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mercredi 7 août 2024

LES FÊTES DE PAMPELUNE EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1948 (deuxième et dernière partie)

 

LES FÊTES DE PAMPELUNE EN 1948.


Tous les 7 juillet, des dizaines de milliers de "festayres" se rendent à Pampelune (Iruña), en Navarre.



pais vasco antes navarra fiestas feria pamplona corrida
AFFICHE FÊTES DE SAN FERMIN
PAMPELUNE NAVARRE 1948



Après les fêtes de San Martial à Irun (Guipuscoa) du 30 juin, arrivent dans la saison les fêtes de la San Fermin (ou Firmin) qui sont les 3èmes fêtes les plus importantes au monde, en nombre de participants, après Rio et Munich.



Ces fêtes se déroulent du 6 au 14 juillet, mais commencent véritablement le 7 juillet, jour du 

saint et premier jour de corrida.

Pendant 9 jours, environ 3 millions de personnes viennent faire la fête dans la capitale de la 

Navarre.



Les premières célébrations en l'honneur de Saint Firmin, considéré comme le premier évêque 

de Pampelune, remontent au Moyen-Âge (12ème siècle).

La cérémonie religieuse commémorait le martyre de Saint Firmin à Amiens, dont l'évêque 

ramena une relique du saint en 1186.

A partir de cette date, la dévotion au saint augmente et se consolide même quand la ville de 

Pampelune accueille une autre relique de Saint Firmin, deux siècles plus tard...




Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire V, le 5 septembre 1948, sous la plume de Jean 

Bouquet :


"La ruée.


Pourtant, à 5 h. 30, les plus enragés seront déjà sur pied, ils se dirigent vers les arènes pour y occuper les meilleures places, ou vers les points stratégiques de l'"encierro" : place de l’Ayuntamiento, montée de l’Hôpital, rue de la Estafeta... 


— Mais, au fait, ces "encierros" dont on parle tant, en quoi consistent-elles exactement ? 

— Eh bien ! mais l’"encierro" ce sont les toros lâchés dans les rues de la ville... Ils suivent un parcours déterminé où toutes les rues adjacentes ont été barrées par des palissades et où portes et devantures sont soigneusement closes. Il y a seulement six toros et six bœufs dressés porteurs de sonnailles et que l’on nomme "cabestro" ou "mansos". Vous verrez ! 



pais vasco antes navarra fiestas feria pamplona corrida
ENCIERRO PAMPELUNE NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN


J’ai vu. J’ai vu que si balcons, fenêtres et barricades sont garnis d’une foule bruyante, si les arènes construites pour 16 000 personnes en accueillent généreusement 30 000, dans les rues mêmes où doit se courir l’"encierro", près de 3 000 jeunes gens se trouvent répartis sur tout le parcours, suivant leur courage ou la vitesse de leurs jambes. Certains sont à 50 mètres à peine du corral des toros. Ce sont les plus chevronnés, les plus vaillants, m’explique-t-on. Mais il y a aussi parmi eux quelques inconscients : ceux qu’un vin généreux a rendu téméraires et ceux qui veulent plastronner "pour l’œil noir qui les regarde et que l’amour attend". 



Sept heures sonnent. Deux détonations déchirent l’air. Un frémissement parcourt la ville entière. Les portes du corral se sont ouvertes, l’"encierro" a commencé. 



C’est aussitôt la ruée infernale et menaçante des 12 toros et "cabestros", la fuite éperdue des hommes jusqu’aux arènes où les toros doivent s’engouffrer pour être parqués dans un autre corral jusqu’à la corrida de l’après-midi. 



Poursuite épique qui ne va pas sans risque ni émotion ! Les hommes sont gagnés de vitesse, mais le troupeau est demeuré compact, c’est bon signe, il leur est facile avec un peu de sang-froid de se laisser doubler par les bêtes. Et voici après la montée de l’Hôpital, dangereuse par son étranglement, la place de l’Ayontamiento. Là, on peut souffler un peu. Les animaux y marquent toujours un temps d’arrêt avant de rebondir en avant... C’est enfin après un nouveau tournant, la rue de la Estafeta, longue et rectiligne. L’allure s’accélère. Les jeunes gens se plaquent contre les façades. Une courte descente. Les arènes. En vagues serrées, se bousculant dans leur précipitation, les hommes passent sous le porche et se déploient en éventail dans la piste pour laisser passer les bêtes qui chargent à fond de train...




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ENCIERRO PAMPELUNE NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Dans les tous derniers rangs des coureurs quelqu’un vient de trébucher. Une chute, deux, trois. Une cascade de chutes. Les hommes butait les uns sur les autres, formant en un clin d’œil une barrière de corps humains Que va-t-il se passer ? Un carnage ? Eh bien, non, les 12 toros franchissent aisément cette barricade d’un bond et s’engouffrent dans leur corral de l’autre côté de la piste. Don Pablo m’explique :


 — C’est ce qu’on appelle un "monton". 

— Et il y a toujours de ces... "montons" ?

— Pas toujours, et il est possible que vous n’en voyiez pas d’autres (en effet, les quatre jours suivants, l’"encierro" se déroulera sans incident). Mais il s’en produit tout de même de plus impressionnants encore. Tenez, en 1922, pour l’inauguration de ces mêmes arènes, il y eut un "monton" tel que les toros eurent beaucoup de mal à le franchir. Les jeunes gens qui le composaient eurent le temps de faire un brin de causette et d’échanger leurs impressions. 

— "Ah ! si nous pouvions être "au-dessus", soupiraient les uns à moitié écrasés par leurs camarades. 




pais vasco antes navarra fiestas feria pamplona corrida
ENCIERRO PAMPELUNE NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Et les autres voyant pointer des cornes pas très rassurantes, ripostaient : 


"Nous donnerions cher pour changer de place avec vous". 


— Et il y a souvent des blessés, des morts ? 

— Cette fois-là, 70 personnes à l’hôpital, mais toutes pour des blessures assez légères. 

— Un miracle !

