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jeudi 7 août 2025

LES FÊTES DE SAN FIRMIN À PAMPELUNE - IRUNEA EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1929 (deuxième et dernière partie)

 

LES FÊTES DE SAN FIRMIN EN 1929.


Tous les 7 juillet, des dizaines de milliers de "festayres" se rendent à Pampelune (Iruña), en Navarre, pour les fêtes de la cité Navarraise.


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AFFICHE FÊTES DE SAN FERMIN
PAMPELUNE NAVARRE 1929


Voici ce que rapporta à ce sujet Pierre Larquier dans le quotidien Le Petit Journal, le 5 août 1929 :

 

"Aux fêtes de Saint-Firmin à Pampelune.


II. — L'"encierro". Les danseurs aux arènes.

(De notre envoyé spécial).



Pampelune, ... Août. — Pampelune, pour autant de jours de fête, assiste à autant de corridas. Mais la capitale de la Navarre a autre chose encore pour attirer les visiteurs. Outre les courses, de rigueur dans cette ville espagnole, Pampelune a les fêtes de l'"encierro". Et Pampelune seule a conservé cette curieuse et émouvante tradition, qui retient chaque année dans ses murs une foule de touristes accourus de toutes les régions de l'Espagne.



Car, pour chaque "aficionado" à la page — entendez chaque amateur averti — la corrida à Pampelune ne passe plus qu'au second plan. L'"encierro" à lui seul vaut qu'on s'arrête, l'"encierro" à lui seul soulève plus d'enthousiasme, plus de frénésie, que le travail, le plus parfait soit-il, du meilleur matador de la péninsule.



Imaginez que l'on a planté dans les rues étroites de robustes palissades de bois, fermant toutes les voies latérales et traçant au milieu des places une longue toute sinueuse. Partant du quartier de la Gare, ce corridor de madriers conduit — vous l'avez deviné — aux arènes. Et chaque jour de course, sur les sept heures du matin, les "toros" qui doivent être combattus l'après-midi parcourent cette piste au galop, précédés par les "cabestros" boeufs qu'ils ont coutume de suivre avec assez de docilité.



pais vasco antes navarra fiestas encierro feria pamplona corrida
ENCIERRO PAMPELUNE
NAVARRE D'ANTAN



A cette heure-là, les magasins n'ont pas encore ouvert leurs portes et cependant tout Pampelune est aux fenêtres ! Ou du moins une partie. Car, détalant devant les "toros", bondissant sur les côtés, jusqu'à les toucher, sautant sur les balustrades ou se glissant par dessous, vociférant, applaudissant, des centaines d'hommes et de jeunes gens courent eux aussi vers les arènes.



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ENCIERRO PAMPELUNE 
NAVARRE D'ANTAN



Voici au détour d'une rue la horde qui roule et bat comme le ressac les hautes murailles des maisons. Les "toros", excités, foncent, ramassent au passage d'un coup de corne quelques audacieux qui roulent à terre, et poursuivent leur marche dans un torrent d'acclamations, de cris, de sifflets, d'injures. De chaque côté de la piste, juchée sur les palissades, sur les becs de gaz, sur les soubassements des hautes demeures, bouche ouverte, cheveux en vent, une autre foule crie sa joie et ses encouragements. On ne sait plus, on ne voit plus dans ce désordre forcené, si ce sont les hommes qui poussent les fauves devant eux ou si un troupeau furieux et sauvage de bêtes à corne donne la chasse à une multitude affolée.



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ENCIERRO PAMPELUNE
NAVARRE D'ANTAN



Devant les arènes, à l'entrée des portes, largement ouvertes cependant sur le "redondel", c'est une bousculade insensée. Des grappes d'hommes s'accrochent aux moindres aspérités, des centaines de fanatiques s'écrasent à droite et à gauche, se plaquent contre les murs, font corps avec la palissade et, dans un grand tumulte, au milieu d'un nuage de poussière blonde, les "toros" s'engouffrent sous la voûte, précédés encore dans la "plaza" par ceux qui veulent jusqu'au dernier moment savourer l'ivresse sanglante de la fuite devant les fauves.



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ARENES PAMPELUNE 1929
NAVARRE D'ANTAN



Et, miracle ! personne n'est blessé. A peine quelques contusions, quelques égratignures. Il y a un dieu vraiment pour les fanatiques de l'"encierro".



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ENCIERRO PAMPELUNE
NAVARRE D'ANTAN



La capitale de la Navarre, seule en Espagne, s'enorgueillit de cet extraordinaire et inoubliable spectacle et les habitants se montrent fiers d'un tel prologue aux émouvantes péripéties de la corrida, prologue qu'ils considèrent d'ailleurs comme le plat de résistance des fêtes de Saint-Firmin. "Encierro", cérémonie brutale et sauvage, où le peuple navarrais hurle son admiration et son amour pour les nobles bêtes destinées au sacrifice sanglant des arènes.



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CORRIDAS PAMPELUNE 1929
NAVARRE D'ANTAN




Et, l'après-midi, malgré le soleil qui, incendiant la "plaza", transforme les gradins populaires en fournaise, les arènes de Pampelune sont combles.



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ARENES DE PAMPELUNE
NAVARRE D'ANTAN





Des bandes de jeunes gens, porteurs de banderoles humoristiques, de paniers de victuailles et de dames-jeannes de gros vin, ont déjà gagné sur les trois heures leurs places, après avoir parcouru la ville en chantant et en dansant. Tout à l'heure, pendant la course même, au moment où le matador "travaillera" son taureau, ils danseront encore sur les gradins aux sons aigus de leurs fifres. Et tous les spectateurs, au bruit des cuivres de la musique municipale, scanderont de coups discrets du talon le rythme entraînant des "paseos dobles".



