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samedi 25 octobre 2025

DU THÉÂTRE BASQUE À BILBAO EN BISCAYE AU PAYS BASQUE EN 1910

DU THÉÂTRE BASQUE À BILBAO EN 1910.


L'opéra Maïtena des Labourdins Etienne Decrept et Charles  Colin, créé à Bilbao le 9 mai 1909, est présenté en Biscaye en juin 1910.



mardi 27 mai 2025

LE TESTAMENT DU COMPOSITEUR RAIMUNDO SARRIEGUI DE SAINT-SÉBASTIEN EN GUIPUSCOA AU PAYS BASQUE EN MAI 1910

LE TESTAMENT DE RAIMUNDO SARRIEGUI EN 1910.


Raimundo Sarriegui Echeberria est un musicien populaire Basque espagnol, né le 15 mars 1838 et mort le 23 avril 1913, auteur de la Marcha de San Sebastian.



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RAIMUNDO SARRIEGUI ECHEBERRIA



En mai 1910, de santé fragile, il rédige son testament.



Habitué à écrire et à signer des actes notariés, veuf et sans enfant, il laisse des instructions pour 

distribuer, à sa mort, sa fortune de 77 500 pesetas, à sa famille mais aussi à des institutions 

sociales.



"Le 25 mai 1910, 

Raimundo Sarriegui y Echeverria, courtier commercial de ce lieu, veuf, âgé, natif et résident de cette ville de Saint-Sébastien, fils légitime de M. Francisco Sarriegui et de Mme Josefa Antonia Echeverria, aujourd'hui décédé, avec une pièce d'identité, et étant dans le plein usage de mes facultés intellectuelles, j'accorde cette volonté librement et spontanément et je veux et ordonne que ma volonté soit fidèlement exécutée dans toutes ses parties.


1°. Je déclare que je professe la religion catholique apostolique romaine.


2°. Je déclare que je n'ai pas d'héritiers réservataires, j'ordonne donc librement que mes biens soient distribués de la manière qui est exprimée ci-dessous.


3°. Je lègue à ma soeur Mme Aurea Sarriegui y Echeverria, veuve de M. Agustin Lasa, ou à son décès à son fils Nazario Lasa y Sarriegui,

— La chambre au 3ème étage de la maison n° 38 de la rue Puyuelo avec son grenier et sa cave.

— Moitié vêtements blancs et moitié argent sculpté et métal blanc.

— J'impose à la condition que ma dite soeur Mme Aurea, ou à défaut à son fils et à mon neveu M. Nazario Lasa, ordonne de célébrer, tant qu'ils vivront, une messe basse mensuelle, en suffrage de mon âme et de mon épouse défunte Mme Ramona, de mes parents et de ma fratrie.


4° A ma nièce Mme Norberta Goñi é Iturzaeta, mariée à M. Juan Ma Inchausti.

— Les chambres ou étages 2ème et 3ème de la maison n° 6 de la rue Puyuelo, avec ses caves et ses greniers.

— Un tiers des banques appelées Goñi dans la Villa de Orio.

— Moitié vêtements blancs et moitié argent sculpté et métal blanc.

— J'impose comme condition à ma nièce susmentionnée Mme Norberta Goñi d'ordonner une messe basse mensuelle à célébrer pendant que je vis dans le suffrage de mon âme et de celle de ma défunte épouse Mme Ramona Goñi, parents et frères et soeurs, et qu'elle prenne en charge les offrandes et les réponses, selon la coutume établie dans la Paroisse de Villa de Orio en suffrage des âmes de grands-parents, parents et oncles.


5° A mes nièces Mme Juana Eztenaga y Goñi, Vda. de Aramburu, Eugenia Eztenaga y Goéni, Vda. de Rodriguez, Joaquina Eztenaga y Goñi, Encarnacion Eztenaga y Goñi, Carmen Eztenaga y Goñi, filles de M. José Felipe Eztenaga et de Mme Josefa Goñi, tous deux décédés. 

— La Ferme n° 1 et 2 appelée Zatarain-Echeverri dans la juridiction de la Villa de Urnieta, avec toutes leurs affaires à part égales et chacune des nièces susmentionnées à 3 000 pesetas effectives.




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DESSIN DE URNIETA
PAR H OÑATIVIA


— J'impose comme condition à mes cinq nièces et à parts égales qu'elles commandent une messe basse mensuelle.


6° A mes nièces Mme Vicenta Goñi y Liceaga et Mme Modeste Gavarain, filles de M. Eustaquio Goñi, aujourd'hui décédé, et Mme Candelaria Liceaga à 7 500 pesetas en espèces chacune.


7° A ma soeur, Mme Pilar Sarriegui, veuve de M. Joaquin Mendiburu, en espèces 6 000 pts. A mes neveux M. Raimundo Mendiburu 2 000, Francisco Mendiburu 1 000, Ignacio Mendiburu 1 000.


8° A ma nièce Mme Gabriela Eguiluz, épouse de M. Nazario Lasa, 2 000 ptas. A ses enfants, mes deuxièmes neveux, Aurea Lasa 1 000, Maria Antonia Lasa 1 000, Agustin Lasa 1 000.


9° A mes deuxièmes neveux, enfants de M. Juan Ma Inchausti et de Mme Norberta Goñi, à Joaquin Inchausti y Goñi 5 000 pts, à José Ma Inchausti y Goñi 2 000, à Juan Inchausti et Goñi 2 000, à Pilar Inchausti et Goñi 2 000.


10° A ma servante Mme Maria Ormzabal y Garmendia un lit complet et une armoire et en espèces 2 500 pts, à condition qu'elle ait été à mon service le jour de ma mort.


11° A la Maison de Charité de cette ville pour investir dans l'achat d'instruments pour l'Orchestre d'enfants de la même famille de 2 500 personnes.

A l'asile de Matia dans cette ville 2 500. A l'école-asile pour enfants de San José de 2 500 id. à la maison de retraite des Petites Soeurs des Pauvres 1 500.


12° Aux quatre Couvents de Moniales suivants, avec la charge qu'elles prient pour le suffrage de mon âme et de celle de mon épouse Ramona, de mes parents, de mes frères et de mes oncles :

— Aux Soeurs Dominicaines, appelées Uban situées à Ategorrieta de cette ville 1 000,

— Aux Soeurs Conceptionnistes du quartier de Loyola 1 000,

— Aux Soeurs Augustines, du Couvent de Hernani 1 000,

— Aux Oblats de cette ville 1 000.


