UNE EXCURSION À RONCEVAUX EN 1923.
Roncevaux (Orreaga en Basque) se situe en Navarre et fait partie de la commarque d'Aunamendi.
Voici ce que rapporta à ce sujet P. Etcheverry, dans le Bulletin trimestriel de la Société des
sciences, lettres & arts de Bayonne, en janvier 1926 :
"... Notices.
Droits de Pacages.
Les terrains communaux de la Basse-Navarre sont limitrophes avec ceux de la Soule et de la Navarre espagnole. En été, plusieurs milliers d’animaux paissent en liberté dans ces pacages, sans qu’il soit possible de les garder chacun chez soi. Aussi de tout temps, du lever au coucher du soleil, le bétail y broute-t-il, en commun sans s’inquiéter des limites de la frontière.
Cela n'est pas une simple habitude comme le prétendent certains grincheux. Il existe des contrats passés entre la France et l’Espagne qui permettent réciproquement aux frontaliers d’agir de la sorte : ils ont été signés en 1556, 1575 et le dernier en 1856.
Cette convention s’appelle la Facerie ; elle est applicable toute l’année. Donc, dans le droit chemin, vivons en bonne intelligence et en paix entre voisins ; nous y gagnerons tous ; les terrains communaux sont assez vastes pour satisfaire les appétits les plus grands. (Eskualduna du 29-1-1926).
Remarques faites au Couvent.
L’Eglise est dans un cul de sac ; la façade est plate, insignifiante. La porte ogivale du XIIe siècle et les vieux murs ont leur cachet ; l’insigne que portent les moines est une croix verte à panache, celle du Prieur Général est en pierres fines et émeraudes. Il existe un livre "La Préciosa" de 1127, qui renferme la copie de la Charte ; il règle la vie des moines de l’ordre de St-Augustin, auquel sont attachés les prêtres du couvent. On y trouve encore un "obituaire" (enregistrement des décès), un poème latin du XIIIe siècle, sur le monastère (Le même et en meilleur état existe à Munich). La date probable de la construction du monastère est 1070.
Vers Burguete se trouve la chapelle du St-Esprit, où l’on prétend que Roland et ses compagnons furent enterrés.
Sanche le Fort, roi de Navarre, après avoir battu les Maures en 1212 à las Navas de Tolosa, enrichit le monastère de plusieurs dons. Il fit bâtir l’Eglise qui est petite, obscure, très simple, de style ogival. Le grand retable du maître-autel est doré, a 3 étages qui renferment des statues et des tableaux alternant d’une niche à l’autre. On y remarque : la statue de la Sainte Vierge, de Saint Augustin, Saint Roch, Saint Jean-Baptiste. La niche du centre est grillée. Elle renferme la Vierge miraculeuse. A gauche, dans une niche profonde, faite par Marriguet, se trouvent deux statuettes en pierre blanche, 1621 ; elles représentent un roi et une reine, moyenâgeux, regardant l’autel. C’est le monument de Don Sanche VIII le Fort, mort en 1234. Deux chaînes de fer, de style arabe entourent les "armes de Navarre" que surmonte le cintre de la niche extérieurement (Fait par Miramolin XVIe s.). Il paraîtrait que ces chaînes proviennent de celles qui entouraient le camp maure à Tolosa en 1212. D’autres morceaux de ces mêmes chaînes se trouvent à Pampelune, à Sainte-Marie de Iratche et à Tudela. Une belle émeraude fut également trouvée au camp ; elle a disparu. Une bulle du pape accorde l’exemption de jeûne à perpétuité aux descendants des chrétiens qui combattirent les Maures à las Navas de Tolosa. On montre encore aux voyageurs deux masses d’armes attribuées à Roland et à Olivier.
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| TABLEAU DE LA BATAILLE DE LAS NAVAS DE TOLOSA 16 JUILLET 1212 PAR F. P. VAN HALEN |
La sépulture des rois de Navarre est à Leyre ; mais Sanche-le-Fort voulut être enterré à Roncevaux. On le représente sur son tombeau, en pierre, tandis que sa femme est figurée en bois. La tombe est à la chapelle de Saint-Augustin, entourée de grilles forgées. Huarte, en 1621, prétend avoir vu les chaînes prises à Tolosa pendues à la grande grille entre deux lampes d’argent avec la masse d’armes et le cor de Roland. Il existe une brisure d’angle à la tombe et le nez cassé de Sanche a été recollé. On remarque encore, dans un mur de l’église, une pierre tombale d’un chevalier du XIVe siècle (1393) avec son armure, assez bien conservée.