— Sans doute. Le miracle de San Fermin ! Et un miracle toujours renouvelé. Les accidents graves sont rares. Mais ce n’est pas ça qui refroidit les coureurs d’"encierro"... 




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ENCIERRO PAMPELUNE NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Soit, c’est peut-être une coutume barbare et sauvage, à plusieurs reprises l’Eglise a essayé de la faire supprimer. Dieu merci, sans jamais y parvenir. Enlever l’"encierro" aux Navarrais, ce serait leur arracher le cœur. 



Cette emphatique déclaration, prononcée avec une pointe de défi, clôt définitivement la discussion. Dans les rues, ce sont maintenant les enfants qui jouent à l’"encierro" rêvant déjà des prouesses qu’ils accompliront plus tard. 




pais vasco antes navarra fiestas feria pamplona corrida
ENCIERRO PAMPELUNE NAVARRE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Peu à peu, on finit par s’intégrer à l’allégresse débordante... On est envoûté par l’ambiance extraordinaire de cette Feria brutale et splendide, âpre et tragique comme l’Espagne elle-même."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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dimanche 7 juillet 2024

LES FÊTES DE PAMPELUNE EN NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1948 (première partie)

LES FÊTES DE PAMPELUNE EN 1948.


Tous les 7 juillet, des dizaines de milliers de "festayres" se rendent à Pampelune (Iruña), en Navarre.




pais vasco antes navarra fiestas feria pamplona corrida
AFFICHE FÊTES DE SAN FERMIN
PAMPELUNE NAVARRE 1948


Après les fêtes de San Martial à Irun (Guipuscoa) du 30 juin, arrivent dans la saison les fêtes de la San Fermin (ou Firmin) qui sont les 3èmes fêtes les plus importantes au monde, en nombre de participants, après Rio et Munich.



Ces fêtes se déroulent du 6 au 14 juillet, mais commencent véritablement le 7 juillet, jour du 

saint et premier jour de corrida.

Pendant 9 jours, environ 3 millions de personnes viennent faire la fête dans la capitale de la 

Navarre.



Les premières célébrations en l'honneur de Saint Firmin, considéré comme le premier évêque 

de Pampelune, remontent au Moyen-Âge (12ème siècle).

La cérémonie religieuse commémorait le martyre de Saint Firmin à Amiens, dont l'évêque 

ramena une relique du saint en 1186.

A partir de cette date, la dévotion au saint augmente et se consolide même quand la ville de 

Pampelune accueille une autre relique de Saint Firmin, deux siècles plus tard...



Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire V, le 5 septembre 1948, sous la plume de Jean 

Bouquet :



"Pendant 6 jours la ville entière devient une arène sanglante.

De notre envoyé spécial Jean Bouquet.



Elle est bien vraie l’expression française : "Aller à Pampelune"... ! Cinq heures de chemin de fer pour faire 150 kilomètres... Et quel train ! Archicomble au départ de Saint-Sébastien, bourré, submergé par une foule d'hommes à béret basque et à large blouse flottante, le mouchoir rouge vif autour du cou et l’inséparable "bota" (gourde en peau de bouc) en bandoulière. Il fait très chaud. J’ai comme voisin un gros type qui baragouine un français approximatif. Le train roule dans la campagne espagnole. Mon voisin doit deviner ma soif. Il me tend sa "bota" : 


— Buvez un coup !... C’est comme ça que l’on noue connaissance. Quelques minutes après, je sais que ce bavard aimable s’appelle Don Pablo. Il m'a pris sous sa protection et n’arrête pas de parler : 

— C’est la première fois que vous allez à la Feria de Pampelune ? Alors vous n’avez jamais vu d’encierro ? (ici un air de profonde commisération). Moi, señor, je vais à la Feria depuis trente-huit ans.

— La Feria de cette année sera-t-elle "bien" ? 

— Je pense. Les toreros engagés pour les cinq corridas sont parmi les plus célèbres de l’heure : les frères Dominguin, Parrita, Antonio Caro, Paquito Munoz et d’autres... Les toros, eux, proviennent des meilleurs élevages. 



espagne torero matador dominguin pays basque autrefois labourd corrida tauromachie
TOREROS PARRITA MARTORILL ET DOMINGUIN
ARENES DE BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN

Des heures durant, nous bavardons ainsi et voici le terminus : Pamplona, le Pampelune du bout du monde. 



En temps normal, c’est une ville bien calme de la Navarre, un paisible marché agricole de 50 000 habitants. Cette semaine sa Feria traditionnelle qui, en majesté, vient après celle de Séville, la transfigure. Les visiteurs affluent de toute la région. Les seuls étrangers sont des touristes sud-américains dans des voitures grosses comme des locomotives et quelques Français du pays basque, attirés par l’amour du toro. Durant la "fiesta", la population fait plus que doubler.  



Toutes les chambres des hôtels sont retenues un an à l’avance. Il faut se rabattre sur les "fondas" (auberges).  



Quelle hérésie d’ailleurs de vouloir dormir à Pamplona pendant la Feria ? Pendant la Feria, on honore San Fermin, le premier évêque et le patron vénéré de la ville. On l’honore pendant six jours de fête. Ou plutôt pendant une seule fête, qui dure six fois vingt-quatre heures, sans désemparer. 



Bienheureux San Fermin ! Ses fidèles (nombreux) se donnent bien du mal pour lui complaire. Les plus ardents sont ces jeunes Navarrais qui forment ce que l’on nomme les "cuadrilla". Ils parcourent les rues plusieurs fois par jour accompagnés d’un petit orchestre. Ils dansent, sautent, virevoltent, multiplient les entrechats et jetés-battus, claquent des doigts, jouent des castagnettes, chantent ou scandent au refrain avec un entrain jamais démenti. Le matin, ils sont plus d’un millier dans la "plaza de toros", pour la course des six vachettes emboulées qui les font voltiger généreusement et sans mal sur leurs cornes, pour la plus grande joie des spectateurs. 