13° Aux cinq filleuls suivants :

M. Ramon Urrutia y Lecuona 500, M. Ramon Goñi y Aramburu 500, Mme Maria Jesus Aramburu y Eztenaga 500, Mme Maria Merceedes Arritegui y Lizarraga 500, M Raimundo Bazurco 500.


14° Deux cents messes avec un supplément de 5 pts chacune en suffrage de mon âme et de celui de mon épouse Ramona à la Paroisse de Santa Maria de cette ville, qui seront célébrées par le Chapitre.

Pour les pauvres, comme l'ont déterminé mes exécuteurs testamentaires, 500.


15° Je nomme comme exécuteurs testamentaires mes neveux M. Nazario Lasa y Sarriegui et M. Juan Ma  Inchausti y Pagadizabal, majeurs et de ce voisinage, tous deux ensemble et aussi chacun d'eux inhabituel dans son intégralité et en toute indépendance l'un de l'autre, les autorisant à saisir les biens que je laisse à mon décès, en demandant et en les récupérant là où ils se trouvent et en particulier à la succursale de la Banque d'Espagne dans cette ville et tous les autres biens qui m'appartiennent.

Je lègue la somme de mille pesetas en espèces à chacun de mes exécuteurs testamentaires susmentionnés.


16° J'institue comme héritière universelle ma soeur Mme Aurea Sarriegui y Echeverria, veuve de Lasa et voisine de cette ville, et à défaut son fils M. Nazario Lasa y Sarriegui.

C'est ma volonté et j'ordonne que le paiement du montant des frais de mes funérailles, qui seront faites comme mes parents et exécuteurs testamentaires l'ont arrangé, et de trente messes appelées San Gregorio, que je désire être célébrées par mon confesseur, reste à cause de ma soeur héritière susmentionnée, Mme Aurea.



Après avoir lu le contenu de ce testament, la générosité de Raimundo Sarriegui est frappante, qui a distribué 77 500 pesetas dans les différentes commandes, une somme très importante ; sa déclaration de foi catholique, apostolique et romaine ; sa confiance dans les messes commandées pour son âme et pour celle de son épouse et de ses proches, célébrées par le chapitre paroissial ou par son confesseur ; il l'a envoyé donné à la Santa Casa de Beneficencia, pour investir dans l'achat d'instruments pour l'Orchestre des Enfants, ce qui était lié à son histoire de Groupes et de Charangas.



Il est également frappant de noter que Raimundo Sarriegui, qui a vécu une grande partie de sa vie à Calle Puyuelo, 38, 3°, jusqu'à sa mort, était le propriétaire des 2ème et 3ème étages de Puyuelo, 6. Serait-ce le lieu où il est né, hérité plus tard de ses parents (?).



Il est tout aussi frappant de noter qu'il était le propriétaire de La Caseria n° 1 et 2 appelée Zatarain-Echeverri dans la juridiction de la Villa de Urnieta. Il n'y a pas de relation de parenté, pour pouvoir en hériter à un moment donné. S'agissait-il d'une acquisition commerciale ?

Sarriegui a-t-il vécu, même pour de brefs séjours, dans ce hameau ?



Raimundo Sarriegui a survécu à la rédaction de ce testament pendant deux ans et onze mois jusqu'à ce qu'il atteigne la date de sa mort, qui est survenue comme nous allons le raconter le 23 avril 1913 (dans un prochain article le 27/06/2025)."



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BUSTE DE RAIMUNDO SARRIEGUI


A suivre...



(Source : RAIMUNDO SARRIEGUI : II – Le monde musical, qui a accueilli l’enfant Raimundo)







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dimanche 20 octobre 2024

LE ROI D'ANGLETERRE ÉDOUARD VII AU PAYS BASQUE NORD ET SUD EN AVRIL 1910

LE ROI D'ANGLETERRE AU PAYS BASQUE EN 1910.


Edouard  VII, le roi d'Angleterre depuis le 22 janvier 1901, au décès de sa mère la reine Victoria, aimait beaucoup la France, et en particulier le Pays Basque.


dimanche 28 avril 2024

UNE MANIFESTATION INTERDITE POUR LES CATHOLIQUES BASQUES À SAINT-SÉBASTIEN (DONOSTIA) EN GUIPUSCOA AU PAYS BASQUE EN 1910

MANIFESTATION INTERDITE POUR LES CATHOLIQUES BASQUES À SAINT-SÉBASTIEN EN 1910.


Durant l'année 1910, ont lieu, en Espagne, et en particulier en Pays Basque Sud, de nombreuses manifestations de catholiques.




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ÎLE SANTA CLARA SAINT-SEBASTIEN DONOSTIA
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Figaro, le 13 août 1910, sous la plume de Guillen :


"La Semaine étrangère du "Figaro".

Lettres d'Espagne.


La manifestation avortée. 

Madrid, 10 août. 



C'est surtout en matière de politique espagnole qu'on peut dire que les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Vendredi dernier, tout était au drame. Le gouvernement déclarait que, devant l'obstination factieuse des comités catholiques des provinces basques de la Navarre à réaliser la manifestation interdite de Saint-Sébastien, il était prêt à user, d'une extrême rigueur en concentrant, outre les renforts déjà partis, 5 000 autres hommes et au besoin même 50 000.



Les Madrilènes se pressaient sur le passage des régiments en tenue de campagne dont le départ évoquait, à un an de distance, le souvenir de celui des troupes expéditionnaires, pour la campagne du Rif, et aux acclamations qui saluaient leur défilé se mêlait un sentiment d'angoisse presque aussi intense qu'alors, car sans aller jusqu'à craindre l'explosion d'une guerre civile préméditée, on pouvait redouter que la résistance même passive d'une masse exaltée à la force publique provoquât quelque collision sanglante et fratricide. 



