture cloutée sortit d'un atelier basque. Cette parure, d'un nouveau genre pour l'époque, eut tout de suite du succès, puisque des amies de cette dame voulurent aussitôt en avoir de pareilles. La mode était lancée, et M. Sapparat reçut un assez grand nombre de commandes de Bayonne, de Paris et même d'Alger. Puis, au bout de quelque temps, tout retomba dans le calme, et Sapparat interrompit ses fabrications de ceintures.




agriculture pays basque autrefois
ATTELAGE DE BOEUFS ILLUSTRATION B LAFFARGUE
PAYS BASQUE D'ANTAN






pays basque autrefois
ATTELAGE DE BOEUFS ILLUSTRATION B LAFFARGUE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Mais entre temps une Luzienne, Mlle H..., qui avait vu une ceinture faite à Hasparren s'adressa à M. Laffrague, bourrelier-sellier à Saint-Jean-de-Luz pour qu'il lui en fabrique une du même modèle. Daniel Laffargue est un habile ouvrier qui avait fait son apprentissage dans la célèbre maison Hermès, un des selliers les plus réputés de Paris ; il y avait pris le goût du travail fini et de bon aloi. L'idée de lancer à son tour sur la Côte basque la ceinture cloutée, il ne la laissa pas s'échapper. Il mit en vente toute une série de ceintures, les unes en peau de porc, d'autres en peau de cheval, mais toutes ornées de dessins faits de clous dorés. Pierre Lafitte, qui était un fervent de notre pays, s'enthousiasma pour ces parures originales et fit sur elles des articles élogieux dans la revue qu'il dirigeait.




Malheureusement la mode vint bientôt chez la femme de supprimer les ceintures. Comme aussi le temps des équipages et des cavaliers était révolu, Laffargue voyait son commerce péricliter. Il fallait trouver autre chose. Pourquoi, se dit-il, ne pas essayer d'appliquer au sacs à mains ce qui avait si bien réussi pour les ceintures ? Précisément les poches avaient, elles aussi, disparu des robes de nos élégantes ; mais comme il faut toujours nicher quelque part un mouchoir, si minuscule soit-il, et qu'un joli minois ne peut se passer de poudre ni de rouge, la nécessité s'était fait sentir de porter à la main un petit sac transportant tout un attirail d'Institut de Beauté. Le moment était donc bien choisi pour lancer le sac clouté.



artisanat pays basque autrefois
BUVARD CLOUTE LAFFARGUE
DESSIN BULLETIN MUSEE BASQUE N 10 1935



Tout d'abord ce ne fut qu'un imposant porte-monnaie avec deux rabats, agrémenté d'une poignée de cuir. Sur les deux faces, des clous dorés et plats, reproduisant par leur disposition des motifs basques, généralement géométriques. C'était typique et de caractère local ; aussi le succès ne tarda pas.





Laffargue avait d'ailleurs été encouragé dans son idée par plusieurs de ses clients qui l'appréciaient. L'un deux, entre autres, le Chef d'Escadron de l'H..., qui, comme tout homme de cheval, se plaisait à venir tailler des bavettes avec son sellier, le poussa à diriger son industrie vers des articles de parure et de luxe. "Allez-y, Laffargue", lui répétait-il, "avec les femmes vous trouverez meilleur travail qu'avec les chevaux." Ce conseil fut suivi, et Laffargue n'eut pas lieu de s'en plaindre. Les commandes affluèrent, et les ouvriers de l'atelier n'y suffisaient pas. Heureusement que Daniel Laffargue avait deux fils venus en âge d'aider leur père, et qui devaient prendre plus tard, à eux seuls, les affaires de la maison.



maroquinerie basque
DERNIER MODELE DE SAC CLOUTE 1935
DESSIN BULLETIN MUSEE BASQUE N 10 1935




Travailleurs tous deux, ils ont des talents qui se complètent : l'un, le plus jeune, d'une imagination plus vive, d'un tempérament artistique, sans négliger le travail d'exécution, invente les modèles  et dessine les ornements ; l'autre reste plus spécialement le chef de l'atelier, et, tout en dirigeant ses ouvriers, il exécute lui-même sur les cartons de son frère sa part des commandes.





Grâce à cette association de deux caractères différents qui font la réussite d'une entreprise artisanale, les fils Laffargue ont développé leur industrie d'une façon remarquable. Ils ont introduit l'ornementation cloutée dans quantité d'objets de cuir. En même temps que les sacs, dont la forme et la dimension suivent les caprices de la mode, les ceintures, les bracelets, les colliers et toutes sortes de colifichets en cuir s'ornent chez eux de clous grands ou petits, plats ou bombés, dorés ou argentés, disposés en motifs d'inspiration basque du plus heureux effet. Ajoutez à cela l'agencement de cuirs aux couleurs différentes, vives, bien tranchées, rappelant les teintes aux mille éclats de nos paysages, ou celles que nos jolies Basquaises aiment à associer dans leurs vêtements, ce qui ajoute à leur mise une touche si charmante. En face de si attrayantes créations, vous serez obligés de reconnaître que toutes ces fantaisies ont un caractère bien local, très original et de goût moderne.



Aussi, quand s'ouvrira l'Exposition de 1937, est-il à souhaiter que dans le village basque qui s'y édifiera, l'une de ses boutiques, la boutique du cuir, offre à la vue des millions de visiteurs venus de toutes les provinces de France et de tous les pays de l'univers, les jolis objets cloutés que produit notre industrieux Pays basque, pour qu'ils aient à leur tour le désir d'en rapporter chez eux.



paris autrefois
EXPOSITION INTERNATIONALE DE PARIS 1937


Euskadi en acquerra un peu plus de réputation dans le monde."







Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans ce 1831ème article.


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