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PLAZA DE TOROS
PAMPELUNE NAVARRE



A 17 heures, ils défilent avant la corrida sur la place del Castillo. Ce sont eux encore qui danseront sur les gradins dans une cacophonie assourdissante aussi bien pour mortifier le torero, dont le travail leur a déplu, que pour le glorifier après une belle "faena". Eux enfin qui, pendant la dernière nuit des fêtes, parcourront une dernière fois la ville, leurs grosses caisses à moitié éventrées, s’essuyant les yeux en chantant sur un air de complainte : 


"Ay de mi, Ay de mi, se acabo San Fermin" (Pauvre de moi, pauvre de moi, les fêtes de Saint Firmin sont terminées). 


— Ils sont en bronze, me dit Pablo, mon cicérone, en bronze et en caoutchouc. 

— Mais tout de même, il leur arrive de se reposer. 

— Oui, bien sûr, ils s’étendent parfois une heure ou deux sans se soucier de l’heure. Vous les verrez aussi s’assoupir à une table de café, ou assis au bord d’un trottoir, la tête entre les mains, ou encore allongés dans l’ombre fraîche d’un couloir. Ils dorment peu, mais mangent et boivent mieux encore. Leur fidèle gourde ne les quitte que pour s’emplir à nouveau d’un vin généreux. Du vin seulement. L’authentique absinthe d’avant-guerre (d’avant 14), que l’on peut déguster pour 10 pesetas (140 fr. le verre) en mangeant olives et langoustines ne les tente aucunement. Pas plus d’ailleurs que ce chocolat espagnol si épais et si parfumé. Ils lui préfèrent des plats plus relevés et plus populaires, le "bacalao" ou cet "ajoarriero" auprès duquel l’aïoli provençal paraît fade. Rien d’étonnant après de tels mets que les Navarrais se retrouvent une vigueur nouvelle. 



pais vasco antes navarra fiestas feria pamplona corrida
FÊTES DE SAN FIRMIN 1949
PAPELUNE NAVARRE




Ils vibrent si intensément au cours des cinq corridas consécutives de la Feria ! Lorsque, le deuxième jour Pepe et Luis Miguel Dominguin eurent combattu magnifiquement leurs quatre toros, l’enthousiasme ne connut plus de bornes. C’est en triomphe que les deux frères furent portés jusqu’à leur hôtel. Dans la rue, chacun se félicitait, sans même se connaître, d’avoir eu le bonheur d’assister à un tel événement. 


— Je vous dis qu’on en reparlera encore dans vingt ans. 

— "Que corrida barbara ! que torero !" 



L’animation étourdissante de la ville ne se ralentit pas, au contraire, à la tombée de la nuit. Dans les délicieux jardins du Bosqueutto, la fête foraine bat son plein. Sur la place del Castillo, la musique municipale déverse, suivant la traditionnelle formule, des flots d’harmonie auxquels succédera le fracas des détonations du feu d’artifice. Dans la rue de la Estafeta, c’est le toro de fuego, avec ses pétards et ses fusées qui est réservé aux enfants. Enfin, sur le "paseo" de Serasate, tous les danseurs se sont donnés rendez-vous, au son perçant et nasillard des "gaitas" et du tambour, moins agréable que fifres et tambourins de Provence, tous les airs du folklore basque et navarrais défilent, tandis que jeunes gens et jeunes filles rivalisent de grâce et d’entrain dans des figures à deux ou à quatre d’une ravissante harmonie. 



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PLACE DU CHÂTEAU 
PAMPELUNE NAVARRE



Quand la dernière bombe du feu d’artifice a éclaté, quand la dernière note des "gaitas" s’est égrenée dans la nuit, il n’est pas encore décent de songer à prendre du repos, il s’agit de réveillonner, de parcourir une fois de plus les rues où il y a encore foule à 4 heures du matin."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






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mercredi 20 mars 2024

DOLORÈS IBARRURI "LA PASIONARIA" EN 1948 (troisième et dernière partie)

DOLORÈS IBARRURI "LA PASIONARIA" EN 1948.


Dolores Ibarruri Gomez, connue sous le nom de La Pasionaria, était une militante, une femme politique et une figure emblématique de la Guerre d'Espagne.



pays basque autrefois guerre civile espagne pasionaria
DOLORES IBARRURI LA PASIONARIA


Voici ce que rapporta Dolorès Ibarruri dans le mensuel Démocratie Nouvelle, le 1er avril 1948 :



"L'Espagne, tête de pont Yankee en Europe. 


... On n'achète pas un peuple !



Ainsi, la pénétration américaine se fait à marches forcées. Mais il est un aspect de cette pénétration qui revêt toutes les caractéristiques d’une colonisation ouverte et éhontée et qu’il n’est pas possible de passer sous silence : il s’agit de l’achat par les Etats-Unis de grandes propriétés. C’est l’installation de possessions étrangères au cœur même de l’Espagne.



On sait que la grande propriété agraire, — vestige du système féodal — a longtemps empêché le progrès de l’Espagne et que la république essaya d’y porter remède, bien que très timidement.



La grande propriété agraire, à l’avènement de la république, en 1931, représentait 33,29 % de la surface totale du pays, soit 7 478 029 hectares. Dans certaines provinces, comme dans celle de Séville, par exemple, la grande propriété occupe la majeure partie du territoire : 13 propriétés couvrent, à elles seules, 90 000 hectares ; par ailleurs, 30 646 hectares appartiennent à trois grands propriétaires. Et il en est de même dans toutes les provinces andalouses et dans la plus grande partie de la Castille.



Eh bien ! les aristocrates espagnols, qui se soulevèrent aux côtés de Franco pour empêcher le développement de la démocratie et la réalisation d’une réforme agraire bien modeste qui aurait donné aux paysans espagnols la possibilité de mettre en valeur des terres en friche, vendent aujourd’hui leurs grandes propriétés à des compagnies étrangères, en particulier nord-américaines, sous le prétexte d’industrialisation agricole.



En premier lieu, cette opération financière met en évidence le mensonge du patriotisme de cette caste d'aristocrates qui, aujourd’hui comme hier, et comme toujours, placent leurs intérêts au-dessus de ceux de la patrie. Ils n’hésitent pas à vendre le territoire national à des puissances étrangères.



En second lieu, elle démontre leur manque de confiance dans la stabilité du régime actuel ou d’un quelconque régime de même type : en échangeant leurs propriétés contre des dollars, ils se préparent à toute éventualité.



Mais surtout — et ceci est le plus grave — elle signifie pratiquement la transformation de l’Espagne en un pays diminué et dépendant, privé de sa liberté et de sa souveraineté pour décider de sa politique et de son destin.



Les Etats-Unis, comme tous les nouveaux riches, croient que tout peut s'acheter. Cela est vrai pour certaines gens, mais on n’achète pas la conscience des peuples. Le peuple espagnol, dont l’histoire est constituée par une lutte constante contre les oppresseurs nationaux et les envahisseurs étrangers, n’accepte pas cette situation.



Trahisons socialistes.



Les Américains n'ignorent pas l'hostilité du peuple espagnol envers le régime franquiste. Ils savent que Franco n'est pas l'homme qui peut mobiliser les masses espagnoles pour les mettre au service de l'impérialisme du dollar.



De Franco, ils acceptent tout ce que celui-ci peut leur donner — et ce n’est pas peu de chose — mais, en même temps, ils manquèrent avec d’autres hommes, espérant atteindre, par leur intermédiaire, leurs objectifs. Il s’agit de certains dirigeants socialistes espagnols — bien connus pour leur réformisme et leur anticommunisme — des anarchistes-monarchistes, et de certains hommes du camp républicain qui font déjà des déclarations publiques sur leur disposition à appuyer les prétentions américaines, prétextant les "impératifs géographiques".



Les Américains n'ont pas de mal à utiliser les dirigeants social-démocrates de droite, d'autant que ceux-ci se proclament partout des fervents partisans de la "démocratie" du dollar. Ils peuvent être, d'autre part, assurés qu'ils ne rencontreront guère de difficultés auprès des dirigeants des partis socialistes des pays du plan Marshall. Spaak et les Scandinaves, entre autres, n’ont-ils pas, les premiers, avec un "sens réaliste" de la situation, reconnu le franquisme ? Mais, à la vérité, leur réalisme consistait à sourire à l'hitlérisme. Pourquoi hésiteraient-ils à aider les impérialistes nord-américains à crucifier à nouveau le peuple espagnol ?



Le porte-voix de ce chœur de gens qui font parade d’anticommunisme et se montrent disposés à servir les Américains, est le leader socialiste Indalecio Prieto, élu président du Parti socialiste ouvrier espagnol. Cet homme est bien connu pour ses liaisons avec le capitalisme basque, qui, pour le récompenser de son travail "socialiste" parmi les ouvriers basques, lui fit cadeau, par le moyen de ses fils, il y a déjà vingt-cinq ans, du journal El Libéral de Bilbao, quotidien le plus répandu du pays basque. Grâce à El Libéral, M. Prieto put diffuser parmi la classe ouvrière de Biscaye ses idées "socialistes", si agréables à la bourgeoisie basque, par ailleurs une des plus réactionnaires de l’Espagne.



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INDALECIO PRIETO 1936
PRESIDENT DU PSOE DE MARS 1948 A AVRIL 1951



Malheureusement, le leader socialiste de droite n’est pas seul à se montrer disposé à servir la politique nord-américaine en Espagne.



Le docteur Négrin, le dernier président du gouvernement de la république, jaloux de l’influence de M. Prieto dans les cercles nord-américains, a été plus loin que Prieto lui-même. Il a déclaré qu’il était nécessaire de faire participer l’Espagne — indépendamment de son régime — au bénéfice du plan Marshall, au moment même où, dans le monde, s’élevait une protestation éclatante à la suite de la décision du congrès nord-américain d'inclure l’Espagne dans le plan Marshall.



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JUAN NEGRIN
Par Auteur inconnu — Канторович А. (сост.) Чапаев. Батальон двадцати одной национальности. М.: Художественная литература, 1939., Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=59286283



Unité dans le Conseil central de la Résistance.



Cependant, la lutte contre le franquisme continue à l’intérieur du pays ; lutte dispersée, fractionnée, et par conséquent pas aussi efficace quelle elle devrait et pourrait l’être. Cette situation est déterminée, non seulement par les conditions particulières dans lesquelles se développe cette lutte (groupes de guérilleros dans diverses provinces, sans aide extérieure, réduits à se battre avec leurs propres moyens face à un Etat policier, grèves dans les zones industrielles, résistance des paysans à la politique franquiste, etc.) mais aussi par le sabotage constant de la Résistance, par la propagande d'une politique de passivité et d’attente menée par les socialistes et les anarchistes qui tentent d’empêcher la lutte, sous prétexte que la libération de l’Espagne sera obtenue grâce aux bons offices des impérialistes anglo-saxons.



Dans ces conditions, la création du Conseil central de la Résistance surgit comme une nécessité impérieuse de coordination des efforts de tous les anti-franquistes afin d’élargir et de rendre plus efficace la lutte contre le franquisme.



Le Conseil central de la Résistance ne sera pas un organisme qui s’opposera aux institutions républicaines, mais un organisme d’action et de combat qui suppléera aux déficiences de la politique républicaine. Il agira en liaison avec l’organisation de la Résistance et la lutte menée à l’intérieur du pays.



Le Conseil central de la Résistance agira d'accord avec le gouvernement républicain si celui-ci est disposé à lutter pour la république, ou en marge de celui-ci si le gouvernement persiste dans son attitude de passivité et d’attente ou renonce lâchement à maintenir la représentation de la république.



Alors que la plus grande partie des forces républicaines attendent tout de la "bonne volonté" des Anglo-Américains, le parti communiste, sans refuser l’aide des grandes puissances au peuple espagnol pour se libérer de la tyrannie franquiste, soutient que la libération du pays doit être le résultat de l’action et de la lutte de toutes les forces antifranquistes, unies sur la base d’un programme dont la première condition pourrait être la réalisation d’une consultation libre, afin que le peuple, après avoir détruit le fascisme, puisse décider du régime sous lequel il entend vivre.