Mais, à peine les trains militaires en route, on apprenait que les organisateurs du mouvement, reculant au dernier moment dans la voie périlleuse où ils s'étaient engagés, donnaient contre-ordre aux manifestants. Dès lors, on se hâta de rire de ce que beaucoup avaient pris d'abord au tragique. Les "Donostiarras", nom basque assez imprévu des habitants de Saint-Sébastien, que le même dialecte dénomme d'ailleurs Easo, doublement rassurés dans leurs convictions libérales et dans le souci de la prospérité de leur plage, allèrent en quête des émotions fortes qui leur étaient heureusement épargnées dans la rue, à la "plaza de toros", et le seul événement du jour fut la réapparition du célèbre matador "Bombita" après la blessure qui, l'ayant privé du petit doigt de la main gauche, fit courir le bruit de sa retraite, aussitôt démentie par lui-même ; car, déclare-t-il, dans une savoureuse autobiographie qu'il vient de publier et qui relate, en même temps que sa carrière tauromachique, ses opinions politiques, voire littéraires, en témoignant notamment son goût très vif pour l'œuvre de Jules Verne, seules les cornes des taureaux ou les injures du temps le retireront de vive force de l'arène. 


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CORRIDA AVEC BOMBITA PEPETE ET GALLITO
PAYS BASQUE D'ANTAN




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PLAZA DE TOROS SAINT-SEBASTIEN DONOSTIA
PAYS BASQUE D'ANTAN


Les colonnes que la presse destinait au récit de tragiques événements ont donc été remplies par les comptes rendus de la "corrida" ou par les descriptions burlesques de l'effarement de braves paysans qui, partis de chez eux à pied pour Saint-Sébastien, la veille, sous la conduite de leurs curés et dans l'ignorance du contre-ordre et abandonnés à leur arrivée par leurs trop prudents mentors, erraient, troupeau sans pasteur, à travers les rues de la ville. Et les journaux anticléricaux d'en conclure que le gouvernement serait bien bon désormais de se gêner avec ces "poules mouillées" de catholiques. 



À vrai dire, ces dédains sont aussi injustifiés que les alarmes excessives que certains des mêmes journaux exprimaient quelques heures avant. On ne peut méconnaître la ferveur religieuse de la grande majorité des populations de cette contrée qu'on a qualifiée de Vendée espagnole (mais plus irréductible encore parce qu'elle offre une race et une configuration spéciales), ni l'ascendant du clergé sur elle ; on ne saurait contester davantage la bravoure dont Basques et Navarrais ont toujours fait preuve et qu'ils déploieraient encore au besoin pour la défense de ce qu'ils croient la cause de la foi. 



J'ai entendu dire à M. Canalejas lui-même que, s'il réprouve les agissements des meneurs, il excuse et il admire presque l'exaltation et l'énergie de ces campagnards tout en regrettant qu'elles soient égarées. Je sais de bonne source que le gouvernement redoutait la mobilisation de plus de 80 000 personnes des deux sexes et de tous les points du pays, et, s'il avait méprisé de tels adversaires, il n'aurait point accumulé de légitimes mesures de précaution. 



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JOSE CANALEJAS MENDEZ
PRESIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES ESPAGNOL
DE FEVRIER 1910 A NOVEMBRE 1912



Il n'y avait guère, il est vrai, plus de deux mille hommes de troupes à Saint-Sébastien même ; mais d'autres forces étaient échelonnées aux alentours ou le long des voies ferrées y conduisant, et l'envoi d'autres renforts préparés, fut contremandé à la nouvelle de la suspension de la manifestation. 



Après cette suspension, certains journalistes étrangers étaient mal venus à s'étonner de l'absence de groupes cléricaux et à l'attribuer à l'abstention des manifestants eux-mêmes. S'ils sont restés chez eux, c'est en vertu de la nouvelle consigne des organisateurs qu'ils auraient aussi aveuglément suivie si elle leur avait prescrit de marcher de l'avant malgré la menace des baïonnettes. 



Qui voudrait se convaincre de cette ferveur, capable de tant de sacrifices, n'a pas besoin de pousser ses investigations jusqu'aux villages perdus dans la montagne. La visite d'une ville comme Pampelune, le spectacle de ses églises sombres et trapues comme des forteresses, remplies presque à toute heure d'une foule agenouillée, non seulement de femmes comme dans d'autres régions d'Espagne où la légende du prétendu fanatisme clérical est au contraire démentie par la pénurie des fidèles dans les temples, mais d'hommes au masque grave, énergique, recueilli, suffiront à l'édifier sur la profonde religiosité de ce pays et de ce peuple encore distinct au sein de la nationalité espagnole. 



Les éléments libéraux ne se trouvent vraiment en nombre qu'à Saint-Sébastien, station balnéaire empreinte de cosmopolitisme par le double afflux des baigneurs madrilènes et des touristes étrangers, et à Bilbao, centre minier et industriel, dont la population, quintuplée en ce dernier siècle, compte beaucoup d'ouvriers de provenances diverses. 




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PLAGE SAINT-SEBASTIEN DONOSTIA 1910
PAYS BASQUE D'ANTAN



Il semble donc hors de doute que si les organisateurs avaient persisté, dans leur téméraire et séditieux projet, des milliers de croyants auraient répondu à leur appel, prêts à en affronter toutes les conséquences. Ce sont les chefs et non les soldats qui ont reculé. Cette constatation est du reste tout en faveur du gouvernement, car non seulement elle rehausse l'importance de son succès, mais en garantit la durée. 



La rébellion paraît, en effet, être ainsi décapitée, puisque les promoteurs de la manifestation, après avoir hautement annoncé qu'elle aurait lieu coûte que coûte et qu'ils se mettraient à sa tête, y ont renoncé au dernier moment en invoquant les motifs et les difficultés dont ils affirmaient auparavant qu'elles ne les arrêteraient pas. On ne peut que les féliciter de leur décision pour la paix publique ; mais eux-mêmes doivent bien se rendre compte qu'elle les discrédite auprès de leurs plus chauds partisans, dont l'enthousiasme et la discipline s'en ressentiront désormais, comme il arrive aux troupes contraintes à la retraite avant de combattre, en dépit des vibrantes proclamations de leur général. 



L'organisation dans toute l'Espagne de comités catholiques analogues à ceux des provinces basques, sous la direction d'un conseil central, et l'annonce d'une imposante manifestation en septembre, que le gouvernement ne pourrait guère empêcher cette fois, après s'être engagé à l'autoriser partout ailleurs et dans toute autre circonstance que celle de dimanche dernier, ne parviendront donc sans doute pas à effacer l'impression, démoralisatrice pour les cléricaux et stimulante pour leurs adversaires, de l'échec de cette première tentative devant l'offensive vigoureuse de M. Canalejas. 



