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mercredi 1 mars 2023

WENTWORTH WEBSTER UN ANGLAIS AMOUREUX DU PAYS BASQUE AU DÉBUT DU VINGTIÈME SIÈCLE (deuxième partie)

WENTWORTH WEBSTER AU PAYS BASQUE.


Wentworth Webster, né le 16 juin 1828 à Uxbridge, en Angleterre et mort le 2 avril 1907 à Sare, en Labourd, est un prêtre anglican, collecteur des contes traditionnels du Pays Basque, érudit de langue anglaise, française et basque.




pays basque autrefois littérature sare anglais
WENTWORTH WEBSTER
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire La Côte basque : revue illustrée de 

l'Euzkalerrria, le 25 janvier 1925 :



"Basques. Extraits de l’ouvrage du Révérend Wentworth Webster.

Les Loisirs d’un Etranger au Pays Basque (Suite).



"... On compte en Europe six cent mille personnes qui parlent l'escuara : sur ce nombre, cent vingt à cent quarante mille habitent la France, et quatre cent mille l’Espagne. Des milliers d’émigrés Basques se sont établis dans l’Amérique du Sud, et sont généralement répartis entre les Républiques Argentine et Orientale. Mais la langue, comme la nation elle-même, n’est plus qu’un débris de ce qui fut jadis, et le débris lui-même se partage en huit dialectes principaux : le labourdin, le souletin, le bas-navarrais-oriental, le bas-navarrais occidental en France ; en Espagne, le bas-navarrais du Nord, le bas navarrais du Sud, le guipuzcoan et le viscayan. Le prince L.-L. Bonaparte en a fait dresser d’admirables cartes géographiques où il délimite leurs sous-dialectes mêmes.



pays basque autrefois carte sept provinces
CARTE DES SEPT PROVINCES BASQUES 1863
PAR LOUIS-LUCIEN BONAPARTE


La population basque est une des plus belles de l'Europe. Quoique son langage indique probablement une origine non aryenne, elle ne le cède en rien pour la majesté du port et la régularité des traits, aux plus beaux types de la race indo-européenne. J’ai déjà parlé des caractères physiques des crânes basques. Les Escualdun sont en général de taille moyenne, plutôt grands que petits, sveltes, élancés, vigoureux, d’une agilité surprenante. A la course, à la danse ils n’ont pas de rivaux. Il n’y a guère de meilleurs marcheurs.



Ils s’adonnent aux exercices athlétiques, et souvent la force musculaire des femmes est bien au-delà de ce qu’on pourrait attendre de la délicate élégance de leur corps. L’amusement favori des Basques est le jeu de paume, dont on connaît trois variétés distinctes : la balle est beaucoup plus lourde que celle dont on se sert dans les autres pays et demande non moins de vigueur que de souplesse pour être lancée à la distance requise. Il faut les voir à un de leurs jeux de "pelote à la longue"  surtout quand la lutte prend un caractère international et a lieu de Basques français à Basques espagnols. D’autres fois, on s’amuse à jeter le plus loin possible une grosse barre de fer (la palenka), puis vient le saut, l’escrime au bâton ferré (le makilla).



De même que chez les anciens Grecs, la danse est tenue en haute estime et pratiquée avec un sérieux remarquable par les hommes surtout. Ce n’est plus une simple distraction, un amusement de jeunesse, mais un exercice viril, un juste sujet d’orgueil pour ceux qui y excellent. Tous les pas sont réglés, les gestes déterminés d’avance. Villages et cantons se disputent la gloire de posséder les meilleurs danseurs. A la fin d’une pastorale — j’expliquerai ce mot tout à l’heure — les acteurs mettent à l’enchère et vendent à beaux deniers comptants le droit aux représentants de communes voisines de paraître les premiers sur l’estrade pour y commencer le saut basque, la danse favorite des Escualdun français, avec celle des "Satans", une variété de la jota aragonaise. Les Basques espagnols préfèrent "l’Espata Danza", la danse à l’épée, "l’Aurrescu" ou Zorzico, et d’autres branles solennels, en usage aux fêtes locales. Les danses les plus anciennes, le saut basque et "l’Ezpata Danza" par exemple, sont exécutées par des hommes. Les femmes ne figurent que dans celles dont l’origine est plus récente.


pays basque autrefois danses saut mutchikoak
SAUTS BASQUES
PAYS BASQUE D'ANTAN


Mais tout passionné qu’il est pour les exercices du corps, le Basque, même ne sachant ni lire ni écrire, même réduit à sa seule langue maternelle, n’est point abandonné à une complète ignorance. Il a ses goûts littéraires et artistiques, et si les rimes imprimées sont pour lui lettre close, il est à la fois poète et rhapsode ; il improvise des vers, il sait par cœur des chansons sans fin ; sa mémoire est fournie de contes et légendes. Bien plus, le Pays Basque est une des rares contrées où le théâtre populaire du moyen âge s’est continué sans interruption jusqu’à nos jours. La Bretagne ne le connaît presque plus. Tous les dix ans en Bavière, on représente le "Passion-spiel" devant un immense auditoire d’étrangers, mais le drame de l'"Ober-Ammergau" est plutôt une œuvre de dévotion, une cérémonie religieuse qu’un divertissement populaire. Au contraire, dans les villages de la Soule, le théâtre est la plus goûtée des distractions. Les "Pastorales" ou mieux les "tragédies" se jouent chaque année aux grandes fêtes du printemps et de l’été. Rien de plus primitif que la scène. Construite à ciel ouvert, sur la grande place, elle ne se compose que de planches assujetties sur des barriques dressées ; au fond, un rideau de toile ; à droite l’entrée des "bons" (les bleus) ; à gauche, celle des "méchants" (les rouges) ; un pantin de bois représente "l’idole des païens" ; deux ou trois musiciens du pays forment l’orchestre. Les pièces tirées de la Bible et des Vies des Saints, ou bien des contes et légendes de la littérature populaire française, ont été mises en vers par l’instituteur ou le poète de l’endroit. Mais, — et c’est en cela que consiste souvent toute l’originalité du drame euskarien, — l’on a toujours eu soin d’y intercaler un chœur de "Satans" plus un "Roi des Turcs" avec ses affidés. Toute la pièce récitée sur le même ton, accompagnée d’une musique lente et solennelle pour les bons, de plus en plus précipitée pour les méchants, se termine invariablement par l’air et danse des Satans, qui tiennent le rôle principal dans toute la pastorale basque. La tragédie compte de trois mille à sept mille lignes rimées, et parfois ne demande pas moins de neuf heures pour être jouée toute entière. En ces temps dégénérés, il est vrai, on y fait d’assez larges coupures. Les rôles sont nombreux, rarement moins de douze, et peuvent aller jusqu’à la soixantaine.



