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jeudi 17 septembre 2026

LE VIIÈME CONGRÈS DES ÉTUDES BASQUES À BIARRITZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN SEPTEMBRE 1948 (première partie)

LE VIIÈME CONGRÈS DES ÉTUDES BASQUES À BIARRITZ EN 1948.


C'est en septembre 1900 qu'a lieu, à Paris, le Premier Congrès des Etudes Basques.



biarritz autrefois pays basque langue études congrès
BIARRITZ - MIARRITZE 1948
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le VIIème Congrès d'Etudes basques se déroula du 12 au 19 septembre 1948 à Biarritz. C'est le premier Congrès de l'exil et incontestablement celui qui fut le plus important et qui connut le plus grand succès.



Les travaux scientifiques furent de qualité et en tous de cas de quantité appréciable (260 communications). L'implication dans l'organisation du Congrès du Gouvernement Basque en exil et une forte participation des intellectuels basques d'Amérique donnera à ce Congrès un large retentissement.



Voici ce que rapporta à ce sujet J. P. Hiriart, dans le journal mensuel Elgar, Journal des Basques 

de Paris, le 1er novembre 1948 :



"Le Congrès de Biarritz.



C'est sous ce nom que le VIIème Congrès d'Etudes Basques restera dans l'histoire de la bascologie, dont il marque une date importante peut-être depuis un siècle.



Notre ami regretté, Georges Lacombe — dont le Congrès nous fit cruellement ressentir l'absence — définissait la bascologie, mot nouveau désignant une réalité nouvelle, comme l'ensemble des sciences ayant pour but une connaissance plus complète de cet être vivant, divers et un, qu'est le Peuple Basque.



Tous les spécialistes qui, chacun dans sa sphère, étudient un des multiples aspects de la culture basque, ont intérêt à se rassembler de temps en temps pour confronter le résultat de leurs recherches ; qui méconnaîtrait les lumières que peuvent mutuellement se communiquer l'anthropologie et la linguistique, l'histoire et le droit, par exemple ? Telle est la raison d'être de ces congrès généraux qui comme celui d'Oñate en 1918, et celui de Biarritz, constituent des assises générales de la bascologie. A côté d'eux, existaient naguère des congrès spécialement consacrés à telle ou telle science dans ses rapports avec le peuple basque, congrès plus fréquents et plus restreints par leur objet et par le nombre de leurs participants ; nous souhaitons vivement que la tradition en soit reprise.



biarritz autrefois pays basque études langue congrès
BIARRITZ - MIARRITZE 1948
PAYS BASQUE D'ANTAN


Car à Biarritz, tout n'a pas pu être dit ; certaines questions ont été laissées dans l'ombre, certains problèmes à peine effleurés. Quand aurons-nous, par exemple, un Congrès d'Histoire du Droit Basque, où pourra être étudiée avec la profondeur nécessaire une figure aussi actuelle que celle de F. de Vitoria, fondateur basque du droit international, sur lequel le R. P. Garriga a communiqué au congrès de Biarritz des aperçus déjà très intéressants ? Tout n'a pu être dit, et surtout tout n'a pu être écouté par les congressistes, enchantés et malheureux à la fois du nombre et de la qualité des communications qui s'offraient à eux à la même heure.



Seize sections ; une semaine de travail intense, résultat de plusieurs mois de préparation et de vingt ans d'études ; deux cent cinquante communications ; des discussions passionnées auxquelles prirent part une dizaine de professeurs d'université des deux continents, des spécialistes connus et des jeunes, beaucoup de jeunes qui se révélèrent dignes de leurs aînés par leur sérieux et par leur enthousiasme. Du beau et du bon travail, dont nous mesurons avec joie les prolongements dans l'avenir.



biarritz autrefois pays basque études langue congrès
BIARRITZ - MIARRITZE 1948
PAYS BASQUE D'ANTAN


Nous ne tenterons pas de donner ici un aperçu des travaux du Congrès ; une nomenclature serait trop longue et trop fastidieuse, un choix serait forcément infidèle. Nos lecteurs pourront d'ailleurs se reporter aux publications du Congrès, que nous leur indiquerons au moment où elles paraîtront.



Du point de vue scientifique le Congrès de Biarritz a prouvé que la culture basque reposait sur des bases solides et bénéficiait de contributions dignes de retenir l'attention des savants les plus exigeants.



