jeudi 1 novembre 2018

LES FÊTES DE LA TRADITION À SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT (DONIBANE GARAZI) EN BASSE - NAVARRE AU PAYS BASQUE EN OCTOBRE 1926


FÊTES BASQUES À SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT EN 1926.


Dans de nombreuses villes du Pays Basque, des fêtes sont organisées, parfois depuis plus d'un siècle.


saint jean pied de port autrefois
SAINT JEAN PIED DE PORT EN 1936
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que raconta Le Figaro, le 6 octobre 1926, sous la plume d'Hervé Lauwick :


"Les fêtes de la tradition à Saint-Jean-Pied-de-Port.


Il n'est pas de paysans qui ne soient traditionalistes; tous les paysans suivent instinctivement l'exemple du passé ; et cela donne beau jeu aux gens des villes pour les déclarer rétrogrades... Mais la tradition est pour le peuple basque la base véritable de l'existence ; il n'est pas un geste qu'un Basque se mêle de faire dont il ne songe que ses ancêtres l'ont fait avant lui; il continue la tradition encore plus qu'il ne vit pour lui-même ; il n'y a plus, en Europe du moins, de peuple où le respect de la tradition soit développé à ce point ! Imaginez ce qu'ont pu être les fêtes à Saint-Jean-Pied-de-Port ; tous les jeux, toutes les danses, dans une atmosphère, de clarté, de douceur, de beauté, de jeunesse...



Et si gentilles, si dépourvues de brutalité ! De l'autre coté de la frontière, à Vitoria, la feria était bien différente. Au sortir de l'église, après la procession de minuit, les danses commencent dans les rues, et vers l'aube, tous les danseurs étant ivres, la police les chasse à coups de bâton. L'église s'ouvre à nouveau, la procession du matin se déploie ; et l'après-midi, c'est la corrida : le sang, et les cris, et la mort, et les hurlements et les trépignements de la foule enfiévrée. 



On ne voit rien de tout cela au joli pays basque français : les jeux de la pelote, des ébats et des danses, c'est tout. 



Sous la chaleur accablante d'un bel après-midi d'été, de rares automobiles se sont réfugiées dans les coins d'ombre, enfoncées sous les arbres de Saint-Jean-Pied-de-Port. Les organisateurs n'ont presque pas fait de publicité. Il n'y a ici que des Basques, et un nombre infime d'étrangers qu'on a renseignés dans les villages. Ce n'est pas à Biarritz, sur un théâtre, qu'il faut voir une fête paysanne, mais comme nous avons eu l'insigne bonheur de la voir. Les Basques s'écrasent aux devantures de deux ou trois cafés, on s'évente, on étouffe ; beaucoup d'Espagnols sont venus aussi. Et tout ce peuple attend l'arrivée de la procession dansante. Elle est allée au loin, jusqu'à Ispoure, le village voisin ; on l'entend, de loin, qui s'annonce au son des tambourins.



pays basque autrefois
DANSEURS BASQUES AUX FÊTES EUSKARIENNES
PAYS BASQUE D'ANTAN


En tête, marchent quatre cavaliers, qui n'ont rien de l'Apocalypse, sauf un de leurs chevaux. En veste rouge, en culotte blanche, ils sont courbés comme des jockeys. Puis viennent les gocriac, en veste rouge aussi, qui dansent depuis des kilomètres sur la route nationale, bien qu'il fasse trente-deux degrés ; ensuite les "volants" des diverses espèces, les muchicoac, enfants habillés de blanc et recouverts tout entiers de rubans délicatement choisis, jaune, bleu de ciel et rose d'un effet merveilleux, sous des bérets, rouge vif. Et tout, ce monde est d'un éclat, d'une propreté, d'une blancheur immaculée ; en gants blancs, manoeuvrant de petites cannes, ils suivent en dansant le pas de la procession ; derrière eux viennent les géantes, énormes poupées d'étoupe, aux cheveux soigneusement tirés, puis d'autres géantes plus virginales encore; ensuite les quatre femmes sauvages, sottement déguisées en enfants des écoles, et d'un comique étonnant ; les danseurs souletins, les satans, dolmans rouges, coiffures en verre multicolore; la kantinierza, la cantinière, à fortes moustaches, en dolman bleu et jupe rouge ; le zamelzain sautant sur son pur sang à jupon; le zania, qui le suit, armé de son fouet à mouches, et l'amiral, qui secoue en mesure son drapeau français, et ce personnage -comique, le maire du village : un homme en habit, orné d'une fausse barbe noire et d'un haut de forme, et qui défile lamentablement au milieu de cette folie sautante et gambillante à laquelle il ne prendra jamais  part ; il représente l'autorité, l'ennui, l'étranger, celui-qui-n'est-pas-Basque, enfin l'homme des villes. Tant pis pour lui ! Et derrière lui, voici la xulula et le ttunttura, la flûte et le tambour, l'écuyer, le bouffon, les chargeurs, les remouleurs, le paysan et la paysanne, enfin tous les volants, les petits et les "grands volants", tous vêtus de blanc, en gants blancs, en béret rouge, sous les rubans flottant au vent. L'espadrille soulève la poussière de la route, et le cortège, dont le tambourin bat comme le cœur, entre en ordre sur le fronton. 