D'autre part, on a remarqué que l'intérêt privé qui, si grand et sincère que soit le prosélytisme, fait toujours entendre sa voix, déconseille à bien des personnalités de l'extrême droite, qui ont créé dans ces régions des entreprises prospères, non existantes lors des guerres civiles d'antan, de les compromettre dans de nouvelles aventures. 



Enfin, les récents événements ont résolu, au détriment des ultra-cléricaux, l'inconnue du problème qui consistait dans l'attitude des conservateurs proprement dits et de la fraction de droite de ce parti, composée des catholiques, qui, jadis enrôlés sous la bannière carliste contre la République de 1873, s'étaient ralliés à la dynastie alphonsine, après la restauration de 1876, avec le marquis de Pidal. 



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LUIS PIDAL Y MON



On pouvait craindre qu'en l'occurrence les premiers prêtassent un appui moral aux manifestants et que les seconds allassent même jusqu'à se détacher du régime constitutionnel auquel ils avaient adhéré, grâce aux concessions de Canovas en manière religieuse.  



Or, si les uns et les autres ont reproché à M. Canalejas d'interdire la manifestation comme un abus de pouvoir contrastant avec sa tolérance à l'égard des partis avancés, ils ont, en revanche, sévèrement blâmé les organisateurs de sortir de la légalité en prétendant enfreindre une mesure gouvernementale, qui ne peut et ne doit être discutée qu'au Parlement, et en compromettant leur propre cause avec la paix publique. 



Un des chefs les plus prestigieux du catholicisme dynastique, notamment en Navarre, me déclarait, il y a quelques jours, que lui et les siens n'entendaient nullement, sous couleur de défendre la religion, faire le jeu des carlistes, intégristes (ultramontains également hostiles à Alphonse XIII et à don Jaime, et à la recherche d'un souverain qui incarne vraiment le règne de Jésus-Christ) ou des séparatistes biscayens, tous promoteurs de cette coalition dans un but politique. 



En effet, le vendredi, l'organe catholique de Pampelune, le Diario de Navarra, conseillait aux Navarrais de s'abstenir, et ce fut un des principaux motifs de la suspension de la manifestation. Les ultra-cléricaux savent donc désormais qu'ils ne peuvent compter sur les catholiques sans étiquette et fidèles au régime que pour une protestation strictement légale. 



Ce qui a achevé de leur nuire, c'est l'incident survenu le samedi soir au Cercle basque de Saint-Sébastien, d'où seraient partis des cris antipatriotiques qui provoquèrent l'arrestation de leurs auteurs et ameutèrent contre eux. la foule. C'était le fait de "bizcaïtarras", ou nationalistes biscayens, venus de Bilbao ; il existe, en effet, dans cette ville un parti séparatiste revendiquant l'indépendance de l'"Euskaria" (pays basque et Navarre, dont il prétend englober même la partie française) et prêchant, en attendant, la conservation de ses langues et de ses moeurs et la haine de l'Espagnol, qu'il flétrit du nom méprisant de "makéto". 



Les "bizcaïtarras" comptant dans leurs rangs de riches personnages de Bilbao possèdent une certaine force locale, mais, hors de Biscaye, ne comptent que très peu d'adeptes dans quelques villages du Guipuzcoa et presque aucun dans l'Alava (province de Vitoria) et la Navarre, pas plus que dans la région basque française. 



Leur démonstration intempestive a, tout ensemble, fourni aux anticléricaux une arme contre la coalition cléricale, qu'ils taxent d'antipatriotisme, et semé la discorde au sein de cette coalition, dont les autres éléments ne sauraient se solidariser avec ces doctrines séparatistes, surtout les carlistes, qui, avant de s'unir aux "bizcaïtarras" sur la question religieuse, en vertu de leur ultramontanisme commun, s'étaient érigés contre eux en champions de l'unité nationale.  



Les uns et les autres en étaient même souvent venus aux mains, à Bilbao, notamment en 1908, lorsque le ministère Maura parut favoriser les aspirations autonomistes en Biscaye comme, en Catalogne, aussi l'organe carliste El Correo espanol s'est-il empressé de désavouer les "bizcaïtarras" et de déclarer que ses coréligionnaires présents à Saint-Sébastien furent les premiers à protester, contre le "Cercle basque". 



L'importance de l'incident a été réduite depuis et les détenus relâchés ; mais il n'en a pas moins contribué à créer dans l'opinion publique une atmosphère hostile autour de la coalition cléricale, de même que le chef républicain M. Salmeron perdit naguère son prestige pour avoir dirigé la ligue de "Solidarité catalane", suspecte de séparatisme, et que le bruit, inexact d'ailleurs, que la révolution de juillet 1909 à Barcelone avait un caractère séparatiste, fut le plus puissant obstacle à sa répercussion dans le reste de l'Espagne. 



Tout cela sert à renforcer la position de M. Canalejas en face de ses adversaires. Sans doute il aura encore à subir d'autres assauts ; mais la première bataille, gagnée sans coup férir, lui présage la victoire tant que les assaillants emploieront la même tactique, et il est permis d'augurer que le Saint-Siège sera le premier à dissuader ses partisans d'une nouvelle tentative de ce genre."



En octobre 1910, eut lieu une manifestation de 35 000 catholiques à Saint-Sébastien.


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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vendredi 22 mars 2024

LE DÉCÈS DU CAPITAINE MAZON À BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN MARS 1910

LE DÉCÈS DU CAPITAINE MAZON À BIARRITZ EN 1910.


François Mazon, né le 10 février 1841, à Biarritz (Basses-Pyrénées) et mort le 16 mars 1910, à Biarritz (Basses-Pyrénées) est un marin, conseiller Municipal de Biarritz.




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CAPITAINE FRANCOIS MAZON
BIARRITZ D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Gazette de Biarritz-Bayonne et Saint-Jean-de-

Luzle 20 mars 1910 :



"Le Capitaine Mazon.



Le Capitaine Mazon, une des physionomies les plus connues et les plus sympathiques de Biarritz, est décédé subitement, mercredi soir. 



Il avait passé la plus grande partie de la journée en promenade, faisant visiter nos plages à des amis du lointain ; il avait fait à la mairie une assez longue station. Comme d'habitude, après dîner, son ami, M. Clerch, était venu le voir et avait fait avec lui la partie traditionnelle ; à dix heures et demie, le capitaine Mazon accompagnait jusqu'à la porte son ami et partenaire et lui serrait cordialement la main ; mais, M. Clerch avait fait à peine une centaine de pas, qu’il était rejoint, par une personne de l'entourage de M. Mazon. 