Il a prouvé aussi que cette culture était jeune, vivante, d'une vie exubérante, en union intime avec le peuple qui la vivifie chaque jour par ses apports spontanés. Et ce fut pour les étrangers le caractère le plus frappant de cette semaine basque, que cette union fraternelle des intellectuels avec leurs compatriotes paysans, ouvriers ou marins. Des manifestations populaires comme celles de Baïgorry, du Théâtre de Bayonne, d'Aguilera, s'inscrivirent tout naturellement dans le cadre du congrès et en constituèrent l'apothéose. La culture basque ne vit pas sous cloche, et ses fidèles ne sont ni de vieilles barbes, ni des intellectuels désincarnés. Ils sont aussi capables d'être émus par la chanson d'un pasteur de Larrau que de se passionner pour les parentés caucasiques (?) de leur langue. Au gala de la chanson basque, à la représentation de "Ramuntcho", tout l'Euzkadi apparut dans son harmonieuse unité.



biarritz autrefois pays basque études langue congrès
BIARRITZ - MIARRITZE 1948
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le Biltzar des danseurs d'Aguilera, reprenant la tradition fondée naguère par les Biltzars de jeunes d'Ustaritz et de Villefranque (oubliés par un speaker novice), fit acclamer plus de deux cents danseurs, garçons et filles, par un public enthousiaste. Ainsi prit fin, par une magnifique journée de septembre, dans le soleil et dans la joie, cet acte de foi d'une culture millénaire, attaquée aujourd'hui par les fauteurs du crime que les juristes modernes se préparent à sanctionner sous le nom de "génocide moral", et qui répond à ceux qui veulent la tuer en leur montrant la jeunesse par qui elle vivra."



A suivre...





(Source : http://www.euskomedia.org et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



 



(Source : http://www.euskomedia.org et
Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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dimanche 30 août 2026

RABELAIS ET LA LANGUE BASQUE PAR JULES VINSON

RABELAIS ET LA LANGUE BASQUE.


François Rabelais, écrivain français humaniste de la Renaissance, publie en 1532 son livre Pantagruel et, en 1542, Pantagruel Roy des Dispodes.




pays basque rabelais pantagruel langue euskara
LIVRE PANTAGRUEL 1542
DE FRANCOIS RABELAIS



Voici ce que rapporta à ce sujet Jules Vinson :


"Rabelais et la langue Basque.



Le plus ancien texte basque imprimé connu est le petit discours de Panurge, dans le chapitre IX du livre II de Pantagruel, qui a paru pour la première fois dans l'édition de Lyon, Juste, 1542. Il existe des documents antérieurs, où sont cités quelques mots basques, mais, outre qu'ils contiennent seulement des listes de mots, ils sont tous restés longtemps manuscrits, à part un ouvrage imprimé en 1530. Mais le passage de Rabelais est d'une importance et d'un intérêt beaucoup plus considérable.



Voici ce passage, que je reproduis conformément à l'édition originale, lettre pour lettre et ligne pour ligne (ff. 37 r°, I. 11 à 21) :


Jona andie guauf 

fa gouffietan be harda er remedio be-

harde berfela yffer lãda. Anbates otoy 

y es naufu ey neffaffu gourray pro-

pofian ordine den. Nonyffena bayta

fafcheria egabe gen heraffy badia fa-

daffu noura affia. Aran hõdouan gual 

de eydaffu naydaffuna. Eftou ouffyc 

eguinan foury hin er darftura eguy 

harm. Genicoa plafar vadu. Eftes 

vous la refpondit Endemon Geincoa.



pays basque rabelais pantagruel langue euskara
PORTRAIT DE FRANCOIS RABELAIS



Ce texte a été reproduit dans les éditions suivantes, mais avec des coquilles qui ajoutent encore aux difficultés qu'il présente. On remarquera le mot deux fois répété : Geincoa est la forme correcte ; la plupart des éditions ont corrigé Genicoa.



ecrivain litterature renaissance pays basque pantagruel
PHRASE DANS PANTAGRUEL EN BASQUE
DE FRANCOIS RABELAIS


La restitution de ce passage a été tentée pour la première fois dans le Mercure de France (n° 661, t. IX, p. 129-143 : Aperçu sur le peuple basque, par M. de la Chabeaussière junior) en juillet 1814 ; l'interprétation en fut de nouveau tentée en 1826 par Fl. Lécluse dans l'Examen critique de son Manuel de la langue basque, avec l'aide de deux Basques du Labourd et de la Soule. En 1858, M. Archu, inspecteur primaire à la Réole, a proposé une autre traduction que M. Gustave Brunet a publiée l'année suivante dans sa Notice sur les proverbes basques, etc. (Paris, Aubry, 1859, p. 12). Le même M. Archu a refait depuis cette traduction et j'ai publié sa nouvelle version dans le journal l'Impartial des Pyrénées et des Landes, de Bayonne (n° du 8 novembre 1872) ; cet article a été réimprimé aux p. 227-230 des Études de linguistique et d'ethnographie, par A. Hovelacque et Julien Vinson (Paris, Reinwald, 1878, in-8°).



pays basque rabelais pantagruel langue euskara
LIVRE ETUDES DE LINGUISTIQUE ET D'ETHNOGRAPHIE
PAR A. HOVELACQUE ET J. VINSON



