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samedi 30 mai 2026

L'ÉCRIVAIN PAUL-JEAN TOULET DE GUÉTHARY EN LABOURD AU PAYS BASQUE (seconde et dernière partie)

  

L'ÉCRIVAIN PAUL-JEAN TOULET.


Paul-Jean Toulet, né à Pau (Basses-Pyrénées) le 5 juin 1867 et mort à Guéthary (Basses-Pyrénées) le 6 septembre 1920, est un écrivain et poète français, célèbre pour ses Contrerimes, une forme poétique qu'il a créée.




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ECRIVAIN PAUL-JEAN TOULET



Voici ce que rapporta à son sujet Pierre Labrouche dans le Bulletin du Musée Basque N° 21-22, 

en 1942-1943 :



"P. - J. Toulet.



C'est de Paris également qu'il reverra en pensée la route de Jurançon où, allant dîner à l'auberge Lesquerré avec une gentille petite Paloise de ses amies, un comique malentendu fait prendre leur voiture pour celle de Monseigneur l'Evêque de Bayonne, qu'on attendait.



Ce fut par un soir de l'automne

A sa dernière fleur

Que l'on nous prit pour Monseigneur

L'Evêque de Bayonne,



Sur la route de Jurançon.

J'étais en poste, avecque

Faustine et l'émoi d'être évêque

Lui coupa sa chanson.


Cependant cloches, patenôtres,

Volaient autour de nous.

Tout un peuple était à genoux :

Nous mêlions les nôtres.


O Vénus, et ton char doré,

Glissant parmi la nue,

Nous annonçait la bienvenue

Chez Monsieur Lesquerré.


Un Jurançon quatre-vingt-treize

Aux couleurs du maïs

Et ma mie, et l'air du pays :

Que mon cœur était aise.


Ah ! les vignes de Jurançon

Se sont-elles fanées,

Comme ont fait mes belles années

Et mon bel échanson ?


Dessous les tonnelles fleuries

Ne reviendrez-vous point

A l'heure où Pau blanchit au loin

Par delà les prairies ?



II a écrit les vers que je viens de citer, probablement dans son appartement de la rue de Laborde à Paris, triste logis donnant sur une sombre cour, où j'allais parfois le voir. Il était là, couché la plupart du temps quand je le visitais l'après-midi. Il travaillait ou il méditait... une longue table serrée contre son lit, chargée de livres, de dictionnaires, de papiers en désordre, rassemblait ce dont il avait besoin. Mais aussi, souvent, soit déjà rue de Villersexel, son premier logement, ou rue de Laborde, il était malade, car sa santé était assez délicate. Il faut avouer que l'absence absolue de plein air, d'exercice, de mouvement, ces perpétuelles noctambuleries, ces nuits blanches passées dans les cafés et dans les bars, bien des abus, alcool, opium et morphine, cette vie qu'il avait adoptée, où il ne voyait jamais le soleil, à dire vrai, ne faisaient qu'aggraver un état de santé déjà peu brillant.



Quand je disais que la conversation de Toulet était pleine de paradoxes et d'ironie, il faut y ajouter un goût très vif pour la mystification. A la fin du livre, M. du Paur à l'agonie s'est déjà confessé, mais demande un vicaire de Saint-Augustin pour réparer, dit-il, un oubli auprès de lui. L'on entend un cri strident et l'on trouve l'abbé, évanoui sur le parquet ; et, déjà frappé du calme éternel, P.-B. du Paur étendu dans son lit, la face sereine à peine plissée d'un faible et mystérieux sourire.


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LIVRE MONSIEUR DU PAUR
PAUL-JEAN TOULET




Je ne cachai pas à notre poète que ceci sentait par trop la mystification et que j'étais convaincu qu'il ne savait absolument pas ce qu'avait dit P.-B. du Paur au vicaire. "Détrompez-vous, me dit Toulet vivement, avec un rictus en coin, je le sais parfaitement, je vous assure ; mais je ne vous le dirai pas !!!"



Et quand il m'en fit la dédicace il écrivit de sa fine écriture soignée :


"A Pierre Labrouche, en attendant une meilleure édition de ce livre, sur lequel nous nous trouvâmes jadis en désaccord."



Toulet maniait à ravir le style épistolaire. J'ai conservé de lui pas mal de lettres et je crois que j'ai bien fait de ne pas consentir à les laisser publier, car elles étaient trop reliées à la vie intime, aux chagrins, aux soucis quotidiens de mon ami. J'ai cru cela préférable par déférence pour sa mémoire. J'en extrais néanmoins deux passages, l'un relatif à une somme assez ronde, tout ce qui lui restait, que Toulet confia après son départ de Carresse, à un gentilhomme béarnais, pour la faire fructifier en Indo-Chine et dont il ne reverra jamais un sou. Il ne se faisait, du reste, aucune illusion à cet égard.