Celui-ci, rentrant dans sa salle à manger, s'était subitement affaissé et ne donnait plus signe de vie.



Quand M. Clerch, accompagné du docteur Augey arrivèrent peu de minutes après, ils ne purent que constater l'inanité de tous les secours : la mort avait été subite et instantanée. 



La nouvelle se répandit rapidement, causant partout une très réelle émotion et, ce matin samedi, un concours immense de population assistait aux obsèques de notre brave concitoyen. 



Nous ne pouvons mieux faire, pour rendre au capitaine Mazon l'hommage qui lui est dû, pour retracer sa carrière, pour évoquer ses mérites, que de reproduire in-extenso le discours si substantiel en sa simplicité et en son éloquence, que M. Forsans, sénateur-maire de Biarritz, a prononcé sur sa tombe : 


"Mesdames, Messieurs, Mes chers Concitoyens, 


C'est avec une vive émotion que nous avons appris la fin si brusque et si inattendue de l’excellent ami sur qui va se fermer cette tombe, du brave citoyen dont la carrière si bien remplie mérite d’être donnée en exemple. 



Le plus bel éloge qui se puisse faire d’un homme tel que François Mazon, c’est d’évoquer les étapes de sa vie et de laisser les faits eux-mêmes, brièvement exposés, parler avec une éloquence supérieure à toutes les rhétoriques. 



François Mazon, ce digne continuateur des grands marins biarrots des époques héroïques, était, lui aussi, par toute sa filiation, par ses parents et ses amis, ses affections et ses sentiments, un vrai biarrot, qui sut, par son intelligence, son caractère, son activité, faire honneur à la petite et aussi à la grande Patrie. 



Né à Biarritz, le 10 février 1841, il s'embarquait à Bayonne, comme mousse, avant d’avoir atteint sa dixième année. Il n'avait que douze ans quand, en Mai 1853, il allait à la pêche sur le "Biarrot", que commandait un de nos célèbres concitoyens, le capitaine Lavernis, dont le nom a été donné récemment à une de nos rues. Quelques années plus tard, on le retrouve sur des navires de grande pêche, le "Pernambuco", le "Comte Roger" sous les ordres d’un autre Biarrot, marin de grande valeur, le capitaine Pugibet. 



Déjà le jeune Mazon se signalait par son endurance et sa bravoure et Pugibet, sentant en lui l’étoffe d’un marin d’élite, en faisait un novice, puis un matelot, l'aidant de ses conseils et de son expérience et lui prodiguant les plus grandes marques de confiance. C’est ainsi que Pugibet, prenant en 1859 le commandement de la "Ville de Boulogne", choisit, pour lieutenant et pour second, François Mazon qui n’avait pas encore 19 ans. 



Après ses trois années de service dans la marine de l’Etat, le Lieutenant Mazon reprit aussitôt du service dans la marine marchande et il commandait en second le "Victoria", du Havre, quand ce navire fit naufrage sur les côtes du Brésil le 19 Janvier 1864. 



L’équipage fut rapatrié et notre compatriote, revenu près des siens, partagea son temps entre les joies de la famille et les études opiniâtres. 



Il suivit assidûment les cours de l’Ecole d'Hydrographie alors florissante à Saint-Jean-de-Luz et, à vingt-quatre ans, il enlevait à force de travail, son brevet de capitaine au long cours. 



Ce fut alors, sur toutes les mers et sous toutes les latitudes, une suite ininterrompue de voyages où le capitaine Mazon, un des plus estimés de la Compagnie des Chargeurs Réunis, du Havre, sut faire preuve, en maintes occasions, de ses qualités d’endurance, de sang-froid et d’intrépidité, d’une expérience toujours accrue par l’observation et par l'étude, d'une conscience inflexible, d’une sûreté magistrale. Il avait su mériter à la fois la haute estime de ses chefs, la confiance et la sympathie de ses subordonnés. 



Et quand, regretté de tous, il quitta le service actif, en 1886, il comptait ces magnifiques états de services : 38 mois à l'Etat, 34 mois à la petite pêche, 265 mois au commerce. 



Ce n'est pas tout. Peu de temps après que le capitaine Mazon eût manifesté son désir de se retirer du service actif, la Compagnie des Chargeurs Réunis lui offrit et lui fit accepter un poste de confiance, celui d'agent général à Rio-de-Janeiro, et là encore, il sut s’acquitter de sa mission avec un zèle et un mérite au-dessus de tout éloge. Nul n’était plus serviable que lui et tous ceux qui ont passé dans la capitale du Brésil savent la réputation enviable qu'il s’y était conquise. Le Consul Général de France, M. Pichon, aujourd’hui Ministre des Affaires Etrangères, rendait justice à notre concitoyen en des lettres que je relisais, il y a peu de temps, avec émotion et fierté. On se rappelle encore, là-bas, du grand rôle joué par notre ami regretté au cours des évènements qui suivirent la chute de Don Pedro et la grande part qu’il prit à l’organisation du sauvetage au cours d’un terrible désastre maritime. 



homme politique france mazon biarritz pays basque
STEPHEN PICHON
MINISTRE AFFAIRES ETRANGERES
D'OCTOBRE 1906 A MARS 1911



Tel fut le marin, l'homme d'action qui sut parvenir par son travail, sa persévérance et sa valeur personnelle à remplir une brillante et noble destinée. 



Pour toutes ses qualités, si rares, il était ici, comme partout, estimé de tous ceux qui avaient l'avantage de pénétrer dans son intimité. Ils l'aimaient davantage encore pour les qualités de son cœur, pour la touchante sollicitude avec laquelle, en toute occasion, il venait, ne fut-ce que pendant quelques heures, prodiguer ses caresses à sa mère vénérée et son affectueux dévouement à tous ceux qui lui étaient chers. 



Jamais il n’oublia ce coin de terre privilégié où il était né et auquel se rattachaient tous ses souvenirs de jeunesse, tous les liens du sentiment. Et c'est ici qu’il avait résolu de venir jouir d'un repos si vaillamment gagné. 



