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vendredi 17 octobre 2025

UN CHARIVARI À SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1832 (troisième et dernière partie)

 

UN CHARIVARI À SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT EN 1832.


Les charivaris ont existé en Europe et dans de très nombreuses régions de France, dont le Pays Basque.



pays basque charivari basse-navarre carlistes
CHARIVARI
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le bulletin de la Société des Sciences, Arts & Lettres de Bayonne

le 1er janvier 1937, sous la plume de Gil. G. Reicher :



"... Mais la jeunesse ne l'entend pas ainsi, elle réclame le droit de s'amuser en Carnaval, droit respecté depuis des siècles. Le Maire fait alors comparaître les organisateurs du bal et les garçons cordonniers. Devant leur insistance à réclamer la salle, il les chapitre, les raisonne ; mais, croyant bien faire, décide que les cordonniers souscriront aux dépenses de la fête, et par conséquent, ils y assisteront. L'autorisation est donnée. Tout paraît en règle. Cependant, dans la journée du 19 février, nouvelle tempête.



Les jeunes gens organisateurs sont furieux d'avoir été obligés de céder devant les cordonniers ; ils préparent pour la nuit suivante un beau tapage à leur adresse. Leur colère est maladroite, ils l'annoncent par une affiche injurieuse collée sur certaine maison que nous devinons facilement.



A cette nouvelle, le Maire refuse définitivement la permission sollicitée. Tout rassemblement de plus de 5 personnes est interdit sous peine d'arrestations. Défense est faite de se masquer, et les cabaretiers doivent fermer leurs portes à heures et demi. Triste Carnaval ! Aux yeux de la jeunesse, qui est responsable ? La cordonnerie. Mais alors, ce qui n'était que plaisanterie devient haine. Il a fallu céder, s'humilier devant les cordonniers ; à cause d'eux, les fêtes sont sans joie. On se vengera : l'un deux paiera pour tous, Pierre Rancez ! l'étranger, le mari de la veuve. C'est vers lui et sa femme que se tendront les colères, les moqueries féroces : dans le coeur de cette jeunesse, hier irritée, mais non méchante, va naître un désir de querelle qui s'épanouira dans la mascarade traditionnelle.



Quelques jours se passèrent dans une attente lourde de menaces. Comment empêcher les conciliabules, les réunions à deux ou trois pendant lesquelles tout s'organisait et dont les décisions étaient immédiatement transmises aux camarades ?



Enfin, un beau soir de premier printemps, l'orage creva.



Débouchant du sentier qui venait du faubourg d'Ugange, le charivari apparut. Le tintamarre des étranges instruments réveilla en un instant tous les animaux qui dormaient du paisible sommeil des âmes sans malice, et bientôt leurs cris se mêlèrent à la grotesque musique : les braiements des ânes, les grognements des porcs, les aboiements des chiens, et jusqu'aux appels des coqs, qui, effrayés par ce tapage inaccoutumé, crurent à un danger et manifestèrent aussitôt leur bruyante bravoure, trop souvent inutile. Les hommes, qui, dans le charivari, s'étaient déguisés pour représenter ces mêmes animaux, s'essayaient à imiter leurs cris.



pays basque charivari basse-navarre carlistes
CHARIVARI A UHART-CIZE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le garçon, qui, ayant pris le rôle de Gatua, avait recouvert sa tête d'une descente de lit, et poussait des miaulements à réveiller toutes les chattes du canton, sautait lestement, pour donner plus de prix à son imitation, contre les margelles des fenêtres, au grand effroi de ses congénères authentiques venus sur le rebord du toit, aux nouvelles. Au grand effroi surtout des pauvres vieilles qui entrouvraient leurs volets et croyaient, dans leur demi-sommeil, voir apparaître Basa-Iaun en personne.



pays basque charivari basse-navarre carlistes
BASAJAUN
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le camarade-chien aboyait d'une voix aussi grave que celle de l'écho dans les cavernes de Balsola, et, courant à quatre pattes, menaçaient de mordre les talons de tous ceux qui s'approchaient. Il prenait dans la nuit des formes fantomatiques et grandissait jusqu'à la taille d'un ours.



Un autre, cheval et boeuf à la fois, avec sa crinière de poils attachée à l'arrière de sa blouse, et le front surmonté des cornes d'un taureau, tué l'année précédente aux courses de Pampelune, ressemblait aux bêtes fantastiques qui descendent de la montagne, les nuits sans lune, pour aller chercher et ramener sur leur dos, ceux que la Dame de Amboto convie dans ses demeures sombres  à ses fêtes sacrilèges. Il mugissait en soufflant dans une de ces cornes d'os dont les bergers se servent encore dans la montagne pour rassembler leurs troupeaux courant dans la bruyère et qui gardent la forme du cor légendaire au son duquel mourut le vaincu d'Ibañeta.



Quand il s'arrêtait de souffler, ses compagnons, munis du même instrument, reprenaient en choeur les notes claironnantes et ce bruit, amplifié par l'écho contre les murs des remparts, faisait trembler l'air.



Cependant, toute cette bizarre et farouche musique ne pouvait couvrir le tumulte des cloches. Chacun des hommes réunis pour le charivari portait à la main une de ces "isquillas" que l'on suspend au cou des bêtes afin qu'elles ne puissent s'égarer dans la montagne. Carrée, ou renflée en leur milieu, ces cloches ont un son vif et sonore. Elles étaient 50 à 60 à sonner cette nuit-là dans les rues de Saint-Jean, secouées avec une ardeur sauvage par ces garçons qu'excitaient le bruit, les rires et le désir de se moquer. Leur bruit couvrait tous les autres bruits : cris d'animaux vrais ou simulés, hurlement des cors, appels des gens. Et, malgré son intensité et sa force, il gardait je ne sais quoi de mélancolique et de farouche, qui laissait planer sur cette grotesque aventure un air mystérieux et menaçant.



Ainsi accompagné, le charivari avançait sur la grande place de Saint-Jean.



