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samedi 22 août 2026

LES ORIGINES DU "TORO DE FUEGO" EN 1950 (deuxième et dernière partie)

 

LES ORIGINES DU "TORO DE FUEGO" EN 1950.


Le toro de fuego est un spectacle pyrotechnique parodiant la corrida, présent dans de nombreuses fêtes taurines populaires. De tradition ancienne, leur forme actuelle a été conçue et brevetée par l'artificier français Pierre Marmajou dans ses ateliers à Dax en 1889.



pays basque toro fuego
TORO DE FUEGO


Voici ce que rapporta à ce sujet René Cuzacq dans le trimestriel Pyrénées : organe officiel du 

Musée pyrénéen du Château-Fort de Lourdes, N° 1-2, le 1er janvier 1950 :



"Les origines du toro de fuego.




Le jeu du taureau auquel on attache quelque torche enflammée était-il cependant plus anciennement pratiqué chez nous à l'occasion ? Il est assez probable : sans pouvoir retrouver la référence, il nous semble bien que Masein (écrivant en 1792) ou quelque autre vieil auteur bayonnais parle du taureau réel auquel on attachait "quelque artifice" : là encore, il n'est pas douteux que quelques tâtonnements en la direction de notre jeu ont pu se faire jour çà et là, au gré de variantes locales et de l'imagination de quelque amateur.




A Tarascon, Mistral (Dernière prose d'Almanach), décrivant la Fête de la Tarasque vers 1860 montre l'animal artificiel crachant le feu par les narines à l'aide de fusées...



pays basque toro fuego
PROCESSION DE LA TARASQUE
13 TARASCON



Mais les origines proprement espagnoles du toro de fuego sont certaines : même si aujourd'hui le toro de fuego reste assez peu connu dans certaines régions d'Espagne ; une pyrotechnie assez coûteuse, l'écartement et l'isolement — comme jadis — de certains villages ne pourraient-ils être ici évoqués ? Le toro de fuego a pu s'inspirer du vrai jeu antique de l'animal portant sur ses cornes des matières inflammables et enflammées. Il procède non moins des courses espagnoles arrivées depuis longtemps à leur point de perfectionnement, tandis que progressait la pyrotechnie : l'adaptation du feu d'artifice à la tauromachie explique largement, et en même temps, notre spectacle si goûté des foules. Aux courses espagnoles, avec tout leur apparat et tout leur rituel, jusqu'à la mise à mort de l'animal, on allume encore aujourd'hui des pétards ou "banderillas de fuego" quand les banderilles enrubannées et acérées s'avèrent insuffisantes à l'encontre d'un animal trop peu combatif. C'est en liaison avec le jeu national de l'Espagne, à l'image même de la psychologie ibérique, que se trouve l'une des "sources primordiales" du toro de fuego.




Ouvrons ici une parenthèse : Paul Lafond (page 12 de son Pays Basque) parle de Bayonne offrant à Charles IX, venu pour l'entrevue célèbre de 1565, un "toro de fuego" ; affirmation superficielle et fort en l'air, comme celle qu'il ajoute : "spectacle connu déjà en Espagne". Il ne peut s'agir que du toro aux cornes enflammées. Et pas même cela n'apparaît dans les documents du temps tel que Ducéré les a rassemblés dans son livre bien connu.



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LIVRE LE PAYS BASQUE FRANCAIS ET ESPAGNOL
DE PAU LAFOND



Les feux d'artifice sont pratiqués dans nos pays au XVIIe siècle, provenant peu à peu de la découverte de la poudre au Moyen-Age. Toutefois, au retour de la fête nautique qui se déroula devant le roi Charles IX à l'île de Lahonce, il est question d'une baleine artificielle, elle-même "artificiellement" éclairée (sans doute avec des torches). De là au "taureau de feu", il y a loin.




Voici au surplus le texte de la relation contemporaine d'Abel Jouan : "tout le long de la dite rivière (Adour), (il y avait) des baleines, daulphins, tortues et sirènes tout escontrefaites an artifice de feu" ; beau spectacle nocturne sans doute... Il n'est pas question de toro ; mais l'on voit l'origine de l'on-dit de Paul Lafond. Plus loin, Abel Jouan parle de "feux artificiels" (le texte se lit encore dans le livre de Poydenot, "Récits et légendes sur l'histoire de Bayonne").