pays basque autrefois danses satans
DANSE DES SATANS
PAYS BASQUE D'ANTAN



Mais comment décrire l’hétéroclite mélange des éléments divers qui entrent dans le costume des acteurs ? Les uniformes fanés, empruntés au douanier ou au gendarme en retraite, la défroque du lycéen, ou l’habit officiel du sous-préfet contrastent avec la culotte en velours, la jupe à l’avant-dernière mode de Paris ; la couronne de clinquant rouge, surmontée de plumes ou de fleurs artificielles, fabriquée par la couturière de l’endroit, étincelle auprès du chapeau à claque. Le costume des Satans, fait d’après les anciens usages du pays est toujours fort joli. Aux coins de l’estrade, quatre gardiens improvisés armés de vieux fusils à pierre, maintiennent l’ordre dans l’assistance, et tirent de grands coups de feu quand un héros tombe ou qu’une bataille à lieu. Les épées et les cannes qui les remplacent s’entre-choquent dans les combats en marquant l’air joué par l’orchestre. Un drap blanc, roulé sur un coin de la scène et étendu à la hâte sur le plancher au moment des très nombreuses catastrophes d’une tragédie, sert à recevoir les morts et à préserver de la poussière les beaux uniformes prêtés pour l’occasion.



Tous les morceaux sont appris par cœur, souvent par des gens, qui ne savent pas lire, et la tâche de les leur loger dans la cervelle occupe en hiver les veillées de la ferme. A la représentation les deux sexes ne sont jamais mêlés. Généralement la tragédie est jouée par des hommes seuls, parfois par des jeunes filles. Comme partout avant le XVIIe siècle, les rôles de femmes sont remplis d’une façon admirable par les jeunes garçons. Les fillettes ne réussissent pas aussi bien armées du sabre des héros.



Les Basques célèbrent le carnaval par des mascarades ou charivaris sorte de pantomime, de procession dramatique où les hommes représentent divers animaux ou caractères typiques du pays. On y conserve, avec leur musique propre, des danses traditionnelles, des danses qui demandent la force et l'adresse des jarrets fameux du canton ! Les plus renommées sont la danse du cheval "zabalçain" et la danse de l’ours (hartza) ; la première vaut la peine d’être vue.


pais vasco antes bailes carnaval navarra
CARNAVAL ITURREN NAVARRE

Après les pastorales et les mascarades viennent les concours poétiques, où seulement on donne un prix au meilleur des poèmes composés d’avance par les rivaux, mais ou les "coplaçari" (improvisateurs) luttent à qui mieux ou plus vite trouvera des vers sur un thème donné. Leur langue se prête merveilleusement à toute sorte de rimes, on en entasse parfois jusqu’à vingt ou trente sur la même finale. Voilà tout ce qui, avec quelques livres de dévotion et les prônes de l’Eglise, constituait autrefois la vie littéraire des Basques et donnait satisfaction à leurs goûts intellectuels.



Aujourd’hui l’enseignement régulier se répand de plus en plus, et les Escualdun entrent dans le grand courant de la science européenne. Les enfants basques ont l’esprit vif et ouvert, ils apprennent avec une facilité surprenante ; pourtant ils ne dépassent guère une certaine limite. On trouve assez de noms viscayens parmi les poètes et les dramaturges de l’Espagne, mais excepté Ercilla, l’auteur de l'"Araucanie", aucun ne marche en tête de ses contemporains : de même pour les diverses branches de la science, la navigation surtout. Ils font des marins actifs, intelligents, intrépides. Le Basque El Cano fut le seul survivant des officiers du Magellan, le premier à achever le tour du monde : Primus me circumdedisti sur un globe, sont les armoiries de sa famille. Très braves, bon soldats, ils ont rarement le génie militaire ; ils fournissent d’admirables officiers aux flottes de la France et de l’Espagne et aux armées des brigadiers excellents, mais pas un d’entre eux n’a emporté d’assaut le commandement suprême. Le maréchal Harispe, Zumalacarreguy dans la première guerre carliste, l’amiral Jauréguiberry dans la campagne de 1870-71, sont presque les seuls qui se soient fait une réputation européenne.



Il est néanmoins deux grands faits, ou pour mieux dire deux grandes institutions à porter à l’actif des Basques : par la première ils se sont rattachés au mouvement général, ils ont exercé et exercent encore une influence majeure ; dans la seconde, ils ont montré un génie pratique vraiment digne de tous les suffrages, je veux parler du jésuitisme et de l'administration locale de leurs "Fueros".