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PLACE DU MARCHE SAINT-PIED-DE-PORT
PAYS BASQUE D'ANTAN



A chaque extrémité du cortège, 4 garçons tenaient 4 immenses gaules au bout desquelles elles étaient accrochées des boîtes de fer percées d'un trou : vulgaires tirelires qui demandaient aux braves gens, spectateurs de cette mascarade, une obole pour dédommager de leurs frais ceux qui les amusaient. En avant de l'assemblée grotesque, des enfants secouaient des guirlandes de piments rouges que l'on avait entrelacées autour de cercles d'osier. Puis, marchait un homme déguisé en bohémien ; des crins posés sur sa tête, retombaient tout autour de sa figure ; il élevait une branche de châtaignier au sommet de laquelle était attaché un simulacre de chat en chiffons bourré d'étoupe et entouré de paille. Ensuite venaient les hommes-animaux hurlant. Lorsqu'ils arrivèrent en face de chez la Madeleine, ces êtres fantastiques s'écartèrent les uns des autres et au milieu d'eux, apparut le garçon boulanger. Il se mit aussitôt à chanter de grotesques couplets, d'une violence parfois obscène, qui visaient les veuves remariées de la maison. Il s'interrompait après chaque couplet et reprenait avec le charivari tout entier le dernier vers. Sonnettes, cloches, porte-voix, scandaient ensuite l'arrêt obligé, pendant lequel le chanteur retrouvait quelque souffle.



Enfin, quand il eut terminé sa rude satire, au milieu du vacarme parvenu à son apogée, les enfants accrochèrent à la porte des veuves les guirlandes de piments pendant que l'on mettait le feu au chat d'étoupe que la perche qui lui servait de support soulevait jusqu'à la hauteur des fenêtres.



Celles-ci, non plus que la porte, ne s'étaient ouvertes. Mais si, aux cris du charivari, les honnêtes gens avaient refermé prudemment leurs volets entr'ouverts, les amis des nouveaux mariés, réveillés, s'habillaient à la hâte pour se précipiter vers l'endroit du tintamarre. Arrivés trop tard pour empêcher la mascarade et les chants, ils virent de loin l'incendie du faux chat qu'ils ne purent éviter, mais leurs hurlements de colère se mêlèrent aux cris de joie des assiégeants.



Ceux-ci, se retournant, virent leurs ennemis et la bagarre commença.



Les cordonniers aussi sont ivres de vengeance.



Quoi donc ! on vient faire un charivari sous les fenêtres de la veuve de François Angosse, sous le prétexte qu'elle est remariée ? Que dire en ce cas du père de François Angosse !



Et les injures pleuvent à propos d'une histoire bien oubliée...



Le père de François Angosse, Dominique, est remarié aussi ! et à 55 ans, avec une couturière de 37 ans, Isabelle Olivier, dont il avait eu deux enfants. Et ils ne sont pas basques.



Qu'est-ce donc que cette levée de boucliers pour défendre la mémoire d'un soi-disant basque ? Qu'est-ce que ce charivari qui ferait mieux de se retourner contre les accusateurs ?



Et les coups tombent de part et d'autre, graves, quelques-uns sanglants. Triste fin d'une plaisanterie qui, au début, n'avait aucun but tragique, mais que les dissensions intestines et surtout l'influence de la guerre voisine rendirent pénible et désastreuse.



La "force armée" de Saint-Jean intervint. Il y eut des blessés, des arrestations.



Ainsi finit le dernier des grands charivaris qui soit consigné dans les annales officielles de Saint-Jean. Mais les esprits ne se calmèrent point de sitôt. Les troubles de la guerre carliste se mêlèrent aux excitations et aux querelles contre lesquelles, au cours de l'année 1832, l'autorité dut intervenir d'une façon formelle et décisive."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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mercredi 17 septembre 2025

UN CHARIVARI À SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1832 (deuxième partie)

 

UN CHARIVARI À SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT EN 1832.


Les charivaris ont existé en Europe et dans de très nombreuses régions de France, dont le Pays Basque.



pays basque charivari basse-navarre carlistes
CHARIVARI
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le bulletin de la Société des Sciences, Arts & Lettres de Bayonne

le 1er janvier 1937 :



"Un Charivari, qui finit mal, en 1832, à Saint-Jean-Pied-de-Port.



... Hélas ! cette fermeture des cabarets n'eut pas beaucoup plus d'effet que la menace de tout à l'heure. Les échos de voix traversaient les fenêtres des tavernes soi-disant fermées ; et les braves gens se plaignaient que ces échos leur portent des bribes de chansons "obscènes, injurieuses, provocatrices et scandaleuses".



Il fallut interdire d'une façon plus absolue les rassemblements de jour et de nuit ayant pour but de donner un charivari et cela "en quelque temps et sous prétexte que ce soit".



Ces charivaris bouleversaient tellement la ville que la municipalité ne se contente pas de les interdire ; elle vise même les gens qui, par leur "attitude curieuse ou bienveillante paraîtraient les encourager". L'avis ajoute : "les personnes étrangères au rassemblement sont invitées à ne pas stationner à l'endroit où le charivari aurait lieu."



L'importance de ces mascarades et la lutte vive que soutenait contre eux la mairie m'ont paru si étranges, que j'ai cru intéressant de chercher — et heureusement de trouver — quelle en était la raison.



Tout le monde sait à quelle occasion avaient lieu les charivaris. Ils n'étaient, en temps ordinaire, qu'une plaisanterie bruyante et burlesque qui tournait en dérision les mariages mal assortis, ou plus simplement les remariages de veufs et de veuves. Beaucoup de bruit, de l'ironie, des chansons... tout cela n'était pas bien méchant, seulement très désagréable pour les intéressés.



Aussi ces derniers allaient-ils prudemment se marier en Espagne afin d'éviter la grotesque cérémonie. L'église de Valcarlos abritait le plus souvent ces couples craintifs ou de mauvaise humeur. Il fallait bien ensuite, en France, régulariser cette union. Mais ceci se passait à l'ombre et à des heures que le public ne connaissait pas. Si bien que les faiseurs de charivari en étaient souvent pour leurs frais.



