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samedi 7 février 2026

LES PASTORALES AU PAYS BASQUE EN JUILLET 1921 (cinquième partie)

LES PASTORALES EN JUILLET 1921.


La pastorale est un spectacle théâtral traditionnel du Pays de Soule, de plein air et amateur, rassemblant chaque année la population d'un village ou d'un groupe de villages.




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PASTORALE DE MENDITTE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet Etienne Decrept, dans le quotidien La Gazette de Biarritz-

Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, le 27 juillet 1921 :



"Le Théâtre Basque et ses origines.

Le Théâtre Moderne — Chanton Piperri — Amboto — Amaya — Semetchia.



Le Théâtre Moderne.



On cite bien vers la fin du 18e siècle un comte de Peñaflorida qui composa un vaudeville à couplets mi-basque, mi-castillan : El borracho burlado (L'ivrogne dupé) qui m'a tout l'air d'être emprunté au répertoire du Caveau. Puis, plus rien...


Au dernier siècle, après le relèvement des ruines entassées par les luttes civiles, une organisation se forma à San-Sebastian pour jouer des pièces composées par les sociétaires. Cette société existe encore et chaque année à la San Tomas et en d'autres circonstances elle joue drames et comédies. Il n'y a pas de rôles féminins dans ces ouvrages où ils y sont d'une telle insignifiance qu'on les pourrait supprimer sans dommage ; mais si naïves, si faibles que soient ces petites pièces elles ont le mérite d'être faites en basque et non en castillan, comme tout ce qui fut fait à Bilbao jusqu'à la création de "Maïtena".



On m'a communiqué un numéro de la Bazconia de Buenos-Ayres, dans lequel M. Echave, de Bilbao, revendique pour M. l'abbé Azcue, auteur du grand dictionnaire trilingue Basque-Français-Espagnol, l'honneur d'avoir fondé le théâtre basque. C'est là une prétention injusticiable. M. Azcue et, à son initiative, le dit M. Echave, n'écrivirent avant la parution de "Maïtena" que des pièces rédigées en castillan et d'une puérilité désarmante. Si c'est à du théâtre basque, je réclame la priorité pour la "Robe Rouge", de mon ami Brieux, une vraie pièce celle-là, dont l'action se déroule au pays basque parmi des personnages basques.



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JOURNAL BASKONIA de BUENOS-AIRES



Mais non !... J'appelle théâtre basque celui qui peint en langue basque seulement des passions que les basques éprouvent d'ailleurs avec toute l'humanité.






Chanton Piperi-Amboto.




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OPERA CHANTON PIPERRI
LIVRET DE DON TORIBIO ALZAGA

Sans cette condition primordiale, il n'est pas de théâtre basque et la pièce qui l'a remplie à peu près pour la première fois, c'est Maïtena, incontestablement.




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MAÏTENA D'ETIENNE DECREPT
PAYS BASQUE D'ANTAN


L'aventure vaut d'être précisée :

En 1896, le compositeur Charles Colin qui savait que je m'étais occupé d'art théâtral à Paris, où j'avais fait représenter quelques petits ouvrages et refuser quelques autres, Colin me demanda un acte en vers français qu'il voulait soutenir par de la musique de scène et dans lequel je devais lui réserver des parties de chant.


Me laissant entraîner par mon sujet, je fis une pièce traitée tout à fait en comédie et où la partie lyrique ne comportait qu'une chanson chantée à la cantonade. Colin et aussi Brieux me conseillèrent de la laisser ainsi et de l'envoyer à M. Jules Claretie qui fut à deux doigts de la recevoir pour la Comédie française ; si j'avais habité Paris j'aurais, je crois, pu obtenir le résultat désiré ; mais les absents ont toujours tort... et j'estime que cela est bien ainsi.


Il y avait certainement sous les yeux des membres du comité de lecture ou de l'omnipotent M. Monval un certain lot d'actes en vers valant tout autant que le mien et dont les géniteurs demeuraient à Paris, c'est-à-dire acceptaient les difficultés d'existence que rencontrent là-bas les débutants non fortunés. Il est juste que ces victimes de la littérature soient, — puisque il est impossible de satisfaire tout le monde, — plus favorisées que le provincial ne sacrifiant, lui, que ses heures de loisir à la commune idole.


Plus tard, Colin qui m'avait entendu chanter quelques strophes basques de ma façon eut une idée mirifique : celle d'entreprendre un opéra en langue euskarienne, et, sans désemparer, il me proposa à peu près toute la ligne du premier acte de Maïtena, en me laissant le soin d'enchaîner les scènes et de mettre en relief les situations. Il se liait à moi pour dégager le deuxième acte des prémices posées. Le sujet ne m'emballait pas trop à cause de sa vague ressemblance avec celui de Mireille, mais je comptais sur les différences des caractères et des événements à provoquer pour détruire cette ressemblance. C'est ce à quoi je réussis assez pour que personne ne nous ait pu qualifier de pasticheurs ou de plagiaires.