Sous quelque aspect qu’on l’envisage, le Jésuitisme restera toujours un produit essentiel de l’esprit basque. Ignace de Loyola et François Xavier furent par excellence des types basques. Le second possédait au haut degré le charme personnel qui se rencontre si souvent chez les jeunes hommes du pays. Le mysticisme du premier, sa puissance d’absorption dans l’idée, sont encore communs parmi eux. Le seul caractère quelque peu distinctif de leur poésie est l’emploi fréquent de l'allégorie, une grande propension à présenter les idées abstraites sous des formes concrètes,— trait principal des "Exercices spirituels de Loyola". "Qui dit Basque, dit catholique" est proverbe déjà ancien chez eux. Quoique le plus précieux joyaux de leur littérature soit le Nouveau Testament traduit par le protestant Liçarrague et imprimé en 1571 à La Rochelle, sous les auspices de Jeanne d’Albret, il n’en est pas moins vrai qu’ils se cramponnent à la religion catholique romaine, avec la même ténacité qu’ils s’attachaient autre fois au culte Païen. A eux par Loyola et J.-François Xavier, revient l’honneur d’avoir conçu et organisé la contre-réforme en Europe et prolongé ainsi de plusieurs siècles l’existence de la papauté. Mais, tout dévoués qu’ils sont à ce qu’ils croient la vérité religieuse, les basques sont rarement bigots, et dans le domaine politique, ils n’ont jamais courbé la tête sous le joug du clergé."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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dimanche 19 février 2023

LE CARNAVAL DE BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS

 LE CARNAVAL DE BAYONNE EN 1924.


Le carnaval de Bayonne, en Labourd, au Pays Basque, existerait depuis 1480.



pays basque autrefois fêtes carnaval
BAYONNE 1924
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque, le 4 mars 

1924 :



"Les heures Bayonnaises.

Le Carnaval d'autrefois. "La San Pansard". 


 

Durant les veillées encore longues à cette époque de l'année nous aimons évoquer des souvenirs qui ont charmé notre enfance et des joies que nous avons eues alors. Nous avons rassemblé ici avec nos souvenirs personnels ceux des personnes qui, plus âgées, ont pu suivre plus attentivement le Carnaval d’autrefois à Bayonne. A l'heure où de la scène disparaît à jamais un homme qui amusa quantité de générations, — c'est ce Canton que nous voulons parler, — il n’est pas inutile de rappeler le souvenir d'un de ceux qui avec les Marouby, les Paulin, les Canton, amusèrent les Bayonnais, qui leur doivent une pensée de reconnaissance et un souvenir ému. 



Nous ne saurions parler du Carnaval bayonnais sans traduire ici l'opinion d'un bayonnais fameux, amateur de bon vin et de bonne chère, et qui, sous le pseudonyme de Bournat Larreuguigne, dénote un esprit qui ne manque pas de sel. "Autrefois, dit Larreuguigne dans le dernier Clairon, le défunt Ardelin n'avait pas assez de costumes pour louer à la jeunesse qui désirait se déguiser ; les travestis, les cortèges, les défilés de bandes joyeuses, qui donnaient à la ville de Bayonne, pendant tout le temps du Carnaval, une animation extraordinaire ; les couturières avaient assez de travail à fabriquer costumes de Dominos, de Pierrots et d'Arlequins, et le jour de la San-Pansard, l’on assistait avec beaucoup de regret au spectacle de la clôture !" 



Comme cela est bien vrai. Bayonne avait une animation extraordinaire et les dimanches se passaient joyeux et gais dans la foule des masques qui, sur la pince d’Armes et de la Liberté, nouaient des intrigues et faisaient des farces dont les victimes elles-mêmes étaient les premières à rire. C’était l’époque de la joie et de la gaieté. Le soir du Mardi-Gras, tout le long de la promenade des deux places, une foule immense composée en majeure partie de masques de toutes sortes, faisaient les allées et venues en se livrant à des batailles acharnées de confettis et de serpentins. Les marchands établis le long du quai de la Nive s'en donnaient à cœur joie de crier la valeur et la qualité de leurs marchandises : mirlitons, confettis, serpentins, etc... 



Nous avons encore la souvenance de l'aspect des places au lendemain de ces fêtes. Une épaisseur de cinq centimètres de confettis de toutes couleurs jonchait le sol et connaît à la place l’aspect d’un tapis bariolé dont la pluie faisait ruisseler à l’égout une eau à mille teintes !... 



Heureux jours ! 



Un souvenir particulier nous est resté : une bande d’une cinquantaine de masques à la tête de laquelle se trouvait l’un de nos plus brillants comiques bayonnais, grimpant à l’assaut du kiosque de la place et qui organisa là un véritable concert dont se régalèrent les milliers d'auditeurs. On chanta longtemps à Bayonne : "Malborought s’en va-t-en guerre, dap lou dit au ... moussu !"


pays basque autrefois chanson malbrough
CHANSON
MALBROUGH S'EN VA T'EN GUERRE


Mais le meilleur de nos souvenirs sur le Carnaval bayonnais est encore le San-Pansard. 

San-Pansard qu’ère ün brabe homi 

Mais qu'ère ün fichu gourmand !... 



A la tête du premier et du plus beau des San-Pansard se trouvait un homme dont le nom est gravé dans la mémoire de tous les Bayonnais vieux ou jeunes. J’ai nommé Capulet, cassegus de son métier et général à ses heures... de gloire carnavalesque. 



Quelques jours auparavant, ces Messieurs, organisateurs du San-Pansard, qui tous étaient de francs buveurs, se livraient à une véritable chasse, chez tous les tailleurs de la ville, de tout ce qu'ils pouvaient trouver de vieilles frasques de toutes sortes. C’était là le premier préparatif. 