Le soir venu, quand la chaleur s'est apaisée, sur la place de la Constitution, bal encore, bal toujours, pendant que crépitent dans le ciel les fusées multicolores dit "toro de fuego". En vérité, l'âme frénétique de la danse souffle sur Pampelune son haleine embrasé. Dans les braches des arbres, au détour des ruelles, aux coins aigus des antiques maisons de pierre, elle anime d'une vie étrange et multiple la vieille cité navarraise."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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lundi 7 juillet 2025

LES FÊTES DE SAN FIRMIN À PAMPELUNE - IRUÑEA EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1929 (première partie)

LES FÊTES DE SAN FIRMIN EN 1929.


Tous les 7 juillet, des dizaines de milliers de "festayres" se rendent à Pampelune (Iruña), en Navarre.


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AFFICHE FÊTES DE SAN FERMIN
PAMPELUNE NAVARRE 1929



Voici ce que rapporta à ce sujet Jean-Pierre Larquier dans le quotidien Le Petit Journal, le 3 août 

1929 :


"Aux fêtes de San-Firmin à Pampelune.


I. Une ville qui danse.

Les amitiés françaises.

(De notre envoyé spécial). 


Pampelune... Juil. — Corsetée de remparts, resserrant autour de sa merveilleuse cathédrale ses hautes maisons d'ocre aux innombrables balcons, Pampelune, l'antique capitale de la Navarre, s'endort, l'été, sous les baisers d'un soleil exterminateur. Mais, dès les premiers jours de juillet, l'approche des célèbres fêtes de Saint-Firmin, emplit la ville d'une animation inaccoutumée. Et, sitôt que les réjouissances publiques ont commencé, pendant plus d'une semaine alors, Pampelune est en liesse.



A la foule des citadins, auxquels le moindre coin de rue est familier, vient s'ajouter la population des campagnes environnantes, pour qui tout, dans la cité, est un sujet d'étonnement..., et de défiance. Au premier abord, il est difficile d'établir une différence entre le "Pamplonès" et le "campesino".


Tous deux portent le même pittoresque costume, celui-ci avec l'aisance que donne une longue habitude, celui-là avec la désinvolture du Navarrais ardent et souple, aussi élégant en corps de chemise et en béret qu'en veston et en chapeau mou. Car le premier costume est, pourrait-on dire, de rigueur pendant les fêtes de Saint-Firmin. A quelque classe de la société qu'il appartienne, le Navarrais ne sort, durant la première quinzaine de juillet, que coiffé du large béret, chaussé d'espadrilles de toile, le foulard rouge enroulé autour du cou et le veston crânement jeté sur l'épaule. 


Et la ville tout entière danse. Du quartier Rochapea à la promenade de la Taconera retentissent les sons aigrelets, des fifres et des flageolets montagnards, que rythme l'accompagnement saccadé des tambours et des tambourins. Des cavalcades burlesques parcourent les étroits "callejons", attirant une foule amusée et enthousiaste et contraignant les rares automobiles engagées dans le dédale des rues, à faire demi-tour sous l'oeil bienveillant des agents de police.



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PAYSAGE DE LA ROCHAPEA PAMPELUNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Plusieurs cortèges animent ainsi dès les premières heures de la matinée, la vieille cité. Derrière les joueurs de fifre dont le souffle est inépuisable et les fracasseurs de tambour dont les bras ne paraissent ressentir nulle fatigue, s'avancent de gigantesques figurines de carton, revêtues de magnifiques robes de couleur : nègres enturbannés, rois barbus, nobles dames évoquent, dans l'ombre fraîche, un défilé de contes de fées.



Mais ne croyez pas que les porteurs de ces géants déambulent dans les rues d'une allure compassée. Tout au contraire. Pour la plus grande joie des gamins et des curieux, les porteurs infatigables gambadent, tournoient, virevoltent avec leurs fardeaux et les énormes simulacres s'inclinent, saluant alternativement, les balcons de droite et les balcons de gauche, secouant au nez des spectateurs qui les acclament, leurs hardes et leurs jupons bariolés.



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GEANTS PAMPELUNE NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



D'autres masques encore, porteurs d'habits galonnés à longues basques et surmontés d'énormes têtes hilares de carton, poursuivent badauds et gamins, armés d'une singulière verge au bout de laquelle pend une vessie de porc gonflée d'air. Et les coups de pleuvoir, et de retentir avec un bruit mat, provoquant les rires et les plaisanteries. Mais quelle joie si, grâce à un savant croc-en-jambe, un "chiquito" plus hardi a réussi à faire trébucher un de ces croquemitaines !



Personne n'est épargné. Chacun a sa part de "Bofetones", s'il ne se dérobe par une fuite rapide à la violence simulée des masques mégalocéphales. Seuls, les étrangers que l'on sait reconnaître au premier coup d'oeil, sont respectés par ces burlesques pères fouettards.



Peu nombreux dans Pampelune pendant ces fêtes, les étrangers et particulièrement les Français sont d'ailleurs accueillis avec cette affable courtoisie, qui est l'apanage du Navarrais de race.