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LIVRE RECITS ET LEGENDES SUR L'HISTOIRE DE BAYONNE
D'HENRY POYDENOT



Cependant, lorsque Philippe V pénétra en Espagne, en février 1701, sur le chemin de Madrid, les fêtes du Taureau l'accompagnent partout : à Aranda, la course se fit la nuit, à la lueur des flambeaux. Selon une lettre du Français Louville à Torcy aux Affaires Etrangères, un Monsieur d'Alemada s'imagina même "qu'il serait fort drôle de mettre le feu au cul d'un taureau, j'entends du feu d'artifice qui y serait si bien attaché que le pauvre taureau brûlerait tout vif dans des tourments inconcevables". Lâché à travers la foule, il ferait bien quelques victimes, mais la foule espagnole acceptait tout cela d'avance. Philippe V s'opposa à pareille innovation. Sur sa route, on l'avait d'autre part "régalé" de feux d'artifice. Ainsi, si ce dernier divertissement paraît courant en 1701, en revanche notre texte (Bulletin de la Société des Sciences des Lettres, Sciences et Arts de Bayonne, page 444, année 1932) montre que notre toro de fuego est encore inconnu dans la péninsule : par contre, l'idée en vient naturellement à certains cerveaux, réunissant course de taureaux et feu d'artifice, transformant ainsi le vieux jeu du taureau aux cornes enflammées.




Telles sont les origines historiques du toro de fuego. Mais, comme à travers les courses espagnoles, faut-il remonter beaucoup plus loin jusqu'au culte du taureau supposé aux temps néolithiques et préhistoriques, avec les traces et les survivances de l'histoire naissante de l'antiquité ?



Vers 1500 avant Jésus-Christ et l'arrivée des Grecs indo-européens en Grèce, la Crète égéenne connaît de véritables courses de taureaux, attestées par l'archéologie. Faut-il attribuer à ces jeux une valeur religieuse ? Peut-être le taureau était-il ensuite mangé, comme après les sacrifices antiques. Le culte du taureau en aurait fait un symbole de valeur et de force ; il figure debout, un triangle entre les cornes, sur de vieilles monnaies ibères. Les croyances primitives parlent en Thessalie du taureau du sacrifice dont les cornes au préalable étaient dorées : simple enjolivement, ou mystérieux rapprochement avec l'or voisin du feu, symbole de force et de courage. Aux jeux romains du cirque, il arrivait que le taureau fût excité par des torches ardentes : ceci, sans autre précision : il semble d'ailleurs qu'en l'occurrence il ne faille chercher ici aucun sens caché. Par contre, la déesse égyptienne Isis était plus ou moins associée au culte du Dieu Apis, dont le Veau d'Or des Hébreux rappela leur séjour aux bords du Nil. La mythologie antique montre Satyres et Bacchus cornus. Surtout la préhistoire livre des cornes votives ; encore aujourd'hui, certains chefs noirs des tribus africaines se parent d'un chef de taureau. Le "V" des bros (chars landais), servant à attacher les planches de l'avant et de l'arrière des charrettes, se retrouvant aussi ailleurs, a-t-il la même valeur magique et religieuse à l'origine ?



pays basque toro fuego
COURSE DE TAUREAUX CRETE




Encore au Moïse du Vatican, Michel-Ange met les cornes où le poète Vigny voit le symbole des "flammes de sa tête", son auréole de chef, le signe de sa toute-puissance...



Dans son étude, Monsieur Aparisi-Serres rapproche tous ces faits des cornes rituelles portées par certaines divinités égyptiennes, comme, nous dit-il, les "cornes dorées des bœufs des sacrifices thessaliens rappelaient les cornes enflammées pour la plus grande gloire de la divinité". Comment, ajoute-t-il, pareil symbole est-il devenu le dérisoire emblème du mari trompé ? Peut-être par une dégradation ironique, ou l'évocation de la ramure du cerf, faible et fugitif, sinon par la non moins ironique désignation du mari de peu de valeur et de courage contrastant avec la force que désignait généralement cet emblème. Là encore, il y aurait lieu de faire appel aux Satyres, Aegypans et autres Dieux cornus de la mythologie, et des croyances auxquelles ils donnaient lieu.