Aucune des restitutions proposées n'est satisfaisante ; elles ont d'ailleurs presque toutes le tort de trop s'écarter du texte. Pour en retrouver la vraie forme, il convient d'abord de rechercher où et comment le morceau a été écrit. Il est probable que c'est l'œuvre d'un de ces laquais basques, plus ou moins lettrés, qui étaient au service des grands seigneurs au XVIe et au XVIIe siècle. L'orthographe est donc probablement assez fantaisiste et arbitraire. Le jeune homme, — tous ces laquais étaient jeunes, — était originaire de la Soule (Mauléon) ou peut-être de la Basse-Navarre (Saint-Jean-Pied-de-Port), comme le prouvent les formes gen (jin), geincoa (Jinkoa), Jona (Jauna). Quelques corrections sont évidentes : jaun handia pour Jona andie, gayz pour guaussa ; quelques mots ont été mal divisés et quelques tildes sont à suppléer. Je lirais donc :


Jaun handia, gayss goussietan behar da erremedio ; behar den bessela yssan lan da. Ambates othores nausu ; eyn essassu goure proposian ordine den, non yssanen bayta, fascheria gabe, gin erassy badiassadassu neure assia. Haren ondouan, gualde eydassu nahy dussuna. Estou oussyc eguinen soury bien ere dastura eguyn harrec, Geincoac plaser badu.


Et je traduirais :


Monseigneur (grand seigneur), en tous maux il faut remède ; être comme il faut, c'est le difficile. Je vous ai tant prié ! Faites qu'il y ait de l'ordre dans notre propos, où cela sera, sans facherie, si vous me faites venir mon rassasiement. Après cela, demandez-moi ce que vous voudrez. Il ne vous fera pas faute de faire même les frais de deux, s'il plaît à Dieu.


On écrirait aujourd'hui :


Jaun handia, gaitz guzietan behar da erremedio ; behar den bezela izan, lan da. Hambatez othoyez nauzu! Eguin ezazu gure proposian ordine den, non izanen baita, facheria gabe, jin erazi badiazadazu neure asea. Haren ondoan, galde egidazu nahi duzuna. Eztu hutsik eguinen zuri bien ere dastura egin harrek, Jincoac plazer badu.



culture littérature basque homme écrivain linguiste
JULIEN VINSON


Ce n'est évidemment ni très exact ni très correct ; tous les mots ne sont pas bons, mais le sens général est très plausible. Erremedio est encore en usage aujourd'hui ; propos et facheria sont empruntés au français courant de l'époque ; dastura est une variante de gastura, dérivé de gastu "dépense" (espagnol gasto : d permute facilement avec g en basque) ; en revanche, ordine pour "ordre" est une forme latinisée, inusitée, mais qu'on a pu former en se souvenant de certains passages des livres religieux, par exemple du tu es sacerdos in œternum, secundum ordi-nem Melchisedec. Il est probable d'ailleurs que certaines fautes du texte sont l'œuvre du traducteur basque : il a pu écrire jauna et guayssa au lieu de jaun et gayss, parce que, comme tous ses compatriotes, il ne concevait pas le mot sans l'article a final et n'a pas songé à sa suppression nécessaire devant l'adjectif suivant. Jona pour jauna et gouray pour gure sont des erreurs, fort explicables, du copiste français. En 1542, on n'avait encore rien publié en basque et on n'avait écrit dans cette langue qu'au hasard, accidentellement pour ainsi dire. La dernière phrase, avec dastura eguyn harrec, paraîtra un peu irrégulière, comme aussi le othoyez nauzu avec hanbatez. Au demeurant néanmoins, il n'y a là ni barbarismes, ni solécismes graves, ni rien qui choque ; l'auteur de ce petit morceau est certainement un Basque.

Julien Vinson.

Paris, 13 mai 1905.

P.-S. — Il y a encore deux mots basques au chapitre V du livre 1 : lagona, edatera ; mais ils ne soulèvent aucune difficulté : lagona ; c'est laguna "le compagnon", et edatera veut dire "vers le boire, au boire". Le sens est évident : "Camarade, a boire !"

Extrait de la Revue des Études rabelaisiennes, 3e année, 3e fascicule."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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dimanche 22 mars 2026

L'OEUVRE DE LUIS MICHELENA-ELISSALT DE RENTERIA EN GIPUZKOA AU PAYS BASQUE (sixième et dernière partie)

   

L'OEUVRE DE LUIS MICHELENA-ELISSALT.


Koldo Mitxelena Elissalt ou Luis Michelena ou Koldobika Mitxelena, né le 20 août 1915 à Renteria (Gipuzkoa) et mort le 11 octobre 1987 à Saint-Sébastien (Gipuzkoa) est un linguiste, écrivain, professeur de philosophie et académicien Basque espagnol de langue Basque et espagnole.



pays basque écrivain philosophe linguiste renteria
KOLDO MITXELENA ELISSALT


Voici ce que rapporta Pierre Lafitte, de l'Académie de la langue basque, à son sujet dans le 

Bulletin du Musée Basque N° 27 de 1965 :



"Etudes Basques.

L'oeuvre de Luis Michelena-Elissalt.



