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mardi 15 septembre 2026

UN VOYAGE EN TRAIN AU PAYS BASQUE EN 1906 (troisième et dernière partie)

 

UN VOYAGE EN TRAIN AU PAYS BASQUE EN 1906.


Avec l'arrivée du chemin de fer, le tourisme se développe au Pays Basque.





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AU PAYS BASQUE
COMPAGNIE DU CHEMIN DE FER DU MIDI 1906


Voici ce que rapporta à son sujet Robert de Souza dans le bimestriel Les Pyrénées / Compagnie du 

Chemin de Fer du Midi, en 1906 :



"... Le "fronton" est fruste, appareillé de larges pierres lisses aux joints irréguliers. Mais je n'y vois point l'inscription classique : Debekatua da bleka haritua (il est défendu de jouer au blé). Le "blé" est la balle au mur de nos collèges, c'est-à-dire un jeu de rien, sans règles ni noblesse, indigne d'un "fronton". Quel jeu admirable ! Avec un sport comme celui-là, passionnant chaque village, il n'y a plus de paysans, plus de corps lourds, c'est toute une race perpétuellement régénérée et embellie.



A première vue, le caractéristique instrument de la pelote, la "chistera" semblerait une déformation médiocrement esthétique.



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ASCAIN FAMILLE FABRICANT DES CHISTERAS
                                                          
PAYS BASQUE D'ANTAN


Cette sorte de concombre qui pend au bout du bras, ou levée, cette trompe d'éléphant qui se courbe vers la balle comme sur la boule de pains jetée par quelque main amie des bêtes, a quelque chose de baroque, prédisposant peu au sentiment de la grâce. C'est pourtant de cet instrument baroque même que naît la beauté du jeu. Il force aux mouvements larges et de tout le corps, à des lancers en gestes de faucheurs, superbes, rayonnants. — Le pelotari, dans les diverses phases du jeu, est un félin aux mouvements rapides, mais liés. Aux aguets de la balle blanche, là, une seconde en l'air, il se tasse un peu sur lui-même pour qu'elle rejaillisse avec plus d'élan du creux de sa longue main de paille. Parfois, la "chistera" tendue a comme des frissons de désir : on la voit frémir, elle vibre de toute la tension de l'être. Et la balle arrêtée dans sa pleine force d'un claquement sonore, repart, rejetée du fronton en fusée, où elle ricoche de côté, traîtresse. Les pelotaris ne courent pas seulement, ils sautent, ils bondissent, ils dansent.



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PILOTARI CHIQUITO DE CAMBO
PAYS BASQUE D'ANTAN



Ils dansent... Tant de souplesse aboutit en effet à de véritables danses figurées qui sont comme le complément imaginatif de ce jeu bondissant.



L'amour de la danse est un trait caractéristique du peuple basque. Il danse partout, à tout propos, à la moindre occasion. Le fandango et le saut basque sont, comme dans le passé, pratiqués par toute la jeunesse, enseignés et maintenus dans les justes traditions par les vieux... Mais ce n'est plus guère qu'à Tardets qu'on voit encore les danses bizarres et les pastorales compliquées d'autrefois. Pour les pastorales, le théâtre est fait de quelques planches sur une prairie. Sur ces planches ont droit de se tenir non seulement les acteurs, divisés en deux troupes, les mauvais et les bons, mais le souffleur et les notables du village. Au coin extérieur du théâtre improvisé, un grand mannequin grotesque agité par une ficelle — Mahomet — est chargé de distraire le public pendant les entr'actes. Chaque fois qu'un "mauvais" entre en scène, il doit aller le saluer. La plupart des pièces n'ayant été conservées que par la tradition orale forment d'extraordinaires pots-pourris où je ne sais combien de siècles ont mis du leur, les "bons" restant invariablement vêtus de bleu, les méchants, les "démons", de rouge.


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PERSONNAGES DE LA PASTORALE BASQUE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Toutes les représentations sont précédées d'une cavalcade où, naturellement, les "bons", c'est-à-dire les anges, les rois fidèles et leurs acolytes secondaires, marchent en tête, derrière le drapeau tricolore et les joueurs de chirola, tant que Satan et sa troupe d'infidèles galopent en queue, avec des allures de damnés d'une sincérité touchante. Les plus connues de ces pastorales empruntent leur sujet à l'histoire sainte, ce qui n'empêche nullement Mercure et Jupiter d'y jouer un rôle, et Roland d'y donner la réplique à Nabuchodonosor ou au roi David. Pour interpréter la moins longue de ces tragédies fantaisistes, il faut cinq ou six bonnes heures ; aussi le héros principal commence-t-il ordinairement par venir exhorter les spectateurs à la patience. Quand la vérité chrétienne a fini par triompher (c'est la conclusion ordinaire de ce théâtre essentiellement moral), les spectateurs et les acteurs sont exténués. Ils n'en mettent d'ailleurs pas moins de coeur à jouer et à écouter lorsqu'une autre occasion les réunit de nouveau, les uns sur la scène, les autres devant.