De cette différence d’opinion naît logiquement la différence des politiques et des attitudes. Ainsi, tandis que le parti communiste organise, à l’intérieur du pays, la lutte et la résistance populaire contre Franco, le reste des forces, à de petites exceptions près, conseille la passivité et l’attente.



Tout cela a comme conséquence que, cependant que l’influence des vieilles forces et partis politiques de la république diminue, le parti communiste croît et se développe, et son influence atteint des régions qui avaient été considérées, dans le passé, comme des forteresses de la réaction féodale et des propriétaires fonciers, et des couches de la population qui furent toujours réfractaires à la lutte et aux idées marxistes.



Malgré la résistance des dirigeants socialistes et les hésitations des républicains, le parti communiste, ainsi qu’il l’a réitéré dans son dernier Manifeste, s'efforce de trouver une base d’entente de toutes les forces démocratiques pour la lutte contre le franquisme et pour le salut de la souveraineté nationale et de l’indépendance de l’Espagne.



Sans cette unité, sans cette coordination, et sous la pression éhontée des Anglo-Saxons, qui veulent faire de l'Espagne une colonie yankee, on court le danger de voir l’Espagne, tout comme la Grèce, devenir le théâtre de luttes sanglantes entre la réaction fasciste et les forces démocratiques.



Car le peuple espagnol ne renonce ni à sa liberté, ni à la souveraineté et à l’indépendance de son pays."

 



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mardi 20 février 2024

DOLORÈS IBARRURI "LA PASIONARIA" EN 1948 (deuxième partie)

DOLORES IBARRURI "LA PASIONARIA" EN 1948.


Dolores Ibarruri Gomez, connue sous le nom de La Pasionaria, était une militante, une femme politique et une figure emblématique de la Guerre d'Espagne.



pays basque autrefois guerre civile espagne pasionaria
DOLORES IBARRURI LA PASIONARIA


Voici ce que rapporta Dolorès Ibarruri dans le mensuel Démocratie Nouvelle, le 1er avril 1948 :



"L'Espagne, tête de pont Yankee en Europe.



... Colonisation yankee.



L'aide de Hitler à Franco pour écraser la démocratie espagnole n’était pas déterminée, ni par la sympathie pour le "caudillo" ni par la disposition servile de ce général félon envers l’hitlérisme. Elle l'était, d’une part, par l’existence des richesses minières espagnoles ; d’autre part, par la situation stratégique de l’Espagne dont la possession, disait Bismarck en 1870, serait un aiguillon dans la nuque de la France.



Ces réserves minières de l’Espagne, — le fer de Biscaye, le cuivre de Huelva, le mercure d’Almadén, le charbon des Asturies et d’Andalousie, le zinc et l’étain de Santander, le nickel et le cobalt d’Aragon, |e plomb de Linarès et de Peñarroya, le wolfram de Galice — sont aujourd’hui en grande partie sous le contrôle américain, et bientôt elles le seront en totalité.



C’est en pensant à ces richesses que Gœring écrivait en 1938 dans la National Zeitung :


A l'ouest de l'Europe, sur les frontières des Pyrénées, a surgi un Etat national allié à l'axe Rome-Berlin. Cet Etat est le plus riche d'Europe en matières premières nécessaires à une guerre moderne.



Du point de vue stratégique que représente la situation de l’Espagne ? Une géographie militaire publiée en 1936 par un militaire réactionnaire souligne les points suivants :


Dans les échanges internationaux, l'Espagne apparaît située entre la ligne de trafic qui suit le bassin d'Aquitaine et la région méditerranéenne, et la route commerciale jalonnée par Suez, Gibraltar, Panama ou New-York... Par ailleurs, elle est encadrée par les routes commerciales dont l'une joint la France à l'Algérie et l'autre relie l'Europe centrale et occidentale à l'Amérique du Sud et au Cap.


L’Espagne est aussi la route continentale historique des relations entre l'Europe et l'Afrique, qui est déjà jalonnée, qui le sera plus encore dans l'avenir, par les lignes aériennes.

(Geographica militar española, 1936)



Si l’on ajoute que Vigo, ville de Galice, au nord-ouest de l'Espagne, est le point de l’Europe le plus proche des Etats-Unis, on comprendra l’intérêt que les impérialistes américains manifestent actuellement pour l’Espagne.



Cet intérêt s'accroît dans la mesure où la puissance de l'impérialisme anglais diminue et où l’hégémonie passe aux potentats du dollar.



Les Américains ont commencé leurs manoeuvres bien avant la fin de la guerre antihitlérienne. Ils devancèrent les Anglais qui n’étaient pas en mesure de consolider leurs positions, dès que Hitler, après ses défaites sur le front soviétique, ne put plus exercer de pression sur son complice franquiste.



En 1943, après Stalingrad, les Américains, convaincus de l'imminence de la catastrophe pour Hitler, malgré leur sabotage de l’ouverture du second front, rêvent déjà de domination mondiale, une fois disparu le rival allemand. Ils envisagent de faire de la Méditerranée une mer américaine, par laquelle ils auraient un accès facile vers le pétrole de l’Orient et vers le continent africain. Depuis lors, les représentants de la "démocratie" américaine cessent leurs humiliantes attentes dans les antichambres des ministères de Madrid, et commencent à mettre leurs pieds sur les tables des ministres de Franco.



pays basque autrefois guerre civile espagne pasionaria
FRANCISCO GOMEZ-JORDANA SOUSA
COMTE DE JORDANA



En novembre 1943, au nom des gouvernements des Etats-Unis et de Grande-Bretagne, l’ambassadeur Hayes présentait une demande au comte Jordana, ministre des Affaires étrangères du gouvernement franquiste, par laquelle il réclamait :


a) l’embargo sur les exportations de wolfram en Allemagne ;


b) la livraison des bateaux de guerre et des navires marchands italiens retenus dans les ports espagnols ;


c) la fermeture du consulat allemand à Tanger ;


d) l’expulsion des agents fascistes de la zone de Tanger et des diverses zones du territoire national ;


e) l’autorisation d’établir un circuit radiotélégraphique direct entre l'Espagne et les Etats-Unis.



