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lundi 10 octobre 2022

UN MÉTIER LUCRATIF AU PAYS BASQUE EN AVRIL 1947

UN MÉTIER LUCRATIF EN 1947.


Après la seconde Guerre mondiale, certains métiers lucratifs existent au Pays Basque Nord.




pays basque autrefois carlton hôtel
CARLTON HOTEL BIARRITZ
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire V, le 6 avril 1947, sous la plume d'André D. 

Alauzen :



"Apprendre à parler aux perroquets rapporte huit mille francs.



Savez-vous quel est le métier le plus lucratif de France ? Apprendre à parler aux perroquets. Car un perroquet qui ne parle pas se trouve chez n’importe quel oiseleur pour 7 000 francs. Tandis qu’un perroquet qui parle, en vaut quinze mille. Donc, le monsieur qui sait faire parler les perroquets les achète à sept et les revend à quinze. Bénéfice net : huit mille francs. 



Et maintenant savez-vous pourquoi c’est le métier le plus lucratif de France ? 



Parce que deux hommes seulement l’exercent. Deux hommes qui sont la coqueluche de la Côte d’Argent par leur étrangeté. 



Le Carlton de Biarritz possède une curiosité unique : une immense volière peuplée des oiseaux les plus étranges et les plus inattendus. Mais ce qui en fait l’originalité, c’est qu’elle est ouverte, et que lorsque vous êtes au bar, en train de siroter votre Martini, ou un quelconque "feeze", vous n’avez qu’à tendre le doigt, et bientôt un bengali, une perruche ou un cardinal, vient s’y percher. Tous les oiseaux sont dressés. Ils vivent libres et ne s’en vont jamais. C’est merveilleux pour passer le temps, et pour lier conversation lorsqu’on est seul. 



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ENTREE ET ESCALIER D'HONNEUR
CARLTON BIARRITZ




— Voulez-vous savoir le mot de l’énigme me demande le barman ? 

— Qu’est-ce donc ? 

— Deux oiseleurs phénomènes ont dressé tous les oiseaux qui se baladent par là. Tenez, vous voyez le petit noiraud qui rentre. C’est Pascal qu’on l’appelle... Il passe chaque jour ici en faisant sa tournée des établissements.



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PASCAL OISELEUR CARLTON BIARRITZ


Petit, un mètre cinquante au plus, rondouillard, jaune comme un coing séché, il a l’allure d’un fonctionnaire pantouflard. Derrière ses lunettes, perce une douceur sans fin. Sa voix est imperceptible : un murmure. C’est une habitude qu’il a prise en s’adressant aux oiseaux, le plus suavement possible, pour ne pas les effrayer.



L'épervier en croix.



Pascal m’emmène dans son magasin pour me faire connaître son acolyte. C’est à la rue Passemillon, la rue la plus pittoresque du vieux Bayonne. Sur la plus vieille maison, au 13, il y a une enseigne "Oisellerie de la Côte Basque". C'est là.



— Christian Pinaquy, mon copain d’enfance, présente Pascal. C’est un drôle de type Pinaquy. Il a une moustache de gigolo argentin, et il est fanatique de musique de jazz (dans un temps, il était trompette étoile chez Fred Adison). Il vend des oiseaux dans cette vieille rue, et il possède le plus luxueux magasin du centre de Bayonne

— Voyez-vous, dit Pinaquy, de la plus petite à la plus grande, nous élevons toutes nos bestioles par la douceur. Le cardinal, le gould, l’ara, se dressent aussi facilement qu’un faucon. Regardez cet épervier, qui fait perchoir tranquillement dans son coin, et libre. Vous allez le voir "faire le mort".



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PERROQUET CARDINAL


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PERROQUET ARA


Pascal s’approche de l’épervier ; il lui parle. On entend à peine son murmure. L’épervier s’ébroue, et va s'aplatir sur le sol, les ailes en croix, sur le dos sans bouger. Moi aussi, je suis renversé.



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EPERVIER D'EUROPE



Tel un Yoghi.



Dans l’arrière-boutique, en plein pot-au-noir, se fait le dressage des perroquets. Il ne peut réussir que dans la nuit totale. Pascal et Pinaquy tiennent leur science d’un vieux gitan qui avait passé sa vie en compagnie des Yoghis de l’Inde. Aussi, leur charme mystérieux, comme ils l’appellent, est fait surtout de concentration d’esprit et de contemplation suggestive de l’animal. Ils prennent leur perroquet sur deux doigts, un fluide se communique de l’homme à la bête, et lentement, celle-ci apprend le langage qu’une voix lui susurre mélodieusement, avec insistance, sans fin, jusqu’à ce qu’elle en soit possédée, et vacille comme saoule.



Pendant des heures, je suis resté immobile sous le charme de ces infinies douceurs de sons qui n’ont plus rien de la voix humaine...



Tout de même, huit mille francs de plus pour un perroquet qui parle... Quelle affaire !"





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