Mais je n'ai vu que les danses, la "danse du boire" et les "sataneries". Satan joue en effet un rôle prépondérant dans ces mascarades comme dans les pastorales, en souvenir sans doute des sabbats des siècles passés. Il y a trois protagonistes principaux : Satan, tout de rouge sanglé, culotte et veste rouges, bas blancs à grosses côtes avec guêtres blanches ; un plastron de soie argentée et brodée de paillettes d'or ; les manches ornées de galons quelque peu militaires. Il est coiffé d'une sorte de tiare qui est un extraordinaire fouillis d'aigrettes bariolées de fleurs d'or et d'argent, de perles; une étroite glace ronde sur le front forme le centre de ce petit feu d'artifice. Le Chevalet, singulier cavalier dont la monture se termine en un court jupon blanc, flottant au-dessus de ses genoux, sous deux coussins bleus qui le flanquent devant et derrière et qui représentent le corps du cheval dont la tête minuscule est un morceau de buis finement travaillé. Il porte une tiare versicolore comme celle de Satan, mais moins riche. Sur sa veste retombe une capeline bleue et rouge brodée, passementée d'or et d'argent, et le reste du costume est rouge. Le troisième personnage est le Tchéréro (le fouet) : culotte et veste rouges, plastron argenté pailleté d'or, béret rouge brodé avec un gros gland bleu clair ; il tient une canne ornée d'un bouquet de crin rouge. Un musicien les accompagne du chirola, flageolet rustique, et d'une sorte de tambourin suspendu à la ceinture. Quant à débrouiller le symbolisme de leurs évolutions, j'y renonce. Tous les siècles, depuis le XVIe, ont contribué à l'enrichir, à l'étendre, à le modifier. La gravité des interprètes et leur attention à souligner avec exactitude les moindres détails du geste montrent bien que ces réjouissances ont un sens profond pour l'âme basque, mais l'étranger n'y démêle pas grand'chose. D'ailleurs, comme dans les pastorales, un élément grotesque se mêle de temps à autre à la partie sérieuse des danses et ne contribue pas peu à en augmenter les complications et la durée. Détail à noter : dans les farandoles qui servent de prologues à ces mascarades et danses pittoresques, les jeunes filles se mêlent un moment aux hommes, alors que l'interprétation des pastorales est, au contraire, essentiellement masculine.


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SATAN 1906



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CHEVALET 1906



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DANSE DU BOIRE TARDETS 1906




Ce n'est point en une seule séance qu'on peut voir et noter toutes les figures des danses de Tardets ; mais l'une surtout est typique et s'inscrit dans la mémoire. C'est une étrange acrobatie bachique, où l'agilité de la race trouve à se manifester. On l'appelle, je crois, la "danse du boire". Le Chevalet saute sur un verre à moitié rempli de vin ; il se tient dessus en équilibre et opère diverses contorsions sans le renverser. Puis il couronne tout cela d'une "aile de pigeon" magistrale. Tardets domine un panorama admirable : rien n'est plus étrange que l'évolution de ces grotesques sur le fond de la campagne à la verdure fraîche et sur l'arrière-toile des Pyrénées, dont la chaîne neigeuse ferme l'horizon. C'est tout le pays basque, déconcertant, enfantin, mystérieux et grandiose."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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samedi 27 décembre 2025

LES SAUTS BASQUES ET LES VIEILLES DANSES DU LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (deuxième et dernière partie)

 

LES SAUTS BASQUES ET LES VIEILLES DANSES DU LABOURD.



Les sauts basques (ou Mutxikoak) existent depuis des centaines d'années au Pays Basque.



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SAUTS BASQUES
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet Louis Dassance dans le Bulletin du Musée Basque N° 1-2 de 1927 :



"Les sauts Basques et les vieilles danses Labourdines.



... En revanche, on y exécutait d'autres belles variantes tels les "Churiñoak " dont la musique n'a pas été, je crois, recueillie et qui étaient très populaires, ainsi qu'une foule de "suites" ou de sujets variant avec les villages dont ils portaient les noms "Azkaindarrak", "Kamboarrak", etc..., ou bien suivant la fantaisie et l'inspiration du ménétrier ou du tambourinaire.



Toutes ces danses s'exécutaient bien entendu lors des fêtes locales ; mais en dehors de ces trois ou quatre jours dans l'année, il n'était pas rare que dans les villages et même dans les quartiers il y eût une musique rustique et sommaire, "soinuia", tous les dimanches, sauf pendant l'Avent et le Carême ; de telle sorte que les jeunes gens avaient de fréquentes occasions de s'exercer au contact de leurs ainés plus expérimentés. Quand il y avait bal public, il était de règle que la musique fît alterner quelques sauts avec une série de trois ou quatre quadrilles ou contre-danses.



En dehors de ces fêtes locales et des bals publics pour lesquels les danseurs de sauts basques n'ont pas de costume spécial, il est d'usage en Labourd, pendant l'époque du Carnaval et les dimanches précédents, qu'un groupe de jeunes gens revête des costumes dont la tradition doit être bien ancienne et forme un cortège qui se rend à la ville voisine pour égayer de ses entrechats les curieux Bayonnais.



Cet usage remonte fort loin et il nous souvient avoir lu qu'à plusieurs reprises, au temps jadis, les Bayonnais firent appel aux danseurs Basques des environs pour donner un attrait de plus aux fêtes organisées lors de la visite de quelque personnage important.