Mais l'inactivité ne pouvait pas convenir à un tel tempérament. Et s’il fallut faire violence à sa modestie pour lui faire accepter un mandat de confiance, du moins, lorsque ses concitoyens l’envoyèrent siéger au Conseil Municipal, en 1900, en 1904, en 1908, avec un nombre de voix toujours plus important, se montra-t-il un des plus dévoués collaborateurs à la prospérité commune. 



Pendant dix années, François Mazon prodigua pour le bien public son dévouement et son esprit d'initiative, s’occupant surtout, avec une touchante sollicitude, des œuvres de mer, de nos bains, de nos marins, de notre organisation de sauvetage, nous apportant en mainte occasion les conseils éclairés de son expérience et de ses observations, et remplissant avec tact et simplicité les fonctions de doyen d'âge de notre assemblée. Il n'y a pas huit jours il siégeait encore parmi nous, au Conseil Municipal, et, tandis qu’il nous donnait lecture des rapports dont il était chargé, tandis qu’il prenait une part si active à nos travaux, nous ne pouvions nous douter que ce cher collaborateur nous serait si tôt enlevé. 



D’autres liens, d'ailleurs nous attachaient encore à lui : l’ardeur et la sincérité de sa foi républicaine, sa franchise à toute épreuve, son dévouement à l’idéal laïque et démocratique que nous poursuivions en commun et pour lequel il combattait à nos côtés avec sa vaillance accoutumée, surtout son invincible attachement, fait d'amour et d’enthousiasme, pour notre cher Biarritz



François Mazon fut de ceux qui, élevant leurs âmes et leurs intelligences au-dessus des égoïsmes et des intérêts immédiats, savent se consacrer à une œuvre grande et désintéressée. Il était de ceux qui rêvaient, qui voulaient un Biarritz toujours plus beau, plus heureux, plus prospère et nous savions que son désir était de devenir un des bienfaiteurs de la cité. 



C’est au nom de cette cité, reconnaissante à son généreux fils, et fière de lui, que j’adresse un suprême adieu au Capitaine François Mazon. 



Son nom ne périra pas. Il restera ineffaçablement gravé dans nos cœurs et dans le souvenir de toute notre population, comme celui d’un concitoyen d’élite qui sut mériter l’universelle estime et l’universelle sympathie. 



Le discours du Maire, prononcé d’une voix vibrante et au milieu d’un silence religieux, fit sur tous une profonde impression et arracha des larmes à plus d’un des assistants, et notamment à quelques-uns de ces vieux marins biarrots qui avaient su apprécier plus particulièrement les qualités du capitaine Mazon. 



Après M. Forsans, M. Clerch, au nom des amis personnels du défunt, prit à son tour la parole, s'attachant à rappeler surtout les vertus de l'homme privé et la cordialité de ses sentiments. 


De très nombreuses couronnes avaient été envoyées, notamment par le Conseil Municipal de Biarritz, qui d’ailleurs assistait en corps à ses obsèques imposantes. 



La "Gazette", dont le capitaine Mazon fut un peu le collaborateur, puisqu’il y racontait, il y a quelques jours encore, les palpitants événements de sa vie de marin, prend sa part du deuil général et envoie à sa famille éprouvée ses plus sincères condoléances. 



Le capitaine Mazon a légué, par testament, à la Ville de Biarritz, la nue-propriété de la magnifique propriété qu'il laisse et qui occupe une superficie de 8 000 mètres carrés entre l'Avenue des Pyrénées, l'Avenue de la République et la rue Jeanne-d'Arc. 



Nous reparlerons de cette munificence splendide dans un prochain numéro."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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mardi 2 janvier 2024

MME EDMOND ROSTAND NÉE ROSEMONDE GÉRARD EN JANVIER 1910

MADAME EDMOND ROSTAND EN 1910.


Rosemonde Gérard, née Louise-Rose-Etiennette Gérard, le 5 avril 1866 et morte le 8 juillet 1953, est une poétesse et comédienne française.

Elle a épousé Edmond Rostand le 8 avril 1890 et a eu deux enfants avec lui, Maurice et Jean.




pays basque autrefois écrivain cambo chantecler aiglon arnaga
POETESSE MME ROSTAND ROSEMONDE NEE GERARD



Voici ce que rapporta à son sujet l'hebdomadaire Les Annales Politiques et Littéraires, le 23 

janvier 1910, sous la plume de Gaston Deschamps :



"Rosemonde Gérard (Mme Edmond Rostand).



Les succès de M. Edmond Rostand me rappellent un des plus charmants souvenirs de mes années d'apprentissage.



C'était en 1889, au temps de l'Exposition. Je tenais — passez-moi cette expression — l'emploi de "caïman" à l'Ecole normale. C'est-à-dire que j'employais les trois quarts de mon temps à ne rien faire, sous prétexte de surveiller une centaine de bons garçons, qui obéissaient peu à mes remontrances. Je partageais ces responsabilités avec Joseph Bédier, qui, depuis, s'est fait une belle renommée par ses travaux sur la littérature française du moyen âge. Le samedi soir, Joseph Bédier étant "de service", je pouvais m'échapper. Je profitais ordinairement de ma liberté pour aller chez Leconte de Lisle, qui, en sa qualité de sous-bibliothécaire du Sénat, habitait un petit appartement, dans les annexes du Luxembourg, au numéro 68 du boulevard Saint-Michel. On rencontrait, dans ces soirées très cordiales et familières, le poète Haraucourt, Jean Psichari, le peintre Lecomte du Nouy, Robert de Bonnières, le vicomte de Guerne, le musicien Benedictus, José-Maria de Heredia, Fernand Hérold, Henry Houssaye, parfois Judith Gautier, très belle et très bonne, hiératique en son fauteuil comme une reine d'Orient...



Leconte de Lisle, vu de loin, ressemblait à un dieu et inspirait aux profanes une sorte de terreur. De près, dans l'intimité de ces réunions où circulait un plateau de boissons légères et fraîches, il laissait voir le fond de bonhomie et de simplicité qui se cachait sous son rude sourcil. Il avait des rires d'enfant, des accès d'hilarité bruyante, secouante, interminable, dont Psichari était volontiers le complice. Ils riaient tous deux pendant de longs espaces de temps. Quand ils semblaient avoir fini, ils se regardaient en dessous, et cela recommençait de plus belle. Je n'ai jamais vu rire d'aussi bon coeur. Ce rire inextinguible de Leconte de Lisle me faisait songer à la gaieté ingénue de ces dieux antiques, dont le rire, dit-on, ressemblait à un joyeux tonnerre dans lin ciel serein.



