CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
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jeudi 17 septembre 2026
jeudi 3 septembre 2026
L'ARBRE DE GUERNICA EN BISCAYE AU PAYS BASQUE EN AVRIL 1948
L'ARBRE DE GUERNIKA.
En juillet 1934, paraît le premier numéro du journal Elgar ("ensemble"), fondé par Paul Legarralde, compositeur, chef de choeur et fondateur du groupe Errepika rebaptisé Gernika en 1937.
Voici ce que rapporta à ce sujet Xey, dans le mensuel Elgar, Journal des Basques de Paris, le 1er avril 1948 :
"L'arbre de Guernika.
Guillaume de Humboldt, dans son Journal du voyage basque (1801), raconte qu'il vit "un vieux chêne, grand et épais, sinon gracieux. Le tronc était abîmé par les vents et plusieurs branches étaient desséchées. Autour du vieux chêne, trois ou quatre autres arbres plus jeunes, de façon qu'il y eût toujours un chêne. Derrière le grand arbre, un monument de pierre, des balustrades de pierre également, et, adossé au mur de derrière, un banc de pierre où sept personnes pouvaient s'asseoir. Au milieu, la place du "Corregidor", à droite et à gauche, celles des députés, des syndics et des secrétaires. Quatre colonnes supportaient une toiture, parce qu'auparavant la "Junta" avait lieu près de l'arbre, avant la construction de la chapelle de Santa-Maria-la-Antigua, vers le début du XVe siècle, par le Corregidor de Biscaye, docteur Gonzalo Moro."
Les armes royales figuraient sur les murs du Gouvernement basque, et, à côté, celles de Biscaye : deux loups avec une croix recouverte de feuillage. Sous le dôme décrit ci-dessus, Ferdinand le Catholique et la reine Isabelle, en personne, prêtèrent le serment des "Fueros".
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| ARMOIRIES DE LA BISCAYE SOCIETE SCIENCES LETTRES ARTS BAYONNE 1 JUILLET 1931 |
La chapelle de Santa-Maria-la-Antigua était destinée aux sessions des Juntas générales, mais ces assemblées étaient toujours inaugurées sous l'arbre sacré. Autour du chêne, assis, les députés de Biscaye s'entretenaient en "Isatu zarra" (réunions d'anciens).
Avant le XVIe siècle existait un seul banc, où prenaient place les rois ou les seigneurs ; c'est en 1565 que les sept sièges de pierre dont parle Humboldt furent édifiés ; et, en 1826, la Députation générale de Biscaye fit édifier la Maison des Juntas que nous avons connue.
Cet édifice se compose de trois constructions. En façade, deux écussons aux armes de Biscaye. La salle, toute en longueur, peut contenir 300 personnes. Dans la partie intérieure la plus rapprochée du mur de fond, les bancs pour les députés, et, sur ce mur de fond, un autel avec l'image de l'Immaculée-Conception : c'est là qu'avant chaque session, se célébrait la messe dite du Saint-Esprit.
Devant la salle des réunions et sous l'arbre, s'élève un monument de pierre de vingt-deux colonnes de style corynthien. Et, en face, deux tribunes avec des balcons ; d'une de ces tribunes, le secrétaire de la Députation procédait à l'appel des représentants des villages. L'assemblée présentait un curieux aspect : on y voyait le vieil habit biscayen et la culotte courte, le béret de la campagne et le chapeau de la ville, le frac, l'élégant pantalon, le gant ajusté, le col repassé et la chemise ouverte du "gizon"... Le principe de l'égalité régnait et le plus grand respect était observé réciproquement par tous les membres et l'on tenait le plus grand compte de la moindre observation du Corregidor qui présidait au nom de la couronne de Castille...
Et durant les dix ou douze jours que durait la session, la ville de Guernika, fondée par le comte de Tello, seigneur de Biscaye, présentait un aspect animé, car les Juntas attiraient tous les candidats aux postes administratifs, tous ceux qui avaient des affaires à traiter et de nombreux curieux du pays basque.
Que reste-t-il de tout cela ? L'arbre de Guernika et la Maison des Juntas, en guise de souvenir. La Députation provinciale a remplacé la Députation des "Fueros". Du vieux chêne, qui inspira son hymne à Iparraguire, une de ses souches..."