Quoiqu'il en soit, voici qu'elle était, il y a une quarantaine d'années, la composition d'un de ces groupes Labourdins de danseurs du Carnaval.



En tête venaient :

Quatre "besta-gorri" (vestes rouges) : leur costume était le suivant : Pantalons blancs et sandales blanches décorés de rubans et de petits grelots ; veste courte de couleur écarlate souvent ornée de brandebourgs et de grelots ; béret rouge garni de rubans et de fleurs artificielles en métal doré. Leur visage était souvent recouvert d'un masque rouge et leur attribut consistait en une sorte de sabre de bois blanc.



Venaient ensuite :

Quatre "Kachkarot" habillés comme ceux de nos jours : chemise blanche soigneusement lissée et empesée ; pantalons blancs, sandales blanches et béret rouge ornés comme ceux des "besta-gorri". N'oublions pas les bretelles brodées ni la ceinture de soie rouge ou grenat et enfin les chaînes d'or et bijoux de valeur qui leur étaient confiés par les "Etcheko-andere" et jeunes filles du voisinage pour rehausser l'éclat de leur costume. Leur visage était toujours découvert et leur attribut une baguette enrubannée.



Puis :

Quatre "Marika" ou "Kotilun gorri" — littéralement : jupons rouges. Ces personnages étaient ainsi nommés à cause de leur costume dont l'une des caractéristiques était le jupon de laine rouge que les basquaises portaient autrefois communément. Ils étaient choisis parmi les plus solides gaillards à cause de leur fonction qui était de faire la police et d'amuser tout en faisant peur aux femmes et aux enfants.



Leur coiffure était faite d'une sorte de casque pyramidal très haut portant un petit miroir sur le devant et décoré de rubans et de fleurs métalliques. Le reste de leur costume bizarre consistait en un tricot de laine blanc un peu crème, un châle ancien tombant en pointe dans le dos, le jupon de laine rouge décoré dans le bas d'une large bande de velours noir et descendant jusqu'aux chevilles, des bas blancs et des sandales blanches. Autour de leurs reins une ceinture de cuir à laquelle étaient accrochées de multiples sonnailles de vaches.



Les "Marika" étaient toujours masqués et leur attribut consistait en une queue de vache fixée au bout d'un manche de balai et dont ils se servaient en guise de fouet. 



Le cortège était fermé par les musiciens précédés d'un couple, "Jaun-andereak" (le Monsieur et la Dame), habillés de façon aussi cossue que possible : Redingote et haut de forme d'une part, superbes atours de l'autre. La dame bien entendu n'était autre chose qu'un jeune garçon choisi parmi les plus minces et de visage délicat. Le couple suivait gravement les danseurs, s'arrêtait pour les admirer, puis souvent, au moment de la quête, la "dame" lançait une œillade incendiaire à quelque gentil "besta-gorri" où même à quelqu'un de l'assistance qui faisait aussitôt mine de l'enlever. Ce manège excitait immanquablement la colère du "Monsieur" qui brandissait sa canne pendant que la foule se moquait de lui. Mais les "Marika" survenaient aussitôt et, à grands coups de leurs fouets rustiques, remettaient tout en ordre frappant indistinctement le ravisseur, sa proie, le pauvre "Monsieur" ou même les spectateurs qui s'attardaient à les contempler.



Nous sommes heureux de donner ici la reproduction du tableau si pittoresque et exact de notre distingué compatriote le peintre A. Casaubon ; il nous montre un cortège de Carnaval dans une de ses fonctions essentielles, dansant la "Maska Dantza", avec ses deux ou trois figures, devant une maison cossue. Le propriétaire, l'Etcheko-jaun, qui se souvient de son jeune temps, offre de quoi boire aux danseurs qui sans doute le remercieront par le traditionnel et bruyant "tope".



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TABLEAU MASKA DANTZA A USTARITZ 1926
DU PEINTRE A. CASAUBON



Le cortège représenté appartient à une époque de transition entre ceux que nous avons décrits et ceux que l'on voit de nos jours ; d'où quelques menues différences : en tête marche le "bandedari" ou porte-drapeau, d'introduction relativement récente ; les kachkarots précèdent les "besta-gorri" au lieu de les suivre ; enfin deux des "marika" sont remplacés par des personnages également récents appelés "pumpierak", les pompiers (sic), et qui ne tinrent dans ces manifestations qu'une place éphémère.



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SAUTS BASQUES ET JOUEURS DE FLUTE
DESSIN JACQUE LE TANNEUR


La composition des cortèges de Carnaval que l'on voit aujourd'hui n'est plus la même et les danseurs adoptent en général uniformément l'élégante tenue du "Kachkarot" ; ils sont alors précédés du "banderari" ou porte-drapeau, d'habitude le meilleur danseur du groupe.