Le dimanche qui précède le Mardi-Gras, Capulet en grande tenue de général se promenait, l’air grave et soucieux, sur la place. Il ne faisait attention à personne et répondait aux quolibets que lui adressaient les passants par un regard dédaigneux et un haussement d’épaules. Parfois, de hautes notabilités de la ville, attardés au Café Farnié, ne se gênaient pas pour inviter le général Capulet à s’asseoir à leur table. Il y venait, s'asseyait et buvait aussi sérieusement que s’il eut occupé l’hôtel de la Division. 



pays basque autrefois labourd café
CAFE FARNIE BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Au lendemain, toute la troupe travaillait activement aux derniers préparatifs pour habiller M. et Mme San-Pansard et faire eux-mêmes bonne figure dans le cortège qui devait promener le couple à travers les artères de la cité. 



Enfin, le mercredi des Cendres, jour de San-Pansard, ils se mettaient en route... 



Le cortège se composait en premier lieu de la musique, composée d'une vieille casserole sur laquelle le Ramoneur rythmait la cadence de la chanson de San-Pansard que tous chantaient en chœur de leur voix rauque et avinée. Puis, venait Capulet, toujours en général, qui portait sous son bras la sentence qu’il devait lire chaque fois que le cortège faisait halte. Derrière lui. M. et Mme San-Pansard, sur un brancard, portés par quatre hommes coiffés chacun d’un haut de forme et habillés d’une redingote d’où pendaient derrière quelques sardines ou harengs. Ces vêtements venaient terminer là une carrière qui avait dû se commencer sans doute dans d'autres fastes. Le couple était fort bien mis : lui, ganté de blanc, un poireau à la boutonnière, également en habit et chapeau claque ; elle, — pôvre Mme San-Pansard, — la taille bien prise dans un élégant corsage et un magnifique chapeau à fleurs, qui avait dû servir de couvre-chef à quelque élégante de la ville. Le couple se donnait le bras et au-dessus de leur tête, un arc de cercle tressé avec du lierre et des camélias, le tout orné de verdure avec beaucoup de goût. Bien entendu des quêteurs étaient chargés de récupérer les frais qu’avait nécessité l‘exécution du cortège. 



Ils se mettaient de bon matin en route suivis et précédés d'une foule de gamins — dont nous avons fait partie — qui eux-mêmes chantaient le chant de San-Pansard. La première balte était pour M. le Maire ; c'est alors qu'ils s’arrêtaient, les porteurs déposaient délicatement leur fardeau à terre et Capulct dans un silence religieux, lisait la sentence : 

"Au nom du Peuple Français, (roulement de tambour) M. et Mme San-Pansard (tous se découvraient à ce nom) sont condamnés à être brûlés puis jetés à l’Adour, pour s'être rendus coupables d'avoir mangé toutes les saucisses et tous les jambons. En conséquence, M. et Mme San-Pansard (nouveau salut) seront exécutés ce soir, à cinq heures, au quartier Mousserolles". (Nouveau roulement de tambour). La sentence était beaucoup plus longue, mais nous avons perdu le souvenir de sa composition. Chaque fois que le nom de M. et Mme San-Pansard était prononcé, tous se découvraient avec ensemble. 



Puis le cortège au milieu d’une foule de plus en plus dense, parcourait toute la ville, s'arrêtant à tous les carrefours, devant les principaux magasins et, sur toutes les places. 



Il fallait voir, sur le coup de midi, à la sortie des ateliers, le cortège se frayer un passage à travers la foule immense qui l'entourait. 



Capulet était homme d’organisation. Défense expresse de boire était faite à la troupe jusqu'après l’exécution qui avait lieu vers quatre heures et demie à la cale de Mousserolles. Une dernière fois, la sentence était prononcée et devant la foule énorme qui suivait l'exécution, on arrosait M. et Mme San-Pansard de pétrole, puis on y mettait le feu. Ensuite on jetait leurs cadavres à la rivière dont le courant les amenait à la mer. La foule suivait des yeux les mannequins qui brûlaient encore et qui l’avait tant amusée toute une journée. Capulet et ses hommes étaient alors invités à se désaltérer dans un des grands chais du quartier Mousserolles. Nous ne les suivrons pas dans leurs pérégrinations, car, le soir, un banquet les réunissaient et ils s’en donnaient à bouche que veux-tu jusqu'à rouler sous la table, se promettant de recommencer l’an qui suivrait. 



pays basque autrefois labourd mousserolles
ENTREE DE MOUSSEROLLES BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Hélas ! tout a une fin et Capulet mourut. Tous les Bayonnais regrettèrent cet homme qui les avait tant amusés. Plus tard, Garbure voulut suivre la tradition, mais d’autres San-Pansard se créèrent et se passèrent au milieu de l'indifférence générale. 



Nous avons essayé de retracer aujourd’hui veille de San-Pansard l’histoire de cette tradition perdue avec tant d’autres. Nul ne la fera revivre sans doute et c’est pour cette raison que nous avons voulu remettre en mémoire le souvenir d’un homme qui amusa Bayonne et d’un passé qui fait honneur à la saine et bonne gaîté française dont en ne retrouve hélas ! que trop rarement aujourd’hui les traditions.



Adieu, pôvre San-Pansard..."



(Source : Carnaval - Visit Bayonne (Pays Basque) et gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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mardi 1 mars 2022

MARDI GRAS AUTREFOIS

MARDI GRAS AUTREFOIS.


Aujourd'hui, mardi 1er mars 2022, c'est mardi gras.



mardi gras carnaval
MARDI-GRAS CORTEGE DES GILLES
BINCHE BELGIQUE




Voici ce que rapporta à ce sujet Le Petit Journal, dans son édition du 9 février 1913 :



Propos de Carnaval.



Mardi gras d'autrefois. Tradition corse. La promenade du bœuf gras. Ses rapports avec la littérature et l'histoire. On n'a pas été grand'chose tant qu'on n'a pas été bœuf gras. 



Il est d'usage chaque année là pareille époque de verser un pleur sur la disparition progressive et fatale des joies du carnaval, et c'est devenu un lieu commun de s'apitoyer sur l'abolition de la vieille gaîté française. 