Monsieur Aparisi-Serres a bien voulu nous communiquer une note du Docteur Marcel Baudouin, à lui adressée à la suite de son travail. Le vice-président de la Société historique française lui écrivait : "Le taureau aux cornes de feu est sûrement un dérivé du taureau zodiacal, c'est-à-dire de l'époque où la "Vache-Grande Ourse" passa au Zodiaque (équinoxe) en devenant taureau en apparence, quoique le taureau zodiacal ne soit toujours qu'une vache totem. Chronologiquement, cela correspond à l'époque où le Pôle, quittant la Grande Ourse, entra dans le Dragon, vers 3 000 avant Jésus-Christ. En effet, seul le Taureau zodiacal (constellation) a des étoiles pour former ses deux cornes. Le totem "Vache-Grande Ourse" n'a pas de cornes connues. Elle a dû les prendre sur terre, au moment de monter au ciel, quand le Pôle est entré dans la Grande-Ourse vers 8 000 avant Jésus-Christ. Et ce sont ces cornes qui sont devenues les cornes de consécration... Le Taureau de feu est le taureau céleste descendu sur la Terre, d'où le jeu, certainement d'origine cultuelle".




Retenons simplement, par delà cette chronologie qui nous laisse plus que sceptique, comment le Taureau terrestre fut projeté dans le ciel dès que l'antiquité forma les signes du Zodiaque, sans doute dès les temps chaldéens.



La sociologie d'aujourd'hui recourrait aussi à la mentalité des primitifs, mangeant le taureau du sacrifice pour faire passer en eux la force et le courage de l'animal. Sans doute, le culte mithriaque sous l'Empire romain, ses autels tauroboliques et sa mise à mort du taureau rejoignaient-ils ici ces antiques et mystérieuses croyances. Il n'est pas douteux que, beaucoup plus anciennement, l'Egypte ancienne n'ait eu force cultes animaux : par elle, on peut remonter à la préhistoire.



Sur les médailles antiques, Séleucus, 1er roi de Syrie, porte à la tête une corne de taureau, et Lysimaque, roi de Thrace, une corne de bélier. Les cornes d'animaux ont été longtemps d'anciens vases à boire ; certains vases s'inspirent de leurs formes ; il n'y a encore bien longtemps, dans les Landes, un fragment de corne de boeuf était mis à la ceinture du faucheur, et son eau servait à rafraîchir la faux échauffée par le travail, à ce que l'on raconte plus ou moins vaguement aujourd'hui. La corne d'abondance fut un emblème mythologique de l'Antiquité.


pays basque toro fuego
TETRADRACHME SELEUCUS 1ER



Mais, à l'opposé, voici le diable du Moyen-Age qui n'a pas seulement le pied fourchu ; ses cornes sèment aussi la terreur : autre vieille survivance magique ?




Tout ceci semble nous amener assez loin du taureau de feu. Et pourtant, il n'en est rien, si nous prenons un livre récent, "La Préhistoire du Christianisme" de M. Autran (I, page 84) : à l'en croire, le taureau, emblème de la fertilité, se survit au Pays Basque où il donne lieu à une "cérémonie annuelle" : "l'abondance de la récolte se préjuge d'après la hauteur des étincelles émanant du taureau de feu".



Peut-être y a-t-il une large part de mirage dans ces lignes : l'actuelle machinerie du taureau de feu, à Bayonne et au Pays-Basque français, comme à Dax et dans les Landes, est venu d'Espagne vers 1890, par le Pays-Basque espagnol, spécialement de Navarre et de Guipuzcoa, à ce qu'il paraîtrait. Mais si l'on veut remonter plus haut, il faut s'adresser au seul taureau aux cornes enflammées dont il a été question ici-même, très probablement vieux reste de toute l'Espagne ibère, survivant au moins en Aragon à une date récente. A notre connaissance, au Pays-Basque espagnol, il n'est pas question de cérémonie annuelle : peut-être, le jeu se retrouvait-il simplement à la fête annuelle. Quant à l'idée de l'abondance de la récolte liée à la hauteur des étincelles, elle est comparable à celle des paysans gascons ou basques regardant d'où vient le vent le Dimanche des Rameaux, et en déduisant si l'année sera fertile ou non.