Cependant en 1921 et 1922, nous avons vu encore à Ustaritz des cortèges suivant l'ancienne mode et comportant des "besta-gorri" et des "manka". Mais il est à craindre que ces personnages ne deviennent de plus en plus rares ne serait-ce que parce que l'on ne trouve plus de jupons rouges — ils venaient autrefois d'Espagne — que la mode actuelle a sans doute bannis de la garde-robe de nos basquaises.



pays basque autrefois danses sauts
DANSES CARNAVAL ASCAIN
PAYS BASQUE D'ANTAN



Et c'est dommage, car les cortèges étaient ainsi plus variés et plus originaux. Miss V. Alford qui tout récemment conduisait le groupe de danseurs Anglais que l'on a justement applaudis au Musée Basque, nous disait que les "Marika" en particulier ne seraient pas sans analogie avec certains figurants des vieilles danses Anglaises. Quoiqu'il en soit, il semble que leur costume soit une très vieille tradition que nous devrions nous efforcer de conserver ; peut-être ces modestes lignes, tout en fixant quelques détails de l'organisation des cortèges, inspireront-elles aux jeunes gens de notre pays le désir de remettre en honneur les costumes traditionnels de nos Carnavals d'autrefois."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France et https://www.eke.eus/fr/)







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jeudi 27 novembre 2025

LES SAUTS BASQUES ET LES VIEILLES DANSES DU LABOURD AU PAYS BASQUE AUTREFOIS (première partie)

LES SAUTS BASQUES ET LES VIEILLES DANSES DU LABOURD.


Les sauts basques (ou Mutxikoak) existent depuis des centaines d'années au Pays Basque.



pays basque autrefois danses sauts
SAUTS BASQUES
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet Louis Dassance dans le Bulletin du Musée Basque N° 1-2 de 1927 :



"Les sauts Basques et les vieilles danses Labourdines.



Il paraîtra peut-être étonnant à quelques lecteurs, même Basques, de voir consacrer ici un article aux danses Labourdines. N'est-il pas, en effet, généralement admis que les danses proprement Basques, c'est-à-dire les "Sauts" — Jauziak ou Jauzikoak — sont l'apanage exclusif de la Basse-Navarre et surtout de la Soule ? Il est certain que les danseurs de cette dernière province ont toujours joui d'un renom bien mérité et qu'ils ont l'immense avantage d'avoir conservé vivants la tradition et l'usage de ces danses si originales.



Mais il n'est pas besoin de remonter bien loin en arrière pour se rendre compte que presque toutes les variétés de sauts basques se dansaient il y a quelques années encore dans tous les villages du Labourd et d'autre part les noms mêmes de la plupart de ces variétés semblent attester, comme nous le verrons plus loin, une origine indiscutablement Labourdine.



Encore aujourd'hui certains de nos villages tels que Mendionde et Macaye demeurent fidèles au vieil usage et immédiatement après la grand-messe ou la partie de pelote les sauts basques y sont exécutés religieusement.



Tout en le déplorant, on pourra se demander à quelles causes il convient d'attribuer le déclin et la perte quasi-totale de ces danses traditionnelles si élégantes et si originales dans toute une partie du Pays Basque très attachée par ailleurs à ses vieux usages. Peut-être bien le grand coupable aura-t-il été celui que dénonçait Charles Bordes dans l'étude qu'il fît de la Musique et de la Chanson Basques pour le Congrès de la Tradition qui se tint à St-Jean-de-Luz en 1897. Après avoir passé en revue et décrit les instruments qui servent à faire danser les Basques : d'un côté le "chirula" ou flûte de bois à trois trous et le violon "chirribika", et de l'autre les instruments d'accompagnement : tambourin, "ttunttun" et tambourin de Gascogne de Soule, il ajoute : "... Mais le piston nous menace !" Et de fait, quelques lignes plus loin, il dénonce l'invasion des fêtes de village par la "fanfare funeste, corruptrice du goût populaire. Nous connaissons, ajoute-t-il, au Pays Basque, certaine troupe pistonnante engagée dans toutes les fêtes de la région, dont les pas redoublés et les "défilés" viennent gâter les plus belles parties de pelote. Cette horrible musique de cirque, fausse d'ailleurs à miracle, accompagnant ce noble jeu, cette lutte antique, quelle dérision ! Puisque la musique y est traditionnelle ramenez-nous le vieux tambourinaire ou un chœur de gaïtas adouci de flûtes jouant les danses, les airs et marches du pays."



pays basque autrefois danses sauts
SAUTS BASQUES ET JOUEURS DE FLUTE
DESSIN JACQUE LE TANNEUR



Ces fanfares et petits orchestres "étrangers" qu'on laissa malencontreusement s'introduire dans nos fêtes locales eurent tôt fait de remplacer les vieux "chirulari" et "chirribikari" de hameau qui, en dehors de leurs thèmes vénérables et traditionnels, ne possédaient qu'un maigre répertoire de quadrilles et de contredanses surannés. Et puis, ces vieux musiciens eux-mêmes étaient trop fréquemment jaloux de leur savoir et de leur répertoire purement oral ne l'oublions pas : ils redoutaient en formant de jeunes élèves de se faire des concurrents, tels l'un des ménétriers les plus connus de la région dont le violon, pauvre stradivarius qui pendant un demi-siècle égrena toutes les notes de nos vieilles branles a été recueilli par le Musée Basque, ne consentit jamais à en enseigner les différents airs à son propre beau-fils, musicien lui-même ; et celui-ci dût avoir recours pour s'instruire à la mémoire d'un vieux danseur de bonne volonté qui lui chantait les airs tout en les dansant lui-même.