soule autrefois
DANSEURS SOULETINS
PAYS BASQUE D'ANTAN


Les danses commencent. C'est d'abord un défilé où tous les hommes à la fois exécutent entrechats et pas de basque. Les volants s'entrecroisent et bondissent sous les drapeaux inclinés ; et les tambourins font rage ; des hommes, autour de nous, dans leur langue qui roule tous les cailloux rudes des gaves, expriment leur approbation ; une gavotte suit, exécutée avec une précision mathématique, et qui charmerait Mlle Zambelli ; pendant trois heures, les danses succèdent aux acrobaties ; heureux, sur les gradins, les Basques encouragent leurs amis; car ce qu'il y a peut-être de plus remarquable en ce jeu, c'est que les danseurs ne sont pas des professionnels ; des danseurs souletins, un des quatre "satans" est simple menuisier, un autre plombier!... Et s'ils ne sont pas les égaux de Robert Quinault, il ne s'en faut pas de beaucoup ; ils exécutent les pas les plus difficiles de la danse d'opéra, que nul ne leur a appris, sauf les vieux, le soir, dans les villages ; ils sont d'une légèreté incroyable, d'une souplesse animale. Encore une gavotte, puis le fandango, qui met en branle, le 15 août, la foule entière à Pampelune ; le fandango, bras levés, épaules onduleuses, et talons rapidement claquant ; les muchicoac s'élancent encore pour leurs exercices; l'arin-arin suit, dont le titre veut dire léger-léger et il fait penser à une jeune fille courant à travers les prés... 



pays basque autrefois
DANSEURS AUX FÊTES BASQUES
PAYS BASQUE D'ANTAN



Les quatre satans rentrent en scène ; leur rôle contient les choses les plus difficiles ; l'un d'eux est armé d'un fouet ; tout à l'heure, des quêteurs étaient partis dans le village, et ils étaient aussi suivis de fouetteurs pour les gens qui ne donneraient pas assez ; les quêteurs rentrent, la recette a été assez bonne ; et les quatre satans dansent avec dignité : une danse traditionnelle, la danse souletine, la danse des bâtons, et la danse du verre. On doit sauter et bondir tout autour d'un gobelet plein, sans le renverser, et finalement poser son pied dessus, puis s'envoler, reprendre la danse, sans en avoir perdu une goutte... 



soule autrefois
DANSEURS SOULETINS
PAYS BASQUE D'ANTAN


Les Basques sont heureux, ils jouent, ils chantent ; sous les ombrages de Saint-Jean-Pied-de-Port, vous voyez, cet après-midi, une vraie fête populaire, sans cinéma, sans étrangers ; et ne regrettez pas de l'avoir manquée, vous verrez exactement la même dans vingt ou dans trente ans. 




A mes questions répétées aux organisateurs : 

— Mais pourquoi ceci, pourquoi cela? 

Ils n'ont qu'une seule réponse : 

— La tradition ! 



Il n'est pas un geste qui ait été modifié ici depuis le siècle dernier. Et les muchicoac, autour de nous, les enfants dont les yeux brillent, qui suivent les mouvements des artistes en scène, ne croyez-vous pas qu'avec ce zèle enragé, cette passion de tout leur corps, ils seront d'ici vingt ans, eux aussi, de merveilleux danseurs ? 



pays basque autrefois
SAUT BASQUE OU MUTXIKO
PAYS BASQUE D'ANTAN


Un vieillard, auprès de nous, parle sagement aux petits. En l'écoutant, ils prennent sa leçon. Et tout l'hiver, à la veillée, dans les granges, ils vont la répéter. De sorte qu'eux aussi, plus tard, dans la claire lumière, ils voleront, à l'égal des grands, sur l'arène blonde... 



Ici est le seul pays au monde où la religion se mêle encore à la danse ; l'éclair qui luit dans les yeux, la volonté de répéter le geste des ancêtres, la gaucherie maladroite des tout premiers pas, le désir respectueux d'égaler les exemples reçus, n'est-ce pas que c'est émouvant, ô vous qui changez de mode tous les trois mois ? 



saint jean pied de port autrefois
VIEUX PONT A SAINT JEAN PIED DE PORT 1926
PAYS BASQUE D'ANTAN


Mais voilà une méditation bien grave, au son des tambourins!..."







Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans ce 1473ème article.


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