... Fonetica Historica Vasca.


pays basque écrivain philosophe linguiste renteria
LIVRE FONETICA HISTORIA VASCA
DE LUIS MICHELENA



Saluons la thèse de doctorat de Luis Michelena. C'est un véritable monument, non seulement par son volume matériel (456 pages in-8), mais encore parce qu'à travers l'analyse de 3 150 mots la langue basque s'y trouve étudiée phonétiquement sous toutes les coutures.


Le titre l'indique : il ne s'agit pas d'une simple description du basque actuel, mais d'une diachronie, et même d'une reconstruction du basque préhistorique, encore que sur ce point l'auteur se montre prudent et discret.


Dans son introduction, Luis Michelena reconnaît que, s'il a intégré les résultats d'Uhlenbeck et de Gavel en les dépassant grâce à une documentation plus abondante et à l'utilisation de méthodes plus neuves, il n'a pas épuisé lui-même toutes les questions et il reste de la matière pour maintes monographies.


N'empêche que nous sommes en présence d'un livre fondamental.


Onze pages d'introduction résument les principes de l'auteur.


Suivent dix pages de bibliographie, deux pages d'abréviations, trois pages d'observations générales : classification des dialectes, graphie, etc.


1. Et l'ouvrage commence par l'étude des voyelles.

Le "système vocalique" basque est des plus simples : cinq voyelles : a, e, i, o, u, sans brèves ni longues. Cependant le souletin a un ü récent qui s'est réalisé dans des conditions très précises, comme aussi le mixain ; on le retrouve ailleurs comme prononciation de u + a (Hasparren hartüa) ou de u + i (Ustaritz nüin, j'avais). Certains cas d'alternance i/u ont suggéré qu'en protobasque il aurait existé une sixième voyelle analogue au schwa : Luis Michelena ne retient pas l'hypothèse. Une caractéristique des dialectes orientaux, c'est la présence de voyelles nasales qui révèlent la disparition d'une consonne nasale.


D'une façon générale on constate une grande fixité des voyelles en basque à travers les textes : lat. necem > neke ; lat. picem > bike ; lat. pluma > luma ; lat. mutum, > mutu, etc.


Cependant il faut noter des "phénomènes d'ouverture et de fermeture". Le chapitre II nous dit dans quelles conditions e s'ouvre en a (berri/barri ; berdin/bardin ; pitxer/pitxar ; ou bien i en e (kirten/kerten ; bildur/beldur). Inversement on nous explique les fermetures de a en e (ogia/ogie) ou de e à i (mediku/midiku), ezkila/izkila), ou encore de o à u (on/hun, ondar/hundar) ou de a à i (karats/kirets) etc.


Le chapitre III traite de "labialisation" et "délabialisation", c'est-à-dire, en bref, de l'alternance i/u et de l'alternance e/o, cette dernière étant relativement rare.


Le chapitre IV est consacré aux diphtongues : cinq paraissent primitives : au, eu, ai, ei oi ; le roncalais les nasalise à l'occasion, du reste le bas-navarrais aussi, comme le souletin. Beaucoup sont récentes et proviennent de la rencontre de deux voyelles en hiatus après chute de quelque consonne intervocalique. Souvent il y a monophtongaison : au devient a (aurkitu, arkitu) ; au devient o (arraultze, arroltze) ; au devient u (nau, nu) ; ai se réduit à i ou a (naiz, niz nax) ; eu se simplifie en u (euli, uli) ou en e (euria, ebia). Et combien d'alternances ! Ai/ei (gai, gei), au/ai (gau, gai), oi/ei (hogoi-hogei), etc.


Le chapitre V s'occupe des "voyelles en hiatus" : il nous montre comment l'accent, le ton, les nasalisations et d'autres traits peuvent révéler des contractions anciennes ; il explique les origines de certaines diphtongues ou voyelles. Ainsi nous voyons qu'un a peut venir d'une apophonie de e, de o, de u, ou d'un aa, d'un ae, ; qu'un e peut venir d'un ai, d'un ae, d'un ee, etc.


Au chapitre VI, il s'agit des "voyelles finales", tant en fin de mot, qu'en finale d'un premier membre des composés ou de certains dérivés : dès les plus vieux textes, dans les derniers, le -i et le -u des bisyllabes disparaissent (sauf hiri et hegi), le e et le o deviennent a ; les mots de plus de deux syllabes perdent la voyelle finale pourvu que la consonne puisse rester en finale. Pour les finales absolues, il y a de la confusion due à des coupes fausses ou à des alternances locales. Le chapitre VII étudie le cas particulier des terminaisons en -n qui posent des problèmes complexes.


Enfin le chapitre VIII étudie la "formation" de voyelles prothétiques, anaptéctiques, prépalatales, prénasales, paragogiques (errege, perekatu, gaixto, aingeru, Parise), et les "chutes" de voyelles (mazte, ahatra, eliz bat).