pays basque toro fuego
EVANGILE DU DIMANCHE DES RAMEAUX



Au demeurant, il n'est pas douteux qu'aux temps préhistoriques le symbole du taureau n'ait été lié à des actes religieux. Pour notre part, n'aimant guère les explications sociologiques ou totémiques d'aujourd'hui (ces dernières d'ailleurs en recul sensible), nous n'irons pas plus loin. Avant tout, il s'agit en l'espèce du jeu de homme et de l'animal, libre expansion des forces naturelles du premier à l'égard du second, particulièrement envers un adversaire aussi noble et redoutable que l'était le taureau. Il a abouti, au delà des Pyrénées, aux courses espagnoles : avec l'apparition du feu d'artifice, il en est résulté par conjonction et très tard au XIXe siècle, l'apparition du jeu dérivé : notre "taureau de feu". Ce qui ne l'empêche pas de rejoindre aussi, et beaucoup plus anciennement, le jeu du taureau aux cornes enflammées. De vieilles idées, mêlant magie et religion, ont pu s'y associer ; mais l'élément essentiel demeure le recours à cette forme de l'activité humaine éternelle qui a nom le jeu."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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vendredi 21 août 2026

LE RETABLE DORÉ DE JATXOU EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN AVRIL 1960

LE RETABLE DORÉ DE JATXOU EN 1960.


L'existence de l'église Saint-Sébastien est attestée depuis le 13ème siècle. Elle possède un retable remarquable du 17ème siècle.




pays basque labourd église religion
RETABLE EGLISE 64 JATXOU
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet la revue trimestrielle Pyrénées : organe officiel du Musée pyrénéen du Château-fort de Lourdes, le 1er avril 1960 :



"Notes d'art populaire et religieux basque.

Le Retable doré de Jatxou.



Touriste ou homme du pays qui te hâtes vers Cambo et Saint-Jean-Pied-de-Port en suivant droit la grand'route vers ces lieux célèbres du Pays Basque, tu te contentes de regarder de loin sur la verte colline la tour carrée qui surgit, à la mode des églises labourdines, sur la ligne de crête longeant l'eau blanche de la Nive échappée de ses gorges.



pays basque labourd église religion
EGLISE 64 JATXOU
PAYS BASQUE D'ANTAN



Crois m'en : à la sortie d'Ustaritz, fais un facile et rapide détour et gagne cette église de Jatxou, ainsi aperçue. De là-haut, tu pourras contempler la sinueuse vallée ou l'avancée des monts. Surtout, en pénétrant dans la nef unique par la tour-clocher et son porche rectangulaire, tu contempleras, émerveillé de découvrir ce que ne signale aucun guide, l'un des plus typiques retables de l'art populaire et religieux du Labourd et de la terre basque française.



En sa teinte fauve doucement rutilante sous les ans, il n'a rien de la surcharge des retables espagnols ; seul un préjugé tenace et superficiel affirme le contraire. Il te suffira de jeter un simple coup d'œil sur la magnifique suite, des volumes de Louis Hautecoeur, cette admirable Histoire de l'architecture, de la Renaissance à 1914, monument lui aussi achevé, pour te rendre compte de ce qui en a été du grand art français des retables. Seulement, le Pays Basque a affectionné entre toutes nos provinces, cette riche éloquence magnifiant l'autel du Dieu vivant, y mettant la marque vigoureusement naïve et pittoresque de son travail local du bois et il en conserve aujourd'hui le trésor souvent intact. Le catholicisme y expose comme l'or de sa croyance et l'exaltation triomphante de la messe eucharistique, centre de la foi des anciens jours, comme des jours nouveaux, et l'offre dans toute sa gloire aux hommes peuplant les trois galeries à balustres tournés (ici modernes...) ou aux femmes remplissant la nef.



