Libellés

jeudi 28 mai 2026

LES ANCIENS PONTS DU PAYS BASQUE NORD EN 1926

LES ANCIENS PONTS DU PAYS BASQUE EN 1926.


Au Pays Basque Nord, il existe de nombreux ponts anciens, d'origine romaine ou non.




pays basque ponts iparralde basse-navarre labourd soule
PONT ST-ETIENNE-DE-BAÏGORRY 1938
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet Abel Brunet dans la revue hebdomadaire La Côte basque : 

revue illustrée de l'Euzkalerria, le 29 août 1926 :



"Quel touriste n'a pas remarqué, en traversant le Pays Basque, ces vieux ponts caractéristiques et pittoresques, aux pierres desquels s'accroche la verdure et dont les chaussées sont creusées d'ornières, profondes rainures ? Ces ponts ont un instant attiré le regard, car ils agrémentent le paysage, une appréciation élogieuse a jailli des lèvres à l'égard de leur silhouette vénérable, puis, dans un vrombissement de moteur et un nuage de fumée, les promeneurs ont transporté ailleurs leur curiosité.



Ces ponts méritent cependant une attention plus grande, car de leur arche se dégage une mystérieuse évocation d'un passé qui fit retentir les solitudes d'aujourd'hui du bruit des foules, d'un passé grandiose digne de faire rêver à la fois les artistes, les guerriers et les croyants, et dont les vestiges ont à juste titre passionné les archéologues.



Les artistes verront s'animer des visions en harmonie avec le caractère rustique et ancien de ces vétérans : les soldats de César, les Gaulois, les pénitents de Saint-Jacques, les promeneurs attardés du siècle du grand roi et, de nos jours, les paysans basques conduisant leur attelage ou les basquaises portant leur fardeau sur la tête. Le peintre Raoul Serres dont nous parlions récemment, imagina le pont de St-Etienne de Baïgorry supportant don Quichotte et Sancho Pança ; et chaque rêveur à sa guise dégagera un secret souvenir des vieilles pierres effritées.



pays basque ponts iparralde basse-navarre labourd soule
PONT DE ST-ETIENNE-DE-BAÏGORRY
PAR RAOUL SERRES



Les guerriers reverront passer le brillant cortège des étincelantes légions de Rome et des chars de combat sur certains d'entr'eux, comme le pont du Socoa, par lequel une voie romaine franchit l'Euxin, ruisseau au nom latin évocateur de toute l'antiquité latine, ou les troupes de Wellington marchant sur Bayonne sous Napoléon.



Les croyants auront la large vision des immenses pèlerinages de St-Jacques de Compostelle, qui, au Moyen-Age, amenèrent des multitudes sans cesse accrues à travers la Basse-Navarre. Presque tous les ponts de nos contrées se trouvaient sur les voies Jacopites. Plusieurs d'entre eux, comme les voies romaines elles-mêmes, dataient de la conquête latine, et furent réparés ou reconstruits au Moyen Age à l'usage principal des pèlerins.



A cette époque où le pays Basque était représenté par le Codex de Compostelle comme une région sauvage, les ponts évoquent les haltes au bord de l'eau, les points de repère où, à l'habituel silence, succèdent périodiquement le murmure des pèlerins ou le chant des trouvères, créateurs de nos chansons de geste et de nos épopées.


pays basque ponts iparralde basse-navarre labourd soule
CODEX DE COMPOSTELLE



L'archéologue enfin et surtout trouve en eux matière à confirmer des études du plus haut intérêt. C'est ainsi que, parmi les voies Jacopites, nous repérons les passages des pèlerins du Moyen Age par l'itinéraire Bordeaux, Bayonne, St-Jean-de-Luz et Irun par le pont romain du Socoa, plus haut cité. Pour l'itinéraire Bayonne, Valcarlos, St-Just Ibarre, Uhart-Mixe ou St-Palais, nous en trouvons les tracés supposés indiqués par le pont romain d'Ascain, le pont de Bidarray et celui d'Aintçaburu, ce dernier par lequel la voie romaine de Bordeaux à Astorga franchissait la Joyeuse, entre Beyrie et Orsanco.



pays basque ponts iparralde basse-navarre labourd soule
PONT DE BIDARRAY
PAYS BASQUE D'ANTAN



Tous ces ponts dont la voûte en dos d'âne vit passer des générations et des races multiples, depuis les senturions romains jusqu'aux modernes représentants de toutes les nations, ont tremblé sous le pas des armées des combattants et des pénitents, tour à tour servant à faciliter l'invasion ou à réunir les croyants. Ils sont demeurés, étranges et personnels en harmonie avec la race Euskarienne, qui voit défiler les étrangers, entend le bruit des foules et se renferme dans le silence de son passé et de ses traditions. Leur muette éloquence vous saisit dans le cadre qui les entoure, et chacun semble vous parler son langage particulier.



Si, dégagés de l'ambiance de la longue théorie des souvenirs qui se dégage de nos vieux ponts euskariens, nous les considérons au point de vue purement esthétique, nous constatons qu'ils ajoutent un charme réel aux paysages dans lesquels ils se trouvent harmonieusement adaptés.



Sur la côte, non loin d'Ilbaritz, des vestiges d'un pont romain existaient encore, paraît-il, au début du siècle dernier : pont, ou plutôt aqueduc aboutissant à une falaise aujourd'hui disparue. C'est à cet endroit que le Baron de l'Espée eut l'idée de ressusciter le vétuste ouvrage, et a fait construire un pseudo pont romain duquel on jouit d'une vue superbe sur la mer.



Le pont du Socoa, qui a conservé une grande partie de sa construction romaine, dans sa rigidité et son étroitesse, s'incorpore à l'étroite embouchure de l'Euxin et aux rudes ensembles du port fortifié. Par contre, le long de la Nivelle, le pont d'Ascain entoure sa vieillesse de coquetterie au milieu de bosquets de verdure, tandis que celui de Bidarray se drape comme les moines de jadis dans leur robe de bure, parmi de longues franges de lierre laissant apercevoir le tracé ogival de ses arches. Celui de St-Etienne-de-Baïgorry, à la courbe particulièrement accentuée, s'arc-boute sur les deux rives de la Nive pour faciliter le passage.



pays basque ponts iparralde basse-navarre labourd soule
PONT UNTXIN SOCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN



Dans sa rusticité, le pont d'Aintciburu mérite une mention toute particulière, à moitié enfoui dans une abondante végétation, il semble vouloir dérober aux regards des profanes son corps rapiécé. La culée de gauche, refaite au Moyen-Age, et fortement réparée à une époque plus récente, exhibe un parement de pierres sèches, tandis que la culée de droite a conservé son appareil romain. Le dos d'âne est très prononcé, et sa mince chaussée vestige d'une route abandonnée qui perme de reconstituer en cet endroit le tracé de la voie romaine, se prolonge par des dallages qui vont se perdre dans la végétation envahissante.



pays basque ponts iparralde basse-navarre labourd soule
PONT DE ST-ETIENNE-DE-BAÏGORRY 1931
PAYS BASQUE D'ANTAN



Nos vieux ponts du Pays Basque sont tous des monuments historiques : la Conquête, la Foi et la Légende, ces trois forgerons de l'Histoire ont passé sur eux, et c'est en forgeant notre histoire et notre littérature qu'ils ont meurtri leurs parapets et leurs arches robustes, que le touriste doit longuement contempler."



(Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 7 100 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire