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lundi 2 février 2026

LA FORMATION DE LA PAROISSE DE LOUHOSSOA EN LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS

LA FORMATION DE LA PAROISSE DE LOUHOSSOA.


C'est à partir de 1720 que le nom de Louhossoa, en tant que commune, apparaît de façon officielle dans les archives officielles.




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BLASON DE LA COMMUNE 64 LOUHOSSOA 
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet J. Nogaret dans le Bulletin de la Société des Sciences, lettres & 

arts de Bayonne, le 1er janvier 1930 :



"Formation de la paroisse de Louhossoa.



L'histoire du Pays Basque est riche en événements méritant de fixer l'attention. Celui qui fait l'objet de cette note présente un double intérêt : il donne un exemple du caractère indépendant et traditionnaliste des habitants en même temps qu'il fixe les origines de Louhossoa, une des paroisses de l'ancien pays de Labourd.



Cette province était un pays d'état qui, moyennant une redevance forfaitaire, s'administrait lui-même par le moyen d'une assemblée appelée "Bilçar" composée des abbés de toutes les paroisses. Le nombre des communautés qui le composait varia suivant les époques pour atteindre 35  à la veille de la Révolution. Certaines étaient situées sur la côte qui borde le golfe de Gascogne, mais le plus grand nombre occupait une zone d'une dizaine de kilomètres de largeur traversée par la rivière la Nive.



Deux de ces dernières, Mendionde et Macaye, étaient un peu à l'écart de ce groupe dont les séparait le massif de l'Ursuya. Elles s'étendaient sur tout le territoire compris entre cette montagne et celle de de Baïgoura d'une part et la Nive et la commune de Bonloc d'autre part. Leur superficie était de 10 à 12 kilomètres de long sur 5 à 6 de large.



Une partie importante de la paroisse de Mendionde formait une seigneurie appartenant à la famille de Garro. Bien que le gentils'hommes de ce nom fussent de riches propriétaires fonciers, attendu que, d'après leur livre-terrier, ils possédaient 60 fermes tant à Mendionde que dans les environs, ils n'avaient aucune part à l'administration de la commune. Celle-ci était soumise au régime en vigueur en Labourd qui prévoyait un conseil nommé par l'assemblée des chefs de famille et présidé par l'abbé.



Il n'en était pas tout à fait de même pour les habitants de Macaye. Leur pays formait une vicomté qui appartint aux Belsunce depuis la fin du XIIe siècle jusqu'en 1640. En cette année, le seigneur de Belsunce la vendit à son gendre, Jacques de Castaignolès ; puis elle passa, en 1719, au gendre de ce dernier, Per-Ernauton de Haraneder qui la posséda jusqu'à la Révolution. Mais les seigneurs de Macaye, bien que vicomtes du lieu, ne bénéficiaient aussi que de certains droits féodaux et cela n'empêchait pas les habitants de s'administrer eux-mêmes. Du reste, à l'époque où se réglèrent les différends dont il va être question, en l'année 1684, ils rachetèrent ces droits moyennant une rente annuelle de 6 000 livres qu'ils servirent à leurs anciens vicomtes jusqu'à la Révolution.




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ARMOIRIE SEIGNEURS DE BELZUNCE
PAYS BASQUE D'ANTAN



C'est dans le courant du XVIIe siècle que se passèrent les événements précurseurs de la création de la paroisse de Louhossoa.



Mendionde et Macaye possédaient, depuis des temps qui ne sont pas connus, des biens communaux situés dans plusieurs endroits et plus particulièrement dans la région avoisinant la Nive. Ces terres étaient indivises et, pendant fort longtemps, on les utilisa exclusivement pour le pacage des bestiaux et les coupes de soutrage dont on fait leur litière, tandis que l'exploitation des bois, convenablement réglée, assurait le chauffage des habitants. Il ne s'était jamais produit de difficultés à ce sujet.



Mais, avec le temps, la situation vint à changer, car on se mit à bâtir dans ces endroits jadis absolument déserts. En 1604, on pouvait compter, disséminées sur ces communaux, 26 maisons appartenant à des particuliers, sans qu'on pût dire à quel des deux villages elles se rattachaient.



Un semblable état de choses était tout à fait anormal et demandait une prompte régularisation. Les représentants des deux paroisses intéressées, après avoir pris l'avis des propriétaires, passèrent, en 1604, une convention stipulant que la moitié de ces maisons serait attribuée à Mendionde et l'autre moitié à Macaye. Il fut en outre décidé que la même règle serait appliquée pour les immeubles qui seraient construits dans la suite.