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| CASA DE JUNTAS GUERNICA BISCAYE D'ANTAN |
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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mercredi 7 août 2024
LES FÊTES DE PAMPELUNE EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1948 (deuxième et dernière partie)
LES FÊTES DE PAMPELUNE EN 1948.
Tous les 7 juillet, des dizaines de milliers de "festayres" se rendent à Pampelune (Iruña), en Navarre.
Après les fêtes de San Martial à Irun (Guipuscoa) du 30 juin, arrivent dans la saison les fêtes de la San Fermin (ou Firmin) qui sont les 3èmes fêtes les plus importantes au monde, en nombre de participants, après Rio et Munich.
Ces fêtes se déroulent du 6 au 14 juillet, mais commencent véritablement le 7 juillet, jour du
saint et premier jour de corrida.
Pendant 9 jours, environ 3 millions de personnes viennent faire la fête dans la capitale de la
Navarre.
Les premières célébrations en l'honneur de Saint Firmin, considéré comme le premier évêque
de Pampelune, remontent au Moyen-Âge (12ème siècle).
La cérémonie religieuse commémorait le martyre de Saint Firmin à Amiens, dont l'évêque
ramena une relique du saint en 1186.
A partir de cette date, la dévotion au saint augmente et se consolide même quand la ville de
Pampelune accueille une autre relique de Saint Firmin, deux siècles plus tard...
Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire V, le 5 septembre 1948, sous la plume de Jean
Bouquet :
"La ruée.
Pourtant, à 5 h. 30, les plus enragés seront déjà sur pied, ils se dirigent vers les arènes pour y occuper les meilleures places, ou vers les points stratégiques de l'"encierro" : place de l’Ayuntamiento, montée de l’Hôpital, rue de la Estafeta...
— Mais, au fait, ces "encierros" dont on parle tant, en quoi consistent-elles exactement ?
— Eh bien ! mais l’"encierro" ce sont les toros lâchés dans les rues de la ville... Ils suivent un parcours déterminé où toutes les rues adjacentes ont été barrées par des palissades et où portes et devantures sont soigneusement closes. Il y a seulement six toros et six bœufs dressés porteurs de sonnailles et que l’on nomme "cabestro" ou "mansos". Vous verrez !
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| ENCIERRO PAMPELUNE NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN |
J’ai vu. J’ai vu que si balcons, fenêtres et barricades sont garnis d’une foule bruyante, si les arènes construites pour 16 000 personnes en accueillent généreusement 30 000, dans les rues mêmes où doit se courir l’"encierro", près de 3 000 jeunes gens se trouvent répartis sur tout le parcours, suivant leur courage ou la vitesse de leurs jambes. Certains sont à 50 mètres à peine du corral des toros. Ce sont les plus chevronnés, les plus vaillants, m’explique-t-on. Mais il y a aussi parmi eux quelques inconscients : ceux qu’un vin généreux a rendu téméraires et ceux qui veulent plastronner "pour l’œil noir qui les regarde et que l’amour attend".
Sept heures sonnent. Deux détonations déchirent l’air. Un frémissement parcourt la ville entière. Les portes du corral se sont ouvertes, l’"encierro" a commencé.
C’est aussitôt la ruée infernale et menaçante des 12 toros et "cabestros", la fuite éperdue des hommes jusqu’aux arènes où les toros doivent s’engouffrer pour être parqués dans un autre corral jusqu’à la corrida de l’après-midi.
Poursuite épique qui ne va pas sans risque ni émotion ! Les hommes sont gagnés de vitesse, mais le troupeau est demeuré compact, c’est bon signe, il leur est facile avec un peu de sang-froid de se laisser doubler par les bêtes. Et voici après la montée de l’Hôpital, dangereuse par son étranglement, la place de l’Ayontamiento. Là, on peut souffler un peu. Les animaux y marquent toujours un temps d’arrêt avant de rebondir en avant... C’est enfin après un nouveau tournant, la rue de la Estafeta, longue et rectiligne. L’allure s’accélère. Les jeunes gens se plaquent contre les façades. Une courte descente. Les arènes. En vagues serrées, se bousculant dans leur précipitation, les hommes passent sous le porche et se déploient en éventail dans la piste pour laisser passer les bêtes qui chargent à fond de train...