Et les Français, qui furent si mal vus pendant la guerre — on leur refusait presque partout dans Pampelune le vivre et le couvert — sont maintenant au contraire traités avec la plus grande urbanité et, pour tout dire, en amis. Et ceci, grâce à l'oeuvre de quelques "Pamploneses" de vieille souche, amis de toujours de notre pays, au premier rang desquels il convient de place M. Francisco de Arvizu, directeur du journal Pueblo Navarro. Le gouvernement français vient d'ailleurs de conférer tout récemment à M. de Arvizu le ruban d'officier d'Académie, en récompense des éminents services rendus à l'influence française en Espagne, M. de Arvizu, envers et contre tous les courants germanophiles pendant la guerre, batailla et souffrit pour servir notre cause. Animateur du petit groupe des "Amis de la France", si peu nombreux hélas, dans Pampelune au début des hostilités et maintenant, grâce à ses efforts, majorité imposante de la population, il pouvait à juste titre dans le Pueblo Navarro du 20 janvier dernier, écrire ces lignes :



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FRANCISCO DE ARVIZU


"Nous autres, amis sincères de la France, non pas dans les heures agréables du triomphe et de la vie facile, non pas lorsque les amitiés s'empressent de toutes parts, mais amis dans ces tristes et angoissantes journées de la guerre, lorsque autour de nous s'élevaient en nombre imposant les voix germanophiles et germanisantes..."



Ainsi donc, grâce à lui, grâce à la poignée d'amis loyaux et dévoués qui l'entouraient, le peuple navarrais a pu comprendre que les Pyrénées, loin de constituer une insurmontable barrière ne devaient se montrer plus difficile à franchir que pour rendre, une fois établis, les liens d'amitié entre la France et l'Espagne plus solides et plis fraternels."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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mercredi 22 janvier 2025

UN CRIME À SARE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN MARS 1869 (deuxième partie)


UN CRIME À SARE EN 1869.


Un fait divers sordide secoue le village de Sare, en Labourd, habituellement paisible, en mars 1869.

samedi 13 avril 2024

UNE HISTOIRE DE LA PELOTE BASQUE EN 1907

UNE HISTOIRE DE LA PELOTE BASQUE EN 1907.


La pelote Basque est le sport national du Pays Basque, depuis de très nombreuses années.


pays basque autrefois pelote fronton
PROGRAMME PELOTE BASQUE 1905







Voici ce que rapporta Le Petit Journal, supplément Dimanche, dans son édition du 26 mai 

1907, sous la plume d'Ernest Laut :



"Variété.

Jeux de France.


La balle, la pelote et la paume. — Sports d'autrefois. — Les succès de Margot du Hainaut. — Quelques vers de Delille. — Les "pelotari" du pays basque. — Le jeu de balle dans la région du Nord. — M. Thiers et le joueur belge. — Encourageons les sports de France. 


Le bizarre et regrettable accident que reproduit une de nos gravures ramène l'attention sur ces sports de souplesse, de force et d'adresse que sont les jeux de balle, de pelote et de paume. 




pays basque autrefois labourd pelote
MORTELLE PARTIE DE PELOTE 
PETIT JOURNAL 26 MAI 1907

Ce sont là, peut-on dire, véritables jeux de France, car s'il est vrai que le tennis nous vient d'Angleterre, où il était déjà en faveur au seizième siècle, il n'est pas moins certain que, chez nous, on jouait à la paume de temps immémorial. 


Ce n'est point à dire, cependant, que ces jeux soient nés sur notre sol. La balle, au contraire, est aussi vieille que le monde. Hérodote en attribue l'invention au peuple lydien. 


Au temps d'Homère, ce jeu était fort en usage puisque, au VIe et au VIIIe livre de l'Odyssée, le poète montre ses héros s'y di vertissant. Les Grecs et les Romains connurent non seulement la balle, mais encore le ballon. Martial décrit un jeu de ballon dans lequel les joueurs se livraient de véritables combats pour se saisir de la balle, se l'arrachant des mains, se poussant les uns les autres, se donnant des coups de pied et des coups de poing et se renversant par terre... Nos joueurs de football n'ont rien inventé. 


Bref, la balle fut en grande faveur chez tous tes peuples, en Europe comme en Asie. Les opulents patriciens de Rome avaient, dans leurs palais et leurs villas, de grands espaces découverts consacrés au jeu de paume. La plupart des rois de France prenaient plaisir à ce jeu. Charles IX, Henri III y jouaient avec leurs courtisans et leurs mignons. 


Les femmes elles-mêmes s'y montraient expertes, s'il faut en croire ce passage des Annales du Hainaut de Vinchant : 


"Durant le séjour de trois semaines que Philippe le Bon, duc de Bourgogne, fit à Paris, en 1429, il y vint une jeune fille de vingt-huit ans, appelée vulgairement, Margot du Hainaut. Icelle provoqua au jeu de paulmes tous joueurs avec ses habits de femme ; elle jouait de l'avant-main, de l'arrière, très puissamment, très malicieusement et très habilement. A raison de quoi elle fut en grand bruit en France ; elle estoit choyée de seigneurs et petits compagnons. Elle retourna en son pays avec bonne somme de deniers qu'elle gagna..." 


roi france pelote paume sport
A LA COUR DE CHARLES V VERS 1460
Par Auteur inconnu — Gillmeister: Kulturgeschichte des Tennis. Wilhelm Fink Verlag, München 1990.Original in possession of Pierpont Morgan Library, New York City, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=21051062


Le mot balle n'existait pas alors dans le sens où il est employé aujourd'hui. Ce divertissement était désigné sous le nom de jeu de paume en France et de jeu d'éteuf dans nos provinces septentrionales. C'est ce dernier nom qui désigna, primitivement la balle ; et, dans les vieilles cités de Picardie, de Flandre, d'Artois et de Hainaut, il y eut jadis plus d'un cabaret qui porta pour enseigne : A l'Eteuf d'argent


En bon Béarnais qu'il était, Henri IV aimait la paume ; il y était, paraît-il, d'une force peu commune ; et c'était le divertissement le plus répandu à la cour, de son temps. 