On ne s'amuse plus, dit-on... Ne serait-ce pas plutôt qu'on s'amuse trop ? 



Jadis, le carnaval était un intermède de folies dans la vie monotone et laborieuse du peuple. Aujourd'hui que tous les plaisirs se sont démocratisés, les périodes de fêtes traditionnelles ont moins d'importance qu'autrefois. 



Voilà pourquoi le carnaval se meurt ; et il se meurt si bien que, dans quelques années on pourra probablement dire : le carnaval est mort. 



II faut remarquer encore que le goût des réjouissances bruyantes, des festivités de la rue qu'aimaient tant nos ancêtres, s'efface chez nous de jour en jour. Où sont les cortèges burlesques d'autrefois, les tumultueuses descentes de la Courtille, les débardeurs et les chicards ? 



carnaval mardi gras crepes
CREPES A MARDI-GRAS



Tout cela s'en est allé avec les vieilles lunes. Nous sommes à présent un peuple de "shopenhauérisés" : il nous faut des spectacles compliqués, des sensations morbides, de la musique ennuyeuse ; et le vieux carnaval de nos pères, nous l'avons, avec tant d'autres traditions du temps passé, sacrifié sur l'autel du "snobisme". 



Donnons-lui du moins un souvenir avant qu'il soit tout à fait défunt.



Carnaval vient de deux mots latins qui signifient adieu chair (caro, vale) ; il précède, en effet le carême, époque pendant la quelle on doit s'abstenir de viande. Il commençait jadis, le jour des Rois pour finir le mercredi des Cendres, et, durant tout ce temps, il était d'usage de se déguiser et de courir les bals et les réunions.



Avant la Révolution, le mardi gras était, à Paris, un jour de folies. Dès le matin, le seigneur Carnaval, représenté par un mannequin couvert d'oripeaux ridicules, faisait son entrée dans sa bonne ville. On le menait d'abord au carreau des Halles, puis, de là, on le promenait à travers les rues, en compagnie du bœuf gras d'alors, qu'on appelait le boeuf viellé. 


cavalcade paris mardi gras
CAVALCADE DU MARDI-GRAS PARIS


L'après-midi, le peuple accourait en foule au faubourg-Saint-Antoine. C'était le lieu choisi des réjouissances populaires, tandis que les gens du bon ton se rendaient au Cours-la-Reine. Des deux côtés, c'étaient mêmes saturnales. 



Le gazetier Loret nous a laissé en quelques vers une énumération pittoresque des déguisements à la mode le jour du mardi gras de 1655. 

Mardi, multitude de masques. 

Qui ridicules, qui fantasques... 

Jusqu'au nombre de quatre mille, 

Etaient sortis hors de la ville. 

Les uns ressembloient des Chinois, 

Des Margajats, des Albanois, 

Des amazones, des bergères, 

Des paisannes, des harengères, 

Des clercs, des sergents, des baudets, 

Des gorgones, des farfadets, 

Des vieilles, des sainte-n'y-touche, 

Des Jean-Douelts, des Scaramouches. 



On s'amusait ainsi jusqu'à l'heure de minuit. Mais au premier coup de la cloche tous les masques tombaient. Le jour de pénitence commençait. Chacun regagnait au plus tôt son logis, car le guet était impitoyable pour quiconque perpétuait les folies du mardi gras jusqu'aux premières heures du mercredi des Cendres. 



C'est la Révolution qui porta le premier coup au carnaval en proscrivant le masque et les mascarades comme attentatoires à la dignité des citoyens. 



Cette interdiction dura jusqu'en 1799 ; mais, avec le siècle nouveau, les fêtes carnavalesques revinrent en faveur. 



Paris aujourd'hui les laisse passer avec indifférence. Mais, en province, où les habitudes anciennes sont mieux enracinées, l'époque du carnaval ramène encore certaines réjouissances traditionnelles. 



Il est une coutume, entre autres, que tout vrai gourmet doit défendre c'est celle qui veut qu'on fête le retour du dimanche gras en mangeant des crêpes, de bonnes crêpes, fleurant la pâte légère et les œufs frais. 



En Poitou, naguère, il était d'usage quand on faisait des crêpes le dimanche gras, d'en garder une pour la pie. Les bouviers et les bergères allaient en cortège porter la crêpe à la pie. L'un d'eux l'attachait à quelque haute branche d'un arbre autour duquel toute la bande dansait en rond. La pie, qui, à ce qu'il paraît, est friande de crêpés, venait manger le gâteau ; et l'on croyait qu'en reconnaissance, elle ne manquerait jamais d'avertir les bergers à l'approche du loup. 



Je pourrais vous conter maintes et maintes traditions des jours gras qui subsistent encore dans nos provinces... Nous n'en finirions pas. Mais laissez-moi vous rapporter seulement cette jolie coutume jadis en usage en Corse. 



La nuit du mardi gras au mercredi des Cendres était le moment, choisi par les amoureux pour faire leur déclaration. Cela se passait publiquement, au bal, devant tout le village assemblé. La musique se taisait tout à coup, l'assistance formait le cercle et les deux amoureux se plaçaient au milieu. 



Le jeune homme, alors, posait la main sur son cœur. 

- Ahi !... s'écriait-il. 

- Cos'hai ? (Qu'as-tu ?) lui disait la jeune fille. 

- Son fecto ! (Je suis blessé !) 

- E dove ? (Où donc ?) 

- Al core... (Au cœur). 

- Per quale ? (Par qui ?) 

- Per voi, signora. (Par vous, mademoi selle.) 



Par là-dessus, la jeune fille baissait les yeux : l'assistance applaudissait, et, le carême fini, le curé de l'endroit célébrait un mariage. 



Quant à la promenade du seigneur Carnaval sous la forme d'un mannequin que l'on brûlait ou qu'on lançait à la rivière le matin du mercredi des Cendres, elle fut de toutes les régions, et, pourrait-on dire, de tous les pays. 



Chez nous, Nice seule paraît avoir conservé aujourd'hui ce mannequin symbolique. 



mardi gras carnaval
MARDI-GRAS NICE



En Italie, nous le retrouvons à Venise où le seigneur Carnaval apparaît encore avec son cortège composé de masques de toutes les villes d'Italie et portant des costumes empruntés à La comédie populaire de chaque cité : le Romain en Cassandre, le Napolitain en Polichinelle, le Florentin en Gille, et le Vénitien en Pantalon



L'étranger, d'ailleurs, a gardé plus que nous le respect des fêtes du carnaval : Rome a toujours sa fameuse promenade du Corso, mais d'année en année moins brillante et moins animée ; et l'Espagne n'a point encore renoncé complètement aux magnificences de ses cortèges profanes.



Paris seul dédaigne à présent les joies du carnaval : l'Opéra n'a plus de bals, la rue n'a plus de masques ; le bœuf gras lui même a disparu, le bœuf taciturne qu'on promenait lentement par les rues et qui, lorsqu'on tenta, il y a quelques années, de le ressusciter, n'apparut plus aux Parisiens que comme le mélancolique symbole d'un temps où l'on ne sait plus s'amuser. 



C'est pourtant une tradition fort ancien ne que celle du Bœuf gras.



D'aucuns prétendent même quelle remonterait au temps des Pharaons et que le bœuf Apis que les Egyptiens adoraient serait l'ancêtre du bœuf gras. Ils oublient que le bœuf Apis était un dieu alors que le boeuf gras n'était qu'une victime livrée à la curiosité publique avant d'être sacrifiée. A la vérité, la promenade du bœuf gras, date du XIIe siècle. C'est déjà un bel âge pour une tradition.



Ce n'était au début qu'un simple divertissement que les garçons bouchers de Paris s'offraient entre eux. Un maître-boucher leur prêtait un bœuf et ils s'en allaient par la ville rendre visite aux puissants du jour, qui leur donnaient quelque présent pour boire. 



Ce n'est guère qu'à la fin du XVIe siècle qu'on voit la corporation des bouchers de Paris prendre la fête à son compte. 



Dès lors, Chaque année, le jeudi qui précède les jours gras, un cortège magnifique s'organise et parcourt les rues de Paris. Toute la corporation des bouchers y figure en costume de fête. Le bœuf, choisi parmi les plus beaux, engraissé pour la circonstance, défile au son des hautbois et des vielles de là son nom de bœuf viellé



Il est couronné de laurier et couvert d'une précieuse étoffe sur laquelle est assis un jeune et bel enfant portant d'une main un sceptre et de l'autre une épée. On appelle cet enfant le roi des bouchers. Et c'est un curieux contraste qui émeut la sensibilité populaire que la vue de cet enfant-roi parmi son peuple de rudes gaillards aux faces rubicondes et aux bras noueux. 



Jusqu'à la Révolution, les bouchers firent ainsi leur promenade annuelle à travers les nues de Paris ; mais, pas plus que tant d'autres cérémonies corporatives, cette fête pacifique ne trouva grâce devant les réformateurs révolutionnaires. A une époque ou l'on supprimait les rois d'une façon si radicale, comment eût-on permis aux bouchers d'en exhiber un dans Paris ? La fête du bœuf gras fut abolie avec tout ce qui rappelait l'organisation des jurandes et des corporations.



Napoléon la rétablît en 1805. L'empereur estimait nécessaire d'amuser le peuple, parce que le peuple qui s'ennuie va se dis traire dans les clubs et fait de la politique. Après le cortège du couronnement, qui avait eu auprès des Parisiens le plus vif succès, il leur rendit le cortège du Bœuf gras. 



Et l'on vit cette chose inouïe : l'autorité impériale réglant jusque dans les moindres détails le cortège et même le costume de ceux qui y devaient figurer. 

L'ordonnance du 23 février 1805 disait : 

"Les marchands bouchers, coiffés et poudrés en tresses, porteront le chapeau Henri IV avec panache aux couleurs nationales ; gilets, pantalons et veste en basin rayé ; bottes à la hussarde avec glands d'or et d'argent ; manteaux écarlates brodés d'or, gants en crispin noir piqués de blanc. 

Le cortège se composera de six chevaux montés, 10 mameluks, 6 sauvages et 6 Romains, 4 Grecs cuirassés et 6 chevaliers français, 4 Polonais, 4 Espagnols, 2 coureurs, 8 Turcs, 1 tambour-major de la garde, 6 tambours costumés en gladiateurs, 2 fifres en Chinois, 18 musiciens en costumes de caractère, 12 garçons bouchers portant tous les attributs de la boucherie. 

Le bœuf devra peser de 13 à 14 cents, être richement panaché et décoré, porter un enfant en Amour soutenu par deux sacrificateurs ornés de haches et de massues."



Ainsi, tout était prévu, jusqu'au poids du bœuf. Le Roi des bouchers avait disparu, mais l'Amour le remplaçait. A la place d'un roi, le bœuf portait un dieu : les Parisiens n'avaient pas à se plaindre.



La tradition, ainsi renouée, se perpétua presque sans interruption jusqu'en 1870. Paris, chaque année, aux jours gras, regarda passer le bœuf gras entouré de ses Romains, de ses Grecs, de ses sauvages et de ses sacrificateurs. Par malheur, la température à cette époque est assez peu clémente dans nos climats ; il arrivait souvent que les sacrificateurs et les sauvages grelottaient sous leurs oripeaux ; quant à l'Amour, c'était un pauvre amour transi. En 1821, il faisait si froid que le malheureux enfant fut pris de congestion et dégringola à bas de sa monture. 