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| ENCIERRO PAMPELUNE NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Dans les tous derniers rangs des coureurs quelqu’un vient de trébucher. Une chute, deux, trois. Une cascade de chutes. Les hommes butait les uns sur les autres, formant en un clin d’œil une barrière de corps humains Que va-t-il se passer ? Un carnage ? Eh bien, non, les 12 toros franchissent aisément cette barricade d’un bond et s’engouffrent dans leur corral de l’autre côté de la piste. Don Pablo m’explique :
— C’est ce qu’on appelle un "monton".
— Et il y a toujours de ces... "montons" ?
— Pas toujours, et il est possible que vous n’en voyiez pas d’autres (en effet, les quatre jours suivants, l’"encierro" se déroulera sans incident). Mais il s’en produit tout de même de plus impressionnants encore. Tenez, en 1922, pour l’inauguration de ces mêmes arènes, il y eut un "monton" tel que les toros eurent beaucoup de mal à le franchir. Les jeunes gens qui le composaient eurent le temps de faire un brin de causette et d’échanger leurs impressions.
— "Ah ! si nous pouvions être "au-dessus", soupiraient les uns à moitié écrasés par leurs camarades.
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| ENCIERRO PAMPELUNE NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Et les autres voyant pointer des cornes pas très rassurantes, ripostaient :
"Nous donnerions cher pour changer de place avec vous".
— Et il y a souvent des blessés, des morts ?
— Cette fois-là, 70 personnes à l’hôpital, mais toutes pour des blessures assez légères.
— Un miracle !
— Sans doute. Le miracle de San Fermin ! Et un miracle toujours renouvelé. Les accidents graves sont rares. Mais ce n’est pas ça qui refroidit les coureurs d’"encierro"...
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| ENCIERRO PAMPELUNE NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Soit, c’est peut-être une coutume barbare et sauvage, à plusieurs reprises l’Eglise a essayé de la faire supprimer. Dieu merci, sans jamais y parvenir. Enlever l’"encierro" aux Navarrais, ce serait leur arracher le cœur.
Cette emphatique déclaration, prononcée avec une pointe de défi, clôt définitivement la discussion. Dans les rues, ce sont maintenant les enfants qui jouent à l’"encierro" rêvant déjà des prouesses qu’ils accompliront plus tard.
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| ENCIERRO PAMPELUNE NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Peu à peu, on finit par s’intégrer à l’allégresse débordante... On est envoûté par l’ambiance extraordinaire de cette Feria brutale et splendide, âpre et tragique comme l’Espagne elle-même."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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dimanche 7 juillet 2024
LES FÊTES DE PAMPELUNE EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1948 (première partie)
LES FÊTES DE PAMPELUNE EN 1948.
Tous les 7 juillet, des dizaines de milliers de "festayres" se rendent à Pampelune (Iruña), en Navarre.
Après les fêtes de San Martial à Irun (Guipuscoa) du 30 juin, arrivent dans la saison les fêtes de la San Fermin (ou Firmin) qui sont les 3èmes fêtes les plus importantes au monde, en nombre de participants, après Rio et Munich.
Ces fêtes se déroulent du 6 au 14 juillet, mais commencent véritablement le 7 juillet, jour du
saint et premier jour de corrida.
Pendant 9 jours, environ 3 millions de personnes viennent faire la fête dans la capitale de la
Navarre.
Les premières célébrations en l'honneur de Saint Firmin, considéré comme le premier évêque
de Pampelune, remontent au Moyen-Âge (12ème siècle).
La cérémonie religieuse commémorait le martyre de Saint Firmin à Amiens, dont l'évêque
ramena une relique du saint en 1186.
A partir de cette date, la dévotion au saint augmente et se consolide même quand la ville de
Pampelune accueille une autre relique de Saint Firmin, deux siècles plus tard...
Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire V, le 5 septembre 1948, sous la plume de Jean
Bouquet :
"Pendant 6 jours la ville entière devient une arène sanglante.