Car les sauts basques comportaient de nombreuses variantes. Combien exactement ? Il est probable que nous ne le saurons jamais plus, car, ainsi que nous l'avons dit, le répertoire en a été oral pendant des siècles — et du reste les ménétriers souletins n'ont encore aujourd'hui aucune musique écrite. Le recueil le plus ancien que l'on possède ne date que du milieu du siècle dernier et dans ces conditions il est à craindre que bien des airs ne se soient perdus.



Francisque Michel qui transcrit par ailleurs une partie des "Mutchikoak" nous apprend qu'il en existe dix ou douze variétés. De son côté, Charles Bordes, qui se borne à reproduire la version des Mutchikoak de F. Michel, nous dit qu'il existe vingt et une manières de danser le Saut Basque. 



france médiéviste philologue cagots juifs 19ème siècle
PHILOLOGUE FRANCISQUE MICHEL


Ces chiffres assez discordants en apparence peuvent pourtant ne pas être inconciliables. En effet le meilleur guide que nous ayons dans le répertoire des Sauts Basques, consiste en une brochure de vingt-quatre pages éditée à Bordeaux sous le titre de :


Dantza Yauzi Osoak Bere Segidekin

Sauts Basques authentiques avec leurs suites publiés par P. L. P. (Chanoine Pierre Laharrague)



Nous y trouvons douze sauts principaux "Yauzi osoak" dont voici les noms dans leur ordre :

Laburrak

Baztandarrak (ou "Laphurtarrak")

Chibandriak

Orzaiztarrak

Mutchikoak

Chochuarenak

Antchierorrak

Moneindarrak

Alemanak

Milafrangarrak

Ainhoarrak

Laphurtar-laburrak (ou "Laphurtar-motchak").



Après ces douze sauts principaux, sont notés neuf "suites" où "sujets" ( yauzi buztanak — ce qui signifie littéralement queues de sauts) : 


Hegi, Ostalertsa, Matelotta, Zertara Yiten zira ?, Hatcha Pete, Hatcha Pelo, Zalhu Yuanes, Phik' et 'izul et Phik' et 'ebats.



Soit donc douze sauts principaux et neuf suites faisant un total de vingt et un, chiffre donné par Ch. Bordes qui du reste le tenait peut-être du chanoine Laharrague lui-même.



Dans un autre cahier manuscrit plus ancien et qui nous appartient, nous rencontrons les mêmes dénominations à l'exception des Orzaiztarrak, Moneindarrak et Chochuarenak qui n'y sont pas notés. En revanche, outre quelques autres sauts secondaires et "suites", nous y trouvons la musique de "Dantza Korda", sorte de farandole, seule danse locale, croyons-nous, à laquelle les jeunes filles prissent part. Disons en passant que la "Dantza Korda", qui se dansait principalement pour la clôture de la fête locale était composée d'une longue file de garçons et de jeunes filles alternés et se tenant par le bout de leurs mouchoirs. En tête marchait l'un des boute-en-train de la jeunesse qui exécutait de temps en temps quelques entrechats pendant que le cortège s'arrêtait pour les admirer.



Mais revenons aux sauts basques. En ce qui concerne le Labourd et au témoignage des vieux danseurs qui les pratiquèrent, les sauts dansés les plus fréquemment et les plus appréciés à cause de leur difficulté et de leur beauté semblent avoir été les Laphurtarrak et Milafrangarrak ; les Mutchikoak, Chibandierak, Ainhoarrak, etc... étaient aussi fort courants ; seuls parmi les sauts que nous avons énumérés plus haut, les Moneindarrak et Orzaiztarrak ne se dansaient pas ou guère et semblent n'avoir pas été connus en Labourd."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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samedi 17 août 2024

LE CULTE DE LA DANSE EN SOULE AU PAYS BASQUE EN 1909

LE CULTE DE LA DANSE EN SOULE EN 1909.


Les danses souletines sont parmi les plus anciennes du Pays Basque et sont d'une grande diversité.




compositeur france pays basque soule danses
COMPOSITEUR CHARLES BORDES


Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Comoedia, le 6 septembre 1909 :



"Le Culte de la Danse en Soule.



A propos des Fêtes Traditionnelles basques données à Saint-Jean-de-Luz les 29 et 30 août et des danses souletines exécutées à cette occasion, nous recevons cette note de M. Charles Bordes, fondateur des "Chanteurs de Saint-Gervais" et Directeur de la Schola Cantorum : "De toutes tes provinces basques, la Soule est peut-être celle où l'amour de la danse est le plus vivant, le plus respecté, le plus aimé, entretenu avec un véritable culte par toute une jeunesse belle, saine, ardente et souple qui maintient comme elle le peut et par la seule force et le respect de la tradition, les divertissements chorégraphiques que leur ont légué leurs ancêtres. 



chanteurs musique schola cantorum pays basque soule
FONDATEURS DE LA SCHOLA
CHARLES BORDES
VINCENT D'INDY ET GUILMANT


