mardi 20 février 2018

LE THÉÂTRE COMIQUE BASQUE EN 1927


LE THÉÂTRE COMIQUE BASQUE EN 1927.


Le théâtre comique Basque en 1927.


cheraute autrefois
MASCARADE CHERAUTE 1934
PAYS BASQUE D'ANTAN

Voici ce que rapporta le Journal des débats politiques et littéraires, dans son édition du 14 août 

1927, sous la plume de Paul Courteault :

"Le théâtre comique basque.


Le pays basque est un pays de survivances. C'est là, peut-être, ce qui fait, la langue mise à part, sa principale originalité. Les Basques ont conservé jusqu'au vingtième siècle un théâtre rural issu du théâtre urbain des mystères du Moyen Age. Des théâtres semblables ont existé dans d'autres pays de France, en Bretagne, en Flandre, en Roussillon, et aussi en Italie, dans l'Apennin toscan et modénois, dans le Tyrol italien; mais ils sont morts, presque en même temps, vers le milieu du dix-neuvième siècle. "Le seul avantage que le théâtre basque a sur eux, c'est de vivre encore."


Celui qui le constate est un basquisant éminent, M. Georges Hérelle, que le grand public connaît surtout comme traducteur de d'Annunzio et de Blasco Ibanez. Fixé à Bayonne par un heureux hasard de sa carrière universitaire, M. Hérelle s'est pris pour ce charmant pays basque d'une passion qui, si elle est très vive, n'en est pas moins intelligente et avant tout soucieuse de vérité. Il a consacré au théâtre basque plusieurs études singulièrement pénétrantes et dont on peut dire qu'elles sont définitives; car ce théâtre - il le reconnaît avec mélancolie - est, lui aussi, à la veille de disparaître. Les changements survenus dans l'état social, l'esprit de lucre et de réclame aiguisé par la curiosité des touristes, en ont altéré la naïve pureté. Les automobiles de Biarritz et de Saint-Jean-de-Luz l'auront tué.


De ce théâtre on connaît surtout le répertoire tragique, ces "pastorales" souletines qui mettent en scène, avec une enfantine et touchante gaucherie, avec des invraisemblances et des anachronismes qui font sourire, les personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament, de la Légende dorée, de l'histoire médiévale et moderne. Mais il existe aussi un théâtre comique, issu, comme l'autre, du théâtre populaire du Moyen Age, des "sociétés joyeuses", des farces, des soties et des moralités. Les éléments de son répertoire peuvent être répartis en cinq genres : les mascarades, les tragi-comédies de carnaval, les sérénades charivariques, les parades charivariques et les farces charivariques. 


st pee sur nivelle autrefois
CHARIVARI ST PEE SUR NIVELLE - SENPERE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Les premières manifestations de la verve comique des Basques, on les trouve dans les invectives dialoguées en vers, improvisées au cabaret par les koblakari. Elles rappellent de façon curieuse les vers fescennins et aussi les chants alternés des bouviers de Sicile, d'où sont sorties les églogues de Théocrite et de Virgile. 


Les mascarades, spéciales à là vallée de la Soule, sont des spectacles ambulants, donnés pendant le temps de carnaval. Un long cortège, composé de personnages et de groupes consacrés par la tradition, vêtus de costumes traditionnels, se transporte de village en village. Il est divisé en deux bandes, les "Rouges" et les "Noirs". Les premiers, caractérisés par l'éclat de leurs costumes et la dignité de leur maintien, symbolisent les indigènes, les enfants du pays, les bons Souletins; les seconds, misérables gueux à l'accoutrement barbare, figurent des étrangers, des nomades. Cette division en deux bandes, qui rappelle les "Chrétiens" et les "Turcs" des pastorales tragiques, est propre au théâtre basque. Le programme de ces mascarades est très compliqué : il comporte une action guerrière, la prise de barricades élevées à l'entrée de chaque village par les habitants, geste joyeux où les Rouges sont des héros, où les Noirs n'interviennent qu'à la façon des malandrins et des pillards qui suivent les armées en campagne; puis la visite aux notables du village, la bralia, tableau des fêtes et des jeux représentés par des danses minutieusement réglées; enfin les fonctions, tableau des travaux journaliers, garde des troupeaux, dressage du cheval, terminé par un bal général.



tardets autrefois
MASCARADE TARDETS - ATHARRATZE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Les tragi-comédies de carnaval mettent en scène l'éternel conflit entre l'ivrognerie, personnifiée par Bacchus, et la goinfrerie, personnifiée par Pansart. Elles se rattachent aux "moralités" et aux "débats" du Moyen Age. Le but de ces facéties est moralisateur. Ce sont des batailles entre Carnaval et Carême. Elles se terminent par le procès en forme, la condamnation et l'exécution de Carnaval. Elles sont, au fond, des "mystères à rebours", des parodies des pastorales tragiques.