Leconte de Lisle était incomparable lorsqu'il imitait l'accent des créoles, entendu là-bas, dans les nuits chaudes de Bourbon. Il évoquait des scènes locales, de petits tableaux des îles. Par exemple, l'arrivée, de la négresse dans la case, le soir, sur les rampes de la colline, la cordiale bienvenue des voisines, l'accueil hargneux des. chiens et ces voix dans la nuit :


Commeïnt cha va ?

Cha va bieïn.

Empèce un peu les tiens ! (Empêche un peu les chiens !)



Et, de nouveau, les rires repartaient en fusées sonores... Oh ! le bon temps !



Je conterai plus tard, quand je serai vieux, ces propos et ces amusements. Je reviens à Rostand par un détour.



Un soir, le bon maître nous dit :


— Vous verrez et vous entendrez, tout à l'heure, une personne que vous n'oublierez plus. C'est une jeune fille, qui écrit de beaux vers, et qui les récite en perfection. Elle signe ses poèmes d'un pseudonyme : Rosemonde Gérard.



Leconte de Lisle n'aimait pas, en général, les jeunes filles qui font des vers. Il se méfiait du cahier bleu des pensionnaires. Il décourageait, fort honnêtement, la plupart des vocations indécises qui venaient implorer sa bénédiction paternelle. Pour qu'il eût consenti à cette exception, il devait avoir des raisons bien fortes. Son sentiment devint le nôtre, dès que nous eûmes la joie de voir et d'entendre Rosemonde Gérard. C'était une toute jeune fille, très mince, très blonde, délicate et gracieuse. Je vois encore son entrée, qui mit de la lumière dans le salon un peu sombre. Et, longtemps, nous avons gardé dans les yeux le reflet de sa robe rouge, très simple, toute unie, mais chatoyante de cassures satinées, où la couleur s'avivait d'allègres clartés. Rosemonde Gérard récita, sans se faire prier, quelques stances. Sa bonne grâce était très aimable, sans affectation de naïveté et sans excès de coquetterie. Elle disait ses vers d'une voix claire et musicale, avec un art spontané et déjà savant où la marque d'une excellente méthode ne nuisait pas à la grâce de l'instinct. Sa poésie était ingénue et subtile, avec quelque chose d'aérien et de ténu, un charme discret, semblable à ces rayons du matin qu'un nuage peut éteindre, ou à ce fil de la Vierge que le moindre souffle peut briser. C'étaient, par la pureté, par la fragilité, par je ne sais quelle beauté grêle et imprécise, des rêves de jeune fille. C'étaient, par le choix des mots, par la sûreté du rythme, des vers de poète. Cette vision, trop rapide, laissa dans notre mémoire une trace brillante et durable, une impression de jeunesse et de fraîcheur.



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POESIE DE MME ROSTAND ROSEMONDE NEE GERARD



Quelque temps après, nous demandâmes à Leconte de Lisle :


— Eh bien ! Et Rosemonde Gérard ?

— Oh ! elle n'a pas perdu son temps. Elle a publié un recueil de vers, les Pipeaux. Ensuite, elle a épousé un poète, le jeune Edmond Rostand.



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MR ET MME EDMOND ROSTAND


— Qui ça, Rostand ?

— Un très gentil garçon. Son père est un économiste qui a traduit Catulle. Quant à lui, je connais des vers de sa façon, les Musardises. Il promet."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)








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dimanche 22 octobre 2023

AUTOUR D'EDMOND ROSTAND À CAMBO-LES-BAINS EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN JANVIER 1910

AUTOUR D'EDMOND ROSTAND EN 1910.


Après avoir loué dès 1900 la villa Etchegorria à Cambo-les-Bains, Edmond Rostand se fait construire de 1903 à 1906 la villa Arnaga, où il écrira Chantecler.




pays basque autrefois labourd arnaga rostand
EDMOND ROSTAND A SA TABLE DE TRAVAIL
LES ANNALES POLITIQUES ET LITTERAIRES 23 JANVIER 1910



Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire Les Annales Politiques et Littéraires, le 23 janvier 

1910, sous la plume d'Henry Bordeaux :



"A la veille de Chantecler, nous voulons présenter à nos lecteurs, si friands de tout ce qui se rapporte aux belles-lettres, un portrait pittoresque et véridique de l'illustre écrivain. 


A Cambo.



Malgré la renommée mondiale d'Edmond Rostand, je gage que, si l'on réclamait la liste de ses oeuvres à quelque amateur de théâtre, celui-là, fût-il libraire ou comédien, en oublierait une. Il s'agit, pourtant, d'une oeuvre bien composée, de belles lignes architecturales, fortes et élégantes ensemble. On ne l'oublie pas quand on l'a vue, mais, comme dit Mélissinde en montant sur la galère de Geoffroy Rudel : 


Oh ! tout ce qu'on nous dit... rien ; il faut venir voir.



Elle comporte deux décors, également admirables. Une et harmonieuse, elle s'ouvre à l'air et à la lumière. Les moindres détails concordent à l'impression générale qui est de grandeur rustique et de grâce. Elle a réclamé beaucoup de temps, presque autant que Chantecler. Mais Chantecler même lui doit beaucoup, toute une part de son inspiration. C'est la villa Arnaga.