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BLASON COMMUNE 64 MACAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Cet arrangement ne donna pas entière satisfaction, car des contestations, dont l'objet n'est pas connu, se produisirent. Le Parlement, appelé à en décider, rendit deux jugements, en 1613 et en 1623. Tous deux spécifiaient, entre autres choses, que la transaction de 1604 continuerait à recevoir pleine et entière exécution.



Les choses se passèrent ainsi pendant plusieurs années, mais on continua à bâtir, plus particulièrement dans le quartier appelé Louhossoa, situé à l'Ouest de Macaye. Il s'y forma une agglomération assez importante pour que, en 1628, les habitants demandassent l'autorisation de construire une église et de s'ériger, au point de vue religieux, en paroisse séparée. L'évêque accorda son consentement ; mais le Parlement de Bordeaux, tout en se rangeant à cet avis, stipula que rien n'était changé à l'état actuel des choses en ce qui concernait la répartition des maisons qui devaient toujours être attribuées en nombre égal aux deux localités intéressées.



Les inconvénients d'une semblable règle ne tardèrent pas à se faire sentir. Il était fort incommode pour les habitants de ce quartier qui dépendaient de Mendionde, de faire partie d'un village dont l'agglomération principale et l'église étaient à six ou huit kilomètres de distance ; en outre le hameau ainsi formé n'était pas représenté aux assemblées capitulaires où il n'y avait personne pour prendre ses intérêts. Par suite, des usages contraires aux premières conventions s'établirent et on comprit la nécessité de les réviser.  



Le Parlement, saisi de ces différends, rendit plusieurs arrêtés. Si certains ne présentent aucun intérêt au point de vue historique, il en est un, celui de 1666, qui est à retenir, car il tenait le plus grand compte des désirs des Louhossoars. En effet, tout en leur faisant défense de bâtir des moulins, privilège réservé aux autres paroisses, il leur accordait deux compensations des plus appréciables : la possibilité d'être représentés par un jurat dans chacune des deux assemblées et, en outre, voix délibérative dans la désignation des coupes de bois et des ventes.



Malgré ces avantages les Louhossoars ne se déclarèrent pas satisfaits. Ils affichèrent au contraire de plus en plus des tendances séparatistes et, après bien des démarches, ils obtinrent des lettres-patentes qui les érigeaient en paroisse particulière.



Les habitants de Mendionde et de Macaye protestèrent contre cette décision qui leur portait un réel préjudice. Ils firent appel auprès du conseil du roi qui renvoya l'affaire devant le Parlement de Guienne. Par arrêt du 1er Septembre 1684, cette cour cassa le jugement précédent, mais confirma tous les autres arrêts et, pour donner, dans une certaine mesure, satisfaction aux Louhossoars, elle décida que, tous les trois ans, les communautés de Mendionde et de Macaye prendraient chacune pour abbé un habitant de Louhossoa.



Ce n'était là, qu'une solution bâtarde et qui ne satisfit personne ; l'expérience se chargea du reste d'en démontrer les inconvénients. Il était très incommode pour les habitants de ces deux paroisses d'avoir tous les trois ans un abbé étranger, ignorant leurs affaires et n'ayant aucune raison de tenir leurs intérêts. D'autre part le pays commençait à être fatigué de tous ces longs et onéreux procès dont les frais s'ajoutaient aux charges toujours croissantes qu'ils avaient déjà et à celles qu'ils allaient résulter du paiement des droits féodaux rachetés à leur vicomte. Aussi estimèrent-ils qu'il était préférable d'arriver, si possible, à un arrangement amiable.



Dans ce but il y eut plusieurs assemblées paroissiales où l'on parla et discuta beaucoup et, après de nombreux pourparlers, on convint de recourir à un arbitrage. Chaque paroisse nomma des délégués avec pleins pouvoirs pour régler les difficultés pendantes. On en choisit neuf : 3 pour Mendionde ; 1 pour Gréciette, quartier de Mendionde fonctionnant comme paroisse ; 3 pour Macaye et 2 pour Louhossoa. Ils se réunirent le 22 Janvier 1691 et, après avoir débattu tous les intérêts en cause, ils finirent par s'entendre. Les résultats de leurs délibérations furent résumés dans une convention passée par devant maître de Hiriart, notaire, en présence des curés de Mendionde et de Macaye.