Mais s'ils tenaient vraiment à se moquer des pauvres mariés, ils organisaient leur mascarade un autre jour que celui du mariage et les conjoints n'échappaient pas à leur triste sort, surtout s'ils étaient, au moins l'un d'eux "étrangers".



A cette époque, pour que ces charivaris revinssent avec une insistance telle que la municipalité dût intervenir à plusieurs reprises, il fallait que l'opinion publique crût avoir à châtier un fait grave.



pays basque charivari basse-navarre carlistes
CHARIVARI A UHART-CIZE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici l'histoire que j'ai trouvée : authentique, puisqu'elle s'inscrit sur les registres de l'état-civil. Le 18 Avril 1831, un mariage avait lieu à Saint-Jean : celui d'un béarnais, Pierre Rancez, venu des environs d'Orthez. Il était cordonnier ; il faudra nous rappeler ce fait. Il avait épousé la dame Marie Martiren, journalière. Or, celle-ci était veuve. Une veuve qui se remarie, voilà déjà un prétexte à charivari, surtout si elle épouse un étranger, et un béarnais par surcroît. La haine, ou le mépris de Saint-Jean pour les Béarnais dura des siècles ; je ne suis pas très sûre qu'ils soient tout à fait éteints !



Enfin, ce jeune marié de 28 ans était cordonnier, le hasard que nous expliquerons plus loin voudra que ce fait soit grave.



Marie Martiren était veuve de François Dangosse, garçon tailleur d'habits. Celui-ci mourut le 22 Janvier 1830 dans la petite maison de Saladan, rue d'Espagne, après onze mois de mariage. Son père, artisan lui-même, lui survécut.



Mais la situation se complique. Marie Martiren, la veuve remariée, habitait avec sa mère. Or, celle-ci, Marie Goyeneche, était elle-même veuve et remariée à un certain Raymond Lahargon, mort aussi. Trois maris décédés dans cette maison, et deux veuves remariées ! Voilà, avouons-le, plus qu'il n'en faut pour un charivari !



Cependant, quelqu'étrange que soit ce concours de circonstances, s'il faisait naître l'idée de charivaris tenaces et répétés, il n'impliquait pas la rage et la haine que nous devinons à travers les lignes des vieux textes. Et c'est ici que la cordonnerie intervient.



Nous avons vu que le nouveau marié béarnais, l'arrivant dans la maison aux trois maris morts, celui qui bravait ainsi l'opinion publique, et, semble-t-il, le respect dû aux pauvres disparus, était cordonnier. Un ami de la vieille veuve Lahargon qui signe sur les actes : Pierre Harispuru, est aussi cordonnier.



Or, les cordonniers avaient mauvaise presse à Saint-Jean : pourquoi donc ? Les cordonniers avaient-ils toujours eu la tête chaude en Navarre ? On le croirait à lire les anciens papiers. Dès 1572, nous trouvons dans les arrêtés du royaume de Navarre des "ordenanzas de zapateros". Le texte en fut imprimé à Estella, par Adrian de Anvers.



Plus près de l'époque qui nous occupe, les cordonniers firent grand bruit en pays de Cize.



Lorsque le roi Louis XIV nomma le 4 Juin 1685 Pierre Charron directeur de la saline d'Aincille, il y eut une émeute à Saint-Jean-le-Vieux. Or, les deux meneurs étaient deux cordonniers, un de Lecumberry et l'autre d'Ahaxe, le plus enragé, qui se nommait Johannes de Recalde et que l'on appelait communément Simon.



C'est lui, qui, secondé par le soldat Lafleur, poursuivait partout, le poignard en mains, les employés de la gabelle royale.



La répression de cette émeute fut cruelle. Le cordonnier Simon (quelle terrible prophétie quand on songe à la future prison du Temple !) fut jugé le plus coupable, d'abord par le commissaire Bordenave, puis par l'intendant du Roi. Il fut condamné à la question ordinaire et extraordinaire, à la pénitence publique et enfin à être pendu et étranglé sur la place du village.



Je ne sais lequel de ces deux supplices précéda l'autre, mais la sentence fut appliquée immédiatement. Le pauvre cordonnier dont nous connaissions la punition, passait-il par là à cette heure, et secoua-t-il la tête à la vue de ces pieds déchaussés s'agitant au-dessus de la terre, alors que les siens ne la devaient jamais quitter que dans la vallée de Josaphat, à la fin des temps.



Quoi qu'il en soit, Simon mourut, mais quelque temps après, les salines d'Aincille revinrent à leurs vrais possesseurs, les habitants du pays de Cize. Furent-ils reconnaissants à la mémoire de Simon ? Y eut-il, au contraire, toujours lutte entre les cordonniers et le reste de la population ?



Croyons-le volontiers en écoutant cette nouvelle histoire. Les esprits, disions-nous tout à l'heure, étaient terriblement surexcités à Saint-Jean durant les années 1831 et 1832 ; nous avons entendu des cris, des disputes, rencontré des rassemblements, déploré des assassinats. 1832 n'amena aucun apaisement. Voici venir le Carnaval et sa liberté de paroles et d'actions, grâce à laquelle les actes désordonnés vont être rendus plus faciles. La Mairie ne peut pourtant pas, en temps de Carnaval, interdire tout rassemblement et fermer les cabarets. La jeunesse veut s'amuser. Les garçons décident de donner un bal dans la salle communale. Mais ils veulent en exclure les "cordonniers". Et pour plusieurs raisons. L'un d'eux, nous l'avons vu, est béarnais ; il est remarié à une veuve. La Mairie paraît l'avoir soutenu en empêchant les petits charivaris que nous avons signalés et qui amusaient jusqu'alors sans trop de méchanceté. De plus, les cordonniers ont mauvais caractère. Ils sont très orgueilleux depuis que, en 1815, deux d'entre eux ont été nommés "chefs des pompiers de la ville".



Donc, pas de cordonniers dans ce bal."




