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lundi 2 novembre 2026

UNE HISTOIRE DE LA GRANDE PÊCHE BASQUE EN 1943 (onzième partie)


UNE HISTOIRE DE LA GRANDE PÊCHE BASQUE.


Depuis des siècles, il y a des pêcheurs de petite et grande Pêche au Pays Basque.



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TERRE-NEUVAS 1941
PAYS BASQUE D'ANTAN




Voici ce que rapporta à ce sujet Madame Maxime Dégros dans le Bulletin de la Société des 

sciences, lettres & arts de Bayonne, en avril 1943 :



"La grande Pêche Basque des Origines à la fin du XVIIIe siècle. (Suite)


... L'équipage.



Sur le baleinier, approvisionnement et ustensiles occupent une grande place ; les cargaisons de retour en prennent aussi, et celle dont dispose l’équipage est bien minime. Le confort est inconnu. Parfois, très rarement, le capitaine a un lit. Les hommes s'entassent comme ils peuvent, mal couchés sur le sol. Ils auront des hamacs quand les Indiens leur en auront appris l’usage et ces hamacs seront serrés les uns contre les autres et placés n’importe où. Les marins ne se lavent pas, faute d’eau douce ils ne soignent ni leur personne, ni leur navire qui est d’une saleté repoussante. Ils sont également très mal nourris ; après quelques semaines de voyage les provisions emportées (fromages, biscuit, légumes), sont abîmées, corrompues par la chaleur et l’humidité des soutes où elles sont emmagasinées ; l’eau conservée dans des barriques de bois se gâte vite. Alors, l’équipage n’a plus comme nourriture que le poisson pêché chaque jour et accommodé toujours de la même façon. La cuisine est faite sur le pont dans un fougon, sorte de grande chaudière où la cuisson se fait mal. 


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BALEINIER



Les pêcheurs n’ont pas d’uniforme ; ils s’habillent avec des lainages qui les enveloppent complètement et qu’ils recouvrent de vêtement, chapeau et bottes d’étoffe cirée. Malgré cette protection et bien qu’ils aient deux lainages pour en faire sécher un chaque soir, un jour ne suffit pas à le sécher et les hommes reprennent leur vêtement encore humide. 



Il est naturel qu’avec ce manque total d’hygiène, les maladies de toutes sortes aient été nombreuses. 



Comme la pharmacie de bord est presque inexistante et que, s’il n’y a pas de chirurgien, le capitaine seul possède quelques notions bien vagues de médecine, nombreux sont les pêcheurs qui meurent pendant la saison. 



Nous avons déjà vu quels étaient ceux qui s’embarquaient : marins basques en majorité ; Aunisiens et Saintongeois quelquefois, espagnols presque toujours. 



Bayonne et St-Jean-de-Luz demandent chaque année aux provinces basques et particulièrement au Guipuzcoa, un assez grand nombre de rameurs et de harponneurs, deux cents en général. 



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GRAVURE ANCIENNE : PÊCHE A LA BALEINE



Chaque année le même cycle d’évènements se déroule : le roi d’Espagne accorde à la province basque la permission d’envoyer ses habitants servir les Français, mais au préalable il a fait naître force difficultés, les obligeant à des formalités qui retardent le départ et font faire une mauvaise pêche. Au retour, après un échange de lettres désolées entre la Chambre de commerce de Bayonne ou l’intendant du pays et le ministre de la marine ou le Contrôleur général, l’un de ceux ci écrit en Espagne, rappelle les services rendus aux Espagnols par les pêcheurs français, la fraternité des Basques des deux côtés des Pyrénées et finalement arrache la promesse que les harponneurs seront facilement octroyés l’année suivante. 



Il écrit à la Chambre de commerce pour lui annoncer la bonne nouvelle, tout en déplorant que les armateurs ne puissent trouver dans la région les pêcheurs dont ils ont besoin. 



L’année suivante, les choses se passent exactement de la même façon. 