Deux jours plus tard, le 24 Janvier 1691, eut lieu une assemblée générale de tous les habitants qui ratifièrent à l'unanimité les décisions de leurs délégués. L'état de choses ainsi réglé dura jusqu'à la Révolution.



Voici les grandes lignes de cette convention.



On stipula en premier lieu que, suivant les lettres-patentes accordées par le roi, la nouvelle paroisse religieuse de Louhossoa formerait une communauté indépendante et distincte payant séparément une part de contributions ordinaires et nommant un abbé qui aurait ses entrées au Bilçar avec voix délibérative.



Telle fut l'origine de la paroisse de Louhossoa.



En considération de la faveur qui leur était accordée, les Louhossoars s'engageaient à payer aux communautés de Mendionde et de Macaye 1 000 écus partageables entre elles par parties égales. Pour ce paiement, on devait compter 200 écus en argent ; les 800 écus restant devant être représentés par 4 arpents de terre retranchés du lot revenant à Louhossoa dans la jouissance des communaux. En cas d'empêchement, ces 800 écus devaient être payés en argent.



Louhossoa devait fournir un contingent de six hommes pour la milice du Labourd et un contingent supplémentaire proportionnel à sa part de contributions générales, si le roi ordonnait des levées d'hommes supplémentaires ou si des réquisitions de bouviers ou de manoeuvres étaient faites pour le service du roi.



Les Louhossoars devaient concourir à l'entretien et à la réparation de la route royale dans sa traversée de la paroisse de Mendionde. 



Lorsqu'une taille serait imposée à l'une des deux localités primitives, Louhossoa paierait 19 sols 10 deniers à la décharge de Mendionde et 25 sols 10 deniers à la décharge de Macaye. C'était la quote-part accoutumée des Louhossoars dans les impositions communales.



Malgré la cession des 40 arpents par les Louhossoars sur la part des communaux, l'ensemble de ces derniers restait indivis entre les trois paroisses qui, à cet égard, ne devaient qu'un seul corps de communauté. La gestion de ces biens devait être confiée à 10 syndics, dont 4 de Macaye, 4 de Mendionde et 2 de Louhossoa.



L'élection de ces syndics devait se faire à Chindillette par une assemblée générale des habitants des trois paroisses. Ils étaient investis des pouvoirs les plus étendus, soit pour affermer les communaux, soit pour les aliéner en cas d'utilité reconnue. Ces syndics, après un an d'exercice, devaient rendre compte de leur gestion aux abbés et jurats de leurs communautés respectives et chaque habitant pouvait passer à son tour par le syndicat.



En cas de divergences d'opinions inconciliables survenues entre les syndics, le désaccord devait être tranché, à la pluralité des voix, par une assemblée générale des habitants.



Les syndics continueraient à affermer aux enchères les carrières communales pour meules de moulins.



Les revenus et produits des biens communaux perçus par les syndics, seraient répartis dans les proportions suivantes : sur 27 parties on allouerait 10 1/2 à Mendionde, 10 1/2 à Macaye et 6 à Louhossoa. Ces proportions donnèrent lieu à de longues contestations ; les habitants de Mendionde et de Macaye prétendant que les Louhossoars ne devaient pas avoir une part aussi forte que la leur. "Ce fut, dit l'acte, une concession faite pour le bien du pays et en considération du présent traité."



Par un article spécial on stipula que les constructions, les défrichements et les acquisitions faits par les habitants, dépendraient de leur paroisse. Quant aux étrangers, il leur serait loisible de choisir la paroisse qui leur conviendrait.



On convint aussi que les dépens accordés aux habitants de Mendionde par l'arrêt de 1684 contre les Louhossoars, seraient fixés et arrêtés à l'amiable et que pareillement Louhossoa compterait à l'amiable pour rembourser à Mendionde et à Macaye sa quote-part des contributions générales qui, depuis l'année 1661, n'avaient pas été payées en commun avec ces deux communautés, obligeant ainsi ces dernières à en faire l'avance.



Enfin il fut arrêté que cette convention serait soumise et homologuée au Parlement de Bordeaux.



C'est ainsi que ces Basques, simples cultivateurs sans instruction et ignorant les complications de la procédure, mais ayant un sentiment très net des besoins du pays, arrivèrent, par leur simple bon sens et par des concessions réciproques, à établir une convention qui régla leurs rapports pendant plus d'un siècle."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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