Faut-il ajouter que Napoléon 1er, lui aussi, tenait ce jeu en grande estime et qu'il employa parfois ses rares loisirs à y jouer, avec ses officiers, aux Tuileries et à la Malmaison ?...


Jusqu'au quinzième siècle, on jouait à la balle avec la paume de la main. De là le nom de paume qu'avait pris ce jeu. La raquette fit son apparition à cette époque. Guillaume Coquillart, un poète du milieu de ce siècle, parle de cet instrument : 

Se semblent raquettes cousues 

Pour frapper au loin un esteuf. 


Cent ans plus tard, le lawn-tennis passait le détroit, et, tout de suite, le jeu de balle à la raquette trouvait en France grande faveur. 


Le frivole dix-huitième siècle aimait ce divertissement que l'abbé Deliile a décrit dans son poème de la Conversation

La balle, dans ce jeu, volant de main en main, 

Court, tombe, se relève et reprend son chemin.

 Sans cesse allant, venant, revenant tour à tour, 

Exacte à son départ, exacte à son retour, 

Avec la même ardeur et par la même voie, 

Chaque parti l'attend, l'arrête et la renvoie. 


Aujourd'hui, le jeu de balle, sous toutes ses formes, n'a rien perdu de son antique faveur. Au contraire. Le pays basque a élevé son sport favori à la hauteur d'une institution. Les grands joueurs, les maîtres en l'art de manier cette longue corbeille creuse et recourbée qui s'appelle, de ce beau nom sonore, le "chistera", et dans laquelle ils reçoivent et renvoient la pelote avec une incroyable adresse, sont traités à l'égal des matadors célèbres dans les plazas espagnoles. 


Jadis, ils se contentaient de la renommée qui portait leurs noms à travers le pays et même tras los montes, mais, à présent, ils sont devenus de véritables professionnels, et, comme tels, ils visent à la fortune. Les prix des luttes qui, autrefois, se donnaient en nature, sont aujourd'hui de bon argent. Tels les acteurs ©n renom, les pelotari contractent de superbes engagements. Il en est même qui, appelés par les Basques émigrés dans l'Amérique du Sud, où ils se sont enrichis, ont acquis là-bas de quoi vivre en paix le reste de leurs jours. 



Quoi d'étonnant à cela ? Tout Basque vient, au monde joueur de pelote. Les officiers qui commandaient le bataillon des chasseurs basques, pendant les guerres de la Révolution dans les Pyrénées, rapportaient que, après des courses et des ascensions folles à travers les montagnes, après qu'ils s'étaient battus comme des lions, soit aux Aldudes, soit à Baïgorry, soit encore au camp d'Espéguy, le premier soin de leurs hommes, en arrivant au bivouac, avant même de penser à la soupe, c'était de faire une partie de pelote... 


pays basque autrefois histoire frontière révolution napoléon
CHASSEURS A PIED BASQUES 1794-1815
PAYS BASQUE D'ANTAN


Cet amour du jeu national n'a pas décru, et c'est fort heureux, car il n'est point de sport qui mette en pareil relief l'harmonie du corps humain. Le joueur de pelote accomplit, naturellement et sans recherche, des merveilles de souplesse. Tantôt il se ramasse sur lui-même, tantôt il se détend et paraît s'allonger avec des mouvements de félin, mais toujours il prend des poses plastiques qui rappellent les plus belles, les plus nobles, les plus gracieuses attitudes des statues d'athlètes de l'antiquité. 


Aussi faut-il se féliciter de voir cette ferveur du peuple basque pour ce beau jeu de pelote, qui est tout à la fois une école de grâce et de virilité. 


La paume est aussi en honneur en plus d'une région française. Paris y compte des joueurs remarquables, de même que la Picardie, et je me rappelle, notamment, avoir vu naguère, à Saint-Quentin, une partie de première force. 


Quant à la balle, elle est la spécialité des villes du Nord et de la Belgique. Les joueurs se servent de gants un peu plus grands que la main, formés de plusieurs peaux superposées, et d'une balle petite, mais extrêmement dure, remplie de sable et de cailloux minuscules. 


Là aussi, les populations se passionnent pour ce divertissement populaire. 


Les joueurs fameux sont également les enfants gâtés de la foule. On rapporte que, sous l'Empire, un joueur valenciennois, nommé Prosper, étant tombé à la conscription, ses admirateurs se cotisèrent pour lui acheter un remplaçant. Bien mieux, ils chargèrent un des peintres les plus célèbres de la ville de peindre le portrait de leur favori, afin que le musée municipal conservât à jamais le souvenir de cette illustration locale. 


Les mineurs ont un penchant tout spécial pour le jeu de balle. Parcourez les régions houillères du Nord pendant la saison d'été, vous trouverez des parties de balle organisées dans tous les villages. 


nord pelote sport paume balle france'
JEUX DE BALLE 59 JEUMONT

La partie d'Anzin est renommée entre toutes, et il n'est fête ni "ducasse", dans le grand centre minier, sans quelque grande lutte franco-belge. 


