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mercredi 4 février 2026

VICTOR HUGO AU PAYS BASQUE EN 1843 (première partie)

VICTOR HUGO AU PAYS BASQUE EN 1843.


Victor Hugo, durant l'été 1843, visite le Pays Basque, et s'arrête  en particulier à Pasajes, en Gipuzkoa.



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MAISON OU SEJOURNA VICTOR HUGO A PASAJES - PASAIA
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet Gilberte Guillaumie-Reicher dans le Bulletin de la Société des 

Sciences, Arts & Lettres de Bayonne, en juillet 1935 :



"La question du retour de Hugo en France.


A Monsieur le Chanoine Daranatz, respectueux hommage.



Avant d'entrer avec Hugo dans Pampelune, il  nous faut essayer de rétablir les dates de son voyage, afin de suivre son emploi du temps et surtout d'éclaircir, si possible, la question du retour en France. Le poète nous y aidera un peu, mais point trop. Si son récit nous guide parfois, nous sommes par ailleurs déroutés par les dates des lettres et des notes, les unes détruisant l'authenticité des autres.



D'après ses notes, Hugo, le 7 Août visite Leso, et rentre le soir à San Juan.




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VICTOR HUGO VERS 1884
PHOTOGRAPHIE DE NADAR


Il ne peut donc quitter le vieux village guipuzcoan que le 8. Le 9 il est à Tolosa ; de là il écrit à Léopoldine une lettre datée du 9. Il couche à Tolosa puisque, nous l'avons vu, dans le chapitre des heures de diligence, il en répartit de son aveu même, à trois heures du matin (le matin du 10 par conséquent). Si, la veille il a eu le temps de visiter tranquillement Tolosa "j'ai vu toute la ville", et d'écrire une lettre, c'est qu'il y arriva dans la journée, et non le soir. De San Sébastian à Tolosa, il y a trois bonnes heures de voiture ; Hugo est donc parti de San Sébastian au début de la journée, le 9. Le 9 au soir, il couche à Tolosa, et le 10, il arrive à Pampelune ; il se trompe donc, lorsque, datant ses premières notes de Pampelune du 11, il écrit : "j'ai quitté hier Saint-Sébastien".



Ou alors c'est la lettre à Léopoldine qui est faussement datée. Je ne le crois pas ; c'est bien le 10 qu'il a dû arriver à Pampelune, sans cela il n'aurait jamais pu établir un tel emploi du temps !



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PORTRAIT DE LEOPOLDINE HUGO
PAR AUGUSTE DE CHÂTILLON 1836



La prochaine date de voyage que nous trouvons sur son manuscrit est celle-ci "de Bayonne à Pau ; 4 heures du matin 14 Août".



Pour repartir de Bayonne le 14 Août à 4 heures du matin, il faut qu'il y soit arrivé le 13 au soir. or, voyons ce qu'il fit entre le 10 à midi, arrivée à Pampelune et le 13 au soir, arrivée à Bayonne.



Ici, je dois me servir pour rétablir l'itinéraire et l'emploi du temps, des lots au crayon à moitié effacés que j'ai pu lire sur le manuscrit. La question la plus importante se pose au sujet de la phrase trouvée sur la page 38 de l'album 11.

"couché à Roncesvalles".



Entre le 10 au matin et le 14 au matin il y a quatre nuits ; la dernière de ces nuits se situe à Bayonne ; il en reste trois pour le séjour navarrais ; une d'elles s'écoule à Roncesvalles, la preuve en étant donnée de la main même de Hugo ; une autre — nous le savons par le récit intitulé la cabane dans la montagne — s'est passée dans les monts de Haute-Navarre, chez le contrebandier. Il reste pour Pampelune une nuit et peu de jours, car ce n'est pas en quelques heures que peuvent se faire les promenades dont il vient d'être question.



Hugo fut-il obligé de quitter Pampelune précipitamment ? Cette question peut paraître extraordinaire, mais je m'explique.



Sur ce même manuscrit, toujours au crayon, j'ai relevé ces phrases : l'alcalde, le gendarme, je m'aperçus que j'vais trouvé une occasion, le proverbe, fait de moi un larron.



Et, plus loin : changez les dames.



Hugo appelle cette obscure histoire l'aventure de Pampelune. Obscure, évidemment ; néanmoins, il ne faut pas un grand effort d'imagination pour reconstituer sans grave danger d'erreur ce petit incident amoureux et probablement comique. La personnalité de Hugo, sa physionomie, étaient inconnues du peuple de Pampelune, tout le laisse à penser. Nous savons qu'il voyageait incognito ; son nom, ni sa célébrité, ne pouvaient par conséquent servir de palliatif au cas où son entreprenant enthousiasme l'aurait fait remarquer des promeneurs, de l'alcade ou du gendarme...



En tout ca, que devient Madame Drouet dans ceci ? Le changez les dames de Hugo, répond-il à notre inquiète sollicitude ? Est-ce cette aventure qui a attiré Hugo sur les chemins de Roncevaux et à Roncevaux même ?



Ces phrases n'ont pas reparu dans les notes ni dans le texte du voyage ; pourquoi ce silence ?



Pourquoi surtout ce silence sur Roncevaux, qui nous stupéfie ? Hugo vient de nous parler histoire, de nous citer les grandes aventures basques ; il va à Roncevaux et ne nous dit rien ! Il se trouve dans le lieu qui correspond le plus et le mieux à ses préoccupations moyenâgeuses et ne nous en écrit que cette simple phrase : couché à Roncesvalles.



Le lecteur a le droit de s'étonner et de se demander la raison de ce silence ; malgré soi on est tenté de l'expliquer par "l'aventure de Pampelune". Lorsque, quelques jours plus tard Hugo écrira à sa femme : je vous raconterai toutes mes aventures, songe-t-il à celle-ci ?



Quoiqu'il en soit, voilà singulièrement raccourci le séjour dans la capitale navarraise, et pourtant nous verrons avec quelle minutie de détails, quelle sûreté de vision le poète décrira cette ville ; à l'heure actuelle, le voyageur qui voudrait visiter artistiquement Pampelune, ne trouverait pas de meilleur guide que le texte que Hugo a consacré à la vieille Iruña.



Mais avant de suivre ce guide génial, posons-nous une autre question : par où Hugo est-il rentré en France ?



La dernière phrase écrite en Espagne dans la rédaction officielle a trait à la promenade dans la montagne ; puis, nous trouvons la première phrase relatant le départ de Bayonne pour Pau. Entre ces lignes un vide absolu : rien dans l'édition publiée, rien de rédigé dans les manuscrits.



Nous quittons Hugo dans la montagne de Pampelune, nous le retrouverons à Bayonne. Aucune lettre, aucune explication, aucun rappel de souvenirs se rapportant à ce retour ne paraîtra dans la suite du voyage, pas plus que dans les lettres de Juliette Drouet, lorsqu'elle rassemblera les souvenirs communs.



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LITHOGRAPHIE DE JULIETTE DROUET
PAR ALPHONSE-LEON NOËL 1832



Nous n'avons pour nous renseigner que les phrases inédites du manuscrit que j'ai citées tout à l'heure.



Forte de la découverte de ces phrases, j'ai cherché par tous les moyens possibles à retrouver trace du retour de Hugo ; j'ai cherché en vain, je vais donc exposer les deux hypothèses, laissant au lecteur le soin de conclure ou de ne pas conclure.



Nous sommes en 1843 ; n'oublions pas la difficulté des chemins de Navarre ; la plupart sont des routes muletières, cependant on y passe depuis des siècles ; aux yeux des voyageurs, ils ne paraissent ni hostiles, ni inconnus.



Hugo est à Pampelune. Nous avons la preuve, écrite de sa main, qu'il atteint Roncevaux ; il a passé par la vallée de l'Arga, les descriptions de montagne qu'il donne en relatant sa promenade avec les contrebandiers, nous l'attestent. D'ailleurs pour aller à Roncevaux, c'était la route habituelle que parcouraient en sens inverse, venant de France, depuis le plus haut Moyen-Age, les pèlerins de Compostelle.



Ne croyons pas cependant que cette route fût aisée, mais fatigante au contraire. De Pampelune à Roncevaux l'étape était d'importance. Hugo la franchit-il seul ? ou avec Juliette Drouet ? ou avec les personnages de la mystérieuse aventure ?



Admettons que Juliette Drouet l'ait accompagné ; on peut se demander alors s'il osa imposer à sa compagne la fatigue d'un retour à Pampelune, alors que, ayant couché à Roncevaux, il se trouvait aux portes de la France qu'il pouvait atteindre par une route très fréquentée, la route naturelle, directe, par laquelle passaient tous les voyageur. Ayant atteint Roncevaux, Hugo devait rentrer en France et rejoindre Bayonne par le chemin que prenaient tous ceux qui, ayant atteint Roncevaux, devaient aller à Bayonne. Cette hypothèse me paraissait très acceptable, bien que le silence du poète au sujet de ce merveilleux trajet l'infirmât au premier abord. Mais nous avons vu qu'il se tait à Roncevaux, contre toute attente. Le silence au sujet du chemin du retour pouvait donc s'admettre, et il n'arrêta pas mes investigations.



Quant à la raison de ce silence, vient-elle chez Hugo, comme nous le supposions tout à l'heure, du désir de ne plus parler de l'aventure de Pampelune ? de la prudence qui lui conseillait de laisser ignorer son itinéraire ? de la perte de notes ? d'une soudaine lassitude qui aurait fait tomber le crayon de ses mains ?"



A suivre...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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