"Chargé autrefois, et à plusieurs reprises, par le Ministère de l'Instruction Publique de mission au Pays Basque afin d'en recueillir les traditions populaires et surtout les chansons, je fus frappé à la vue des danseurs Souletins non seulement de leur agilité mais de la complication apparente de leurs pas, de leur correction et surtout du soin qu'ils prenaient à en surveiller l'ordonnance. C'était le temps des beaux danseurs, il y a déjà vingt ans. Ces traditions chorégraphiques comme toutes les traditions dites populaires, les chansons, les contes de veillées, les Pastorales, étaient les vestiges d'œuvres de lettrée et musiciens reconnus, de chorégraphies consacrées, dont la tradition populaire s'était emparée pour les déformer peut-être, les ennoblir souvent, les réincarner en leur donnant la marque du milieu et de la race où elles s'étaient réfugiées. Frappé des racines que cette chorégraphie toute populaire semblait prendre dans nos traditions françaises de la danse de théâtre aux XVIIe et XVIIIe siècles qui, du théâtre, s'étaient transportées dans les écoles de danse de régiment comme il en existait autrefois, ce qui fut un bienfait, pour enfin venir échouer au village dans de lointaines vallées pyrénéennes du Pays Basque où elle fleurit encore pour le régal de nos instincts plastiques et de nos yeux, au lendemain de la dure leçon que les danseurs russes du ballet impérial de Saint-Pétersbourg sont venus nous donner ce printemps, alors que chez nous la danse par les hommes est absolument discréditée et oubliée au théâtre, il m'est venu l'idée un peu saugrenue mais originale quand même de prouver qu'il existait en France un pays, le Pays Basque, où la danse par les hommes est encore vivante et respectée. Je rêve donc, après avoir fait exécuter à ces jeunes gens leurs danses traditionnelles basques d'adapter ce qui leur reste de traditions françaises de chorégraphie d'Art aux rythmes du célèbre ballet des Scythes d'Iphigénie en Tauride du grand Glück ; ballet dansé au XVIIIe siècle par les seuls hommes que l'on remplace souvent à notre époque par de vulgaires travestis.



Je me suis attaché pour cette tentative de reconstitution, un homme de l'art vieilli dans le métier, M. Rougier, qui fût un de nos derniers danseurs de théâtre et fût longtemps maître de ballet. Il vint à Tardets, et c'est le fruit un peu hâtif de quelques jours d'études en plein pays basque sur un groupe de jeunes gens intuitifs et passionnés que nous venons vous présenter aujourd'hui.



Soyez indulgents à la hardiesse de la tentative et au résultat obtenu. Puissent-ils prouver l'excellence de la danse masculine au théâtre, et faire germer à la suite de ces fêtes la nécessité de créer, en plein pays basque, à Tardets, une école de danse pour enfants et jeunes garçons susceptible de devenir plus tard une pépinière de danseurs de théâtre qui, élevés à la fois dans l'amour et le respect de leurs danses traditionnelles locales et de l'art chorégraphique de nos grands Maîtres de l'Opéra français seraient appelés à devenir peut-être un jour, comme au XVIIIe siècle, des Vestris, ou comme de nos jours en Russie, des Niginsky ou des Folkine."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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lundi 1 juillet 2024

DANSES SUR LA GRAND'PLACE À HENDAYE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN AOÛT 1929

DANSES À HENDAYE EN AOÛT 1929.


Dans les années 1920, les danses en plein air sont des activités très importantes.




labourd autrefois pays basque 1929
COUCHER DE SOLEIL HENDAYE 1929
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien L'Intransigeant, le 1er septembre 1929, sous la plume 

d'Henry Musnik :



"Réjouissances au pays basque.

Hendaye, août 1929 (de notre envoyé spécial). 



— Il y a eu une petite pause de quelques minutes après le Toro de Fuego. Le temps de se remettre de ses émotions. Mais voici déjà que l’orchestre entame quelques notes vives : 

"— Fandango !... Fandango !..." 



Ce n’est qu’un cri sur toute la place. Des cercles se forment. Les spectateurs accompagnent la cadence de leurs claquements de mains. Les danseuses et danseurs claquent des doigts, le pouce contre le majeur. Et des castagnettes ont surgi aux mains de deux musiciens. 


Comme c’est entraînant !... 



pays basque autrefois labourd musique kiosque
KIOSQUE A MUSIQUE HENDAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Ces hommes qui, tout à l’heure encore, déambulaient de-ci, de-là, démarche spéciale de montagnards, jambe demi-pliée, sont devenus d’un seul coup des miracles de légèreté et de grâce. 



Vous ne pouvez imaginer — non, vous ne pouvez pas... — ce que cette vision sur une place basque, au milieu de la foule enfiévrée, de gars et de filles qui tournent, sautent, agitent les pieds chaussés d’espargates blanches, comme d’ailes, en des bonds de parfois 50 centimètres de haut, sans perdre le rythme, un seul instant, est prenante. 





labourd autrefois pays basque 1929 danse
DANSE DU FANDANGO
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voir danser le fandango sur la place par le peuple, voir les jeunes filles offrir avec une suprême volupté qui n’appartient qu’aux reines, leurs épaules, leur poitrine, leurs hanches, tout en restant chastes, voir les grands diables en blouse noire et à la boina (béret) rejeté sur la nuque, agiter leurs bras, tourbillonner, se jeter de côté, s’incliner de biais en des poses défiant tout équilibre et reprendre la mesure à la seconde même où ils l’ont quittée... 