Quand ils ne pouvaient vraiment pas faire autrement, faute de harponneurs espagnols, les Basques demandaient quelques Hollandais, mais ceux-ci se rendaient insupportables ; se croyant supérieurs aux marins basques, ils voulaient être appelés capitaine, et avoir une cuisine spéciale sans salaison. 



Les Basques avaient recours à eux le moins possible.  

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BALEINIER RUBENS LE HAVRE 1837



La poursuite d’une baleine se fait dans la Mer du Nord ou l’Atlantique comme dans le golfe de Gascogne. 



Quand le baleinier arrive dans les parages fréquentés par l’animal, des marins montent au plus haut des mâts pour voir à une grande distance. Dès qu’ils aperçoivent une baleine, les chaloupes sont immédiatement mises à l’eau ; sept hommes y montent, le barreur à l’arrière, cinq rameurs, le harponneur à l’avant dirige la marche de l’embarcation. C’est de lui, en réalité, que dépend la réussite de la pêche ; il n’a pas besoin d’une grande force, mais d’une grande habileté, qu’il n’acquiert que par une longue expérience. 



En général, le capitaine d’un baleinier est harponneur. 



Quand cette pêche fut moins pratiquée, les marins aimèrent mieux s’embarquer sur des morutiers que se donner la peine d’apprendre le métier de harponneur, et c’est pourquoi les Basques en trouvèrent difficilement chez eux. 



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CARTE DE CHASSE A LA BALEINE DANS L ATLANTIQUE NORD


Préparation de l'Huile.


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USINE D'HUILE DE BALEINE
ST-PIERRE ET MIQUELON



Quand la baleine est morte, elle est attachée à une ou plusieurs chaloupes, suivant sa taille, par trois cordes ; l’une entoure sa queue, les deux autres passent par un trou percé dans les nageoires pectorales et ficellent l’animal qui est remorqué jusqu’à terre ou jusqu’au baleinier. Arrivé là, des crochets servent à le haler sur le sable ou contre le navire et le dépeçage commence. 



A terre.



Les dépeceurs, qui ont des vêtements de cuir et des bottes à crampons pour pouvoir marcher sur la baleine sans glisser, sont armés de divers couteaux avec lesquels ils découpent des bandes de lard et de chair, plus ou moins larges et épaisses, dans toute la longueur de l'animal. 



Ils enlèvent d’abord "l’enveloppe", tout près de l’œil, puis les autres bandes se suivant sur le corps. Ils coupent ensuite la langue et les fanons en maintenant la gueule ouverte à l’aide de crochets. 



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LES FANONS DE BALEINE
ÎLES ST-PIERRE ET MIQUELON



En quelques heures le squelette est mis à découvert. L’opération attire toujours des oiseaux et des bêtes voraces que des aides appelés les "cormorans" sont spécialement chargés d’éloigner. 



Quand le dépeçage est terminé, on choisit les morceaux qui seront mangés frais ou salés, ce sont les meilleurs : langue, gras du ventre. Les autres morceaux (tous quelquefois, si l’on n’en veut garder aucun comme nourriture) sont fondus dans des fours établis sur le rivage, et transformés en huile. 



Le brasier, placé sur le sol, est surmonté d’un fourneau où est jeté le lard qui fond peu à peu. Au bout de trois heures environ, la graisse bouillante liquéfiée en huile, est versée dans un baquet à travers une grille qui retient les lardons (morceaux non fondus) ; quand l’huile est refroidie, elle est versée dans un autre baquet plein d’eau, elle surnage et se purifie, les corps étrangers tombant au fond. Elle est souvent versée dans un troisième et même un quatrième baquet avant d’être mise dans les barriques où elle sera conservée. 



