L'EXODE DE JUIN 1940 À HENDAYE.
Depuis le 22 juin 1940, jour de signature de l'armistice de la guerre entre la France et l'Allemagne, et avant l'arrivée des troupes allemandes dans le Sud-Ouest de la France, la frontière entre Irun et Hendaye, est le témoin de passages frénétiques d'innombrables personnes de toutes conditions sociales.
Déjà, depuis le 19 juin 1940, la frontière commence à se remplir de personnalités de tout type,
comme le Duc et la Duchesse de Windsor, M Van Zeeland, ambassadeur de Pologne à Rome,
l'attaché militaire et naval de Roumanie à Londres, ou Van Camelaert, Ministre d'Etat Belge et
Président de la Chambre des Députés, comme aussi un grand nombre de Belges, Sud-
Américains et Polonais.
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DUC ET DUCHESSE DE WINDSOR |
Le 20 juin, devant la tournure de la guerre, la panique s'empare des gens qui fuient la France.
Parmi elles, se trouve la famille Rotschild qui vient de Paris, l'ex-Impératrice Zita avec ses
filles, les Princesses Francisca, Maria Antonia et Isabelle de Bourbon-Parme, l'Ambassadeur de
France en Argentine, le pianiste Polonais Nielzjelski et le Consul de Belgique au Mexique.
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IMPERATRICE ZITA EN 1916 |
L'événement le plus surprenant de la journée est le passage de 4 chevaux de course du magnat
Américain Forest.
La grande affluence de tous ces gens alimente la condition et la bourse de quelques douaniers
Français, qui arrivent à demander jusqu'à 300 francs (environ 120 euros) pour l'émission de
chaque "laissez passer", synonyme de liberté.
Le 21 juin, le reste de la famille Rotschild, un Ministre du Pérou et plusieurs journalistes du
"Daily Mail" passent le pont, accompagnés de 148 enfants.
Ces enfants viennent des colonies de Biarritz et Bayonne, et sont transférés sur l'embarcation
Ce jour est marqué par le spectacle dantesque de milliers de personnes qui attendent les trains
Le samedi 22 juin Saint-Sébastien (Donostia) reçoit comme hôte illustre M Jacques
Cartier, le célèbre bijoutier parisien, avec tout un tas de valises.
Durant son séjour, M Cartier est victime d'un infarctus et est soigné par le Dr Bravo.
Pendant ce temps, sur le pont international d'Hendaye-Irun, l'affluence de gens illustres ne
cesse pas.
Ce jour là, s'ajoutent à la liste des réfugiés illustres les noms de Gaetano de Bourbon-Parme,
la Princesse Maria de Bourbon-Parme, le sculpteur Real de Sarthe, l'Ambassadeur du Japon à
Bruxelles, le directeur de la Banque Morgan à Paris et l'épouse du Maharadjah de
Kapurthala, accompagnée de Greta Rotschild.
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MAHARADJAH DE KAPURTHALA |
Les journées du 23 et 24 juin marquent l'histoire du pont à la suite de la fermeture du
transport ferroviaire, et à l'absence de carburant pour les véhicules.
Il y a à Hendaye, une file d'attente de plus de un kilomètre jusqu'à la frontière, surnommée
"le serpent", et des centaines de véhicules et piétons attendent avec anxiété jusqu'à 72 heures,
le passage vers Irun.
Deux jours avant l'arrivée des troupes allemandes à la frontière, le Consulat Général du
Portugal à Bayonne ferme.
Le Consul fait une crise de nerfs en voyant l'affluence massive de gens et la demande de
milliers de visas.
Pour ce motif, il est destitué, empêchant plusieurs centaines de personnes d'avoir un visa pour
le Portugal.
L'armée Allemande se trouve à ce moment à une distance d'environ 12 kilomètres de Biarritz,
et avant son arrivée imminente à la frontière, un groupe de personnes de la communauté
Allemande se déplace jusqu'au pont international, pour les attendre.