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LIVRE HISTOIRE DE L'ARCHITECTURE CLASSQIEU EN FRANCE
DE LA RENAISSANCE A 1914

DE LOUIS HAUTECOEUR



Au centre, un saint Sébastien, nu, est attaché à l'arbre, noueux et branchu comme tant d'autres aux proches forêts : extraordinaire image du martyr, dont la chevelure encadre le visage, dans la beauté expressive de l'art local ou sa laideur naïve et touchante, si l'on préfère d'autres formes de l'art. Droit et allongé, le saint repose sur la niche cintrée d'un tabernacle où le crucifix prend place (souvent, en Pays Basque, avec des anges tenant de petites torchères) ; les riches panneaux inférieurs de celui-ci ont des niches à statuettes entre leurs colonnes, et sa porte s'orne d'un léger bas-relief.


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DETAIL RETABLE EGLISE 64 JATXOU
PAYS BASQUE D'ANTAN




Deux colonnes en torsade encadrent cette partie centrale, en haut de laquelle deux charmants angelots du même style bellement (ou affreusement) et pittoresquement "populaire" laissent pendre leurs jambes à leur sommet. Aux bases, deux têtes d'angelots redressent verticalement les ailes dont elles sont pourvues. Ces colonnes s'entourent de chutes, si à la mode dans le style Louis XIV, avec des motifs divers, la guirlande la plus extérieure ayant encore une tête d'ange sortant d'une "gaine" à leur sommet.



Latéralement, deux immenses ailerons en volutes se recourbent vers une tête d'ange, au vermillon apaisé aujourd'hui. Cet extraordinaire visage, dans les boucles qui retombent de part et d'autre et l'encadrent, apparaît d'une exécution inhabile et gauche. Tel il est venu, comme tout le retable, de quelque atelier du voisinage, portant savoureux témoignage du travail du bois dans l'art populaire de jadis. Ailleurs, un socle décoré en pyramide tronquée supporte une fleur de lys d'or de forme non moins curieuse.



Sans parler des statues des niches voisines, voici, au-dessus, bellement décoré de la frise et des denticules du retable, un nouveau fronton de dimensions réduites, avec une fois de plus de grands ailerons feuillagés, entre deux petits pilastres. Sous l'incurvation de son rebord, Dieu le Père — figuré dans son type si répandu — surgit, barbe à son menton allongé, tenant le globe et bénissant, la robe recourbée autour de la tête, tandis que d'autres angelots encore ceinturent son buste.



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RETABLE EGLISE 64 JATXOU
PAYS BASQUE D'ANAN



Si sommaire soit-elle, cette description doit signaler d'un mot la branche robuste et feuillue sortant du motif central de l'autel.



Et, partout, dans cet ensemble de magnificence, le bois se dore au point de donner l'illusion d'un monument d'or pur.



Dans mon Eglise de Cambo, j'ai étudié les retables basques et cherché à définir l'art des églises labourdines, en en dégageant divers caractères généraux. A Cambo, avec la grande toile à la Vouet du Martyre de saint Laurent, nous sommes aux environs de 1660. Autrement belles sont les galeries. Mais le retable de Jatxou révèle des points de parenté évidents avec celui de Cambo. Faut-il s'étonner qu'un atelier proche ait longtemps conservé ces formules, la terre basque étant par excellence celle de l'archaïsme ?



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RETABLE EGLISE DE CAMBO-LES-BAINS
PAYS BASQUE D'ANTAN



Mais Jatxou n'a pas que son retable doré. On en contemplera encore les peintures. Je ne parle pas d'une belle toile récente d'Antoinette Trébuchet, mais de celles du chœur, où l'art local cette fois est plus élevé et plonge dans le classicisme français de très intéressante manière. Perchée au sommet de la Croix, la colombe du Saint-Esprit plane sur le Père et le Fils ; à l'entour, il y a les autres évangélistes : saint Jean a un cygne tenant un encrier dans son bec, saint Luc le taureau ; mais ceux qui ont pu voir de près ces peintures au plafond de bois y ont encore trouvé de pittoresques et amusants animaux. Il est encore un saint Martin à cheval. A l'entour, de robustes spirales, des guirlandes épaisses et caractéristiques. On veut voir dans les médaillons encadrant la Trinité, le soleil et la lune, ou des motifs qualifiés parfois du genre "éponge"... En avant, sur un fond bleu très vif, les trois fleurs de lys d'or sont celles de l'écu de France. Ces non moins curieuses peintures peuvent être contemporaines, ou pas trop lointaines, de l'édification du retable. On peut songer à la fin du XVIIIe siècle inspirant un artiste local. Mais tout le lambris de la nef est peint en noir et marron d'arabesques, datées cette fois de 1752 et paraissant plus récentes : venu du décor Bérain à la fin de Louis XIV, on a abouti à cette rocaille Louis XV. Au centre, la tiare du Pape avec deux clefs de saint Pierre entrecroisées.