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VUE GENERALE AERIENNE DE 64 CARRESSE
BEARN D'ANTAN


"Cependant, m'écrit-il de la Rafette le 1er février 1908, on m'avertit de toutes parts que mes affaires d'Indo-Chine vont bien. Il faut entendre, sans doute, par là, que c'est M... qui va bien. Et c'est bien quelque chose. Le certain, c'est qu'il a chargé quelqu'un de m'avertir que notre affaire de distillerie était conclue et que je pouvais désormais me considérer comme riche. Moi, je veux bien. Et je me suis mis aussitôt à me traiter avec le plus grand respect. Le diantre est de faire partager cette considération par une centaine de fournisseurs huileux, de vénéneux cabaretiers et d'hommes de phynance.


Adieu, cher ami, je vous aurais remercié plus tôt si mon train-train n'était tout détraqué par la maladie d'une de mes parentes et non des moins chères, qui est depuis quelques jours entre la vie et la mort et sans espoir. Vous savez certainement que toute famille se compose de gens qu'on déteste et de gens qu'on aime. Il est mélancolique que ce soit toujours à ceux-ci que le malheur s'attache."



Une autre lettre de la Rafette :


"En dehors de cela j'étudie le grec, je lis le Magasin Pittoresque, je bourre mes neveux d'idées fausses — à défaut de bonbons — ou bien d'une de mes fenêtres qui donne sur l'Orient, je regarde les bateaux qui passent sur la Dordogne. A distance, comme ça, ils ont l'air heureux, légers et blancs. Je suppose que, de près, ce sont des raffiaux de la plus révoltante malpropreté."



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MAGAZINE LE MAGASIN PITTORESQUE 1850



Si j'ai cité ces quelques passages, c'est que Paul-Jean Toulet se résume dans ces lignes. Charmants mirages, pleins d'heureuses promesses, puis : scepticisme et désillusion.


"Tout s'arrange, voyez-vous, me dit-il un jour où nous étions seuls tous les deux..., tout s'arrange car on finit bien par mourir."



Il écrit encore à son amie Mme Bulteau, à qui ses familiers avaient donné le petit surnom de "Toche".


"Madame, je crois que vous aimez trop les mille formes de la vie pour ne pas avoir le goût de la mort. C'est un goût singulier à la bouche et puissant. Ce matin, je rêve que ce devrait être dans une ville du Midi ; un dimanche matin qu'il fait soleil et que les filles courent avec leurs amoureux au sortir de la messe. Ou bien ne pensez-vous pas que cela aurait encore quelque charme dans une ville des Flandres étroite et dentelée et fortifiée par Vauban. Il ferait un temps mou d'automne, un temps à couper au couteau ; et je me ferais lire un conte d'Andersen, celui des Sept Cygnes, par exemple, où il n'y a pas eu assez de chemise enchantée pour le petit frère et qu'il garde une aile d'oiseau, vous savez, Toche, de ces ailes, comme l'a dit votre ami, qui empêchent de marcher. Ce doit être délicieux, Toche, de mourir, de sentir toute la fatigue de la vie fuir par le bout des doigts comme son sang dans un bain."



Ou encore :


"Vos lettres font toujours du bien à ce pauvre Toulet, qui vous aime beaucoup plus que tous ces gens qui sont autour de vous, ou qui vous écrivent de loin et qui ne dénouent jamais le masque qu'il ont mis à leur cœur."



La bagarre de cette lutte littéraire, cette bataille, cette guerre au couteau qui est la monnaie courante pour les gens de lettres qui veulent percer, Toulet n'était guère armé pour la dominer et en sortir victorieusement. A la fin, tout cela était arrivé à l'excéder. Il avait eu trop de peines diverses... et tant de soin à dissimuler ses tristesses. Rien n'use comme cela. Comme il me l'écrivit à cette époque : "Je suis chagrin et mal portant". Pour lui, la vie était devenue vraiment trop dure à Paris.



Puis il se maria, vint habiter Guéthary. Sa santé devenait de plus en plus chancelante. La guerre de 1914 étant survenue, je ne le vis plus et je partis ensuite longtemps travailler à Venise. Nos existences très différentes, l'éloignement dans ces dernières années, nous avaient malheureusement beaucoup séparés.



Aussi étant revenu au pays basque et en séjour à Saint-Jean-de-Luz, fis-je le projet d'aller le visiter à Guéthary avec un très vieil ami à lui, Jean de Longueil. Le malheur voulut que Longueuil fut mal en train ce jour-là. Pour aller ensemble à Guéthary nous avions remis ce déplacement au surlendemain. Le soir même nous apprenions que Toulet venait de mourir et que les obsèques avaient eu lieu le matin de ce jour.



Francis de Miomandre, qui le vit sur son lit de mort, disait, qu'avec ce nez mince et busqué, cette barbe courte, cette bouche fière et serrée, cette ascétique maigreur, ce front immense, il donnait l'impression d'un grand seigneur féodal, de sa propre effigie sculptée sur son tombeau.


Pierre Labrouche.

28 février 1942-27 mars 1943."




(Source : Wikipédia et gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)









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