A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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dimanche 17 août 2025

UN CHARIVARI À SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1832 (première partie)

UN CHARIVARI À SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT EN 1832.


Les charivaris ont existé en Europe et dans de très nombreuses régions de France, dont le Pays Basque.



pays basque charivari basse-navarre carlistes
CHARIVARI
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet Gil. G. Reicher, dans le bulletin de la Société des Sciences, Arts & 

Lettres de Bayonnele 1er janvier 1937 :



"Un Charivari, qui finit mal, en 1832, à Saint-Jean-Pied-de-Port.



1830 et les années qui suivirent furent pour Saint-Jean-Pied-de-Port une période assez troublée par des causes intérieures et extérieures.



Les événements qui se déroulèrent à Paris à la fin de juillet 1830, ne furent connus à Saint-Jean dans les débuts d'août que d'une façon incomplète et douteuse. Si bien que le conseil municipal réuni le 6 août vota la motion suivante :


"Vu que tout indique le changement de gouvernement, vu l'absence de toute instruction de la part d'autorités supérieures...", on décide d'arborer le drapeau tricolore et d'ouvrir un registre d'inscriptions sur lequel viendront signer tous ceux qui désirent faire partie de la garde nationale.



Cette incertitude et disons-le, cette scission dans l'opinion, énervait l'atmosphère de Saint-Jean. La guerre civile qui allait éclater en Espagne ne sera pas faite pour la calmer. L'autorité municipale aura quelque peine à obtenir que cet émoi reste en dehors de toute manifestation. Cette guerre carliste aux portes de notre ville enfiévrait les habitants de Saint-Jean. Toute occasion semblait bonne pour les dresser les uns comme les autres.



Les nombreux cabarets offraient un asile où le vin — le vin de France ou d'Espagne, la contrebande étant facile en ces temps troublés — apportait à la discussion un élément vivifiant !



Les marchés aussi, en rassemblant les gens de divers villages, permettaient des discussions qui, parfois, menaçaient de devenir sérieuses. Point n'est besoin d'ailleurs de guerre carliste. Il n'y a pas longtemps encore que les soirs de marché, des irrinzinas lancés à plein gosier annonçaient que les makilas allaient entrer en danse entre gars de différents endroits. Se battre est un plaisir pour le Basque.



Le Maire d'alors, Laurens, d'accord avec sa municipalité "refusa de donner son adhésion à l'établissement d'un marché à Baïgorry, trouvant que celui de Saint-Jean présentait bien assez d'occasions de dispute et de rixe. Dans une ville-frontière, ajoute-t-il naïvement, le marché sert surtout à la contrebande". La guerre carliste multipliera les prétextes pour y avoir recours. Les contrebandiers s'avèrent si nombreux que le Maire écrit : "La brigade de gendarmerie n'y peut rien" et il avoue : "Souvent il y aurait plus de prudence à ne pas la présenter de crainte de compromettre l'autorité". Peut-on empêcher un Basque d'être contrebandier !



Cependant la guerre débordait les cimes et les cols frontières, les chemins devenaient difficiles, la route Valcarlos Arnéguy peu hospitalière, le col d'Ibañeta "une montagne extrêmement dangereuse". Si bien que, quelque temps plus tard, le Maire recommandera comme plus sûre la route de Roncevaux par Orisson.



On conçoit que cette atmosphère belliqueuse enfièvre Saint-Jean. L'hiver de 1830-31, celui de 1831-32 seront chargés d'émeute. Un souffle tragique traverse de temps en temps l'air de la royale cité. Maints prétextes font éclater les querelles.  La question des grains par exemple. Les belligérants espagnols durent avoir besoin de ravitaillement ; il passe trop de blé et de maïs en Espagne. Des rixes, sanglantes parfois, éclatent chaque soir de marché ou de fête. La Mairie doit faire parcourir les rues par des patrouilles de cette garde nationale dont nous avons vu le registre s'ouvrir le 6 août 1830.



Mais la peur de la disette n'était pas seule à échauffer les esprits. Si les événements extérieurs excitaient les habitants de Saint-Jean, la vie civile souffrait aussi de bien des troubles, qui, pour être moins sanglants, n'en étaient pas moins irritants et qui prenaient des proportions assez déconcertantes, ainsi que nous l'allons voir, malgré les précautions de la municipalité, d'ailleurs fort excitée elle-même par les discussions qui se manifestaient de plus en plus vives entre le Maire Laurens et l'adjoint Salaberry. 



pays basque charivari basse-navarre carlistes
CHARIVARI A UHART-CIZE
PAYS BASQUE D'ANTAN



C'est autour d'un charivari que cette histoire mi-tragique, mi-comique va se dérouler.



Durant cette année 1830, les charivaris, quelque peu tombés en désuétude, reparurent à Saint-Jean avec une vigueur nouvelle ; non point qu'ils fussent tout de suite organisés avec l'importance de ceux dont le souvenir vivait dans la mémoire des Anciens, mais, embryonnaires encore, leurs effets apparaissaient çà et là, certains soirs.



Les jeunes gens se réunissaient en troupes, parcouraient les rues en chantant des couplets qu'un peu plus tard, le conseil municipal, scandalisé, au mois en apparence, qualifiera "d'injurieux et obscènes".



Mais bientôt, ces garçons exagèrent ; la nuit, ils lancent des pierres contre "certaines" portes et fenêtres. Nous verrons plus tard quelles elles sont.



S'excitant de plus en plus, dit un des rapports du registre de 1830-31, ils se livrent à "des voies de faits sur les personnes et les propriétés". Menaces, injures, bris de clôture, cris séditieux, un beau désordre !



Le Maire, alerté et inquiet, fait afficher un premier avis, qui enjoint à cette turbulente jeunesse de rester calme. Si cet avis ne suffit pas à la rendre sage, Laurens la menace des tribunaux.



Mais il apparaît que cette menace reste lettre morte. Elle n'a aucun effet, les petits charivaris continuent et le désordre augmente. Le nombre des cabarets de Saint-Jean était, nous l'avons vu, très élevé pour une petite ville. Nos malandrins trouvaient là lieu d'asile. Si on les pourchassait dans les rues, ils se réfugiaient autour des tables de bois, sur lesquelles les verres scandaient rapidement une chanson rituelle, contre laquelle l'autorité n'avait plus à sévir.



Malheureusement, ces cabarets devinrent vite des lieux de trouble. Bientôt, ce ne seront plus de simples disputes qui s'y dérouleront au milieu des cris d'une jeunesse bruyante, mais des rixes graves.



Les couteaux entrent en jeu, et l'on déplorera même des assassinats. Sans doute, les meurtriers, ni les victimes, ne feront pas partie de la population sédentaire de Saint-Jean. Les coups de navajas se donnent entre muletiers et arrieros venus d'Espagne. Mais quel exemple pour ces jeunes gens déjà excités par des discussions intestines !



Aussi l'autorité s'émeut profondément. Les arrêtés se succèdent. D'autant plus nombreux que je ne sais par quelle aberration les animaux se sont mis de la partie. Il y a des chiens enragés du côté d'Ispoure. Les porcs s'échappent de leurs porcheries, d'ailleurs trop souvent illusoires, pour porter le trouble dans les rues. Il est curieux de noter, à travers les années, le désordre que provoquèrent les porcs dans les rues de Saint-Jean.



Il est ordonné de les museler (museler un porc ! quelle plaisanterie !). On doit enfermer les chiens, conduire à la main les chevaux et les mulets, mais surtout : nécessité absolue de fermer les cabarets à 7 heures. L'arrêté est affiché aux portes des monuments publics : Mairie et Eglise, et lu à haute voix à travers toute la ville.



Afin que l'heure de fermeture ne passe pas inaperçue elle "sera sonnée par la cloche de la ville".



Ainsi l'opinion des gens sages pense que voilà évitées ces occasions de dispute "que les Basques cherchent avidement pour satisfaire leurs goûts naturels".



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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mercredi 1 mars 2023

WENTWORTH WEBSTER UN ANGLAIS AMOUREUX DU PAYS BASQUE AU DÉBUT DU VINGTIÈME SIÈCLE (deuxième partie)

WENTWORTH WEBSTER AU PAYS BASQUE.


Wentworth Webster, né le 16 juin 1828 à Uxbridge, en Angleterre et mort le 2 avril 1907 à Sare, en Labourd, est un prêtre anglican, collecteur des contes traditionnels du Pays Basque, érudit de langue anglaise, française et basque.




pays basque autrefois littérature sare anglais
WENTWORTH WEBSTER
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire La Côte basque : revue illustrée de 

l'Euzkalerrria, le 25 janvier 1925 :



"Basques. Extraits de l’ouvrage du Révérend Wentworth Webster.

Les Loisirs d’un Etranger au Pays Basque (Suite).



"... On compte en Europe six cent mille personnes qui parlent l'escuara : sur ce nombre, cent vingt à cent quarante mille habitent la France, et quatre cent mille l’Espagne. Des milliers d’émigrés Basques se sont établis dans l’Amérique du Sud, et sont généralement répartis entre les Républiques Argentine et Orientale. Mais la langue, comme la nation elle-même, n’est plus qu’un débris de ce qui fut jadis, et le débris lui-même se partage en huit dialectes principaux : le labourdin, le souletin, le bas-navarrais-oriental, le bas-navarrais occidental en France ; en Espagne, le bas-navarrais du Nord, le bas navarrais du Sud, le guipuzcoan et le viscayan. Le prince L.-L. Bonaparte en a fait dresser d’admirables cartes géographiques où il délimite leurs sous-dialectes mêmes.



pays basque autrefois carte sept provinces
CARTE DES SEPT PROVINCES BASQUES 1863
PAR LOUIS-LUCIEN BONAPARTE


La population basque est une des plus belles de l'Europe. Quoique son langage indique probablement une origine non aryenne, elle ne le cède en rien pour la majesté du port et la régularité des traits, aux plus beaux types de la race indo-européenne. J’ai déjà parlé des caractères physiques des crânes basques. Les Escualdun sont en général de taille moyenne, plutôt grands que petits, sveltes, élancés, vigoureux, d’une agilité surprenante. A la course, à la danse ils n’ont pas de rivaux. Il n’y a guère de meilleurs marcheurs.



Ils s’adonnent aux exercices athlétiques, et souvent la force musculaire des femmes est bien au-delà de ce qu’on pourrait attendre de la délicate élégance de leur corps. L’amusement favori des Basques est le jeu de paume, dont on connaît trois variétés distinctes : la balle est beaucoup plus lourde que celle dont on se sert dans les autres pays et demande non moins de vigueur que de souplesse pour être lancée à la distance requise. Il faut les voir à un de leurs jeux de "pelote à la longue"  surtout quand la lutte prend un caractère international et a lieu de Basques français à Basques espagnols. D’autres fois, on s’amuse à jeter le plus loin possible une grosse barre de fer (la palenka), puis vient le saut, l’escrime au bâton ferré (le makilla).



De même que chez les anciens Grecs, la danse est tenue en haute estime et pratiquée avec un sérieux remarquable par les hommes surtout. Ce n’est plus une simple distraction, un amusement de jeunesse, mais un exercice viril, un juste sujet d’orgueil pour ceux qui y excellent. Tous les pas sont réglés, les gestes déterminés d’avance. Villages et cantons se disputent la gloire de posséder les meilleurs danseurs. A la fin d’une pastorale — j’expliquerai ce mot tout à l’heure — les acteurs mettent à l’enchère et vendent à beaux deniers comptants le droit aux représentants de communes voisines de paraître les premiers sur l’estrade pour y commencer le saut basque, la danse favorite des Escualdun français, avec celle des "Satans", une variété de la jota aragonaise. Les Basques espagnols préfèrent "l’Espata Danza", la danse à l’épée, "l’Aurrescu" ou Zorzico, et d’autres branles solennels, en usage aux fêtes locales. Les danses les plus anciennes, le saut basque et "l’Ezpata Danza" par exemple, sont exécutées par des hommes. Les femmes ne figurent que dans celles dont l’origine est plus récente.


pays basque autrefois danses saut mutchikoak
SAUTS BASQUES
PAYS BASQUE D'ANTAN


Mais tout passionné qu’il est pour les exercices du corps, le Basque, même ne sachant ni lire ni écrire, même réduit à sa seule langue maternelle, n’est point abandonné à une complète ignorance. Il a ses goûts littéraires et artistiques, et si les rimes imprimées sont pour lui lettre close, il est à la fois poète et rhapsode ; il improvise des vers, il sait par cœur des chansons sans fin ; sa mémoire est fournie de contes et légendes. Bien plus, le Pays Basque est une des rares contrées où le théâtre populaire du moyen âge s’est continué sans interruption jusqu’à nos jours. La Bretagne ne le connaît presque plus. Tous les dix ans en Bavière, on représente le "Passion-spiel" devant un immense auditoire d’étrangers, mais le drame de l'"Ober-Ammergau" est plutôt une œuvre de dévotion, une cérémonie religieuse qu’un divertissement populaire. Au contraire, dans les villages de la Soule, le théâtre est la plus goûtée des distractions. Les "Pastorales" ou mieux les "tragédies" se jouent chaque année aux grandes fêtes du printemps et de l’été. Rien de plus primitif que la scène. Construite à ciel ouvert, sur la grande place, elle ne se compose que de planches assujetties sur des barriques dressées ; au fond, un rideau de toile ; à droite l’entrée des "bons" (les bleus) ; à gauche, celle des "méchants" (les rouges) ; un pantin de bois représente "l’idole des païens" ; deux ou trois musiciens du pays forment l’orchestre. Les pièces tirées de la Bible et des Vies des Saints, ou bien des contes et légendes de la littérature populaire française, ont été mises en vers par l’instituteur ou le poète de l’endroit. Mais, — et c’est en cela que consiste souvent toute l’originalité du drame euskarien, — l’on a toujours eu soin d’y intercaler un chœur de "Satans" plus un "Roi des Turcs" avec ses affidés. Toute la pièce récitée sur le même ton, accompagnée d’une musique lente et solennelle pour les bons, de plus en plus précipitée pour les méchants, se termine invariablement par l’air et danse des Satans, qui tiennent le rôle principal dans toute la pastorale basque. La tragédie compte de trois mille à sept mille lignes rimées, et parfois ne demande pas moins de neuf heures pour être jouée toute entière. En ces temps dégénérés, il est vrai, on y fait d’assez larges coupures. Les rôles sont nombreux, rarement moins de douze, et peuvent aller jusqu’à la soixantaine.



pays basque autrefois danses satans
DANSE DES SATANS
PAYS BASQUE D'ANTAN



Mais comment décrire l’hétéroclite mélange des éléments divers qui entrent dans le costume des acteurs ? Les uniformes fanés, empruntés au douanier ou au gendarme en retraite, la défroque du lycéen, ou l’habit officiel du sous-préfet contrastent avec la culotte en velours, la jupe à l’avant-dernière mode de Paris ; la couronne de clinquant rouge, surmontée de plumes ou de fleurs artificielles, fabriquée par la couturière de l’endroit, étincelle auprès du chapeau à claque. Le costume des Satans, fait d’après les anciens usages du pays est toujours fort joli. Aux coins de l’estrade, quatre gardiens improvisés armés de vieux fusils à pierre, maintiennent l’ordre dans l’assistance, et tirent de grands coups de feu quand un héros tombe ou qu’une bataille à lieu. Les épées et les cannes qui les remplacent s’entre-choquent dans les combats en marquant l’air joué par l’orchestre. Un drap blanc, roulé sur un coin de la scène et étendu à la hâte sur le plancher au moment des très nombreuses catastrophes d’une tragédie, sert à recevoir les morts et à préserver de la poussière les beaux uniformes prêtés pour l’occasion.



Tous les morceaux sont appris par cœur, souvent par des gens, qui ne savent pas lire, et la tâche de les leur loger dans la cervelle occupe en hiver les veillées de la ferme. A la représentation les deux sexes ne sont jamais mêlés. Généralement la tragédie est jouée par des hommes seuls, parfois par des jeunes filles. Comme partout avant le XVIIe siècle, les rôles de femmes sont remplis d’une façon admirable par les jeunes garçons. Les fillettes ne réussissent pas aussi bien armées du sabre des héros.



Les Basques célèbrent le carnaval par des mascarades ou charivaris sorte de pantomime, de procession dramatique où les hommes représentent divers animaux ou caractères typiques du pays. On y conserve, avec leur musique propre, des danses traditionnelles, des danses qui demandent la force et l'adresse des jarrets fameux du canton ! Les plus renommées sont la danse du cheval "zabalçain" et la danse de l’ours (hartza) ; la première vaut la peine d’être vue.


pais vasco antes bailes carnaval navarra
CARNAVAL ITURREN NAVARRE

Après les pastorales et les mascarades viennent les concours poétiques, où seulement on donne un prix au meilleur des poèmes composés d’avance par les rivaux, mais ou les "coplaçari" (improvisateurs) luttent à qui mieux ou plus vite trouvera des vers sur un thème donné. Leur langue se prête merveilleusement à toute sorte de rimes, on en entasse parfois jusqu’à vingt ou trente sur la même finale. Voilà tout ce qui, avec quelques livres de dévotion et les prônes de l’Eglise, constituait autrefois la vie littéraire des Basques et donnait satisfaction à leurs goûts intellectuels.



Aujourd’hui l’enseignement régulier se répand de plus en plus, et les Escualdun entrent dans le grand courant de la science européenne. Les enfants basques ont l’esprit vif et ouvert, ils apprennent avec une facilité surprenante ; pourtant ils ne dépassent guère une certaine limite. On trouve assez de noms viscayens parmi les poètes et les dramaturges de l’Espagne, mais excepté Ercilla, l’auteur de l'"Araucanie", aucun ne marche en tête de ses contemporains : de même pour les diverses branches de la science, la navigation surtout. Ils font des marins actifs, intelligents, intrépides. Le Basque El Cano fut le seul survivant des officiers du Magellan, le premier à achever le tour du monde : Primus me circumdedisti sur un globe, sont les armoiries de sa famille. Très braves, bon soldats, ils ont rarement le génie militaire ; ils fournissent d’admirables officiers aux flottes de la France et de l’Espagne et aux armées des brigadiers excellents, mais pas un d’entre eux n’a emporté d’assaut le commandement suprême. Le maréchal Harispe, Zumalacarreguy dans la première guerre carliste, l’amiral Jauréguiberry dans la campagne de 1870-71, sont presque les seuls qui se soient fait une réputation européenne.



Il est néanmoins deux grands faits, ou pour mieux dire deux grandes institutions à porter à l’actif des Basques : par la première ils se sont rattachés au mouvement général, ils ont exercé et exercent encore une influence majeure ; dans la seconde, ils ont montré un génie pratique vraiment digne de tous les suffrages, je veux parler du jésuitisme et de l'administration locale de leurs "Fueros".



Sous quelque aspect qu’on l’envisage, le Jésuitisme restera toujours un produit essentiel de l’esprit basque. Ignace de Loyola et François Xavier furent par excellence des types basques. Le second possédait au haut degré le charme personnel qui se rencontre si souvent chez les jeunes hommes du pays. Le mysticisme du premier, sa puissance d’absorption dans l’idée, sont encore communs parmi eux. Le seul caractère quelque peu distinctif de leur poésie est l’emploi fréquent de l'allégorie, une grande propension à présenter les idées abstraites sous des formes concrètes,— trait principal des "Exercices spirituels de Loyola". "Qui dit Basque, dit catholique" est proverbe déjà ancien chez eux. Quoique le plus précieux joyaux de leur littérature soit le Nouveau Testament traduit par le protestant Liçarrague et imprimé en 1571 à La Rochelle, sous les auspices de Jeanne d’Albret, il n’en est pas moins vrai qu’ils se cramponnent à la religion catholique romaine, avec la même ténacité qu’ils s’attachaient autre fois au culte Païen. A eux par Loyola et J.-François Xavier, revient l’honneur d’avoir conçu et organisé la contre-réforme en Europe et prolongé ainsi de plusieurs siècles l’existence de la papauté. Mais, tout dévoués qu’ils sont à ce qu’ils croient la vérité religieuse, les basques sont rarement bigots, et dans le domaine politique, ils n’ont jamais courbé la tête sous le joug du clergé."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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mercredi 1 février 2023

CHARIVARI AU PAYS BASQUE EN SEPTEMBRE 1923 (deuxième et dernière partie)

 

LE CHARIVARI AU PAYS BASQUE EN 1923.


Les charivaris ont existé en Europe et dans de très nombreuses régions de France, dont le Pays Basque.



saint pee sur nivelle autrefois pays basque
CHARIVARI ST PEE SUR NIVELLE - SENPERE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque, dans 

plusieurs éditions :



  • le 13 septembre 1923, sous la plume de Mesmes :

"Le "Charivari Basque".



Rien de plus curieux, de plus captivant, pour qui s’intéresse non seulement au pays basque, mais encore à l'histoire intellectuelle de la France, que ce que nous avons vu et entendu dimanche à Campos-Berri. En moins de deux heures, ces danses naïves, cette tenue hiératique des acteurs, cette musique mêlée d'airs populaires et de mélodies extrêmement intéressantes tant comme tonalité que comme rythme, ces farces truculentes cachant souvent un sens profond, ces improvisations balancées et fraîches d’aèdes montagnards, tout cela nous a fait remonter aux origines même des peuples d'Europe, à travers tout le Moyen-Age ! Et comme je les plains ces jeunes gens, ce groupe de jeunes filles qui ne se décidèrent pas à demeurer jusqu’à la fin du spectacle, sous prétexte de monotonie ! Certes, il est difficile, délicat, de saisir la différence des mesures, les nuances entre les divers sauts basques, le mythe renfermé dans les gestes ainsi que dans un coffret ancien ; cela demande une attention plus avertie, un sens artistique plus aiguisé que pour connaître un Blues d’un Tango ! Mais quelle satisfaction intime, quel plaisir pour qui peut démêler dans la trame innombrable de cette fête, tout ce qu’elle contient d'art vrai, de tradition vénérable ! 



pays basque autrefois danses
SAUTS BASQUES PAR LES DANSEURS SOULETINS
SAINT-JEAN-DE-LUZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le cortège ! — Parti vers 16 heures, de la Place Louis-XIV, il se déroula, dansant et coloré, à travers la ville pour amener les artistes à Campos-Berri. Les "cachcarots", — héritiers directs de ces hérauts moyenâgeux qui précédaient les Cortèges de seigneurs et de chevaliers, pour leur frayer un passage et prévenir la foule, — dansèrent, tout au long du chemin, le pas classique, plein de grâce et de digne lenteur, qui convenait à la gravité de MM. les Juges fermant la marche. N’est-ce point, en même temps, que du XIVe siècle, une réminiscence de ces danses sacrées des lévites devant l’Arche, des guerriers de Pyrrhos dans la Pyrrhique ? 


cascarots pays basque autrefois
KASCAROTS
PAYS BASQUE D'ANTAN


Au milieu d’une foule énorme encombrant les gradins et pelouses de Campos-Berri, la théorie des danseurs et chanteurs pénétra dans le Fronton. Un soleil éclatant faisait miroiter les glaces des casques, étinceler les ors, les grelots et les boutons des pantalons ; sur les chemises blanches comme neige, les bijoux précieux, les vieilles chaînes d’or des aïeules, les broches d'or des fiancées, les épingles d’or encore des sœurs, toutes ces parures des grands jours, là-bas, sur la montagne, jetaient mille feux pétillants ; et c’étaient, sur ces plastrons de chemise, tout le passé et tout le présent, les souvenirs des vieux déjà disparus, les joyaux transmis de génération en génération, l'orgueil des mariées de demain. Qu’il y en avait de curieux parmi ces bijoux aux formes archaïques, aux dessins naïfs ou précieux ! 