2. Après l'étude des voyelles, vient le chapitre des semi-voyelles "J" et "W" qui en basque sont plutôt secondaires. Le yod pose des problèmes de prononciation et a évolué parfois jusqu'à x. Le w est quasi inconnu en initiale, il a quelques rares fois évolué en -b- ou peut-être -m- (indirectement).



3. Dix chapitres sont consacrés aux consonnes.

Les deux premiers se débarrassent de deux phénomènes qui peuvent passer pour secondaires : la palatisation et l'aspiration : ils sont, du reste, minutieusement épluchés le long de plus de vingt pages chacun. La mouillure, quoique utilisée dans tous les dialectes avec une valeur hypocoristique, est ancienne en basque, mais marginale. L'aspiration actuellement disparue des provinces péninsulaires a dû être commune : des textes médiévaux l'attestent pour l'Alava et la Rioja jusqu'au XVIIIe siècle au moins : on suppose que la Navarre a, la première, perdu l'h sous l'influence de l'aragonais. Luis Michelena distingue des h d'origines diverses : expressives, étymologiques et peut-être primitives, mais il n'ose pas, semble-t-il, en faire un élément essentiel du système protobasque.


Le chapitre suivant (XII) nous entretient des "occlusives" : grâce aux emprunts latino-romans, on voit jusqu'à quel point elles ont persisté ou évolué soit en initiale, soit à l'intervocalique. Etudes sur l'alternance sourde/sonore. Schéma d'un système occlusif protobasque. Permutations entre occlusives d'ordres différents. Le chapitre XIII s'attache à des particularités relatives aux labiales : rareté de p- et surtout de -p- ; valeur marginale de f ; doutes sur l'existence de m protohistorique.


Les "sifflantes" occupent le chapitre XV : elles sont nombreuses : six communes : s, z, x, ts, tz, tx, et trois souletines : l's de aisa, le z de aizina, le ts de etsamen. Ces dernières sont récentes. A date ancienne, le latin s a été entendu z ; les mots basques à s semblent plus modernes. Néanmoins Luis Michelena croit à l'antiquité d'une opposition s/z. Il observe çà et là des confusions entre les deux ordres et il relève les relations entre fricatives et affriquées, sans oublier les chutes de sifflantes et ce que l'on a parfois appelé le rhotacisme basque.


Le chapitre XV se réfère aux "nasales" : une -n- intervocalique ancienne s'est perdue, parfois sans laisser de trace, d'autres fois remplacée par -h- ou -r- (anatem > ahate, aate, bienarte > bierarte). Une autre N, assez bien représentée par -nn- en latin, s'est maintenue (anaia). A noter des alternances Nikolas/Mikolas, ekaitz/nekaitz, larru/narru.


Les chapitres XVI et XVII traitent des "liquides". Les "latérales", c'est-à-dire l et la palatale correspondante sont  étudiées tout d'abord : une -l- intervocalique ancienne s'est transformée en -r- (cœlum > zeru) à quelques exceptions près, dues souvent à des rétablissements de Z influencés par les langues voisines. Une autre L, assez bien représentée par -ll- en latin, s'est maintenue (gaztelu). Parmi les curiosités relevées signalons la vocalisation (alfer > auher), les contractions -ari, -are en -al (afari, afaldu ; joare, joaldun), les alternances d-/l- (lanjer), ñ-/l- (ñapur, lapur) quelques chutes de l- (askatu), etc. — Le chapitre des "vibrantes" se réduit à l'étude des deux r basques. L'r douce intervocalique a disparu en Soule, elle est devenue d après diphtongue : apaidü, repas. Ailleurs l'opposition r/rr se maintient. Luis Michelena note des alternances entre les deux vibrantes (harek, harrek, arats, arrats, etc.), la rareté des r douces en finale, leur chute fréquente en composition, etc.


Le chapitre XVIII passe en revue les "groupes" de deux ou trois consonnes admis par le basque et les solutions adoptées devant certaines rencontres insolites. C'est un travail long et minutieux, où les faits diachroniquement interprétés nous ouvrent, grâce à Luis Michelena, des perspectives inattendues vers le basque préhistorique.


Le dernier chapitre de la troisième partie est précisément une synthèse qui tente de reconstituer "le système consonantique ancien", en résumant Las antiguas consonantes vascas dont nous avons plus haut rendu compte.



4. La thèse s'achève par l'étude de l'accent. Le chapitre XXI construit une hypothèse sur "l'accent antique", et on y retrouve les mêmes idées que dans l'essai intitulé A propos de l'accent basque dont nous avons également parlé.



