lundi 29 avril 2019

UN CRIME À ASCAIN - AZKAINE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1880 (quatrième partie)


UN CRIME À ASCAIN EN 1880.


En 1880, Ascain est le théâtre d'un horrible assassinat.

pays basque autrefois
ASCAIN 1900
PAYS BASQUE D'ANTAN



Je vous ai déjà parlé de ce crime dans trois articles précédents, le 5/01/2019 , le 17/02/2019 et le 

28/03/2019.


Voici la suite de cette affaire et ce que raconta à ce sujet, la presse, dans diverses éditions :


  • La Petite Gironde, le 29 Novembre 1881 :


Audience du lundi 28 novembre, ouverte à 10 h. 15 matin.


M. l'avocat général Lanabére prononce le réquisitoire. 



"Vous avez pu, Messieurs les jurés, dit-il, apprécier le caractère des deux accusés. Marie Noblia est repentante, elle avoue tous les faits. Sougaret, violent et rusé, se retranche derrière le mensonge, luttant contre l’évidence. 

Cette différence de caractères s’explique par leur vie passée. Sougaret est brutal ; vous vous rappelez les menaces, les coups portés par l’accusé."

labourd autrefois
ASCAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN


 Ici M. l’avocat général revient sur les faits mentionnés dans les dépositions. 



M. l’avocat général reproche à Sougaret d’avoir fait de Marie Noblia sa maîtresse ; sans lui, elle ne serait pas sur le banc des accusés. Il rappelle sa conduite durant le procès, la haine qu’il a montrée. M. l’avocat général parle ensuite des avortements, il démontre que Marie Noblia était incapable de penser à un tel crime ; ce n’est que Sougaret qui l’a poussée, c’est lui qui a désigné la femme Saint-Martin. Il rappelle divers témoignages qui font connaître la vérité malgré les mensonges de Sougaret. A ce sujet, la femme Saint-Martin a été au moulin, des témoins ont affirmé que Marie Noblia avait été malade et soignée par l'accusé seul. L’aveu tardif de celui-ci ; après ses premières négations, le condamne : c’est là un premier lien criminel entre les accusés. 



M. l’avocat général arrive au crime de Jolimon ; il dépeint la haine de Sougaret contre les Haraneder, il mentionne les actes de violence et les dépositions de certains témoins qui refusaient de s’occuper du cadavre de Jolimon, se doutant d’un crime.



M. Lanabère repousse toute idée d’accident ; il détaille les circonstance qui prouvent un crime : pour lui, il n’y a pas eu séjour du corps dans l’eau. La blessure reconnue par le docteur Blazy, qui a repoussé la possibilité des morsures de crabes, le caillot de sang prouve que la blessure a été faite du vivant de Jolimon et non dans l’eau. Donc il y a eu crime, et Sougaret en est l’auteur. 



M. l’Avocat général en présente les nombreuses preuves : le récit de Marie Noblia, le pantalon, la chemise, la dispute dans l’auberge Tripero ; l’alibi que l'accusé a voulu établir prouve qu’il voulait tromper la justice ; il explique ensuite la fausseté et l’invraisemblance des témoignages à ce sujet. La lettre écrite par Marie Noblia, sa tentative de suicide, tout enfin désigne Sougaret comme le meurtrier. 



M. l’avocat général passe à l’assassinat de Françoise Elissalde ; il dévoile les odieux calculs par lesquels Sougaret a fait naître la haine chez Marie Noblia contre la victime. Sougaret craignait les révélations de sa maîtresse, il sacrifia sa belle-sœur ; il a préparé peu à peu Marie Noblia à ce crime ; et malgré les dénégations de témoins influencés, il faut reconnaître que Sougaret a passé la nuit précédant le crime avec Marie Noblia à Campagna. C’est pendant cette nuit-là qu’il lui a dicté tout ce qu’elle devait faire, jusqu’aux moindres détails. 



Marie Noblia a suivi les conseils de son amant, c’est vrai, mais elle ne pouvait résister. Le vrai responsable, c’est Sougaret, car il a tout préparé pour le crime. Quand il a été arrêté, il était abattu et sa crainte était visible. Son état n’était pas celui d’un innocent. 



L’accusation a résumé les faits et fait ressortir la culpabilité de Sougaret ; elle a fait voir que Marie Noblia n’a été que l’instrument de l’accusé. Pour ce dernier, la justice doit être inflexible. 




La séance continue."



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ASCAIN 1900
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  • Le Petit Journal le 1 décembre 1881 :

"Les crimes d'Ascain

Cour d'assises des Basses-Pyrénées.

Audience des 26 novembre.



Plus on avance dans ces débats, qui durent depuis une semaine, plus les ténèbres s'épaississent autour du rôle joué par Sougaret, le meunier d'Ascain.



Marie Noblia l'accuse. Il se défend, elle affirme. Il nie. En dehors de cette controverse entre les deux accusés, aucun élément certain n'est venu jusqu'ici donner corps aux hypothèses accumulées par l'instruction.



Hypothèses fondées, peut-être, et que quelque témoignage décisif suffirait à confirmer. Les dépositions continuent, et rien ne nous dit qu'il ne s'en produira pas au moins une de nature à éclairer complètement le débat.