Ne me parlez plus des acrobaties du charleston et autres block-bottom ! Tenez... Dans un coin de la place, j’ai vu deux couples — des Parisiens sans doute — qui dansaient une sorte de fox-blue, sur l’air du fandango. Ils croyaient "épater" les populations. Mais personne ne les regardait, les pôvres !... Et si j’ai haussé les épaules, c’est parce que je vous jure, je voulais dissimuler le soupir de pitié qui les aurait encore plus froissés s’ils l’avaient surpris. 



labourd autrefois pays basque place marché
PLACE DU MARCHE ET EGLISE HENDAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le fandango dura un bon quart d’heure... Infatigables, ces Basques !... Quand on croyait que la mesure allait finir, hop ! une nouvelle phase surgissait et les danseurs tournoyaient de plus belle. Ce furent les musiciens qui, en fin de compte, demandèrent grâce les premiers. Et quand tout s’arrêta, quelle salve d’applaudissements !... Nourris... Sincères... Chaleureux... Les spectateurs remerciaient les danseurs de leur avoir procuré ce merveilleux spectacle. Les danseurs remerciaient les musiciens. Les musiciens remerciaient la foule. Chaîne sans fin qui, dans ce pays, attache les cœurs les uns aux autres. 



Le temps d’empoigner une gourde de peau de bouc, de jeter la tête en arrière et de faire jaillir un filet d’eau qui s’enfonce dans la gorge avec un joyeux glou glou, les danseurs étalent de nouveau sollicités. Une rafale d’instruments... Les groupes sont formés. 



labourd autrefois pays basque 1929 danse
BUVEUR AU CHAHAKOA
ILLUSTRATEUR F HUYGENS



Mais ce n’est plus la même danse. Celle-ci tient presque du sport. Son nom, je vous l’ai dit, signifie "Léger-Léger". Des pointes, comme les danseuses d’Opéra, des sauts comme les Russes, des... mais je suis en train de profaner l’arin-arin. Non. Ce n’est pas tout cela. Ce n’est qu’une seule chose. C'est l'arin-arin, inimitable et inégalé. La musique joue le même air, revenant sans cesse, mais de plus vite en plus vite. Les danseuses et danseurs s’encouragent mutuellement des yeux, du sourire, de la voix, du geste. Les respirations deviennent haletantes. La musique est affolée. Les pieds s’agitent si vite qu’on ne les reconnaît plus. Parole !... On ne peut plus les suivre des yeux. On croit toujours voir ceux du précédent ou du suivant. Les danseurs passent comme des chevreaux. Les danseuses sont des cabrettes. 



Dans la foule, ce sont des réflexions sans fin. Les vieux, dont le menton, qui fut jadis en pointe et qui, aujourd’hui, se relève comme un sabot, approuvent de leur bouche édentée et se tournent vers la petite vieille à la coiffe noire qui sourit, accrochée à leur bras :



labourd autrefois pays basque 1929 danse
VIEUX BASQUE
ILLUSTRATEUR G GOBO


 "— Te rappelles-tu ?..." 



Mystère de la langue basque dont les origines se perdent dans la nuit des temps... Mots faits de sonorités voilées... 



Un dernier sursaut du cornet à piston a évité le couac imminent. La foule pousse un cri vibrant. L’arin-arin est terminé. 



Les couples se quittent. Pas un seul moment, ils n’ont été enlacés. Les danses basques sont individuelles. La jeune fille remercie son danseur qui incline la tête. Je reste frappé devant cette courtoisie atavique, millénaire, qui a toujours subsisté dans les provinces et que l'on rechercherait vainement, à Paris, au dancing, chez les jeunes gens qui se proclament modernes... 



Peu à peu, la place se vide... Les seuls tête-à-tête qui se préparent sont ceux des promis et des fiancés. Ils descendent lentement vers le vieux port et là, sur la place ronde, face à Fontarabie, dont on voit quelques lumières piqueter l’es pace et se refléter en tremblotant dans la Bidassoa, ils iront s’asseoir, offrant leur visage à la brise du large pendant que, tout au bout de la pointe des rochers, en Espagne, tourne lentement le feu du phare du Cap Figuier..."






(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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mardi 13 février 2024

UNE ORIGINE DU MOT "FANDANGO" PROPOSÉE EN 1947

LE MOT "FANDANGO" EN 1947.


Le fandango est un style musical et une danse traditionnelle espagnole de couple, d'origine andalouse, sur un rythme 3/4 ou 6/8 accompagnée de castagnettes et de guitare qui peut être chantée.



pays basque danse fandango
FANDANGO
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet le trimestriel Les Langues néo-latines, le 1er avril 1947 :



"A propos de "Fandango".



On ne trouve nulle part d’indications précises sur l’origine du mot fandango. On suggère des origines latine, africaine ou américaine ! On verra ci-dessous qu’il faut peut-être penser à une explication tout à fait différente. 


pays basque autrefois danse
FANDANGO
PAYS BASQUE D'ANTAN


1. Les étymologies proposées.


a) Selon le Diccionario de Autoridades (1732), le fandango est un "baile introducido por los que han estado en los Reinos de las Indias, que se hace al son de un tañido muy alegre y festivo". Cela laisse donc supposer une origine américaine.


b) Le dictionnaire de Ortiz donne : "africano". 


c) Faisant la synthèse de ces deux suppositions, Cuesta donne le mot comme provenant des nègres de Guinée, puis, passé en Amérique, il serait revenu dans la Péninsule.


d) Le Dictionnaire de la Real Academia propose à présent le latin "fidicinare ?". Heureusement qu’il y a les points d'interrogation ; ce n’est d’ailleurs pas la seule des étymologies fantaisistes de cette digne Assemblée.


e) Contre ces hypothèses d’un mot venu d'Amérique, l’encyclopédie Espasa parle d'un "baile muy antiguo y comun en España". Cette épithète ne convient pas au XVIe siècle. C’est pourquoi nous avons pensé que l’on peut chercher du côté des langues du vieux-monde. 