L'ouvrage est complété par un index précieux des mots basques cités. Il est dommage que l'index des mots étrangers évoqués dans le livre n'y figure pas, d'autant qu'il a été composé et a même paru dans le "Boletin de la Real Sociedad Vascongada de los Amigos del Pais" (1962, p. 71-77) : on le doit à M. Manuel Agud, qui y a mis la liste alphabétique des mots latins et romans d'une part, et, d'autre part, celle des mots aquitains et ibériques et de quelques noms propres attestés par des documents de l'époque romaine. Dans la prochaine édition nous souhaiterions en outre un "index rerum" qui rendrait cette immense somme plus maniable : car, à tout instant, on sent le besoin de la consulter. Nous n'irons pas jusqu'à réclamer des tableaux récapitulatifs comme nous en donnait Victor Magnien pour la phonétique grecque, ce qui serait pourtant fort utile pour les commençants.



Nous arrêtons là notre présentation de l'œuvre de Luis Michelena. Sous la forme comprimée que nous avons dû adopter, elle paraîtra abstraite, difficile : elle est certes très technique, mais elle est concrète et limpide dans son texte truffé d'exemples, et le style, pour être concis, n'en est pas moins vivant, allègre, passionné, tout vibrant d'une foi scientifique des plus intrépides.



Dans le commerce de la vie, Luis Michelena est pétillant de bonne humeur et, s'il le voulait, il serait facilement malicieux. En fait, dans ses écrits, il se retient, et je ne connais de lui qu'une moquerie en règle : certain compte rendu de l'ouvrage où un pauvre Catalan s'était fatigué les méninges à démontrer que le basque est une langue romane. D'ordinaire, c'est avec respect qu'il expose et réfute les idées qu'il ne partage pas.



En basque, il a une plume pimpante, et c'est un régal de lire dans Egan sa critique cinématographique : curieux de nouvelles internationales, marié, père de famille, homme de société, ami des lettres contemporaines, sa science ne l'a pas coupé des vivants, et ce serait une erreur de voir en lui un Hermagoras perdu chez les Ibères ou les Aquitains préhistoriques. Il est vraiment, comme homme et comme savant, l'actualité même."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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dimanche 22 février 2026

L'OEUVRE DE LUIS MICHELENA-ELISSALT DE RENTERIA EN GIPUZKOA AU PAYS BASQUE (cinquième partie)

  

L'OEUVRE DE LUIS MICHELENA-ELISSALT.


Koldo Mitxelena Elissalt ou Luis Michelena ou Koldobika Mitxelena, né le 20 août 1915 à Renteria (Gipuzkoa) et mort le 11 octobre 1987 à Saint-Sébastien (Gipuzkoa) est un linguiste, écrivain, professeur de philosophie et académicien Basque espagnol de langue Basque et espagnole.



pays basque écrivain philosophe linguiste renteria
KOLDO MITXELENA ELISSALT


Voici ce que rapporta Pierre Lafitte, de l'Académie de la langue basque, à son sujet dans le 

Bulletin du Musée Basque N° 27 de 1965 :



"Etudes Basques.

L'oeuvre de Luis Michelena-Elissalt.



... Le chapitre III est consacré au XVIIe siècle. Il s'ouvre par un coup d'œil sur l'instruction religieuse à Calahorra et Pampelune. Suit une courte étude de Micoleta, une plus longue sur les vers de cette époque, et le reste du chapitre s'occupe de la littérature basque au Labourd et en Soule : Etcheberri de Ciboure, Axular, Oihenart et Gazteluzar y tiennent la vedette.



Le chapitre IV nous mène de 1700 à 1850. Voici les traducteurs et adaptateurs basques-français : Churio, Maister, Haraneder, Mihura, Baraciart, Lopez ; les protestants : Pierre d'Urte, Oteiza, Gaïdor ; trois pages font un sort à Etcheberri de Sare et saluent H. Harriet ; deux pages citent nos documents révolutionnaires, Duhalde, Chaho, Archu, Salaberry de Mauléon. Revenant en Pays Basque péninsulaire, Luis Michelena chante Larramendi le long de sept pages et les auteurs qui l'ont suivi en trois pages : Cardaberaz, Mendiburu, Joaquin Lizarraga, Ubillos. Une rapide évocation de Munibe et de ses "amigos del Pais", un mot sur Barrutia et son noël, quatre pages sur Humboldt, Astarloa et la famille Moguel, une revue d'ouvrages religieux dus à J.-B. Aguirre, Gerrico, Lardizabal, Añibarro, Bartolomé, etc., et voici quelques considérations sur Iztueta, les fabulistes (Vicenta Moguel, Goyetche, Archu, Iturriaga) et quelques poètes (Larréguy, Robin, Monho, Etchahun, Recio, Basterrechea, Meagher, Aboitiz, Gamiz).



Le chapitre V était le plus difficile à écrire. Comment choisir l'essentiel dans un fourmillement d'œuvres moyennes ? Comment juger des contemporains ou des auteurs que ceux-ci ont connus, sans risquer des réactions désagréables ? Luis Michelena, à notre avis, s'en est bien tiré. Il place au seuil de la nouvelle époque Louis-Lucien Bonaparte et ses collaborateurs, puis fait un tour chez les muses (Hiribarren, Iparraguirre, Xempelar, E. de Azkue, "Vilinch", Otaño, "Borddele", "Bordachuri", A. Etcheberri, Oxalde, Guilbeau, Larralde, Dibarrart, J.-B. Elissamburu, "Zalduby "). Suit l'étude d'une rénovation littéraire autour de Campion, Manterola, A. d'Abbadie, avec jeux floraux, théâtre, revues et autres périodiques : la presse basque naît et les Lapitze, Lapeyre, Arbelbide, Diharassary continuent la tradition du livre religieux. Entre deux siècles, Azkue, Arana Goiri et Julio de Urquijo lancent le basque dans des voies nouvelles. C'est l'ère des travaux scientifiques et des essais en tout genre. La poésie brille avec Arrese, Elzo, Embeita, Jauregui, Sagarazu, Onaindia, Zaitegui, etc., etc. encore qu'il faille mettre à part "Lauaxeta", "Lizardi", "Orixe", "Oxobi", "Iratzeder", etc. Le livre s'achève sur les dernières nouvelles du théâtre et des prosateurs (romans, essais, traductions). Luis Michelena signale une ouverture plus grande de la littérature basque chez les auteurs actuels.



Au total, une histoire cursive, vivante, qui offre des cadres pour des études plus approfondies touchant les lettres euskariennes.



Sobre el Pasado de la Lengua Vasca.



La Junte de culture de Biscaye ayant mis au concours le thème suivant : "Origines de la langue basque et processus évolutif de ses dialectes", Luis Michelena se mit sur les rangs et remporta le prix. C'est son travail qui a paru sous le titre "Sobre el pasado de la lengua vasca". C'est un joli volume aéré de 200 pages, dont 139 de texte, 30 de notes.



pays basque écrivain philosophe linguiste renteria
LIVRE SOBRE EL PASADO DE LA LENGUA VASCA
DE LUIS MICHELENA



Ce n'est pas une histoire de la langue basque. Dans l'état actuel de la science, personne n'est à même de l'écrire. C'est tout de même une vue d'ensemble sur les problèmes qui y touchent.



Le premier chapitre traite de la dialectologie basque : le fait que le basque se présente sous des formes très diverses, non seulement d'une province à l'autre, mais à l'intérieur de chaque région, est un phénomène reconnu depuis des siècles ; mais il a été fort peu étudié. Sans doute Larramendi s'en inquiéta, et eut quelques disciples. N'empêche que Bonaparte fut le plus sérieux promoteur de la dialectologie euskarienne avant Azkue, et ses cadres sont pratiquement acceptés par tous les bascologues, à quelques corrections près. Luis Michelena fait la critique des méthodes et des critères employés : la subjectivité ou la superficialité sont les deux défauts principaux qu'il y relève. En réalité face aux dialectes, il y a trois positions : celle de ceux qui y cherchent des éléments pour enrichir la koiné et aboutir à une langue littéraire unique au delà des diversités ; celle de ceux qui font de ces diversités des différences à cultiver ; celle de ceux qui, à travers les dialectes, cherchent les éléments constitutifs d'une langue commune préhistorique.



Le chapitre II tend à démontrer par la comparaison du souletin, du roncalais et du salazarais, comment les isoglosses s'enchevêtrent géographiquement, comment chaque dialecte archaïse ou innove, mais qu'au total l'analyse révèle beaucoup plus de traits communs importants que de divergences. Le biscaïen lui-même (qui passe pour être presque une langue à part dans les Provinces basques) est aux yeux de Luis Michelena un dialecte solidaire de tous les autres. Uhlenbeck a jadis émis l'idée que les ancêtres des Basques devaient parler des idiomes différents qui se sont rapprochés peu à peu et en somme apparentés. Luis Michelena fait remarquer qu'en tout cas depuis le XVIe siècle les textes nous montrent une évolution inverse : les dialectes étaient plus proches les uns des autres (biscaïen y compris) que de nos jours, au temps de Garibay, Betolaza ou Capanaga. Il croit pouvoir extrapoler pour les siècles antérieurs et il admet que les divergences sont relativement récentes.



Le chapitre III est intitulé : Histoire et préhistoire de la langue. C'est un exposé de la documentation dont on dispose pour une diachronie du basque et une reconstruction de son état antérieurement aux textes connus.