La fête cependant avait lieu, quelque temps qu'il fît ; le bœuf gras était même devenu, depuis 1845, un élément d'expression de l'actualité parisienne. 



C'est cette année-là que, pour la première fois, le bœuf gras ne fut plus un personnage anonyme. On le baptisa ; et, naturellement, le nom qu'il porta chaque année fut comme l'écho du succès du jour ou de la préoccupation qui dominait l'esprit des Parisiens. 



Ainsi, 1845 est l'année où parut le Père Goriot, de Balzac. Le livre eut un retentissement considérable. Le bœuf gras s'appela le Père Goriot. 



En 1846, c'est au célèbre roman d'Eugène Süe, le Juif Errant, qu'alla le succès populaire et que le bœuf emprunta son nom. 



L'année suivante, il s'appela Monte-Cristo, à cause du roman non moins fameux d'Alexandre Dumas. 



Qui eût cru que le bœuf gras pouvait avoir de tels rapports avec la littérature ? 



La République ne fut jamais favorable au bœuf gras. Celle de 1848 le supprima comme l'avait fait celle de 1792. Le cortège ne fut rétabli qu'en 1851, Il faut croire que cette année-là aucun événement littéraire important ne se produisit à Paris, car le bœuf se vit donner le nom d'un consul romain. Il s'appela Manlius. Etait-ce pour signifier qu'après une journée, de triomphe, il trouverait lui aussi sa roche tarpéienne, et serait mené à l'abattoir après avoir été au Capitole ?



Les années suivantes, c'est encore l'actualité, littéraire qui baptisa le bœuf. En 1853, il s'appela le Père Tom. C'était l'année où avait paru la traduction du célèbre livre de Mme Beecher-Stowe, la Case de l'oncle Tom.



Les Trois Mousquetaires, d'Alexandre Dumas, prêtèrent leurs noms à trois bœufs gras l'année suivante. Paris applaudit Porthos, Athos et Aramis



Puis ce fuit le tour des événements historiques. On se bat en Crimée : les bœufs gras s'appellent Sébastopol et Malakoff. On fait campagne en Italie : ils prennent le nom de Solférino, de Palestro, de Villafranca. On perce l'isthme de Suez : le bœuf s'appelle Port-Saïd. 



Ainsi la tradition du bœuf gras, pendant plus d'un demi-siècle, est inséparable de l'histoire. 



Le bœuf gras consacre les gloires. C'est ce que Monselet a fort bien exprimé dans une pièce dont on ne cite généralement que les dieux derniers vers, et que je m'en voudrais de ne pas reproduire ici en terminant : 


C'est une habitude formée 

De baptiser, tant bien que mal. 

Du nom d'une œuvre renommée 

Chaque bœuf gras du carnaval. 


Le génie ainsi se consacre ; 

Il n'est pas de plus haut-gradin ;

C'est le triomphe, c'est le sacre :

"Mont-joye" accompagne "Aladin". 


Suprême couronne de rose ! 

Laurier poussé, sur le verglas ! 

Et l'on n'a pas été grand'chose 

Tant qu'on n'a pas été bœuf gras. 



Hélas ! le bœuf gras n'est plus. On a essayé de le ressusciter il y a quelques an nées. Ce fut en vain. Toutes les folies carnavalesques sont défuntes. Et le bœuf gras est mort avec le carnaval."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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mardi 16 février 2021

MARDI GRAS ET CARNAVAL AUTREFOIS

 MARDI GRAS ET CARNAVAL AUTREFOIS.


Aujourd'hui mardi 16 février 2021, c'est mardi gras.




pays basque 1900 carnaval carême
CARNAVAL BAYONNE
PAYS BASQUE 1900


Mardi gras est une période festive. Cette période marque la fin de la "semaine des sept jours gras" (autrefois appelés "jours charnels"). Le Mardi gras est suivi par le mercredi des Cendres et le Carême, pendant lequel les chrétiens sont invités à "manger maigre", traditionnellement en s'abstenant de viande.





Voici ce que rapporta à ce sujet La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 15 février 

1901, sous la plume de Georges Rocher :



"Le Carnaval.


Son Origine. — Autrefois et aujourd’hui — Nos Rois et le Carnaval — Chicards et Flambards.



Voici le Carnaval revenu. Que sera-t-il, cette année ? Pas bien fou, sans doute, comme les précédentes. Quelques masques qui ne seront ni jolis, ni amusants parcourront nos rues au milieu de l’indifférence publique. Des chars-réclame encombreront nos promenades, affirmant la supériorité du biberon Z., ou du corset Y... et pour peu qu’il pleuve ou qu’il gèle comme cela arrive quelquefois, la journée ne sera pas d’une immense gaieté et laissera plus de confettis dans notre linge que de regrets dans notre âme. 



Autres temps, autres mœurs ! Nous ne sommes pas, à coup sûr plus puritains qu’autrefois — je suis presque tenté d’ajouter : au contraire ! — mais, nom nous amusons autrement : la mode a tourné 



Il a pourtant, durant longtemps, régné sur le monde, ce roi "Carnaval" qui abdique, à présent comme ont fait tant d’autres monarques et l’on peut bien dire que les "jours gras" ont été dans l’antiquité, au moyen-âge, et plus près de nous même, les "jours gais" par excellence. 



D’où venait-il et qu’elle était l’origine de son nom ? Mon Dieu ! il en est ici comme de toutes les étymologies, on discute et on ne sera jamais d’accord sans doute. Les uns veulent que "Carnaval" vienne du latin Carnis (chair) et vale (adieu), d’autres soutiennent qu’il s’agit d’un mot moitié latin caro et moitié français avale



Après tout, les uns et les autres ont peut-être raison, car les deux versions aboutissent à la même définition, ou presque. 



