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samedi 18 décembre 2021

LE 108ÈME ANNIVERSAIRE DE LA NAISSANCE DE VICTOR HUGO PAR EDMOND ROSTAND EN 1910 (première partie)

L'ANNIVERSAIRE DE VICTOR HUGO PAR ROSTAND EN 1910.


En février 1910, Edmond Rostand rend hommage à Victor Hugo, avec une représentation d'Hernani, à la Comédie-Française.




pays basque autrefois comedie française hernani
ALBERT LAMBERT FILS DANS HERNANI COMEDIE-FRANCAISE




Voici ce que rapporta à ce sujet le journal Les Annales Politiques et Littéraires, le 27 février 1910, 

sous la plume d'Edmond Rostand de l'Académie Française :



"L'Anniversaire de Victor Hugo.



Demain, sera célébré l'anniversaire de Victor Hugo par des fêtes et une représentation à la Comédie-Française. Il y a quelques années, Edmond Rostand, franchissant la frontière pyrénéenne, qui n'est pas très éloignée de Cambo, visita le village de Hernani, dont un chef-d'oeuvre a immortalisé le nom. Il rapporta de cette excursion un récit vibrant, coloré. C'est une des plus magnifiques pages qu'il ait écrites. Reproduire les plus beaux morceaux de cette oeuvre est le meilleur hommage qui se puisse offrir à la mémoire de Victor Hugo : l'hommage rendu à un grand poète par un autre grand poète.



Un soir à Hernani.


I


"Zoinda herri horri ?" Le vieil homme fit halte.



L'heure rosait au loin les croupes de basalte ; 

La montagne semblait courir au golfe clair 

Pour mêler ses moutons aux moutons de la mer ; 

La fougère était morte et l'herbe tremblait toute ; 

Et, noir contre le ciel, au tournant de la route 

Où, malgré la saison, deux genêts épineux 

Gardaient du velours jaune entre leurs piquants bleus, 

L'homme, qu'enveloppait une vaste rotonde, 

Etait assis de l'air le plus triste du monde 

Sur un petit cheval à tête de mulet.



"Zoinda herri horri ?", demandai-je. (Quel est 

Ce village ?) — Et, du doigt, je montrais un village, 

En scandant ces trois mots de la langue sauvage 

Vieille comme la roche et comme l'Océan. 

— Mais ma voix n'avait pas le chant guipuzcoan.



pais vasco antes guipuzcoa hugo
HERNANI GUIPUSCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN



Le vieux Basque espagnol, sans cesser d'être triste. 

Toucha le bord pointu de son béret carliste, 

Laissa courtoisement tomber sur l'étranger 

Le mépris d'un regard qui semblait déroger, 

Et répondit...



Genêts, sapins, fougère, ronce ! 

Je connaissais pourtant, d'avance, sa réponse ! 

Je savais par quel mot trisyllabique et fier 

Qui mettrait tout d'un coup de la gloire dans l'air 

Ce vieux pâtre hautain allait répondre, puisque, 

Par ces chemins d'Espagne où la grâce maurisque 

Vit dans le geste obscur d'un porteur de fagot, 

J'arrivais tout exprès pour l'entendre, ce mot ! 

Puisqu'il avait, lui seul, rythmé ma marche ; et certes

Je ne l'ignorais pas, petite route verte, 

Le nom du cher village assis sur tes bords frais ; 

Ce n'était qu'un pieux frisson que je m'offrais 

De me faire, en ce lieu, par cet homme, à cette heure. 

Dire ce nom qui de tant d'ailes vous effleure ! 

L'enthousiasme était dans mon âme. J'avais 

Besoin d'entendre là ce nom que je savais.



Et ce nom que, pourtant, j'étais si sûr d'entendre 

Je l'attendais, — j'étais tout pâle de l'attendre ! 

Et j'eus froid dans le dos et les larmes aux yeux 

Lorsque, rendu plus grand par l'accent de ce vieux 

Et par la majesté du val crépusculaire, 

Avec je ne sais quoi de farouche sur l'R 

Qui vibra comme vibre un fer de makhila, 

Avec sur l'I beaucoup de langueur, et sur l'A 

Cette sonorité gutturale et chantante 

Qui prolonge, élargit, et solennise, et lente, 

Balance une voyelle ainsi qu'un encensoir, 

Le nom de Hernani roula dans l'or du soir !


pais vasco antes guipuzcoa hugo
HERNANI GUIPUSCOA 1907
PAYS BASQUE D'ANTAN


Hernani ! Hernani !...

Pâtre du pays basque, 

Quand le silence emplit le val comme une vasque, 

Tu l'entends se rider au loin du moindre bruit ; 

Et tu peux quand, parfois, tu jettes dans la nuit 

Le long ricanement de ton vieux cri de guerre, 

Suivre, comme un enfant suit jusqu'au bout sa pierre, 

Ton cri jusqu'aux derniers ricochets musicaux 

De ses échos et des échos de ses échos ! 