Des témoins de l'époque ont raconté que 2 soldats allemands, dans leur hâte, à bord de leur
side-cars (motos) à hauteur du Pavillon Bleu à Saint-Jean-de-Luz, sont tombés sur la voie
ferrée et sont décédés.
Le 26 juin, 10 000 Polonais s'enfuient de St-Jean-de-Luz, à bord de 9 bateaux de transport et
escortés par un croiseur, 4 torpilleurs et patrouilleurs britanniques.
Les voisins de la gare d'Irun ont été les témoins de la longue attente de milliers de personnes,
pendant des heures, de toutes conditions, assis sur leurs bagages, de l'arrivée des trains.
Les véhicules luxueux de certaines personnalités illustres, qui avaient servi de moyens de
transport jusqu'à la frontière furent vendus à des prix dérisoires sur la place même de la gare.
La matinée du 27 juin 1940 est le dernier moment de fuite vers la liberté.
Parmi les centaines de personnes qui passent la frontière "in extremis", on aperçoit
l'Ambassadeur Américain Hugh Gibson, ami personnel de Roosevelt, le Prince du Népal, le
Maharadjah Bahadur Rana et le rédacteur en chef des "Nouvelles de Paramount".
A midi, une colonne de véhicules allemands arrive à la frontière.
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HENDAYE 27 JUIN 1940 |
Curieusement, à la place d'un convoi militaire, se présente une caravane de journalistes de la
"Lutwaffe".
On y trouve Heinz Lubenthal, speaker de "Radio Stuttgart", Eric Ekert, journaliste et
professeur à l'Université de Prague, Franz Greiner, photographe d'une société "Linz Donau" à
Berlin et Willy Niesner, rédacteur en chef de "Wien Modling".
Ces journalistes ont quitté Paris le mardi 25 juin et ont été envoyés à la frontière comme
correspondants de guerre, attachés à la Division Motorisée SS "Leibstandante - Adolf Hitler".
Avant l'arrivée des troupes nazies, du côté espagnol se sont déplacés à la frontière le Général de
la 6ème Région Militaire Lopez Pinto et le chef de la frontière Ochotorena.
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IRUN 27 JUIN 1940 |
Les journalistes sont reçus au Commandement d'Irun par le Colonel Bruhns, attaché militaire
de l'Ambassade Allemande et par Wilhem Beisel Heuss, leader du parti nazi à Saint-Sébastien
et délégué de l'appareil de propagande du Nord de l'Espagne, ainsi que plusieurs membres de
la colonie Allemande au Guipuscoa.
Après le discours de bienvenue du Général Lopez Pinto, Heinz Lubenthal commence à
informer Berlin, avec son émetteur de campagne, placé sur un camion, la prise du pont
En suivant, les journalistes sont invités à manger dans un restaurant de Fontarrabie, en
présence de Beisel et de 50 membres de la communauté Allemande.
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FONTARRABIE 27 JUIN 1940 |
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FONTARRABIE JUIN 1940 |
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FONTARRABIE 27 JUIN 1940 |
Ce même après-midi, les troupes d'occupation découvrent au poste frontière une caisse remplie
de bijoux et même un lingot d'or.
A partir de ce moment, ils donnent des ordres précis pour éviter la fuite des juifs Allemands et
de leurs biens.
Les plus hautes personnalités et les gens humbles cherchent alors à se sauver par bateau, et
certains y parviennent.
Ce pont international est donc un coin chargé d'histoire, un lieu de rencontre et de passage,
une pause sur le chemin entre la déportation et la mort.
La collaboration entre les services secrets allemands et espagnols est permanente et le 29 août
1940, est un jour de honte pour ce pont.
Ce jour-là, le Président de la Generalitat (Président de la Catalogne) Luis Companys, est remis
à la Garde Civile espagnole après avoir été détenu en France.
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LUIS COMPANYS 1940 |
Torturé, il est condamné à mort et le 15 octobre 1940, il est fusillé au Fort de Montjuich à
Barcelone.
(SOURCE : GIPUZCOA 1940 de Ramon BAREA UNZUETA)
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