En tout cas, il nous parait clair qu’en fixant le nom de "Carnaval" on a voulu désigner le temps où, de nos menus, doit disparaître la viande. En effet, le carême vient et, avec lui les mortifications et le jeûne... 



Mais si l’étymologie est discutée, l’origine de la chose n’est pas douteuse. C’est la rénovation des fêtes de l’antiquité païenne, l’émanation directe les Bacchanales, des Lupercales, des Quirinales et des Saturnales. En adoptant le Christianisme, les peuples n’avaient pas renoncé à tous les rites et usages du paganisme. Celui-là est du nombre et nos festins, nos danses, nos déguisements, ne sont pas autre chose que la réédition modernisée des réjouissances qui avaient lieu à la même époque dans l’antiquité. 



C’est si vrai et la reconstitution était jadis si fidèle que l’église s’en émut à diverses reprises et blâma publiquement ces fêtes trop païennes à son avis. Plusieurs papes et notamment Innocent III, intervinrent même personnellement mais sans obtenir grand succès, car malgré objurgation et anathèmes les jours gras furent célébrés de la même façon pendant des siècles par presque tous leurs fidèles, et — faut-il le dire ? — par nos rois eux-mêmes, comme on le verra plus loin. 



Au Moyen-Age, le "Carnaval" était tort trivial et souvent immoral et grossier mais ne manquait vraiment ni d’originalité ni de pittoresque. Peut-on, en effet, imaginer quelque chose de plus extravagant que la Fête des Fous qui s’appelait aussi, suivant les lieux, Fête des innocents



carnaval moyen âge
FÊTE DES FOUS A SENS YVONNE
BOURGOGNE D'ANTAN



C’était partout la licence la plus effrontée et mieux encore qu’au temps des Saturnales pendant lesquelles les esclaves romains avaient le droit de tout dire à leurs maîtres. Ou pouvait, ces jour-là, tenter et commettre les coups les plus pendables, à la barbe du guet, plus philosophe que jamais. 



En France, ce n’étaient pas toujours le Mardi-Gras qu’avaient lieu les réjouissances carnavalesques : suivant les contrées, en effet, la date variait parfois, mais l’esprit était le même qu’il s’agisse des jeux de la Tarasque qui, à Tarascon, ont lieu à Pentecôte, de la procession du Géant Gayant, à Douai, des Chars de Cambrai ou des mascarades des vendanges. 



caranaval geants nord autrefois
GAYANT ET SA FAMILLE DOUAI
NORD D'ANTAN



Philippe le Bel, qui fut un homme gai, à ce que prétendent les chroniques du temps trouvait "moult joye à assister, voyre mesme prendre part" à la célèbre procession du Renard. C’était l’époque de la Fête des Fous dont nous parlions toute à l’heure, on jouait sur les places et les carrefours, des Mystères des Farces et des Sotties, le roi ne manquait pas de voir l’une et d’entendre les autres. 



Charles VI mit à la mode les bals masqués et l’idée ne lui réussit guère, puisque dans une fête de ce genre, le 6 février 1394, il faillit être brûlé vif et qu’il resta fou de la frayeur éprouvée. 



Plus tard, l’influence des mœurs italiennes importées à la cour donna aux mascarades françaises un nouvel essor. Henri III et ses Mignons, tout déguisés, couraient Paris raconte l'Estoile "faisant mille folies et insolences, battant le peuple et rossant le guet". D’après le même chroniqueur, Henri IV organisa une mascarade de sorciers qu’il dirigeait en personne. Louis XIII malade et triste n’encouragea pas le carnaval qui disparut presque à cette époque, mais pour renaître plus brillant que jamais sous Louis XIV. Alors, la réunion et le défilé des masques se faisaient rue St-Antoine, et l’affluence était grande de petits maîtres et d’élégantes qui venaient se divertir au spectacle des institutions ridiculisées, car c’étaient la Magistrature, la Faculté et l’Administration qui faisaient les frais de la fête. 



Sous Louis XV, le 31 décembre 1715, les bals de l'Opéra furent institués par ordre du régent. En ce temps-là — on ne s’ennuyait guère — ils avaient lieu trois fois par semaine depuis la Saint-Martin (11 novembre) jusqu’à la fin du Carnaval. C’est an milieu du succès de ces bals qu’éclata la Révolution qui supprima toutes danses et mascarades. 



Le Carnaval reprit eu 1799 ; ou vit sous le Premier Empire des mardis gras pleins de travestis militaires mais où les déguisements burlesques étaient rares ; le Second Empire nous donna les débardeurs, les chicards et les flambards



Puis vint le Bœuf-gras... Mais l’enthousiasme avait cessé. 


carnaval boeuf gras
BOEYF GRAS A 94 ST MAUR DES FOSSES


A présent, je crois bien qu’il ne reste plus du carnaval d’autan que les personnages classiques de la comédie italienne : pierrots, arlequins et polichinelles. Et si rares !.. 



Pauvre Carnaval !"




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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samedi 14 septembre 2019

LES MASCARADES AU PAYS BASQUE EN FÉVRIER 1923


LES MASCARADES EN 1923.



La mascarade souletine  (Xiberoko maskarada) est un rite carnavalesque itinérant, passant de village en village, de janvier à avril.

mardi 16 juillet 2019

CARÊME AU PAYS BASQUE EN FÉVRIER 1923


CARÊME 1923 AU PAYS BASQUE.


Pour les catholiques, le Carême est une période de dévotion associée à une alternance de jours de jeûne complet et de jours d'abstinence d'une durée de quarante jours, en préparation de la fête de Pâques.

vendredi 17 février 2017

LES CARNAVALS EN PAYS BASQUE AUTREFOIS


LE CARNAVAL EST UNE ÉPOQUE PARTICULIÈRE DE L'ANNÉE AU PAYS BASQUE.


Le Pays Basque a conservé de nombreux carnavals ruraux des deux côtés de la frontière.