Le chapitre IV s'occupe de "l'élément latino-roman". Certes, Luis Michelena reconnaît l'influence du latin et les langues romanes sur le basque. Il se refuse à chiffrer les dettes. Il estime que l'étude comparative du basque et des parlers latino-romans n'a pas été menée comme il eût fallu. Schuchardt est difficile à suivre : en lui, science, intuitions géniales et rapprochements arbitraires se côtoient trop souvent ; Rohlfs est plus sûr, mais son enquête n'est pas étendue. Bref, on manque d'un travail d'ensemble qui permette de savoir au juste quels sont les emprunts que le basque a faits au latin ou à ses continuateurs. Luis Michelena fait remarquer que des mots, considérés comme des emprunts pour leur allure générale, n'ont jamais été expliqués (apukadu, elikatu, endorea, etc.). D'autres offrent des difficultés sémantiques (deus). Certains se prêtent à des étymologies différentes (meneratu vient-il du latin veneratum ou du basque men-era-tu ?) Reste à dater les emprunts. Ici Luis Michelena nous donne des critères d'ancienneté : maintien des i et u brefs (bike, putzu), maintien de l'articulation vélaire de c et g devant voyelle antérieure (bake, errege, erregina), maintien de la diphtongue au (gauza), maintien des occlusives sourdes entre voyelles (apiriko, bekatu, ezpata), etc. Il reconnaît du reste qu'on n'aboutit pas à des datations précises. D'autre part le basque semble révéler que la lettre latine s correspondait au son z basque (zapore, zigilu, zeta) et que la correspondance s/s (saindu, soinu) est plus récente. Des mots comme kapera, padera trahissent une origine gasconne : l'évolution -ll- > -r- n'est pas basque. Luis Michelena ajoute des traits qui marquent souvent d'une griffe basque les mots empruntés : sonorisation des occlusives sourdes à l'initiale ou après l ou n (bake, dorre, gauza, aldare, ingude) ; chute de -n- entre voyelles, maintien de -nn- sous forme de -n- ; passage de l à r entre voyelles, maintien de -ll- sous forme de l (gatea, anoa, zeru, gaztelu). En passant, Luis Michelena montre qu'il n'est pas prudent de tirer de faits purement linguistiques des conclusions de caractère historico-culturel. — La conclusion de ce chapitre, c'est que l'étude des relations linguistiques latino-basques est passionnante et démontre la résistance dont le basque a fait preuve en gardant à travers les siècles et les emprunts une physionomie particulière.



Le chapitre V aborde la question de l'influence indo-européenne prélatine. Après une digression sur quelques éléments arabes et germaniques dus plus probablement à des emprunts romans, Luis Michelena, tout en admettant que sans doute l'indo-européen a dû, avant l'arrivée du latin, s'infiltrer dans le basque, se montre très rétif à croire que l'on puisse avec certitude trier le vocabulaire euskarien pour dresser la liste des vieux mots. Il passe au crible fin les essais qui ont été tentés par les comparatistes sur ce terrain mouvant, et il faut avouer que l'éreintement est magistral : il leur abandonne maite et il leur offre, de son propre cru, le mot ui, poix, synonyme de bike. Après quoi, il constate que ni la composition par préverbes, ni la déclinaison, ni la conjugaison indo-européennes ne se montrent dans la langue basque.



Le chapitre VI traite des relations de parenté de cette langue. Il s'ouvre sur des généralités concernant les classements typologiques et généalogiques des langues. Le basque a été comparé par des amateurs peu sérieux à toute sorte d'idiomes. Mais des linguistes de grande autorité ont voulu démontrer la parenté du basque avec deux groupes de langues : d'une part, les langues hamito-sémitiques ; de l'autre, les langues caucasiques. — Schuchardt, de textes ibériques mal lus, avait cru avoir démontré la parenté du basque et de l'ibère ; et, comme il croyait que les Ibères étaient venus de l'Afrique du Nord, il concluait que leur langue et aussi le basque devaient avoir des attaches avec le groupe hamito-sémitique : de l'ibère on ne sait pas grand chose ; du moins est-il évident que ses morphèmes, comme ceux du basque, ne comportent pas de flexion interne, signe caractéristique du berbère comme de l'arabe. Pour les comparaisons de vocabulaire présentées par Schuchardt, on n'en parle plus depuis un célèbre article de Zyhlarz. — La thèse caucasique, jadis entrevue par le P. Fita, a été travaillée par Marr et Trombetti, mise en forme par Uhlenbeck, développée par Dumézil, Bouda et Lafon. Luis Michelena expose et critique en 21 pages les arguments de cette théorie à la mode. Il rejoint Vogt et Meillet dans leur scepticisme : d'une part, il reproche aux caucasistes de comparer des mots ou des morphèmes ou des affixes tirés de n'importe quel dialecte basque de n'importe quelle époque avec des matériaux de n'importe quelle langue caucasique ancienne ou actuelle, au lieu de chercher des correspondances entre reconstructions du basque commun et du caucasique commun ; d'autre part, il constate avec peine que jusqu'ici l'hypothèse caucasique n'éclaire en rien la formation du basque et se présente comme un jeu inutile, quels que soient les mérites des savants respectables qui s'y livrent. — Luis Michelena ne se montre pas plus enthousiaste à l'égard de la glottochronologie appliquée à notre langue, et il conclut en faisant des vœux pour que des découvertes de documents et le progrès des méthodes permettent un jour de percer le mystère qui entoure la filiation du basque.



Ce résumé puisse-t-il encourager les esprits curieux à se reporter au livre lui-même et à l'étudier la plume à la main."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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