Après plusieurs semaines de discussion et une suspension temporaire par les Etats-Unis des envois de pétrole à l’Espagne, le gouvernement franquiste accepta l’essentiel de la demande américaine. Les choses furent plus faciles par la suite : la puissance hitlérienne s’écroulait, la puissance de l’impérialisme nord-américain augmentait et Franco offrait de servir les Anglo-Américains comme il avait servi Hitler et Mussolini.



C’est ainsi que, cinquante ans après l’agression des Etats-Unis contre l’Espagne, dont le prétexte fut l'explosion d’un bateau américain à la Havane, les Etats-Unis, qui ont dépouillé l’Espagne de Porto-Rico et de Cuba dans les Antilles, et des îles Philippines dans le Pacifique, mettent aujourd’hui le pied sur le territoire de la péninsule. Avec la complicité du franquisme, ils prennent les premières mesures pour faire de l'Espagne une simple colonie yankee avec tout ce que ce mot représente d'odieux pour les Espagnols, qui n’ont perdu ni la mémoire ni le sens de la dignité nationale.



Les grands financiers yankees sont entrés en Espagne avec le même sans-gêne que les nouveaux riches entrent dans les maisons mises aux enchères des nobles ruinés, s'offrent comme acheteurs à tout prix après qu’ils se sont assuré la complicité d'un laquais malhonnête. Le général Franco et sa coterie, après avoir plongé l’Espagne dans une catastrophe économique sans précédent, après avoir abaissé jusqu'à la limite de l’indignité la personnalité internationale de l’Espagne, l’offrent aujourd’hui aux enchères publiques aux Nord-Américains. Ceux-ci acceptent volontiers cette offre ; en échange, ils soutiennent en Espagne un régime réactionnaire à leur dévotion qui sauvegarde les intérêts des banquiers et des aristocrates, des militaires et des princes de l'Eglise, responsables de la ruine de l’Espagne et complices de la politique fasciste et terroriste du franquisme.



Franco vend l'Espagne.



Je ne veux pas faire un tableau de la situation économique de l’Espagne sous le régime franquiste ni des répercussions de cette situation catastrophique sur le niveau de vie des masses travailleuses espagnoles qui n’ont jamais connu tant de misère et tant de privations, même dans les périodes les plus noires de l’histoire de l’Espagne.



Cependant, il est intéressant de recueillir quelques opinions de personnalités financières connues qui ne peuvent être accusées de sympathie envers le communisme.



Le ministre de l’Industrie et du Commerce du gouvernement franquiste en personne déclarait devant les autorités de Bilbao, à la fin de l’année dernière, que "du point de vue technique, la situation de l’Espagne est sans issue".



Mais celui qui a exposé le plus crûment la situation catastrophique de l’économie espagnole, est le marquis de Urquijo, président du Conseil d’administration de la banque du même nom et un des plus grands financiers et industriels espagnols, en liaison depuis toujours avec le Vatican et présentement avec la finance nord-américaine. Il déclara, le mois dernier, au Conseil d’administration de ladite banque, que "la situation financière et économique de l’Espagne est intenable" et que "sans l’aide extérieure, c’est-à-dire sans l’aide des Etats-Unis qui seuls peuvent accorder cette aide, l’écroulement de l’économie espagnole sera irrémédiable, et à bref délai".



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MANUEL DE LA SIERRA
MARQUIS D'URQUIJO



Un tel état de choses offre une occasion au plus haut point favorable à l’impérialisme américain pour se présenter en sauveur. Et les castes dominantes espagnoles, suivant leur vieille tradition antiespagnole et antinationale, cherchent le remède à la catastrophe, non pas dans le développement des grandes richesses du pays, mais dans la protection du capital étranger, qui coûte si cher aux peuples, aux dépens de l’indépendance et de la souveraineté nationales.



L’impérialisme américain dispose de bases aériennes à Madrid et à Barcelone, servies par un personnel américain, et personne ne met en doute qu’avec la servilité de Franco, bientôt l’état-major américain pourra disposer, face au Gibraltar anglais, de la position stratégique dominante de Ceuta, à l’entrée de la Méditerranée, et en général de toutes les positions espagnoles au Maroc et aux Canaries.



Le franquisme prépare une grande opération financière qui mettra l’économie et la sécurité espagnoles à la merci du capitalisme américain.



Les chemins de fer espagnols, aux mains des compagnies particulières, étaient déficitaires en raison de leur mauvaise organisation. Le gouvernement franquiste les prit à sa charge, payant à prix d'or un matériel très vieux, facilitant ainsi une affaire fantastique pour les actionnaires des compagnies ferroviaires. Mais l’incapacité de la direction étatique franquiste a créé une situation de chaos dans les transports. Maintenant, on projette de réaliser une nouvelle affaire en rendant le monopole des chemins de fer à des compagnies particulières, en permettant la participation de capitalistes étrangers, spécialement nordaméricains, dont la puissance financière attire fortement les capitalistes espagnols.



On parle dans les milieux financiers de céder ce monopole au capitalisme nord-américain.



En liaison avec le Vatican, le capital américain intervient activement dans toutes les grandes opérations financières des capitalistes espagnols, notamment par l’intermédiaire de la Banque Urquijo et de la Banque Hispano-Américaine.



La réquisition des avoirs allemands en Espagne a servi de prétexte aux impérialistes américains pour une intervention plus directe dans l’économie du pays : ils ont placé sous leur direction la plupart des entreprises espagnoles importantes, notamment celles de l’industrie textile catalane et de la construction navale.