Nos lecteurs se rappellent peut-être que, l'an dernier, le roi d'Angleterre, se trouvant fin villégiature à Biarritz, assista à plusieurs parties de pelote basque, notamment à Sare, le célèbre village de "Ramuntcho", et que, en souverain d'un peuple ami de tous les sports, il prit à ce jeu le plus vif plaisir. 



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EDOUARD VII ET CHIQUITO DE CAMBO SARE
 PAYS BASQUE 1908

Les joueurs de balle d'Anzin, eux, n'eurent jamais la chance de jouer devant une tête couronnée ; mais, à défaut de ceux d'un roi, ils eurent naguère, et à plusieurs reprises, les suffrages d'un président de la République. M. Thiers, lorsqu'il venait à Anzin prendre part au conseil de régie de la Compagnie des mines, ne manquait jamais d'assister aux luttes qui se déroulaient sur le "ballodrome" anzinois. Un jour de l'été de 1873, comme les Belges avaient remporté la victoire, il voulut remettre lui même la traditionnelle balle de vermeil au joueur qui avait décidé du gain de la journée, un brave Bruxellois nommé Amédée Dchandschutter. Aux applaudissements frénétiques des mineurs, qui couvraient la place, le joueur fut amené au balcon de l'hôtel de ville, où le président de la République lui dit quelques paroles bien senties en lui remettant le prix de son adresse. Et l'excellent Amédée, tout ému, répondit : 

— Merci, monsieur le maire. 


Il avait pris M. Thiers pour le maire d'Anzin. 



nord mines anzin
MINES 59 ANZIN

De même que la pelote basque, la balle septentrionale est un jeu de belles attitudes, un de ceux qui permettent le mieux de juger de l'adresse et de l'agilité de l'"animal" humain. 


A présent qu'on a à peu près chassé de nos provinces tous les divertissements cruels, il reste à encourager tous les jeux salutaires. Ceux dont la. balle, la pelote ou la paume sont le principal élément, doivent compter au premier rang. Que les éducateurs les recommandent à la jeunesse, au détriment du football qui, depuis quelques années, semble nous envahir. Et qu'ils lui fassent comprendre que nous n'avons pas besoin d'emprunter à l'étranger ses divertissements violents, alors que nos vieux jeux de France sont si bien faits pour mettre en relief les qualités de la race : la force, l'élégance et la grâce."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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lundi 17 juillet 2023

L'INAUGURATION DE L'HIPPODROME D'ANGLET EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1873

L'INAUGURATION DE L'HIPPODROME D'ANGLET EN 1873.


L'hippodrome de la Barre à Anglet est créé en 1870 et inauguré le 7 septembre 1873.



anglet autrefois pays basque hippisme
HIPPODROME ANGLET LA BARRE 1951
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet la presse nationale, dans plusieurs éditions :



  • Le Petit Journal, le 6 janvier 1873 :


"En 1870, une société s'était formée à Bayonne et à Biarritz pour la création d'un hippodrome et l'organisation de courses de chevaux également avantageuses à la ville maritime et à la station des bains.



Diverses circonstances empêchèrent l'inauguration de l'hippodrome en 1870 la guerre et les événements l'ont ensuite retardé. Mais aujourd'hui, grâce aux efforts et au dévouement de la commission, rien ne s'oppose plus aux courses de chevaux de Bayonne-Biarritz. Tous les détails techniques et financiers ont été réglés dans une réunion qui vient d'avoir lieu au foyer du théâtre de Bayonne, et à laquelle M. Arnaud Détroyat a présenté un rapport accepté à l'unanimité.



C'est donc en cette année 1873 que la belle plage de Biarritz et l'opulente ville de Bayonne seront dotées d'un champ de courses, qui très certainement sera en très grande faveur dans le monde hippique."



pays basque autrefois labourd hippodrome
HIPPODROME ANGLET LA BARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN


  • Le Petit Journal, le 10 septembre 1873 :

"Un nouvel Hippodrome.

Bayonne, 8 septembre 1873,


(Service télégraphique du Petit Journal,) 



Hier, dimanche, a, eu lieu l'inauguration du champ de course de la Barre, situé au bord de la mer, à 3 kilomètres de Bayonne, à 5 kilomètres de Biarritz.



L'hippodrome qui à été conquis sur le sable est très bien aménagé et fait le plus grand honneur à la commission des courses. Quant à la situation naturelle, elle est splendide.


anglet autrefois pays basque hippisme
HIPPODROME DE LA BARRE ANGLET
PAYS BASQUE D'ANTAN


Sa piste domine la mer.



Des tribunes on jouit d'un panorama merveilleux la mer, la rivière, les forêts de pins, et à l'horizon la ligne bleue des montagnes des Pyrénées.



Un service spécial de bateaux à vapeur a été organisé ; chaque vapeur peut contenir 500 personnes. De nombreuses calèches étaient de plus à la disposition des amateurs du tintement des grelots.


pays basque autrefois labourd hippodrome
HIPPODROME ANGLET LA BARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Les courses ont été magnifiques. On se serait cru à un congrès international dans lequel les Espagnols auraient été en majorité. On sait que Biarritz est le centre de l'émigration carliste.



Tout le monde s'est plu à rendre un hommage mérité aux membres de la commission des courses, qui, malgré bien des obstacles, et en s'imposant des sacrifices personnels, ont doté Bayonne, Biarritz d'un admirable champ de courses.


