mercredi 14 novembre 2018

UN TRAFIC D'OPIUM À BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1923


TRAFIC D'OPIUM À BAYONNE EN 1923.


A la frontière franco-espagnole, au cours de l'histoire, de nombreux trafics ont eu lieu.


pays basque autrefois
BAYONNE 1923
PAYS BAQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta au sujet d'un trafic d'opium,  la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du 

Pays Basque, dans son édition du 22 mars 1923 :


"Les stupéfiants.


 Une Affaire d’Opium devant le tribunal de Bayonne.



Quatre inculpés en deux audiences.



Aujourd'hui est venue devant le tribunal correctionnel de Bayonne l’affaire d'importation frauduleuse et de colportage d’opium, qui remonte au mois de janvier dernier, ainsi que nous le rappellerons tout à l’heure. Elle a occupé l'audience du matin et une audience supplémentaire qui a eu lieu l'après-midi. 




Sans doute s'attendait-on à des débuts particulièrement passionnants. Le public très nombreux qui se pressait dans la salle d’audience aura été sans doute un peu déçu. Il a d’ailleurs été très attentif. Beaucoup d’avocats étaient présents. 



Au banc de la défense, Mes Gautrat, du barreau de Paris, Lamarque, Morand-Monteil et Lalanne, du barreau de Bayonne

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Les faits et les délits.


Au début de janvier, trois individus, pistés depuis Paris, par des agents montés dans le train en même temps qu'eux, sont arrêtés à la frontière. 




Dans la valise de l’un d’eux, on trouve environ un kilogramme d’opium. Comme il leur fallait acheter en tout six kilogrammes de drogue, les individus qui ne les avaient pas sous la main, viennent à Bayonne et, à l'aide d autres individus louches, préparent une mixture d'aloès et d’arôme Patrelle, qu'ils mettent en petits pots et vendent pour 5 000 francs à celui qui avait été chargé d'acheter les 6 kilogrammes d’opium. 




Martin Landrové et Bertholon passaient fréquemment la frontière et allaient à Saint-Sébastien et à Fontarabie, chez un libraire, le sieur R..., libraire qui leur remettait les marchandises achetées à Bilbao




Quand les trois inculpés furent fouillés, on trouva dans la valise, ainsi que nous venons de le dire, environ 6 kilos de marchandises, ayant tout à fait l’apparence de l’opium. 


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A ce moment, ils protestent et disent que c'était une drogue pour raccommoder le caoutchouc ; mais l’examen prouve qu’on y trouvait de l’opium, d’origine allemande. 




Martin Landrové, sujet espagnol, interroge séparément, a reconnu qu’il allait faire l'acquisition d’opium en Espagne et avait pour bailleurs de fonds, un sieur Harquevaux. 




N’ayant pu s’en procurer qu’un kilo, ils résolurent, ainsi qu’on vient de le voir, de fabriquer une mixture quelconque. 




Ils avaient reçu un chèque de 1 300 fr., et 5 000 fr. environ, en argent. 


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Bertholon qui accompagnait Martin et devait l’aider à passer la douane, a reçu un billet de 1 000 fr. de Martin Landrové. Bertholon paraît le moins coupable. Il semble qu'il a été roulé par les autres, telle est l’impression de M. le commissaire spécial d’Hendaye




Ainsi qu’on vient de le voir, si la drogue était en soi déjà interdite, il y eut en outre tromperie sur la marchandise. 




Il y a donc délit d’importation frauduleuse, retenue pour le kilogramme environ d’opium pur, et délit d’escroquerie pour vente de la mixture. Mais ce délit n’est pas retenu par le parquet, sauf en ce qui concerne Martin Landrové. 




Sont inculpés : Martin Landrové, Bertholon, Harquevaux, Lahaye. 




Le sieur L... n’a pas été arrêté. 



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L’interrogatoire Martin Landrové.




Le premier appelé des inculpés est Martin Landrové. Beau parleur, élégant, jeune, il fait une exposition de l’affaire, se plaçant surtout à son point de vue. Il parle presque sans accent, avec facilité, élégance et même avec finesse. 