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PEINTURE CHOEUR EGLISE 64 JATXOU
PAYS BASQUE D'ANTAN








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SAINT LUC ET SAINT MARC 
EGLISE 64 JATXOU
PAYS BASQUE D'ANTAN



De la fin du XVIIe siècle, un Christ est loin d'être sans beauté. Et il y a encore un grand bénitier rond de pierre sous le porche. Les cloches sont de 1755 (si le mouvement d'horlogerie porte "Mayet-Gourdin, Sarthe"). Les vitraux du choeur sont un don de M. Denis, ancien propriétaire de Denis-enia évidemment (de G. P. Dagrant, Bordeaux, Anno Domini MDCCCLXXVI).



Si bref soit-il, du moins en cet article ai-je voulu faire connaître le retable et les peintures de Jatxou : aux portes d'Ustaritz, de Cambo et de Bayonne, ils méritent amplement une visite et l'attention de tous les pèlerins de l'art et du passé basque.


René Cuzacq.


P.-S. — Le visiteur de Jatxou pourra faire ensuite un léger crochet par Halsou, afin d'y voir un porche avec son fronton à boules, de 1770, une très simple porte en anse de panier, de 1510, enfin, dans l'église, des galeries du XVIIe siècle, d'un type très voisin de celles de Cambo, et un retable où l'on retrouve également bien des motifs semblables."








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mercredi 4 décembre 2024

LA DESTITUTION DU COMITÉ RÉVOLUTIONNAIRE DE BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1794 (septième et dernière partie)

 

LE COMITÉ RÉVOLUTIONNAIRE DE BAYONNE EN 1794.


A partir d'octobre 1793, le Comité Révolutionnaire sévit à Bayonne, en Labourd.




pays basque autrefois révolution histoire
COMPAGNIE FRANCHE DE BAYONNE 1793
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin N° 3 de janvier 1929 de la Société des Sciences, Lettres, 

Arts et Etudes Régionales de Bayonne, sous la plume de René Cuzacq :



"... La réaction thermidorienne et la fin du Comité révolutionnaire (27 Juillet 1794 - 26 Octobre 1795).



Mais voici qu'arrive Thermidor. Au même moment, Pinet et Cavaignac remplacent le timide Muller par Moncey, et l'armée des Pyrénées occidentales commandée par le nouveau Général, passe à l'offensive à l'heure même où le 27 Juillet 1794 Robespierre succombe à Paris. Trois jours auparavant, le 6 Thermidor, l'attaque générale avait commencé, après les préludes d'assaut du 22 Messidor. L'aile droite française emportait Fontarabie le 14 Thermidor, puis Saint-Sébastien le 17, qui ne fut guère défendue par ses alcades songeant à un Etat indépendant du Guipuzcoa (Août 1794). Mais l'aile gauche resta accrochée à la hauteur de Roncevaux et ne put guère progresser en direction de Pampelune. Pinet suit l'armée victorieuse. Les Basques espagnols réunissent à Guétaria leur junte et songent à proclamer leur indépendance. Mais le Représentant en mission, s'effarouche à la seule idée de cet Etat tampon entre la France et l'Espagne, centre d'attraction rêvé pour les Basques-Français. Son réalisme montagnard rêve d'annexions plus profitables ; il fait écrouer à Saint-Jean-de-Luz et à Bayonne les chefs de la Junte du Guipuzcoa. Mais aussi le Conventionnel dans ce pays hostile et avant tout catholique, vit dans la hantise de "vêpres siciliennes". Il pille les églises, persécute les nobles et les prêtres, fait dresser la guillotine à Saint-Sébastien, s'attire le surnom de "nouvel Attila" par le général espagnol, en un mot se crée une réputation de terreur qui lui sera durement reprochée par la suite.




marechal revolution empire pays basque autrefois révolution histoire
MARECHAL BON-ADRIEN JEANNOT DE MONCEY


Mais il doit partir ainsi que Cavaignac. Dès le 26 Thermidor, la Convention rappelle tous les députés en mission depuis plus de 6 mois ; déjà la réaction thermidorienne déroule ses conséquences. Le 7 Septembre 1794, Pinet à Elizondo signe son dernier arrêté connu ; le 16, il est encore à Saint-Sébastien, en compagnie de Delcher et Baudot qui viennent d'arriver. Puis, à la fin de Septembre, il quitte définitivement ces régions où son proconsulat tragique aura duré un peu moins d'un an.