Les Juges. — Ils portent la robe noire et le bonnet. A vrai dire, il n’y a qu'un Juge. Les deux autres magistrats sont l’Avocat et le Procureur qui discuteront presque sans arrêt, les frasques de cet Huissier qui est vraiment un homme bien encombrant, bien gênant, amusant pour la galerie certes, mais exaspérant pour le Tribunal et la Police. 



Evidemment, il a tort cet Huissier de renverser la chaise de M. le Juge, de culbuter M. le Procureur, de jouer mille mauvais tours aux gendarmes, de les bousculer, de leur échapper, de les mettre sur les dents !... Mais les gendarmes, le Procureur, le Juge, ne sont-ils pas les ennemis nés du Pays basque lui-même un peu contrebandier, amateur de pêche sans permis et de chasse en tous temps ? Alors ?... Les spectateurs basques ne s’y trompent pas. Cet Huissier qui tape sur Képis et Bonnets, les venge tous un peu ; on l'applaudit, on l'encourage, on lui prête assistance, on le cache, et, quand il est pris, on le plaint. Satire de l'autorité, évidemment ; manifestation d'un esprit volontiers frondeur, soit. Je me laisse aller à penser à Rabelais, à Marot, à la satire Ménippée ! 



Cet huissier ne tardera pas d’ailleurs à abuser de son succès auprès de la foule, de son agilité, de son esprit inventif, de l’indulgence du public. Il traverse les cordons de danseurs, ridiculise leur pas, ne respecte pas l'ordre traditionnel de la fête. Et puis, on se souvient qu’il a parfois servi ce Tribunal qu’il bafoue aujourd'hui. Il est venu en terre basque, saisir de pauvres gens, faire vendre leur champ, ruiner des familles ; il a été l'instrument de ces mêmes gendarmes, douaniers, procureurs, agents du fisc qui les traquent. Tant pis pour lui ! Ses facéties ont cessé de plaire ; la faveur du public l'abandonne, on applaudit au coup de fusil qui l’abat ! 



Curieuse manifestation de l’esprit basque que cette aventure de l'Huissier. Curieux détail à noter que celui-ci : Tandis que poètes, danseurs, cachcarots. etc., parlent toujours basque, les gendarmes et agents de la police ne se servent que de la langue française. En avaient-ils besoin, les basques, de ces gendarmes, de ces douaniers inventés par le gouvernement de Paris ? La tradition affirme que les anciens, il y a trois ou quatre siècles, assurèrent que non. 



Les Poètes. — Ils étaient deux ; l'un plus jeune l’autre plus âgé ; tous deux portant la blouse noire aux plis larges des vieux basques, et le petit béret ; tous deux laissaient, sous leurs paupières plissées, pétiller leurs petits yeux gris tour à tour profonds, railleurs, malicieux ou spirituels. Deux médailles antiques, ces deux poètes au profil net, au menton volontaire, au front haut et bombé plein d’images, d'idées et de pensées, au sourire fin mais loyal. 


pays basque autrefois chirulari bertsolari
CHIRULARI ET BARDE IMPROVISATEUR
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le public basque leur fit un succès considérable ; ils le méritaient par la richesse de leur imagination, le coloris de leur style, le charme de leurs couplets, l’harmonie de leur langue. Ils sont connus d’ailleurs et réputés les meilleurs aides, de Baïgorry jusqu’à Saint-Michel. Pour ceux qui n'entendent pas le basque, ce fut un régal de suivre sur les visages des auditeurs, les mille expressions diverses provoquées par ces improvisations. 



La langue basque se prête merveilleusement à la versification à cause des inversions que lui permet sa syntaxe. Ces inversions aboutissent à des variantes de désinences qui facilitent la venue du vers Tout basque donc d'imagination, possédant bien sa langue, ayant un peu d’esprit de répartie et de couleur dans son langage, pourra devenir une sorte de barde qui chantera tout ce qui, dans les événements du jour, frappera ses compatriotes. 



N’est-il pas tout naturel de voir, dans les deux poètes que nous applaudîmes dimanche, les successeurs, les héritiers directs et probablement uniques actuellement, de nos jongleurs, trouvères et troubadours du Moyen-Age, des aèdes de la Grèce héroïque ! 



Les danseurs. — Ils furent admirables d'adresse, de précision, de gravité sereine, d'agilité et de résistance. Un auteur fort documenté, écrit : 

"La riche organisation des montagnards basques, comprimée plutôt qu’épuisée par les travaux agricoles les plus fatigants, ne connaît guère la réparation des forces par le repos ; elle a besoin de mouvement, elle se retrempe dans le mouvement libre. Leur travail accompli, les basques trouvent leur plaisir dans la danse et le jeu de pelote. C’est d’eux que Boileau « écrivait en 1659 : "Un enfant y sçait danser avant que de sçavoir appeler son papa ni sa nourrice". Rien de grossier ni de raffiné non plus, dans la danse basque. L’air en est vif et entraînant. On n’y voit point de mélange des sexes, ni, chez l'homme, des poses contraires à sa dignité. C’est vraiment un délassement sain". 



Les danseurs de Bidarray nous ont prouvé, dimanche, que cela était bien exact : ils nous ont démontré aussi tout ce que ces danses anciennes contenaient d'art subtil et pur de tout alliage moderne. 



J'aurais beaucoup à dire encore ; il faut se borner. Et cependant comment ne pas vous avouer encore que, devant les femmes du cortège de Bidarray, j’ai pensé aux Vierges sages et aux Vierges Folles. 



pays basque autrefois dessin homualk
BIDARRAY
DESSIN DE HOMUALK



Qu’il me soit permis, en terminant, de féliciter le Syndicat des Fêtes de Saint-Jean-de-Luz, de son initiative. Puisons dans le trésor de la tradition basque : il y a encore des merveilles à faire connaitre. Je sais que le Syndicat y est décidé."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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