De notre envoyé spécial Jean Bouquet.
Elle est bien vraie l’expression française : "Aller à Pampelune"... ! Cinq heures de chemin de fer pour faire 150 kilomètres... Et quel train ! Archicomble au départ de Saint-Sébastien, bourré, submergé par une foule d'hommes à béret basque et à large blouse flottante, le mouchoir rouge vif autour du cou et l’inséparable "bota" (gourde en peau de bouc) en bandoulière. Il fait très chaud. J’ai comme voisin un gros type qui baragouine un français approximatif. Le train roule dans la campagne espagnole. Mon voisin doit deviner ma soif. Il me tend sa "bota" :
— Buvez un coup !... C’est comme ça que l’on noue connaissance. Quelques minutes après, je sais que ce bavard aimable s’appelle Don Pablo. Il m'a pris sous sa protection et n’arrête pas de parler :
— C’est la première fois que vous allez à la Feria de Pampelune ? Alors vous n’avez jamais vu d’encierro ? (ici un air de profonde commisération). Moi, señor, je vais à la Feria depuis trente-huit ans.
— La Feria de cette année sera-t-elle "bien" ?
— Je pense. Les toreros engagés pour les cinq corridas sont parmi les plus célèbres de l’heure : les frères Dominguin, Parrita, Antonio Caro, Paquito Munoz et d’autres... Les toros, eux, proviennent des meilleurs élevages.
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| TOREROS PARRITA MARTORILL ET DOMINGUIN ARENES DE BAYONNE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Des heures durant, nous bavardons ainsi et voici le terminus : Pamplona, le Pampelune du bout du monde.
En temps normal, c’est une ville bien calme de la Navarre, un paisible marché agricole de 50 000 habitants. Cette semaine sa Feria traditionnelle qui, en majesté, vient après celle de Séville, la transfigure. Les visiteurs affluent de toute la région. Les seuls étrangers sont des touristes sud-américains dans des voitures grosses comme des locomotives et quelques Français du pays basque, attirés par l’amour du toro. Durant la "fiesta", la population fait plus que doubler.
Toutes les chambres des hôtels sont retenues un an à l’avance. Il faut se rabattre sur les "fondas" (auberges).
Quelle hérésie d’ailleurs de vouloir dormir à Pamplona pendant la Feria ? Pendant la Feria, on honore San Fermin, le premier évêque et le patron vénéré de la ville. On l’honore pendant six jours de fête. Ou plutôt pendant une seule fête, qui dure six fois vingt-quatre heures, sans désemparer.
Bienheureux San Fermin ! Ses fidèles (nombreux) se donnent bien du mal pour lui complaire. Les plus ardents sont ces jeunes Navarrais qui forment ce que l’on nomme les "cuadrilla". Ils parcourent les rues plusieurs fois par jour accompagnés d’un petit orchestre. Ils dansent, sautent, virevoltent, multiplient les entrechats et jetés-battus, claquent des doigts, jouent des castagnettes, chantent ou scandent au refrain avec un entrain jamais démenti. Le matin, ils sont plus d’un millier dans la "plaza de toros", pour la course des six vachettes emboulées qui les font voltiger généreusement et sans mal sur leurs cornes, pour la plus grande joie des spectateurs.
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| PLAZA DE TOROS PAMPELUNE NAVARRE |
A 17 heures, ils défilent avant la corrida sur la place del Castillo. Ce sont eux encore qui danseront sur les gradins dans une cacophonie assourdissante aussi bien pour mortifier le torero, dont le travail leur a déplu, que pour le glorifier après une belle "faena". Eux enfin qui, pendant la dernière nuit des fêtes, parcourront une dernière fois la ville, leurs grosses caisses à moitié éventrées, s’essuyant les yeux en chantant sur un air de complainte :
"Ay de mi, Ay de mi, se acabo San Fermin" (Pauvre de moi, pauvre de moi, les fêtes de Saint Firmin sont terminées).
— Ils sont en bronze, me dit Pablo, mon cicérone, en bronze et en caoutchouc.
— Mais tout de même, il leur arrive de se reposer.