La culpabilité de Marie Noblia, quant au meurtre de Françoise Elissalde, n'est point douteuse. La justice possède sur ce chef les aveux le plus complets. Mais la servante a-t-elle obéi aux excitations de son maître ! Y a-t-il eu préméditation concertée entre eux ! Voilà ce qu'on ne saurait encore préciser sans témérité.


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FABRICANT DE CHISTERA ASCAIN
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Après le crime du dimanche 2 mai 1880, Marie quittait le moulin en courant. Elle se dirigeait vers Urrugne, où habite sa famille. Ecoutons les récits de sa soeur et de son frère :



Jeanne Noblia, 25 ans, cultivatrice. - Le dimanche, vers neuf heures et demie du matin, ma soeur rentra chez nous, disant qu'elle venait de la messe d'Ascain, puis elle sortit. Elle ne revint que vers midi et demi. Elle arriva comme une folle et se jeta par terre en s'écriant : "Je suis perdue, on peut me tuer, je suis perdue à cause de cet homme !" voulant ainsi désigner Sougaret, ainsi que je l'ai su après.



Je sais que ma soeur se conduisait mal, et deux fois j'ai su qu'elle était enceinte et j'ai entendu parler d'avortements. Nous avons perdu notre mère très jeunes et notre père venait de mourir. Un jour que je trouvai ma soeur malade et alitée, je voulus la faire venir à la maison, mais Sougaret ne le permit pas.


Deux fois, Marie a essayé de s'étrangler. J'ai pu l'en empêcher. La seconde fois, la strangulation était presque complète.



Pierre Noblia, actuellement soldat, en garnison à Bayonne. - Je n'étais pas à la maison, le dimanche, quand rentra ma soeur Marie, après le crime. En arrivant, je trouvai mon autre soeur, Jeanne, toute bouleversée, qui me raconta ce qui était arrivé. Je fus désolé à cette nouvelle. Je pris une somme d'argent laissée par Marie, ainsi que son tablier, et j'allai les cacher. Le soir, quand je revins à la maison, après avoir entendu parler du crime, j'y trouvai Marie. Je ne sais pas si elle coucha chez nous cette nuit-là. Elle était dans une grande agitation. Je me rappelle que l'argent apporté par elle était divisé en deux paquets. Nous ne pouvions pas dénoncer notre soeur. Nous avons bien souffert de cette discrétion forcée...



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MOULIN ASCAIN
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Le lendemain, en effet, une perquisition était opérée chez les Noblia. On découvrait dans un trou de muraille les 1 800 fr. emportés du moulin, - emportés pour simuler un vol, suivant une assertion de Marie que l'on n'a peut-être pas oubliée.


Dans le pays, l'opinion imputait à des bohémiens la mort de Françoise Elissalde. Mais la découverte des 1 800 fr., cachés par Jeanne et Pierre les accusait. On les arrêta. Alors, Marie révéla la vérité.


- C'est moi qui suis l"assassin ! s'écria-t-elle en prenant la fuite, je vais me faire justice ; adieu à tous !



Des gens la saisirent au passage, l'emmenèrent. Elle allait se jeter à l'eau, déclarait-elle.


Un moment, on put croire qu'elle se dénonçait pour sauver d'autres têtes. Mais le cadavre de Françoise fournit une preuve irréfutable. Une poignée de cheveux adhérait aux vêtements. Cette touffe, la victime l'avait arrachée au bourreau en défendant sa vie. On compara les cheveux à Marie Noblia : il y avait identité parfaite.



- Sougaret, maintient l'accusée, m'avait donné toutes les instructions pur l'exécution du crime. "Tu ne seras pas plus poursuivie que je ne l'ai été moi-même après le meurtre de Jolimon", me disait-il. J'ai résisté deux mois. Je me suis décidée quand nous eûmes convenu ensemble de toutes les mesures d'exécution.



Qu'importent à Sougaret ces détails ! Ils ont été, d'après lui,imaginés pour tromper la justice. Si on a trouvé chez ceux d'Urrugne une somme, c'est qu'elle lui a été réellement volée. D'ailleurs, ajoute-t-il, des effets lui appartenant étaient empilés dans la demeure des Noblia. Ceux-là il n'est pas contestable que Marie les ait détournés à son préjudice.


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RESTAURANT DES CHASSEURS ASCAIN
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Et puis, il y a des témoins très affirmatifs.



Il y a d'abord Mme Dantin, une couturière chez qui Marie a pris quelques mois des leçons. Elle était entêtée , rapporte Mme Dantin ; "je ne cède jamais, je ne céderais pas quand on me tuerait !" disait souvent l'apprentie.



Il y a ensuite Marie Beroneta, une domestique de ferme. "Que Françoise Elissalde prenne garde à elle ! a-t-elle entendu dire à Marie Noblia ; si elle tombe entre mes griffes, cette soûlarde, je la secouerai !" Ce sont des dépositions graves.



Mais elles ne démontrent pas l'innocence de Jean-Baptiste Sougaret ; et en tout cas il reste à expliquer le meurtre de Jolimon. Nous analyserons demain les témoignages qui s'y rapportent."



A suivre...



Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans ce 1839ème article.


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