Mais tu ne peux pas suivre un nom qui se prolonge 

Dans tous les contreforts des Montagnes du songe, 

Qui fait chanter tous les sommets roses qu'en nous 

Ont laissé les premiers enthousiasmes fous ; 

Et tu ne peux savoir qu'aux lointains de mon âme 

Ce nom vient d'éveiller, en innombrable gamme, 

Plus d'échos que jamais tu n'en déterminas 

Quand tu poussais, le soir, tes longs irrinzinas !



Hernani !

Je frissonne !... Oh ! comme il a, ce rustre, 

Dit ce nom sans savoir que ce nom est illustre ! 

La Victoire pour lui n'habite pas ce nom ! 

Est-ce que les beaux vers font pousser l'herbe ? Non, 

Et le soc, en ouvrant la terre qu'il défriche, 

Ne peut faire jaillir un tronçon d'hémistiche ! 

Ce nom n'est que le nom d'un pur triomphe d'art, 

Il n'est brodé que sur l'invisible étendard, 

Et rien pour ce passant grossier ne le consacre. 

Ah ! si c'était le nom de quelque grand massacre, 

Si ce Basque, en piochant, faisait sous son sabot 

Rouler parfois — énorme et sinistre grelot — 

Une tête de mort au large dans un casque 

Et qui le fait sonner en y tournant, ce Basque 

Prononcerait ce nom avec respect, tout bas ; 

Car on est fier d'un champ où le dieu des combats

Vint faucher avant vous au son joyeux des fifres 

Et sur lequel deux rois ont enlacé leurs chiffres 

Tracés en ossements d'hommes et de chevaux ; 

Et Wagram sait qu'il est Wagram ; et Roncevaux 

Sait qu'il est Roncevaux ; Cannes sait qu'elle est Cannes ; 

Mais, laissant se remplir de fleurs ses barbacanes, 

Et s'étant au soleil sur la route endormi, 

Hernani n'a pas su qu'il était Hernani !



Le paysan, toujours immobile, s'étonne ; 

Sa gravité, devant mon trouble, l'abandonne ; 

Il regarde ce fou qui tremble et s'attendrit 

Quand on lui dit le nom d'un village ; il sourit 

De tous les petits plis de son visage glabre ; 

Puis, se renveloppant de tristesse cantabre, 

Droit sur sa bique blanche au vieux ventre jauni, 

Disparaît au tournant du chemin.



Hernani !...



II


J'avais dit : "Puisqu'il existe, 

Entre Irun et Tolosa

Un village fier et triste

Où la gloire se posa ;



pais vasco antes guipuzcoa hugo
PORTE PRINCIPALE HERNANI GUIPUSCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN



Puisqu'en descendant vers l'Ebre 

On entend, près d'un roc nu, 

Palpiter un nom célèbre 

Sur un village inconnu ;



Puisque étant le nom d'un drame, 

Et le nom d'un drame en vers, 

Ce nom-là me touche l'âme 

Comme avec des lauriers verts !



Et puisque, d'ailleurs, les choses 

S'arrangent mal à ce point 

Las ! que les apothéoses 

Moi seul ne les verrai point ;



Puisque, ô divin porte-lyre, 

Je ne sais pas où je puis 

Aller prier pour te dire 

Que de ta suite j'en suis ;



Puisque je n'irai pas boire, 

Dans l'humble creux de ma main, 

A ces fontaines de gloire 

Qu'on fera couler demain...



Je prendrai, devant ma porte, 

Ce chemin bleu qui conduit 

A ce village qui porte 

Ce nom qui chante et qui luit..."



Et j'étais parti. J'arrive, 

Petite ville, et je vois 

Ton arrogance passive, 

Ton noir profil d'autrefois !



Déjà je vois apparaître 

Un toit fier et surplombant, 

Des balcons qui semblent être 

Dessinés par Artaban ;



A mesure que j'approche 

Je vois mieux se détacher 

Cette fantastique roche 

Qui domine ton clocher ;




pais vasco antes guipuzcoa hugo
HERNANI GUIPUSCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN



Je t'admire ! Je m'attarde 

A t'admirer dans le soir ! 

Et pourquoi je te regarde 

Tu ne peux pas le savoir...



Hernani-du-Val-Bleuâtre 

N'a pas entendu le cor 

Que Hernani-du-Théâtre 

Fait sonner dans son décor !



Tandis que ton nom s'envole 

Sur le grand drame français, 

Petite ville espagnole, 

Tu murmures : "Je ne sais..



Et tu t'endors, fière et triste, 

Entre Irun et Tolosa

Au fron-fron d'un guitariste, 

Au parfum d'un mimosa !"



A suivre...





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