La fusion de la graisse se fait en plein air, dans des espaces larges et déserts, sur le rivage du golfe de Gascogne, du golfe St-Laurent ou de Terre-Neuve. (Les indigènes de cette île aidaient les Basques moyennant un faible salaire). Il était interdit de fondre dans les villes, à cause du danger que présentait l’huile bouillante et de l’odeur infecte qu’elle répandait. Cependant il y eut toujours des infractions et au XVIIIe siècle encore les défenses étaient réitérées à des particuliers qui fondaient le lard sur les places publiques de Bayonne et Capbreton ou même dans les maisons, "ladite fonte répand dans tout le quartier une puanteur si insupportable que les voisins en souffrent une très grande incommodité dans leurs maisons par une infection continuelle qui les rend presque inhabitables... et comme les exhalaisons puantes pourraient avoir des suites dangereuses par des maladies..." une amende de cent livres était infligée aux contrevenants. 



A bord.



En pleine mer, la baleine tirée jusqu’au baleinier, est placée entre lui et la chaloupe d'où les hommes la dépècent. On soulève l’animal, on le tourne sur lui-même au moyen de cordes, et les morceaux sont montés par des poulies sur le pont du navire. Quand la pêche est terminée, le bâtiment revient avec son chargement jusqu’à la côte la plus proche où a lieu la fusion du lard. Ce système ne manque pas d’inconvénients : d’abord le navire se charge inutilement de mauvais morceaux qui en fondant ne donnent que des déchets au lieu d’huile ; ensuite la graisse se faisande et répand à bord une insupportable odeur de venaison ; en même temps elle se corrompt et la qualité de l’huile s’en ressent. François Sopite va remédier à tous ces inconvénients en découvrant le moyen de fondre en pleine mer au fur et à mesure que les morceaux seront dépecés. 



Les charpentiers construisent un fourneau avec de l’eau et de l’argile emportée dans des barriques (on préférait le construire au moment où le besoin s’en faisait sentir plutôt que l’emporter tout fait, sans doute parce qu’il aurait été plus encombrant que les barriques d’argile, ou bien qu’étant fragile, il risquait d’être abîmé avant d’être utilisé). La chaudière placée sur le second pont, à l’avant, est surmontée du fourneau où la graisse est mise ; l’ensemble bien calé pour que les mouvements du navire ne le fassent pas bouger. Au fur et à mesure qu’elle est liquéfiée, l’huile pénètre au travers d’un tamis dans une canalisation qui la déverse dans un "dépressoir", baquet plein d’eau froide, placé à côté de la chaudière. Elle s’y purifie et s’y refroidit. Une ouverture pratiquée à la partie inférieure du baquet permet de renouveler l’eau froide, tandis qu’une autre à la partie supérieure laisse écouler l’huile qui surnage et au moyen d’une canalisation, tombe dans des récipients établis sur le pont inférieur. Quand elle est tout à fait froide, elle est mise en barriques. 



Pendant que de nouveaux morceaux de graisse sont sans cesse ajoutés dans le fourneau, on enlève avec de grandes écumoires les déchets de la première "cuiture" qu’on met dans la chaudière où ils servent de combustible pour la seconde cuiture. 



Ce système présente un terrible danger : l’incendie du navire. Pour l’éviter, et pendant toute la durée de la fusion, des matelots arrosent d’eau froide le pont autour de la chaudière (quelques incendies se déclarèrent néanmoins). Un autre inconvénient est d’alourdir le navire en lui faisant emporter des barriques d’argile, des ustensiles de cuivre. 



De plus, l’opération est très pénible ; jusqu’à épuisement de la graisse, des matelots soufflent continuellement le feu, d’autres arrosent le pont, d’autres, juchés sur des escabeaux, remettent des morceaux de lard dans le fourneau et enlèvent les déchets. 



Malgré cela, la fusion à bord est très avantageuse. Il faut peu de combustible puisque les déchets en tiennent lieu ; la chair fondue immédiatement ne s’abîme pas et l’huile est d’une qualité supérieure à celle des concurrents étrangers ; les navires peuvent en rapporter de plus grandes quantités n’ayant à s’encombrer ni de déchets ni de matière solide ; enfin les établissements côtiers deviennent inutiles aux Basques qui n’ont plus besoin de fondre à terre et qui ne perdant plus de temps à ce travail peuvent continuer la pêche jusqu’à l'époque du retour."




A suivre...




(Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France et Wikipédia)


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