— Oui, bien sûr, ils s’étendent parfois une heure ou deux sans se soucier de l’heure. Vous les verrez aussi s’assoupir à une table de café, ou assis au bord d’un trottoir, la tête entre les mains, ou encore allongés dans l’ombre fraîche d’un couloir. Ils dorment peu, mais mangent et boivent mieux encore. Leur fidèle gourde ne les quitte que pour s’emplir à nouveau d’un vin généreux. Du vin seulement. L’authentique absinthe d’avant-guerre (d’avant 14), que l’on peut déguster pour 10 pesetas (140 fr. le verre) en mangeant olives et langoustines ne les tente aucunement. Pas plus d’ailleurs que ce chocolat espagnol si épais et si parfumé. Ils lui préfèrent des plats plus relevés et plus populaires, le "bacalao" ou cet "ajoarriero" auprès duquel l’aïoli provençal paraît fade. Rien d’étonnant après de tels mets que les Navarrais se retrouvent une vigueur nouvelle.
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| FÊTES DE SAN FIRMIN 1949 PAPELUNE NAVARRE |
Ils vibrent si intensément au cours des cinq corridas consécutives de la Feria ! Lorsque, le deuxième jour Pepe et Luis Miguel Dominguin eurent combattu magnifiquement leurs quatre toros, l’enthousiasme ne connut plus de bornes. C’est en triomphe que les deux frères furent portés jusqu’à leur hôtel. Dans la rue, chacun se félicitait, sans même se connaître, d’avoir eu le bonheur d’assister à un tel événement.
— Je vous dis qu’on en reparlera encore dans vingt ans.
— "Que corrida barbara ! que torero !"
L’animation étourdissante de la ville ne se ralentit pas, au contraire, à la tombée de la nuit. Dans les délicieux jardins du Bosqueutto, la fête foraine bat son plein. Sur la place del Castillo, la musique municipale déverse, suivant la traditionnelle formule, des flots d’harmonie auxquels succédera le fracas des détonations du feu d’artifice. Dans la rue de la Estafeta, c’est le toro de fuego, avec ses pétards et ses fusées qui est réservé aux enfants. Enfin, sur le "paseo" de Serasate, tous les danseurs se sont donnés rendez-vous, au son perçant et nasillard des "gaitas" et du tambour, moins agréable que fifres et tambourins de Provence, tous les airs du folklore basque et navarrais défilent, tandis que jeunes gens et jeunes filles rivalisent de grâce et d’entrain dans des figures à deux ou à quatre d’une ravissante harmonie.
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| PLACE DU CHÂTEAU PAMPELUNE NAVARRE |
Quand la dernière bombe du feu d’artifice a éclaté, quand la dernière note des "gaitas" s’est égrenée dans la nuit, il n’est pas encore décent de songer à prendre du repos, il s’agit de réveillonner, de parcourir une fois de plus les rues où il y a encore foule à 4 heures du matin."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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mercredi 20 mars 2024
DOLORÈS IBARRURI "LA PASIONARIA" EN 1948 (troisième et dernière partie)
DOLORÈS IBARRURI "LA PASIONARIA" EN 1948.
Dolores Ibarruri Gomez, connue sous le nom de La Pasionaria, était une militante, une femme politique et une figure emblématique de la Guerre d'Espagne.
Voici ce que rapporta Dolorès Ibarruri dans le mensuel Démocratie Nouvelle, le 1er avril 1948 :
"L'Espagne, tête de pont Yankee en Europe.
... On n'achète pas un peuple !
Ainsi, la pénétration américaine se fait à marches forcées. Mais il est un aspect de cette pénétration qui revêt toutes les caractéristiques d’une colonisation ouverte et éhontée et qu’il n’est pas possible de passer sous silence : il s’agit de l’achat par les Etats-Unis de grandes propriétés. C’est l’installation de possessions étrangères au cœur même de l’Espagne.
On sait que la grande propriété agraire, — vestige du système féodal — a longtemps empêché le progrès de l’Espagne et que la république essaya d’y porter remède, bien que très timidement.