Martin Landrové a traité avec Lahaye et Harquevaux ; il croyait, dit-il, faire une affaire loyale et permise : en tous cas, il n’aurait pas risqué sa situation pour 1 000 francs ! 




Martin Landrové a participé à l’achat de l'opium qui était dans la valise de Bertholon. C'est un menuisier qui a donné la formule du faux opium (colle d’un nouveau genre) qu'on fabrique, à ce qu’il parait, dans une maison mal famée de Bayonne


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Bertholon.




Plus timide que Landrové, Bertholon a surtout l'air d’avoir joué dans cette affaire, le rôle de comparse. Il reconnaît tous les faits pour lesquels il est poursuivi ; il dit n'avoir passé que la moitié de l’opium à la frontière. Il semble malade. 




Harquevaux.




Cet inculpé commence en accusant son associé Lahaye d’avoir voulu se débarrasser de lui. Il conte l'attentat dont il aurait été l’objet : il a reçu quatre balles dans la tète et une dans le bras. Lahaye aurait voulu en core une autre fois se débarrasser de lui, après avoir "raté" le premier attentat, en le dénonçant de façon à liquider le fonds d’épicerie pour lequel ils étaient associés et pour tout conserver. Très disert, il raconte les faits, à son tour, et les présente sous un jour qui peut lui être favorable. Il dit qu'il agissait contraint par Lahaye et devait seulement participer à l’achat en Espagne. Bertholon se chargeait de faire passer la drogue.  




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Lahaye.




Cet inculpé, gros et assez commun, est confronté avec Harquevaux, qui l’accuse de l’avoir dénoncé pour pouvoir facilement l’es croquer, et vendre le fonds de l’entrepôt. Il a négligé de payer les dettes communes. Il dit avoir fourni de l'argent pour acheter des lentilles. Si Harquevaux a emmené Bertholon, c’est parce qu’il était malade et qu’il ne pouvait voyager seul. Il a ajouté que s’il a accompagné Bertholon à la Préfecture, ce fut pour obtenir des passeports, au cas où on aurait dû passer en Espagne pour achat de lentilles. Il dit qu’il ignore tout de l’achat d’opium. 




Bertholon et Harquevaux affirment que l’argent (5 000 francs) était destiné à l'achat d'opium. Pourtant l’affaire, dès le début, paraissait pour le moins douteuse à Lahaye. Il avait dit : "Je n’en donnerais pas mon parapluie !" 




Lahaye, autoritaire, interpelle ses complices. Mais il prétend que c’est eux qui cherchent à l’intimider. 




L’inculpé n’est pas sympathique. 


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La douane partie civile. 




Après ces dépositions, la Douane intervient aux débats pour présenter des conclusions et demander les amendes de fiscalité prévues par la loi pour importation, non seulement d’opium, mais encore de tabac et d'allumettes. Les fraudeurs avaient introduit... deux ou trois paquets de tabac et quelques boites d'allumettes. 




Le réquisitoire.




M. le substitut du Procureur de la République prononce ensuite son réquisitoire. 




Il refait l'historique de l’affaire ; il rappelle que Harquevaux fournissait l’argent à la bande. Il retient contre lui le délit de complicité. En outre, était porteur d'un revolver. Il examine les dépositions de Landrové et Bertholon qui déposèrent sans passion et dont les dépositions accusent nettement Harquevaux. 




"Vous connaissez, dit, en terminant, M. le substitut du Procureur de la République, les dangers de l'opium pour la sauté publique et l’avenir de la race. Je demande au tribunal de se montrer sévère". 




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Les plaidoiries.



C'est Me Lamarque qui prend le premier la parole au banc de la défense. Il plaide pour Martin Landrové. 




Il reconnaît que l'opium, sans doute, est néfaste, mais de tous les stupéfiants, il est le moins dangereux. Il est moins abrutissant que la morphine ou la cocaïne ; il n’est employé que par des gens riches. Il nécessite un cadre spécial, toute une mise en scène. 