En mai 1947, s’est tenue, à Barcelone, une réunion de la Chambre de Commerce américaine en Espagne. A cette réunion assistaient, entre autres personnages, l’attaché commercial des U.S. A., M. Randall, et M. Walter Smith, président de la Vacuum Oil Company en Espagne. Le président de la Chambre, Max H. Klein, prononça un discours dans lequel il exposa quelques-unes des conditions auxquelles était subordonnée "l’aide" américaine. C’est ainsi qu’il préconisa la conclusion d’un traité de commerce de longue durée entre l’Espagne et les Etats-Unis, qui seul pouvait autoriser l’espoir d’une amélioration sensible de la situation. "Les énormes difficultés du moment, déclara-t-il, dues au manque de devises, pourront être surmontées, soit par l’augmentation des exportations, soit par l’emploi d’autres méthodes d’un effet plus rapide, comme, par exemple l’octroi de crédits... Au point de vue américain, nous savons que l'Espagne est ce que nous appelons un bon débiteur."



Quelles étaient les conditions minima exigées par les Américains pour l’établissement d’un traité commercial avec l’Espagne ? 

a) liberté des investissements américains en Espagne ; b) dévaluation de la peseta ; c) concession de bénéfices spéciaux aux importateurs de marchandises nord-américaines.



Le traité n’a pas encore été conclu, mais les suggestions du président de la Chambre de Commerce américaine en Espagne sont en train de passer dans la vie.



Des négociations sont en cours pour l'achat, par des compagnies nord-américaines, de gisements de wolfram et d’autres matériaux d’importance stratégique. Tout cela dans le but de faire du nord-ouest de l'Espagne une base industrielle des Etats-Unis, dont les points d’appui seraient constitués par La Coruña et Vigo, ports européens les mieux placés et les plus proches des Etats-Unis. 



Ford est en train de négocier l’établissement d'une grande fabrique en Galice et la construction d’une route stratégique jusqu'à la frontière."

A suivre...


(Source : Who’s Who dans le crime des marquis Urquijo quarante ans | La fermeture numérique (elcierredigital.com))




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samedi 20 janvier 2024

DOLORÈS IBARRURI "LA PASIONARIA" EN 1948 (première partie)

DOLORES IBARRURI "LA PASIONARIA" EN 1948.


Dolores Ibarruri Gomez, connue sous le nom de La Pasionaria, était une militante, une femme politique et une figure emblématique de la Guerre d'Espagne.



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DOLORES IBARRURI LA PASIONARIA


Voici ce que rapporta Dolorès Ibarruri dans le mensuel Démocratie Nouvelle, le 1er avril 1948 :



"L'Espagne, tête de pont Yankee en Europe.



L’Espagne est aujourd’hui, comme elle l’a déjà été dans le passé, un pays convoité par des étrangers, attirés, dans certaines circonstances historiques, soit par les richesses de son sol et de son sous-sol, soit par son enviable situation stratégique au centre des chemins du monde.



Ces convoitises, fréquemment concrétisées par des invasions et des guerres d’agression, ont fait de l’histoire générale de notre pays un tissu de luttes glorieuses et héroïques du peuple pour l’indépendance de la patrie, et elles ont en même temps mis en relief l'attitude indigne et antinationale des castes dirigeantes qui, de tout temps, ont placé leurs propres intérêts au-dessus de ceux de la nation, hypothéquant les richesses nationales et faisant dépendre les intérêts vitaux de l’Espagne de la bonne ou de la mauvaise volonté des gouvernements ou des groupes capitalistes étrangers.



Intervention anglaise.



On parle très fréquemment du retard industriel de l'Espagne, en l’attribuant à la "paresse africaine" de son peuple, ou à l’incapacité des Espagnols de créer quelque chose de positif et de durable.



Mais comment est-il possible d’expliquer qu’un Pays comme l’Espagne, avec ses puissants gisements de minerai de fer (dont les réserves étaient estimées, au milieu du siècle dernier, à plus de 800 millions de tonnes), qu’un pays possédant une base charbonnière non méprisable, n’ait pas été le premier pays industriel de l’Europe, alors que l’Angleterre, qui ne possède pas de gisements de fer ou qui en possède peu et de mauvaise qualité, fut longtemps le premier pays industriel du monde ?



L'existence des richesses minières espagnoles, et spécialement du minerai de fer de Biscaye, dénommé "rubio" (blond), qui contient de 60 à 90 % d’oxyde ferrique, est connu depuis l’antiquité la plus reculée. Cette richesse, qui aurait dû constituer la base du enveloppement industriel de l’Espagne, a servi à enrichir les étrangers au prix de la ruine et du retard de notre pays.



L’invention, en 1851, des convertisseurs Bessemer, en transformant toute l’industrie sidérurgique, marque le début du grand développement industriel de l’Angleterre. Mais elle marque aussi le début de l’exploitation éhontée et déchaînée des mines de fer espagnoles, et l’intensification de l’intervention anglaise dans les affaires intérieures de l’Espagne, déjà commencée par Wellington en 1808, sous prétexte d’aider le peuple espagnol à se libérer de Napoléon.



Toute la politique réactionnaire et antinationale des castes espagnoles du siècle dernier porte le sceau de la perfidie anglaise. Les guerres civiles qui ensanglantèrent le sol de l’Espagne à différentes périodes du XIXe siècle, ne furent pas sans rapport avec les maœuvres des agents anglais, lesquels, soutenant à certains moments le gouvernement central contre les insurgés, et à d’autres apportant à ceux-ci des appuis et des moyens pour continuer la guerre, obtinrent en échange des concessions et des avantages des uns et des autres, et spécialement des "cristinos" et des "isabelinos" vainqueurs dans les deux principales guerres civiles.



Les capitalistes anglais organisèrent l’exploitation des minerais de fer de Biscaye dans les conditions les plus avilissant, au moyen de deux compagnies minières : la Orconera Iron Company et la Luchana Mining, exportant tout le minerai vers l’Angleterre, ruinant l’industrie sidérurgique espagnole.



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ORCONERA IRON COMPANY BARAKALDO BISCAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN



A partir de 1848, lorsque le premier chemin de fer fut construit en Espagne, notre pays se trouva devant la tâche de construction d’un réseau ferroviaire général, ce qui pouvait impulser un développement extraordinaire de l’industrie sidérurgique pour laquelle toutes les conditions requises existaient en Espagne.