La grande propriété agraire, à l’avènement de la république, en 1931, représentait 33,29 % de la surface totale du pays, soit 7 478 029 hectares. Dans certaines provinces, comme dans celle de Séville, par exemple, la grande propriété occupe la majeure partie du territoire : 13 propriétés couvrent, à elles seules, 90 000 hectares ; par ailleurs, 30 646 hectares appartiennent à trois grands propriétaires. Et il en est de même dans toutes les provinces andalouses et dans la plus grande partie de la Castille.
Eh bien ! les aristocrates espagnols, qui se soulevèrent aux côtés de Franco pour empêcher le développement de la démocratie et la réalisation d’une réforme agraire bien modeste qui aurait donné aux paysans espagnols la possibilité de mettre en valeur des terres en friche, vendent aujourd’hui leurs grandes propriétés à des compagnies étrangères, en particulier nord-américaines, sous le prétexte d’industrialisation agricole.
En premier lieu, cette opération financière met en évidence le mensonge du patriotisme de cette caste d'aristocrates qui, aujourd’hui comme hier, et comme toujours, placent leurs intérêts au-dessus de ceux de la patrie. Ils n’hésitent pas à vendre le territoire national à des puissances étrangères.
En second lieu, elle démontre leur manque de confiance dans la stabilité du régime actuel ou d’un quelconque régime de même type : en échangeant leurs propriétés contre des dollars, ils se préparent à toute éventualité.
Mais surtout — et ceci est le plus grave — elle signifie pratiquement la transformation de l’Espagne en un pays diminué et dépendant, privé de sa liberté et de sa souveraineté pour décider de sa politique et de son destin.
Les Etats-Unis, comme tous les nouveaux riches, croient que tout peut s'acheter. Cela est vrai pour certaines gens, mais on n’achète pas la conscience des peuples. Le peuple espagnol, dont l’histoire est constituée par une lutte constante contre les oppresseurs nationaux et les envahisseurs étrangers, n’accepte pas cette situation.
Trahisons socialistes.
Les Américains n'ignorent pas l'hostilité du peuple espagnol envers le régime franquiste. Ils savent que Franco n'est pas l'homme qui peut mobiliser les masses espagnoles pour les mettre au service de l'impérialisme du dollar.
De Franco, ils acceptent tout ce que celui-ci peut leur donner — et ce n’est pas peu de chose — mais, en même temps, ils manquèrent avec d’autres hommes, espérant atteindre, par leur intermédiaire, leurs objectifs. Il s’agit de certains dirigeants socialistes espagnols — bien connus pour leur réformisme et leur anticommunisme — des anarchistes-monarchistes, et de certains hommes du camp républicain qui font déjà des déclarations publiques sur leur disposition à appuyer les prétentions américaines, prétextant les "impératifs géographiques".
Les Américains n'ont pas de mal à utiliser les dirigeants social-démocrates de droite, d'autant que ceux-ci se proclament partout des fervents partisans de la "démocratie" du dollar. Ils peuvent être, d'autre part, assurés qu'ils ne rencontreront guère de difficultés auprès des dirigeants des partis socialistes des pays du plan Marshall. Spaak et les Scandinaves, entre autres, n’ont-ils pas, les premiers, avec un "sens réaliste" de la situation, reconnu le franquisme ? Mais, à la vérité, leur réalisme consistait à sourire à l'hitlérisme. Pourquoi hésiteraient-ils à aider les impérialistes nord-américains à crucifier à nouveau le peuple espagnol ?
Le porte-voix de ce chœur de gens qui font parade d’anticommunisme et se montrent disposés à servir les Américains, est le leader socialiste Indalecio Prieto, élu président du Parti socialiste ouvrier espagnol. Cet homme est bien connu pour ses liaisons avec le capitalisme basque, qui, pour le récompenser de son travail "socialiste" parmi les ouvriers basques, lui fit cadeau, par le moyen de ses fils, il y a déjà vingt-cinq ans, du journal El Libéral de Bilbao, quotidien le plus répandu du pays basque. Grâce à El Libéral, M. Prieto put diffuser parmi la classe ouvrière de Biscaye ses idées "socialistes", si agréables à la bourgeoisie basque, par ailleurs une des plus réactionnaires de l’Espagne.