Les journaux de la région annoncèrent l'achèvement du poème et la mise en train de la musique en février 1905 et j'envoyai cette même année mon manuscrit au concours dramatique basque de Vergara. Il n'y fut pas admis, les concurrents devant se servir du dialogue guipuzcoan à l'exclusion de tout autre. Ce fut Don Toribio Alzaga qui reçut mon manuscrit. Ce poète — du reste estimable sous tous les rapports — trouva sans doute notre idée de théâtre lyrique excellente, puisqu'il écrivit immédiatement le livret de Chanton Piperri que Zapirain mit en musique et qui fut joué en 1907. Amboto, des mêmes auteurs, fut joué en 1908. Maïtena, leur aînée, ne fut présentée au public de Bilbao par la célèbre Sociedad Coral de cette ville qu'en 1909, avec tout le luxe et tout le soin désirable. La junta se montra fastueuse, les interprètes, quoique amateurs pour la plupart, se comportèrent on ne peut mieux. Il ne m'appartient pas d'exalter les beautés de l'oeuvre ni d'en signaler les défauts. Il m'est permis cependant de rappeler son succès qui eut un retentissement énorme dans le pays basque et même plus loin, car les principaux quotidiens de Paris et de Madrid lui consacrèrent de copieux articles.



Elle fut représentée huit fois en 1909, trois fois en 1910 et trois fois en 1911.



Elle fit encaisser, quoique le prix du fauteuil d'orchestre ne fut que de 4 francs et même de 2 fr. 50 pour les matinées et soirées populaires, 55 000 francs pour 27 000 fr. de frais.



Une seule représentation procura 8 000 fr. aux veuves et aux orphelins des pêcheurs d'Ondarroa péris en mer.



Je ne compte pas celles qui furent données depuis 1911.



L'impulsion due à Maïtena fut considérable ; successivement parurent Mendi-Mendijan, paroles de Power, musique de Uzandizaga ; Mirentchu, livret de Echave, musique de Guridi ; Urzuri-Urlo, paroles et musique d'Azcue.



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MENDI-MENDIYAN
MUSIQUE DE JOSE MARIA UZANDIZAGA


Les deux premiers ouvrages seulement ont survécu.



Après l'échec de certaines compositions peu inspirées, un temps d'arrêt se produisit.



Amatchi, de Colin et Decrept, opéra à grand spectacle, mis à l'étude par l'orphéon donostiarra en 1914, fur une victime de la grande guerre : elle dort depuis ce temps dans les cartons de l'excellente société ; peut-être sa soeur aînée Maïtena, que ce même orphéon et ses solistes interprèteront pour la première fois entièrement en basque dans le parc de Mme la duchesse de Mandos à San Sebastian, le 29 juillet prochain, jouera-t-elle le rôle du charmant Prince auprès de la Belle au tiroir dormant.



Depuis leur création, les opéras basques suivants se sont promenés un peu partout où il y a des colonies eskuariennes, en Europe et en Amérique, Madrid, Barcelone, Vitoria, San Sébastian, Mexico, Buenos-Aires, Hendaye ont vu l'un ou l'autre de ces ouvrages. 



Une traduction de Maïtena notamment, superbement interprétée au Théâtre de la Nature de Hendaye par des artistes de l'Opéra et de l'Opéra-Comique : Mmes Jeanne Bourdon et Clouzet-Claverie, MM. Cazenave, Cerdan et Dufour, plut beaucoup au public très dilettante accouru de toute la Côte Basque.



Amaya.



En 1920, Guridi a donné à Bilbao son oeuvre principale Amaya, avec le concours des meilleurs chanteurs de l'Opéra Royal de Madrid et de la Société philarmonique de Barcelone. La Choral de Bilbao fournissait les chours et les tenants des petits rôles. Le succès fut retentissant.



Semetchia.



Quand j'aurai cité Semetchia, si aimablement joué à Saint-Jean-de-Luz ce printemps par Mme Lafargue Gabriel et MM. Ramos, Paul Henry et Bringeon, je serai au bout de la liste des pièces basques significatives. Elle n'est pas longue ; mais y a-t-il beaucoup de petits et même de grands pays qui puissent en présenter une semblable ?..."



A suivre...






(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France et « La Baskonia », la construction de l’identité basque en Amérique - Sabino Arana Fundazioa)








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