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| TOMBEAU DE SANCHE-LE-FORT RONCEVAUX NAVARRE D'ANTAN |
La Vierge Miraculeuse.
La légende raconte qu’en 940 des bergers virent la nuit une lueur parmi les arbres qui entouraient la fontaine du plateau ; ils allèrent trouver plusieurs fois l’évêque de Pampelune qui, incrédule d’abord, consentit enfin à faire des fouilles. On y trouva cette vierge qui fut portée d’abord à la Chapelle d’Ibañeta, puis plus tard à celle de Roncevaux.
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| NOTRE-DAME DE RONCEVAUX NAVARRE D'ANTAN |
D’après les savants, cette statuette est du XIVe siècle. La "Precioza" de 1127 n’en parle pas. Au XVe siècle, on fit élever, à la fontaine miraculeuse en question, un monument représentant dans un groupe l’évêque endormi et un ange penché sur lui. Actuellement, le soubassement sert de fontaine, le groupe est grandement endommagé. La vierge est en bois argenté doré, fort belle, de l’école Toulousaine du XIVe siècle. Elle est habillée et regarde tendrement l’enfant Jésus qui est en chemise. Il pose un pied sur la cuisse de sa maman, et la main droite sur le haut du corsage, paraissant ainsi s’accrocher à sa sainte Mère pour l’embrasser. La Vierge est assise sur un trône sans dossier. Sa robe est bien ajustée, aux fins plis étudiés et nets ; elle est serrée à la taille et suit les formes du corps. La main droite tenait autrefois un lys ; elle est appuyée sur le bras du trône. Un long voile tombe de sa tête jusqu’à ses jambes. Par la grâce, la pensée, la composition finie, elle est un chef-d’œuvre du moyen âge et fait l’admiration des artistes et des archéologues. C’est une œuvre française donnée par un des rois de Navarre de la dynastie d’Evreux, qui était capétienne et qui régna de 1349 à 1441. En effet, Saint-Michel, patron de France, figure au dos sur le trône de la vierge ; sa lance est surmontée d’une fleur de lys. Les arcatures trilobées au bas du trône et la manière des personnages qu’elles abritent dénotent le XIVe siècle. M. Marquet de Vasselot, affirme et démontre que c’est un orfèvre de Toulouse qui l’a habillée d’argent.
Une autre statuette petite, fort belle, de la même époque, est exposée les jours de fête de la Sainte Vierge devant la table de communion, entre deux cierges. Le 8 septembre, la foule vient lui baiser les pieds. Les deux statuettes sont un trésor inestimable pour Roncevaux.
"Cette Vierge, à elle seule, mérite le voyage", sans doute pour ceux qui ne goûtent, en Elle, que sa valeur plastique, marchande ou archéologique. Mais, le croyant y trouve sûrement d’autres satisfactions morales, dont il ne peut donner par la plume qu’un faible aperçu.
Oui, ces curiosités en tous points remarquables, peuvent attirer l’amateur, l’incrédule artiste, souvent sans souci des pensées de l’au delà. Mais, l’homme délivré de toutes contraintes politiques ou autres, qui a beaucoup voyagé, risqué, lu et vu, celui-là se sent ému devant une piété si ardente, une foi si profonde ; il réfléchit, encore : puis adresse une fervente prière à Celui qui dirige sa destinée ici bas ; il accorde également, sa considération et toute sa sympathie à ceux qui l’entourent, adorent, pensent et prient comme lui.
Le Trésor de Roncevaux.
Il est dans une armoire du côté de l’épître. Il se compose :
1° d’une grande croix en argent doré de la Renaissance, chargée d’ornements avec deux branches qui supportent la Vierge et Saint-Jean, d’une exécution parfaite. Le pied de ce calvaire renferme deux tiges avec tube en verre, contenant une épine dans chaque tube. Elles proviennent de la Sainte Couronne qui est à Paris ; elles ont été données par Saint-Louis à son gendre don Tibaldo el menor, roi de Navarre, avec une lettre qui n’existe plus. Pampelune possède deux autres épines de la même provenance.
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| THIBAUT II ROI DE NAVARRE 1239-1270 |





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