On ne profita pas de cette situation. La construction des chemins de fer fut confiée à des entreprises étrangères, qui importèrent leur matériel, alors que celui-ci aurait pu être produit à meilleur marché dans le pays, ce qui aurait développé l’industrie nationale.



Un homme politique conservateur espagnol, José Sanchez Toca, dans un livre intitulé : Les problèmes actuels les plus urgents pour le gouvernement de l'Espagne, écrivait en 1916 :


Sous la pression de l'oligarchie ploutocratie, dont l'influence, pénétrant par tous les interstices dans notre vie civile, économique et politique, nous soumettait à des capitulations de nation diminuée, — faisant que des citoyens étrangers étaient plus protégés que ceux de notre propre nationalité pour exploiter le sol, le sous-sol, les voies ferrées et toute autre entreprise établie en notre territoire — nous avons prospecté, fait les contrats et exécuté le programme de notre réseau général ferroviaire, de notre marine marchande, de nos constructions navales et de nos armements militaires, pour le plus grand bénéfice et pour la suprématie d'entrepreneurs capitalistes et industriels étrangers.



Fer, cuivre, mercure, aux mains des étrangers.



Certains chiffres, bien éloquents par leur concision même, démontrent ce qu’a représenté l’exploitation des mines de fer de Biscaye par les Anglais :

                        Extraction   Consommation 

Années en tonnes espagnole Exportation 

1880     3 062 858    330 000      2 732 858 

1909     9 384 000    840 000      8 545 000



C’est-à-dire que, dans une période de vingt-neuf années pendant lesquelles se consolidèrent les bases de la puissance industrielle des grands pays européens, l’Espagne augmenta l’extraction de minerai de fer de 6 321 142 tonnes. Mais, sur cette quantité, 92 % furent exportées, en grande majorité vers l'Angleterre, et seulement 8 % restèrent pour la consommation de l’industrie nationale.



Notre minerai de fer avait servi de base à la puissance économique de l’Empire britannique. Les chiffres suivants mettent en lumière cette réalité, bien lamentable pour les Espagnols.


                                Production d'acier, en tonnes

Années                   Espagne                     Angleterre

1870                        50 800                        233 300

1929                        1 003 459                   9 784 600

1947                        617 500                      13 800 000



En 1907 furent votées par le Parlement espagnol les lois sur les communications maritimes et la création de l’armée navale. Ces lois ouvraient une nouvelle possibilité pour développer l’industrie métallurgique nationale.



On pensa alors à la construction, en Espagne, d’une entreprise productrice de plaques blindées et de pièces de haute forge. Les Anglais, par leurs pressions et leurs manoeuvres auprès des gouvernants espagnols, empêchèrent la réalisation de tous ces projets, obtenant pour eux le monopole des fournitures pour les constructions navales, et développant en Espagne des entreprises britanniques telles que la Sociedad Espanola de Construcciones Babcock § Wilcox, la Sociedad Espanola de Construccion Naval, filiale de la Vickers Armstrong ; la Spanish Parsons, filiale de la Parsons Marine Steam Turbine, pour terminer et monter les matériaux, moteurs et appareils fournis par l’industrie britannique.



Les Anglais s’assurèrent également le contrôle de l’industrie des armements, au moyen de la société Placencia de las Armas Co. Ltd, qui contrôle la S. A. Placencia de las Armas et la Compania Experencias Industriales S. A. (Toutes deux filiales de la Vickers Armstrong et de la John Brown Co. Ltd.)



Il serait trop long de citer tous les exemples d'efforts des impérialistes anglais pour empêcher le développement industriel espagnol, dans des branches aussi importantes que l’extraction du charbon et les constructions hydroélectriques.



Mais il est nécessaire de rappeler que le cuivre de Riotinto est exploité spécialement par la compagnie anglaise The Riotinto Co. Ltd. qui, en 1837, acheta au gouvernement espagnol, pour 92 millions de pesetas, 32 000 acres de terrains, dans lesquels se trouvaient les mines de cuivre et de pyrite les plus riches de toute l’Europe. A côté de la Compagnie de Riotinto, existe encore la Tharsis Sulphur and Copper Co. Ltd., la première compagnie britannique créée pour exploiter les richesses en cuivre de l’Espagne, et plusieurs autres compagnies dans la province de Séville et à Huelva.



pays basque autrefois mines biscaye
THE RIO TINTO COMPANY LIMITED


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MINES DE RIOTINTO HUELVA ESPAGNE



La caractéristique générale de toutes ces entreprises, c’est quelles elles ont réalisé une exploitation rapace des gisements, en négligeant totalement les services de conservation et d’élargissement. Entre 1910 et 1945, la Riotinto a déclaré des bénéfices pour un total de 23.088.631 livres esterlins, avec un capital qui était au début de 2.250.000 livres et qui est aujourd’hui de 3.750.000 livres.



Avec les bénéfices obtenus en Espagne, la Compagnie de Riotinto s’est emparée du monopole du cuivre, au moyen des entreprises Rhokane, Nchanga, Mufulire et Rhodésian Anglo-American qui exploitent les gisements de cuivre de l’Afrique.



La Compagnie de Riotinto, par ailleurs, a été une de celles qui ont le plus férocement exploité les travailleurs espagnols qui, fréquemment, durent se dresser en protestations indignées, non seulement contre l’exploitation anglaise, mais contre le traitement odieux et humiliant dont ils étaient victimes de la part des "gentlemen" anglais. Pendant le soulèvement franquiste, la Compagnie de Riotinto fut un des plus fermes soutiens du général Franco.



L’Espagne est aussi le premier pays producteur de mercure du monde, mais l’économie espagnole ne bénéficie pas de cette richesse. Bien que l’exploitation se fasse en régie d’Etat, son commerce mondial est monopolisé par le trust Mercurio Europeo établi à Londres et qui contrôle la totalité de la production espagnole et italienne."



A suivre...



(Source : Les quais de chargement du minerai de fer d’Orconera, dans le magazine K Barakaldo 03 – AVPIOP (patrimonioindustrialvasco.com))




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