Demain mardi, aura lieu la deuxième journée."



pays basque autrefois labourd hippodrome
HIPPODROME ANGLET LA BARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN


  • Le Figaro, le 11 septembre 1873, sous la plume de Robert Milton :

"Courses de Bayonne-Biarritz (Première journée) .



La première journée des courses de Bayonne-Biarritz a été fort brillante au point de vue de l'assistance. Les tribunes regorgeaient de monde, et dans l'enceinte, qui avait été réservée aux voitures, on remarquait un grand nombre d'équipages. Nous pouvons dès aujourd'hui prédire un grand succès à cet hippodrome de création récente. Tout ce qu'on peut lui reprocher, c'est le peu d'étendue de sa piste, qui ne mesure qu'un parcours de 2 100 mètres.



Parmi les nombreux spectateurs qui s'étaient donné rendez-vous sur le champ de courses, nous avons remarqué : MM. le marquis de Nadaillac, préfet des Basses-Pyrénées, le préfet des Landes, le marquis de Lalande, de Carayon-Latour, député de la Gironde, général Duprez, le général espagnol Rayna, comte de Clarerye, baron de Lacosthe, de Viguier, etc., etc.


homme prefet basses-pyrénées
JEAN-FRANCOIS-ALBERT DU POUGET DE NADAILLAC
PREFET DES BASSES-PYRENEES 1873
Par Georges Spingler (attivo 1860–80) — Archivio storico dell'Accademia delle Scienze - Catalogo digitale, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=106935285


Le Prix de la ville de Biarritz a été gagné par Beau-Désert, à M. A Dauphole. 


pays basque autrefois labourd hippodrome
HIPPODROME ANGLET LA BARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN

La Mecque, à M. V. Trouilh a l'emporté le Prix de l'Administration des Haras.  



La course importante de la journée était le Prix de la Pelouse. C'est Salmigondis, à M. Lupin, qui est arrivé premier.



Le Steeple-Chase (Prix de l'Industrie), n'avait réuni que deux concurrents au programme. Mais comme Florentin ne s'est pas présenté au poteau, c'est Peau-d'Ane, à M. le marquis de Lalande, qui a encaissé le montant du prix. 



Signalons une innovation. Entre chaque course, la musique du 34e de ligne a fait entendre un certain nombre de morceaux de son répertoire."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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dimanche 21 mai 2023

AGNÈS SOURET D'ESPELETTE EN LABOURD AU PAYS BASQUE PREMIÈRE MISS FRANCE DE L'HISTOIRE (cinquième et dernière partie)

 

LA PREMIÈRE MISS FRANCE ÉTAIT D'ESPELETTE.


Agnès Souret, née le 21 janvier 1902 à Bayonne (Basses-Pyrénées) et morte le 30 septembre 1928 en Argentine, est un mannequin, une comédienne et danseuse française.

Elle est la première Miss France, élue en 1920, avec le titre de "la plus belle femme de France".




pays basque autrefois miss france espelette
AGNES SOURET
PAYS BASQUE D'ANTAN



Je vous ai déjà parlé d'Agnès Souret dans cinq précédents articles, le 29/11/2016, le 7/09/2017

le 20/01/2023, le 20/02/2023, le 20/03/2023 et le 20/04/2023.



Voici ce que rapporta à ce sujet la presse nationale dans plusieurs articles :



  • Le Petit Journal, le 13 septembre 1928 :

"La fin d'une future étoile.

Agnès Souret la plus belle femme de France est morte en Argentine.

Une crise d'appendicite a emporté en quelques jours la jolie Basquaise.



Elle portait au front tout l'éclat d'une des plus nobles races du monde. Elle était Basquaise et coulait près de ses parents des jours paisibles. Un jour, on organise un concours, celui de la plus belle femme de France.



Elle est jolie, va-t-elle se présenter ? Pourquoi pas ? Elle vient à Paris. Elle est choisie : la voici sacrée la plus belle femme de France. Reproduite à l'infini, son image est partout : sur les écrans, dans les devantures des librairies, voire sur des affiches. C'est la gloire : elle n'a pas seize ans !



Paris s'empare d'elle : la voici au music-hall, danseuse, puis artiste de cinéma. L'an dernier encore, elle dansait à la fête de bienfaisance organisée par le Petit Journal, et recueillait une chaleureuse ovation. 



Elle part pour l'Amérique du Sud. Arrivera-t-elle à prendre sa place au firmament des étoiles ? Puis, brutalement, alors que point le succès, une crise d'appendicite banale l'emporte à vingt-trois ans. Agnès Souret vient de mourir à Buenos-Ayres, 



Son corps, naguère merveilleux, sera ramené en France. Elle reposera dans la terre du petit bourg d'Espelette, dans ce pays basque tout fleuri de pommiers, tout parfumé de brises marines qu'elle quitta un jour, parce qu'elle était trop belle."



pays basque autrefois miss france espelette
AGNES SOURET MISS FRANCE 1920


  • La Petite Gironde, le 19 septembre 2023 :

"Etrange destinée que celle de cette pauvre Agnès Souret, consacrée par le suffrage populaire la plus belle femme de France, dont tous les journaux du monde reproduisent les traits charmants, et qui après avoir essayé vainement de projeter des feux d’étoile à Paris, s'en va mourir seule, en Argentine, des suites d’une opération chirurgicale. Elle n’était pas préparée à son rôle elle n’a pas su brûler l'étape. 