2. Le sémitique.


L’arabe connaît les formes pandura, avec variante fandura, désignant un "instrument de musique à cordes", et en marocain pendir, bendir, "tambour de basque". Ceci nous a mis sur la voie. 




pais vasco antes pandereta musica instrumento
PANDERETA
PAYS BASQUE D'ANTAN


3. L’origine non-indo-européenne de pandura.


a) Le grec pandoura est précédé dans les dictionnaires du signe indiquant un mot archaïque ou dialectal. Ce mot ne fait pas partie de la langue classique ; il manque en effet dans le dictionnaire étymologique de Boisacq.


b) Dérivé du précédent, le latin pandura ne se trouve que très rarement (Varron) ; il a des variantes postérieures : pandoriuam, pandurium, pandorius, (Isidore) ; il désigne, comme le grec, le "luth à trois cordes".


c) On peut conclure de ces données que ce mot ne fait pas partie du vocabulaire indo-européen ; il est absent de Boisacq et du dictionnaire latin de Ernout-Meillès. L’arabe possédant le mot pandura avec le même sens, on peut supposer que ce mot est passé dans le vocabulaire grec. Ceci est fortement appuyé par l'objet désigné lui-même : de nombreux instruments de musique sont originaires de l'Orient ; par exemple el laud, et pour le Moyen Age cf. La Musique au Moyen Age. Il est remarquable que le mot grec cithara soit passé par l’arabe pour rentrer en Espagne sous la forme guitarra. 



4. Le pandero.



pays basque autrefois pandero
PANDERO ET ZAMBOMBA


Le pandero (panderete, pandereta, ptg. pandeiro) a évidemment la même origine. Le mot a été doté du suffixe roman -ariu. On a vu plus haut, qu'en marocain, pendir signifiait justement "tambour de basque". 



5. La pandora et la mandora.


Selon Meyer-Lübke (HEW, 6192), le latin pandura a donné l’italien pandura, pandora. C’est cette dernière forme qui a donné l’espagnol pandora (savant), et le français pandore (datant de 1842).


De la variante italienne mandola (mandore) sont venues les formes mandora, mandolina (esp., cat.), mandole, mandoline (fr.). Au Moyen Age, mandora ou mandola désignait un "petit luth à quatre cordes doubles".


La bandola (et dérivés espagnols et portugais) doit être le résultat d’un croisement entre les formes précédentes et les suivantes en b-. 



6. La bandurria.



pays basque autrefois instrument musique
BANDURRIA



Le suffixe de ce mot fait penser aussitôt à une origine basque. Cette hypothèse est appuyée par le consonantisme initial.


On pourrait objecter que l’arabe possédant une forme en b-, il n’est pas besoin de recourir au basque ; mais la présence du suffixe -urri- (auquel s’ajoute l’article a) et l’emploi fréquent de l’objet désigne dans les régions des "provinces" et pays contigus nous permet de proposer une explication phonétique régionale.


En effet, les mots latins avec p- sont souvent devenus b-, (cf. : paxe : bake...) dans les mots anciennement empruntés (H. Gavel, Gram., p. 33). Nous pensons que le mot pandura ou pandora, pénétrant au pays basque, est devenu band- auquel s’est ajouté le suffixe basque le plus proche de la terminaison romane : -urri ou -urre ; le mot se serait donc "basquizé" phonétiquement et morphologiquement.


A côté de bandurria existait en vieil espagnol mandurria : il peut s’agir, soit d'un passage en basque de b- à m-, soit d’un croisement avec mandora.


La forme pandurria (vx.) est le résultat d’un croisement avec pandora ou avec pandero.


D’après Espasa, la bandurria est une petite guitare, dont l’emploi s’est développé au XVIe siècle, passant de trois à cinq, puis à six cordes.


Les formes portugaises bandurra, bandorrilha, sont empruntées à l’espagnol.



7. Le fandango.



culture danse basque autrefois pays
FANDANGO
PAYS BASQUE D'ANTAN


Il est temps à présent d’en revenir au mot qui est l’objet de cette note, mais qui s’explique par tout ce qui précède.



Le fandango étant une danse accompagnée à la guitare (en arabe fandura) nous pensons à une parenté entre les mots étudiés ci-dessus et le terme qui nous occupe. Le fandango est la danse au son de la fandura et a pu pénétrer en Espagne à partir du VIIIe siècle, au même moment que le pandero.



La région originaire du mot fandango en Espagne semble donc être l’Andalousie ; si le terme s’applique aujourd’hui à une danse du pays basque, il doit s'agir d’un emprunt lexicologique, assez tardif, puisque le f- ne se trouve en basque que dans des emprunts relativement récents."




(Source : Wikipédia et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




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