LE CENTENAIRE DE LA NAISSANCE DE LÉON BONNAT LE BAYONNAIS EN JUIN 1933 (deuxième partie)
LE CENTENAIRE DE LA NAISSANCE DE LÉON BONNAT EN 1933.
Léon Joseph Florentin Bonnat, né le 20 juin 1833 à Bayonne (Basses-Pyrénées) et mort le 8 septembre 1922 à Monchy-Saint-Eloi (Oise), est un peintre, graveur et collectionneur d'art français.
PEINTRE LEON BONNAT PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien la Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays basque,
Bayonne a rendu hommage hier à l'illustre peintre, généreux donateur d'une collection inestimable à sa ville natale.
... Discours de Garat (suite).
JOSEPH GARAT
De son vivant, Léon Bonnat mettra en dépôt, au Musée de Bayonne, les richesses que, dans un goût passionné de l'Art, il avait accumulées en son hôtel. Il n'attendra pas que la mort l'ait contraint de se séparer de tant de merveilles, si difficilement choisies et chèrement acquises, et veillera, en personne, à l'installation de son musée qui deviendra un des plus beaux de France par le dépôt définitif de tes collections, qui ont exigé pour les grouper en un ensemble unique, toute une existence de labeur opiniâtre et de recherches constantes.
Nous devons une grande reconnaissance à M. Henri Verne, directeur des Musées nationaux, à M. Léon Guiffrey, conservateur des peintures du Louvre, à M. Carie Dreyfus, conservateur des objets d'art, ami intime de Bonnat, tous deux ses exécuteurs testamentaires, qui ont procédé avec leur science et leur dévouement éprouvés à l'installation définitive des oeuvres du maître et n'ont cessé de rendre d'inappréciables services à son musée.
PORTRAIT DE HENRI VERNE DIRECTEUR DES MUSEES NATIONAUX PAR AARON BILIS 1935
D'autres conservateurs, quelques-uns membres de l'Institut, ou bien voulu revoir et classer les objets correspondant à leur spécialité. Je tiens aussi à proclamer que les musées nationaux nous prodiguèrent généreusement leur sollicitude éclairée et leurs bienfaisants conseils et qu'ils ont même pris à leur charge la confection et les frais du catalogue du Musée Léon Bonnat. De telles générosités et un pareil dévouement, méritent, de notre part, le témoignage public de nos sincères remerciements.
Avec le recul du temps, la carrière de Léon Bonnat apparaît comme un fleuve aux eaux limpides et paisibles qui, après les obstacles franchis à sa source, développe son cours majestueux en répandant à profusion sur ses larges rives, le bonheur et les bienfaits.
Enfants, qu'un sentiment de piété filiale a groupés autour de cette statue de bronze destinée à immortaliser les traits de Léon Bonnat, dites-vous bien que celui qui a illustré sa grande et sa petite patrie, qui nous a comblés des plus généreuses libéralités, n'est point mort pour nous !
Il revit par la pensée, par le spectacle des splendeurs de son musée, par sa bonté et sa grandeur d'âme qui furent incomparables. Il se survit à lui-même par l'éclat de son talent, comme par la munificence de ses dons.
Gardons en nous l'impérissable souvenir de Léon Bonnat !
Discours de M. Bergès.
C'est M. Simonet, adjoint au maire, qui donna lecture du discours de M. Georges Bergès, conservateur du Musée Bonnat et disciple du maître.
Voici le texte de ce remarquable discours :
Mesdames, Messieurs,
Est-ce bien le récit d'une vie que vous venez d'entendre ? N'est-ce pas plutôt un conte merveilleux et invraisemblable qui commencerait dans le drame pour finir en apothéose ?
Après une enfance assombrie par la ruine paternelle, un adolescent devenu le soutien de sa famille que la mort de son chef a réduite à la gêne, semble voué, malgré l'appui moral d'une mère admirable, a une existence mesquine et à une médiocre destinée. Par bonheur survient une fée, la bonne fée de rigueur, qui le prend sous sa protection. Désormais il pourra suivre sa vocation, ses dons exceptionnels s'épanouiront sans contrainte et il connaîtra tous les succès, la richesse et la gloire avant de s'éteindre, chargé d'ans et comblé d'honneurs, entouré du respect universel.