Elle était venue d’Espelette, au Pays basque, pour être le premier prix de Beauté des journaux. Il fallait tirer parti d'une pareille vedette. Les directeurs des Folies-Bergère — dont un au moins fut Bordelais — essayèrent de la présenter dans un numéro de danse, de chant, de poses plastiques. Timide, un peu bourgeoise, Agnès Souret ne "rendait" pas. On songea alors à la montrer dans une corbeille, promenée au dessus des spectateurs. Elle leur jetait des fleurs, des devises. 



Nous avons la curiosité de monter sur le plateau des Folies-Bergère avant son numéro. Agnès Souret est dans les larmes. Elle a traversé les rangs des figurantes en train de répéter, et ces dames, dont la générosité est le moindre défaut, ne manquent pas de conspuer l'enfant : 


— C’est ça le prix de beauté de France !... Ah ! mince, alors... (Et quand je dis : mince...). C'est un petit chameau de plus, voilà tout. 



Peu habituée à ce monde spécial, et surtout à son vocabulaire, Agnès Souret, blessée ne pouvait arrêter le flux de ses glandes lacrymales. Le fard s’en allait sous l’ondée. Le noir et le bleu des yeux se mêlaient au rose des joues. Il fallut refaire une tête à l'étoile pour qu'elle pût prendre place dans son nid de fleurs. Le public fut un peu étonné. Succès médiocre. 



Elle s’était retirée à Espelette Mais elle avait touché aux planches ; elle en sentirait toujours la brûlure délicieuse. Elle revint à Paris, où elle étudia la danse avec passion. Des engagements la familiarisèrent avec le public. Elle fut quelque temps la partenaire de Carpentier au music-hall ; puis elle tourna des films, chanta dans les cabarets montmartrois. 



pays basque autrefois miss france espelette
AGNES SOURET
PAYS BASQUE D'ANTAN



C'était l’apprentissage. Elle était partie pour l'Argentine afin de mettre, au point un numéro de chant et de danses, sur lequel elle comptait pour faire une rentrée brillante à Paris... On va ramener son petit corps.



Elle avait fait une entrée brusquée sous le projecteur. Douce, réservée, elle eut quelque peine à se mettre à la page, à exploiter la chance. Les années s'écoulèrent. Jamais elle ne dépassa la période des essais.



On l'enterrera dans cette terre d’Espelette, à laquelle la gloire était venue prématurément l’arracher. Sans jouer les moralistes. emploi qu’on n'exerce qu’à l'égard des autres, on peut penser qu’elle eût été plus heureuse en épousant quelque gars basque, auquel elle aurait donné de beaux enfants, maîtres en l’art de la pelote et du football."



pays basque autrefois miss france espelette
AGNES SOURET MISS FRANCE 1920


  • La Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque, le 4 décembre 1928 :

"La jolie Agnès Souret qu’un jury proclama un jour la plus belle femme de France, mourut, on s’en souvient, l'été dernier, d'une crise d’appendicite, au cours d'une tournée théâtrale en Amérique du Sud. Un paquebot vient de ramener à Bordeaux le cercueil contenant le corps embaumé de la jolie Basquaise qui, aussitôt, a été dirigé sur Bayonne pour être transporté à Espelette. Les obsèques seront célébrées jeudi. La charmante et regrettée Agnès Souret reposera ensuite dans le paisible cimetière du riant village qui la vit naître, et auquel la gloire éphémère la vint un jour arracher."


"Convoi funèbre.


Madame Marguerite Souret, 

Prie ses amis et connaissances de lui faire l’honneur d’assister aux obsèques de 

Mademoiselle Agnès Souret 

Sa fille regrettée, pieusement décédée à Buenos-Ayres, le 14 août 1928, et qui auront lieu à Espelette, jeudi 6 décembre, à 9 heures 3/4. 

On se réunira à la villa Ederrenia, à Espelette (B.-P.), à 9 heures 1/2 précises.

 Un service d’autocars partira de la gare du B. A. B., Bayonne, à 8 heures et demie."



pays basque autrefois miss france espelette
AGNES SOURET "LA PLUS BELLE FEMME DE FRANCE"
PAYS BASQUE D'ANTAN




  • La Petite Gironde, le 19 février 1929, sous la plume de Marcel Perin :


"Puisqu'on parle des plus belles...


Une visite à la maman d’Agnès Souret.


Espelette, février 1929. 

Un chalet basque aux poutres, aux balcons, aux volets bleus et sur la barrière bleue, elle aussi, cette inscription : "Ederrenia" (chez la plus belle). 


La terrasse domine les maisons d’Espelette, serrées les unes contre les autres, dans un cadre de montagnes cou vertes de neige, sous un ciel bas ouaté de gris. 


Aux murs du studio, sur le bureau, sur chaque meuble, un portrait : cent visages enfantins, candides, mutins, souriants, songeurs, d’une grâce ineffable ; ovale pur, chevelure qui semble un rêve blond, regards profonds de grands yeux bruns caressants. 


Assise en face de moi, une pauvre maman, frappée d’un deuil cruel, ne vivant plus que parmi les souvenirs, dans la demeure où Jamais plus l'enfant chérie ne reviendra, où ne tintera jamais plus son rire clair, plein de jeunesse, où jamais plus ne s’apaiseront ses chagrins dans la douce prison des bras maternels refermés. 


... Si j’osais, je me lèverais, je saluerais, je m'échapperais, car il n’y a plus de place ici pour un étranger, mais comme si elle avait prévu mon geste. Mme Souret me retient.


"Ecoutez-moi... je vais vous parler d’elle. On l'a trop connue et mal connue, ma petite Agnès ; sa beauté physique n'était que le reflet de sa beauté morale. Le cinéma la tentait beaucoup, beaucoup ; à l’époque où le "Journal" organisa son premier concours ; elle tenta sa chance ; non pas, croyez-le bien, pour conquérir un titre de pure vanité, mais bien pour réaliser son rêve : devenir une artiste de l'écran. 


Elle eût dû y parvenir, car, choisie, élue par le public de presque tous les cinémas de France, elle aurait pu en devenir l’idole ! Mais qui expliquera pour quelles raisons un metteur en scène ne sut rien tirer de cette merveille de photogénie ? Faut-il supposer que dans le milieu cinéma, les desseins soient plus obscurs, les intrigues plus redoutables ? Elle n’avait pour se défendre que sa douceur, sa bonté, son désir de mieux faire. C'était sans doute insuffisant à notre époque. 


A vrai dire, sa notoriété subite, mondiale lui nuisait. Elle alla au music4iall, où elle continua à demeurer simple, aimable ; elle avait acquis à force de travail un joli talent de danseuse ; son beau corps, si souple, si élégant, ses gestes si gracieux, si chastes, tout en elle permettait la floraison d’une grande artiste... 


Puis ce fut le départ pour Buenos-Ayres, un engagement de deux mois ! La joie de partir vers cette Amérique du Sud chère à tous les Basques... et c’est la crise foudroyante au moment du retour, l’espoir d’abord envisagé d'une guérison, enfin les complications fatales et le souci constant de l’enfant qui a tout fait pour épargner à sa mère l’horreur de cette angoisse : savoir son enfant en danger loin d'elle."



Mme Souret se tut un instant... lourd silence qu'elle rompit d’un effort : 


"Il y a quelque chose qui adoucit ma douleur, c'est d'être certaine que sur cette terre lointaine, Agnès a trouvé toutes les protections, tous les soins, auprès de ses compatriotes de là-bas. Comment exprimer ma reconnaissance à la générosité d’un Basque au grand cœur à qui je dois cette suprême consolation : pouvoir pleurer et prier sur la tombe de ma fille."



Des poules picorent les iris dans le cimetière qui ceinture la vieille église aux murs blanchis à la chaux. Deux cyprès s’élèvent dans le ciel gris. Le vent, la pluie, les années ont à demi effacé les noms de bien des tombes, mais dans l’angle du dernier contrefort et de l'abside, une dalle affreusement neuve porte gravés, un prénom, mi nom : "Agnès Souret", et l'on croit lire : "Jeunesse, beauté."



pays basque autrefois miss france espelette
TOMBE D'AGNES SOURET ESPELETTE - EZPELETA
PAYS BASQUE D'ANTAN


  • Paris-soir dimanche, le 2 février 1936 :

"Agnès Souret et sa robe de communiante.


Voici la première de toutes, Agnès Souret, cette Basquaise blonde qui vivait avec sa mère, à Bayonne, et qui, parce qu’elle avait lu dans un journal que l’on cherchait la plus belle femme de France (c’était juste après la guerre ; juste à l’aube de ces concours) envoya à M. de Waleffe sa photographie en première communiante, avec ce mot délicieux : "J’ai maintenant 16 ans. Mais je n’ai pas d’autre photo. D’après celle-ci, croyez-vous que j’aie des chances, si je me présente ?" Le maître du concours, fort perplexe, considéra la photo de petite fille... et conseilla de venir. Quelques semaines plus tard, Agnès Souret, par plus de 600 000 voix proclamée reine de France. 


Sa vie, jusque-là, s’était écoulée sans autre histoire que la promenade quotidienne, la messe et les arts d'agrément : véritable éducation de jeune provinciale que sa beauté, tout à coup, jetait dans le vaste monde. Avec de grands yeux étonnés, elle considéra ces messieurs aux paroles persuasives qui venaient lui promettre des contrats, des voyages.


— Voici un contrat d’un million, l'Amérique...


Agnès Souret, effarouchée, refusa net. Comment aurait-elle vécu un an hors de France ?


Mais lorsqu’on a longtemps refusé son cœur, le moment vient où le cœur se tait, on accepte avec sa raison. C’ès ainsi qu'Agnès Souret a trop entendu ses amis lui reprocher de laisser fuir la chance. Quand un nouveau monsieur, combien persuasif, s’est présenté chez elle, demandant qu’elle consentit à paraître aux Folies-Bergère, elle a donné son premier "oui". Ce n’était qu'un début.


pays basque autrefois cabaret paris souret carpentier
AFFICHE LA GRANDE FOLIE
FOLIES-BERGERE 1920


Déesse charmante au milieu d’une immense corbeille de fleurs, dans le plus pur style des décors de cette époque pour nous déjà vieillie. Agnès Souret. chaque soir, parut. Dans les coulisses, une mère jalouse, veillait. Elle passa cent fois, fière et ravissante, toujours un peu lointaine, comme ceux qui n'ont pas encore trouvé leur destin.


Crut-elle l’avoir trouvé, lorsque, lasse de sollicitations, elle consentit à prendre le bateau pour l’Argentine ? Il y avait en elle, lorsqu’elle quitta la France, une grande tristesse. Buenos-Ayres. aux maisons éclatantes, blessa cette jeune vie d’un éclat trop vif. Et puis, le brouhaha des admirations, autour de ses cheveux fauves... Et puis, cette misère dorée des vedettes pures... Un soir, Agnès, prise de fièvre, dut s’étendre. Emportée par une infection maligne, elle ne se releva jamais."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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