Le charivari, sérénade bruyante et discordante donnée aux veufs qui se remarient, est une très vieille pratique basque. Elle s'est perpétuée jusqu'à notre temps, plus ou moins tolérée par les autorités, avec le curieux usage, de la "rançon" prélevée par les organisateurs sur les "sujets" désireux de s'y soustraire. La sérénade charivarique comporte un concert cacophonique à l'aide de clochettes de vache, de cornets à bouquin, de poêles à frire, de chaudrons et de marmites, auquel s'ajoutent des couplets narquois, les uns traditionnels, les autres spéciaux à chaque cas. Elle a lieu pendant la nuit, en Basse-Navarre et en Labourd. 

pays basque autrefois
CHARIVARI
PAYS BASQUE D'ANTAN

La parade charivarique, pratiquée en Soule et en Basse-Navarre, est un spectacle diurne, constitué par un pompeux cortège, où apparaît la fameuse "promenade sur l'âne", déjà connue des Grecs, et qui se rend devant la maison des "sujets" pour y donner le concert vengeur. Le spectacle qui suivait était joué sur un théâtre par des personnages traditionnels, vêtus de costumes traditionnels : il consistait dans un défilé, puis dans une saynète, sorte de sotie dont la donnée essentielle était le procès fait aux "sujets", coupée d'intermèdes dansants et bouffons. Spectacle, en somme, assez inoffensif, car on s'y abstient de diriger contre les personnes visées des attaques trop blessantes, ce qui explique la complaisance des autorités à le tolérer. La parade charivarique se rattache aux usages des sociétés joyeuses. On y retrouve dans la cavalcade le souvenir de la "montre" du Prince des Sots, et, dans le procès burlesque, celui des "plaidoiries de la cause grasse" chères aux Basochiens. 


PAYS BASQUE AVANT
MASCARADE
PAYS BASQUE D'ANTAN

La farce charivarique est une véritable pièce, dont le sujet est emprunté à la chronique scandaleuse du village. Le texte n'en est pas improvisé; il est toujours écrit. Le répertoire comprend vingt et une pièces, dont dix-neuf sont conservées. La technique est à peu près la même que celle des pastorales tragiques : la farce a un prologue, un épilogue, mais elle n'est divisée ni en actes, ni en scènes. Elle est entremêlée d'intermèdes bouffons et de "sataneries". Certaines de ces pièces sont d'une incohérence déconcertante. Elles sont écrites en versets, émaillées de citations latines, de français, de béarnais, d'espagnol. Elles étaient jouées sur des théâtres et la représentation rappelait celle des tragédies. On a fini par les interdire en raison de leur gaillardise, poussée souvent jusqu'à l'obscénité. Pour prévenir ces interdictions officielles, les Basques ont usé d'un subterfuge : ils ont intercalé et dissimulé la farce dans une tragédie autorisée, en recourant à divers procédés fort ingénieux de contamination. Ces farces sont, elles aussi, les lointaines héritières des soties du Moyen Age. Si grossières qu'elles soient, elles ont un objet moral : elles tendent à maintenir par la satire l'austérité des mœurs et le respect de la famille; en particulier, elles condamnent sévèrement le formariage et la révolte de la femme contre l'autorité maritale. L'une d'elles, Canico et Biltchitine, rappelle beaucoup le Cuvier.


soule autrefois
MASCARADE DE CAOUTERAK
PAYS BASQUE D'ANTAN

En dépit de ces intentions moralisantes, le théâtre comique basque est un tableau franchement satirique des caractères et des mœurs. On y voit des époux mal assortis, des maris débauchés et ivrognes, des femmes non seulement bavardes et médisantes, mais incorrigibles buveuses; des vieilles gardant jusqu'à un âge avancé le goût de la gaudriole. Les enfants sont mal élevés : les garçons irrespectueux et coureurs, les filles d'une immoralité scandaleuse, coquettes, effrontées, donnant la chasse aux garçons par les moyens les plus ignobles. La farce basque touche rarement à la politique; par contre, elle juge très librement la religion et les curés, les gens de robe, la maréchaussée. Elle ridiculise certains métiers, le médecin, le barbier, l'apothicaire; elle est particulièrement sévère aux mendiants, gueux, vagabonds, représentés comme des fainéants, des ivrognes et des hypocrites. Ce n'est point là sans doute un tableau fidèle des mœurs ordinaires des Basques; mais c'est la preuve que ce peuple, représenté par d'illustres romanciers et même par des basquisants comme le parangon de toutes les vertus antiques, a aussi connu tous les vices qui, jadis comme aujourd'hui, accompagnent ces vertus. Et ne serait-ce pas là le motif pourquoi un silence absolu a été fait sur l'étude très poussée que M. Georges Hérelle a publiée en 1925 sur ce curieux théâtre comique et que j'ai tenté, très imparfaitement de résumer."



Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans ce 948ème article.


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