Landrové a reconnu les faits. Il n’a été engagé dans cette affaire que de façon fortuite. C'est en allant en Espagne pour ses affaires qu'il a fait la rencontre du fameux Robert, un libraire qui s'occupe aussi de produits chimiques et pharmaceutiques. Landrové avait accepté sa représentation. Il était dès lors dans l'engrenage. Quelques mois plus tard il entrait en relations avec Lahaye et Harquevaux, qui lui avait été jusque-là complètement inconnus.




Me Lamarque montre que I.andrové fut un délinquant occasionnel. Ingénieur, fils d'un  ingénieur espagnol, il était établi, honorablement connu à Paris qu’il habitait depuis douze ans. Il a été poussé à se mêler de cette affaire par ce mal répandu : "faute de monnaie". Les autres aussi sans doute. Il a un casier judiciaire intact. Il mérite l’indulgence du tribunal. 




Me Morand-Monteil dit que Bertholon est le plus sympathique des inculpés. Il a accepté tous les risques et en même temps les moindres bénéfices. Il reconnaît tous les faits mais il proteste contre le délit d’escroquerie dont on voudrait le faire entrer. Il n’a rien su de la préparation de la drogue. Il devait être le vendeur à Paris, donc il ne pouvait se charger d’une marchandise invendable. Quant au délit d'importation de quelques paquets de tabac et de quelques boites d'allumettes, il ne tient pas. C’était là des provisions de poche. 




Me Morand-Monteil, lui aussi, dit qu’il faut distinguer l’opium des autres stupéfiants plus nocifs. 





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L’Etat français a le monopole de l’opium. Il en vend en Indochine. 




Bertholon en a introduit en France 600 et quelques grammes. 




L'honorable défenseur insiste sur l’état de santé très grave de son client. Les soins sont pour lui, d'après les constatations médicales du docteur Croste, une question de vie ou de mort. 




Me Morand-Monteil réclame la mise en liberté de Bertholon qui n’est qu'un délinquant primaire. Le tribunal en le relaxant, lui permettra de se soigner dès aujourd'hui. 




Me Gaurat plaide pour Harquevaux. Celui-ci, reprenant le mot de Me Morand-Monteil, dit qu’on se trouve, en effet, en présence de délinquants primaires. 




Il dit que c'est Lahaye qui a machiné toute l'affaire. Il exploitait avec Lahaye et un nommé Laurent, un commerce. Lahaye n’eut pas été fâché de rester seul propriétaire de l’affaire. 




Chose curieuse, les délinquants — sauf Lahaye — furent dénoncés avec force détails précis par un coup de téléphone mystérieux. Qui donc le donna ? Ne serait-ce pas Lahaye ? 




A ce moment Lahaye se lève, très rouge, rageur et s’écrie violemment : "C’est faux ! c'est une indignité ! "




Me Gautrat, lui aussi, déclare que l’opium est un moindre poison que les stupéfiants tels que la cocaïne et la morphine. 




Puis il apporte des témoignages de moralité en faveur de Harquevaux qui eut une belle conduite pendant la guerre et mérita l'éloge d'officiers généraux. Il demande au tribunal de le rendre à son père qui l’attend, pour lui refaire une situation. 




Elle a été reprise à trois heures et demie. 




Me Lalanne, de Roubaix, défend Lahaye. Il plaide la bonne foi de Lahaye, assure que ses associés cherchaient à le tromper. 




L’audience se poursuit à l'heure où nous transmettons cette dernière partie de la physionomie de l'audience. "




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"Le jugement dans l’affaire des trafiquants d’opium a été rendu à l’audience du tribunal correctionnel du 28 mars. 


Les quatre inculpés sont reconnus coupables du délit de douane pour l’importation d’opium. Bertholon et Harquevaux de délit de douane pour importation de tabac et d’allumettes ; Landrové du délit d’escroquerie pour avoir substitué une substance à l’opium. Harquevaux du délit de port d’armes prohibée. 


Ils sont condamnés : Bertholon, Harquevaux, Lahaye, à huit mois de prison chacun, Landrové à dix mois de la même peine ; à une amende solidaire de 3 118 fr. 70 ; Bertholon et Harquevaux, à une amende supplémentaire de 500 francs chacun ; à cinq ans d'interdiction civile pour chacun des accusés. La confiscation de l’opium et du tabac est prononcée."






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