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 VILLA ARNAGA CAMBO
PAYS BASQUE D'ANTAN


Une oeuvre, un fils, une maison ; ainsi un poète persan résumait son rêve de vie. Suprêmement ambitieux, il souhaitait une triple prolongation : celle de la pierre, celle de la chair et celle de l'esprit. Tant qu'un homme n'a pas dominé son existence, il se contente de loger au hasard, chez les autres. Et, s'il succède à ses pères, il n'en sent pas toute l'importance. Vient un âge où, privé de ce rempart vivant que sont les parents, ou comprenant que le mur s'écroulera un jour, il se découvre mal défendu contre la mort et veut, du moins, assurer l'avenir de sa race. Il désire marquer de son empreinte personnelle un coin de la terre. Alors, il songe à bâtir, à moins qu'il n'ait reçu du passé la mission de maintenir la demeure des siens, cette demeure que, tout enfant, on appelle simplement la maison, comme s'il n'y en avait qu'une au monde, et véritablement, pour chacun, il n'y en a qu'une. Bâtir ou maintenir, tâche pareillement noble et ardue, qui crée ou qui conserve une tradition familiale, plus éloquente, plus durable quand c'est la dure pierre, échauffée par de la vie humaine, qui la soutient et lui fournit son symbole. Ceux qui connaissent la tristesse de vieillir sans enfants et de tendre vers le soir sans imaginer les prochaines aurores, même s'ils renouvelèrent la sensibilité ou les idées de leur temps, n'ont guère qu'un tombeau à orner. Ainsi Chateaubriand offrit le sien aux caresses de la mer. Ainsi le plus grand poète traditionaliste de notre temps, Mistral, après avoir exalté la vie dans ce qui la fortifie et la perpétue, cultive la mélancolie d'édifier son propre monument funéraire, dont il a cherché le modèle parmi les ruines émouvantes des Baux.


baux bouches-du-rhône mistral félibres
13 LES BAUX


Le jeune conquérant de la Princesse Lointaine, de Cyrano et de l'Aiglon a toutes les raisons du monde de construire. Il a choisi, pour sa maison, ce pays basque où l'union de l'homme et du sol est particulièrement étroite. Là, en effet, Le Play a surpris le modèle de la solidarité terrienne, relevé les traces de cette collaboration intime qui mêle un domaine à toute la suite des générations dont une forte race se compose. Terre féconde, que la chaleur et l'eau ont recouverte d'une végétation abondante, luxueuse, comme de serre chaude, terre toute travaillée et humanisée, terre d'où montent, comme des parfums, des légendes, des chansons, des prières, toute cette âme mystérieuse d'un passé qui ne peut pas mourir.



La villa Arnaga est bâtie au confluent de la Nive, qui, rapide et boueuse, court vers l'Adour, et de la petite Arnaga, moins arrogante. Sur le promontoire qu'étreignent les deux rivières, et dont les pentes sont toutes boisées, elle se dresse sans insolence, comme un complément de ce pays riche et fertile. C'est une maison basque, mais spacieuse, claire, joyeuse, à la façon d'une fleur bien épanouie : deux corps de bâtiment incrustés l'un dans l'autre à angle droit, l'un porté sur de massives arcades, tous deux étayés de ces poutres brunes qui font des dessins sur les murs. Elle rit véritablement au sommet du coteau. On y va de Cambo, qui balconne aussi sur la Nive. On entre dans le domaine par un bois de chênes aux troncs courts qui portent leurs branches en essor comme les boeufs de ces prairies leurs cornes. Les intervalles des arbres sont comblés par des fougères, et, comme le tronc des chênes même est recouvert de lierre, on a l'impression de pénétrer dans un lac de verdure.



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MAISON ARNAGA CAMBO-LES-BAINS
PAYS BASQUE D'ANTAN


J'ai parlé d'un double décor. Le hall, qui, par de larges baies en arceaux, s'ouvre aux deux expositions du nord et du midi, réunit les deux vues. D'un côté, un jardin à la française, avec ses parterres et ses statues, conduit le regard aux lignes délicates des collines qui précèdent les Pyrénées dont les calmes arêtes ferment insensiblement l'horizon. Et, de l'autre, c'est le cours vallonné de la Nive qui descend sur Bayonne. A l'intérieur, c'est encore, sur tous les murs, de la lumière accrochée : des peupliers dorés et des Coteaux mauves d'Henri Martin, et surtout la Fête chez Thérèse et le Théâtre de Verdure, de Gaston La Touche, qui donne de l'espace et du soleil, et comme une liberté toute moderne, aux grâces et à l'esprit du dix-huitième siècle.



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TABLEAU FÊTE CHEZ THERESE
PEINTRE GASTON DE LA TOUCHE



Une ombre recouvre, le soir, ce pays fortuné. Ce n'est pas celle des montagnes voisines. De Cambo, on va, en peu de temps, au Pas-de-Roland. Quand j'y suis allé, on reconnaissait encore le printemps aux roses et aux chèvrefeuilles qui embaumaient en passant devant les villas. Je leur préférais, pourtant, l'odeur du foin coupé que l'on avait étalé sur les prés pour le mieux offrir au soleil. Après d'immenses champs de fougères, des bois de chênes, des mamelons, des coteaux, tous également verts, on approche des Pyrénées, — belle assemblée verdoyante à qui je ne sais pas donner des noms, comme dans les Alpes, et mon cocher me criait des appellations basques que je n'ose transcrire. Le chemin d'Itxassou passé, on descend de voiture, et l'on entre dans un défilé. Enfin, voici des rochers, une nature sauvage, un peu de violence. La route que l'on suit domine la Nive, qui mène grand vacarme. Après une passe étroite, serrée entre deux parois, on arrive au rocher percé en forme de porte gothique qu'on désigne sous le nom de Pas-de-Roland. Autrefois, le chemin muletier le traversait. Maintenant, la route passe au-dessus, d'un air méprisant. Il encadre un paysage de pâturages et de forêts, mais il faut descendre pour le voir. Ce n'est plus qu'une curiosité.



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PAS DE ROLAND ITXASSOU - ITSASU
PAYS BASQUE D'ANTAN


Roland a passé là quand il allait en Espagne. A son retour, il s'est arrêté à Roncevaux, qui n'est pas loin. Il y a, dans la chanson de geste qui lui a conféré l'immortalité, un épisode auquel on pense ici particulièrement, car c'est sa grande ombre qui répand sur cette terre une atmosphère de légende et d'héroïsme. Déjà, les Sarrasins entourent l'arrière-garde, qu'il commande. Il est en danger, mais il peut encore avertir Charlemagne avec son olifant, — ce prodigieux cor d'ivoire qu'on montre au trésor de la cathédrale, à Aix-la-Chapelle. Il refuse de quémander un secours. Olivier, l'évêque Turpin, le supplient. A quoi bon appeler à l'aide ? Sa bravoure ne suffit-elle pas ? Et, quand il se décide, il est trop tard. Ainsi il ajoute au courage quelque chose, une audace téméraire, un peu de jactance française. Ainsi Geoffroy Rudel, Cyrano, Flambeau, dépassent la commune mesure dans les jeux de l'amour et de la guerre. Et Chantecler fut écrit au pays que marqua Roland."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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