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| INDALECIO PRIETO 1936 PRESIDENT DU PSOE DE MARS 1948 A AVRIL 1951 |
Malheureusement, le leader socialiste de droite n’est pas seul à se montrer disposé à servir la politique nord-américaine en Espagne.
Le docteur Négrin, le dernier président du gouvernement de la république, jaloux de l’influence de M. Prieto dans les cercles nord-américains, a été plus loin que Prieto lui-même. Il a déclaré qu’il était nécessaire de faire participer l’Espagne — indépendamment de son régime — au bénéfice du plan Marshall, au moment même où, dans le monde, s’élevait une protestation éclatante à la suite de la décision du congrès nord-américain d'inclure l’Espagne dans le plan Marshall.
Unité dans le Conseil central de la Résistance.
Cependant, la lutte contre le franquisme continue à l’intérieur du pays ; lutte dispersée, fractionnée, et par conséquent pas aussi efficace quelle elle devrait et pourrait l’être. Cette situation est déterminée, non seulement par les conditions particulières dans lesquelles se développe cette lutte (groupes de guérilleros dans diverses provinces, sans aide extérieure, réduits à se battre avec leurs propres moyens face à un Etat policier, grèves dans les zones industrielles, résistance des paysans à la politique franquiste, etc.) mais aussi par le sabotage constant de la Résistance, par la propagande d'une politique de passivité et d’attente menée par les socialistes et les anarchistes qui tentent d’empêcher la lutte, sous prétexte que la libération de l’Espagne sera obtenue grâce aux bons offices des impérialistes anglo-saxons.
Dans ces conditions, la création du Conseil central de la Résistance surgit comme une nécessité impérieuse de coordination des efforts de tous les anti-franquistes afin d’élargir et de rendre plus efficace la lutte contre le franquisme.
Le Conseil central de la Résistance ne sera pas un organisme qui s’opposera aux institutions républicaines, mais un organisme d’action et de combat qui suppléera aux déficiences de la politique républicaine. Il agira en liaison avec l’organisation de la Résistance et la lutte menée à l’intérieur du pays.
Le Conseil central de la Résistance agira d'accord avec le gouvernement républicain si celui-ci est disposé à lutter pour la république, ou en marge de celui-ci si le gouvernement persiste dans son attitude de passivité et d’attente ou renonce lâchement à maintenir la représentation de la république.
Alors que la plus grande partie des forces républicaines attendent tout de la "bonne volonté" des Anglo-Américains, le parti communiste, sans refuser l’aide des grandes puissances au peuple espagnol pour se libérer de la tyrannie franquiste, soutient que la libération du pays doit être le résultat de l’action et de la lutte de toutes les forces antifranquistes, unies sur la base d’un programme dont la première condition pourrait être la réalisation d’une consultation libre, afin que le peuple, après avoir détruit le fascisme, puisse décider du régime sous lequel il entend vivre.
De cette différence d’opinion naît logiquement la différence des politiques et des attitudes. Ainsi, tandis que le parti communiste organise, à l’intérieur du pays, la lutte et la résistance populaire contre Franco, le reste des forces, à de petites exceptions près, conseille la passivité et l’attente.
Tout cela a comme conséquence que, cependant que l’influence des vieilles forces et partis politiques de la république diminue, le parti communiste croît et se développe, et son influence atteint des régions qui avaient été considérées, dans le passé, comme des forteresses de la réaction féodale et des propriétaires fonciers, et des couches de la population qui furent toujours réfractaires à la lutte et aux idées marxistes.
Malgré la résistance des dirigeants socialistes et les hésitations des républicains, le parti communiste, ainsi qu’il l’a réitéré dans son dernier Manifeste, s'efforce de trouver une base d’entente de toutes les forces démocratiques pour la lutte contre le franquisme et pour le salut de la souveraineté nationale et de l’indépendance de l’Espagne.
Sans cette unité, sans cette coordination, et sous la pression éhontée des Anglo-Saxons, qui veulent faire de l'Espagne une colonie yankee, on court le danger de voir l’Espagne, tout comme la Grèce, devenir le théâtre de luttes sanglantes entre la réaction fasciste et les forces démocratiques.
Car le peuple espagnol ne renonce ni à sa liberté, ni à la souveraineté et à l’indépendance de son pays."
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