Dans cette histoire fabuleuse, qui est celle de Léon Bonnat, le rôle de la bonne fée fut tenu par la Ville de Bayonne le jour où, dans les circonstances que vient de rappeler M. Garat, notre député-maire, le Conseil Municipal de 1853 sur la proposition de son maire, M. Jules Labat, vota une subvention en faveur du jeune artiste. C'était pour le futur maître le premier sourire de la fortune, mais il faut reconnaître que ce jour-là Bayonne de son côté avait la main heureuse.
PEINTRE LEON BONNAT
Une Ville qui accorde une pension à un artiste ou artisan, pour lui permettre de compléter ses études ou, de se perfectionner dans son métier, mise sur sa propre chance puisque la réussite du jeune homme, qu'elle escompte, doit contribuer à alimenter le fonds de son Elite. C'est donc une obligation purement morale que contracte le bénéficiaire de son avance et le succès de celui-ci est le seul remboursement que ses concitoyens soient en droit d'attendre de lui. Or, le succès de Bonnat fut si éclatant et rapide que, pour paradoxal que cela semble, ce fut bientôt la protectrice qui devint l'obligée de son protégé pour l'éclat que la jeune célébrité de de dernier ajoutait à son propre renom. Mais lui n'envisageait pas les choses sous ce jour. Dans la délicatesse de sa conscience, mesurant à la profondeur de l'abîme, dans lequel il avait failli sombrer, l'importance de l'aide qui lui avait permis d'en remonter, il ne se considérait pas comme quitte envers sa ville natale et déjà il rêvait de lui laisser, avant de mourir un gage durable de sa reconnaissance.
Pourquoi, à l'exemple de ces mécènes dont les donations sont célèbres, ne réunirait-il pas à son tour une collection dont il ferait don à Bayonne. Pourquoi pas ?
Pendant que ce projet présomptueux, conçu dans l'enthousiasme de la jeunesse et contre toute probabilité, devenait peu à peu une éblouissante réalité, les années lourdes de triomphes, semeuses d'oubli, d'indifférence et racine de reniement, s'étaient accumulées sur son front. Mais elles n'avaient pas réussi à émousser sa sensibilité et, quand le coeur du vieillard cessa de battre, son amour pour sa petite patrie y avait gardé toute la fraîcheur de ses vingt ans.
Je passe sur les détails d'une biographie, qui vient de vous être retracée si éloquemment, pour arriver tout droit au dernier chapitre de cette histoire incroyable et pourtant vraie et d'une haute portée morale puisqu'elle tend à prouver qu'un bienfait n'est pas toujours perdu.
En récompense de son geste, généreux sans doute, mais qui, à parler franc, n'engageait qu'une poussière dans le remous de son budget, Bayonne reçut un trésor digne d'une capitale.
Ce trésor, Mesdames et Messieurs, c'est, vous le savez, la Collection que vous avez tous ou presque tous, visitée à notre Musée.
MUSEE BONNAT BAYONNE PAYS BASQUE D'ANTAN
Bonnat la commença sur ses premières économies et la continua pendant plus de soixante ans avec une sûreté de goût et un souci de sélection qui ne se démentirent jamais.
Céramiques antiques, objets d'art et bronzes, sculptures, peintures et, par dessus tout, dessins des Grandes Ecoles, forment un ensemble d'une qualité si raffinée qu'il supporte, sans en être écrasé le voisinage de quelques pièces hors pair dont la possession enrichirait, le plus riche Musée. Est-ce à dire que tout y soit chef-d'oeuvre ? Ce serait absurde. Mais, sur les quelques trois mille numéros que compte la Collection pas un qui soit sans mérite, ni qui puisse laisser le connaisseur indifférent..."
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