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MARC ANTOINE BAUDOT



De nouveaux députés y prennent sa succession, très fréquemment renouvelés depuis que la Convention thermidorienne a imposé ses méthodes. Dès le début d'Août 1794, le Comité du Salut Public désigne — le 29 Thermidor — Garrau, Baudot et Delcher, députés montagnards pour être envoyés à l'armée des Pyrénées occidentales. Le 2 Janvier 1795 — 13 Nivôse an III — Chaudron-Rousseau remplace Garrau ; en Mars 1795, Bô et Piqué (des Hautes-Pyrénées) succèdent à Delcher et Baudot (11 Mars-21 Ventôse) ; Paganel les rejoint presque aussitôt (28 Ventôse). En Mai 1795, Meillan, le député Girondin de Bayonne proscrit au 2 Juin 1793, arrive à son tour, chargé surtout de préparer les négociations avec l'Espagne.



Mais surtout Monestier (de la Lozère) et Izoard furent les principaux agents de la réaction thermidorienne, très mal connue d'ailleurs.



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JEAN-BAPTISTE-BENOÎT MONESTIER



Monestier (de la Lozère) apparaît dès le 14 Octobre 1794 à Saint-Sever dans les Landes ; il est à Tarbes le 1er Novembre 1794, à Pau le 4 Décembre, à Orthez le 19 ; mais on ne trouve aucune trace explicite de son passage à Bayonne que le 7 Février 1795.



De même, en Mars 1795, apparaît à son tour Izoard, qui semblerait avoir remplacé Monestier. En mars 1795, Izoard est dans notre ville ; en Mai, nous le trouvons à Tarbes ; puis nous saisissons son passage à Pau une dernière fois le 7 juin.



Le 11 mars 1795 — 21 Ventôse an III —, le représentant Izoard réorganise définitivement tous les corps constitués du district d'Ustaritz ; le 7 Juin 1795 — 19 Prairial An III — il supprime toutes les Sociétés populaires des Basses-Pyrénées.



Qu'est devenu le Comité révolutionnaire de Bayonne, durant cette période où la réaction qui suit Thermidor développe sournoisement ses effets avant de se produire sans crainte au grand jour ? Nous le perdons maintenant de vue de la manière la plus complète, tout comme nous saisissons mal l'état de l'opinion bayonnaise en 1795.



La loi du 7 Fructidor an II — 24 Août 1794 — laisse subsister les Comités révolutionnaires de communes dépassant 8 000 habitants comme c'est le cas pour Bayonne ; mais leurs membres seront changés par moitié tous les trois mois ; ils devront envoyer de suite le tableau des reclus au Comité de sûreté générale renouvelé et lui déférer immédiatement les motifs de toute arrestation nouvelle.



Effectivement, en Octobre 1794, nous pouvons encore noter la trace de six membres du Comité de pluviôse an II : les citoyens Destibeaux, Dithurbide, Danglade, Bouché, Doyhambère, Dollabaratz ; mais il y a à côté d'eux les citoyens Jauretche et Poylo jeune qui sont des nouveaux venus, ce qui semble bien indiquer un premier remaniement du Comité révolutionnaire de Bayonne.



Puis la loi du 1er Ventôse an III supprime dans le délai d'un mois, à la date du 1er Germinal an III, les Comités des communes dont la population n'atteint pas 50 000 habitants. Si, par extraordinaire, l'agonie du second Comité révolutionnaire de Bayonne s'est prolongée au delà du 11 Mars 1795 et de la réorganisation des autorités du district, le 21 mars 1795 — 1er Germinal an III est venu presque aussitôt mettre un terme final à son impuissance maintenant complète.



Nous ignorons de même si les vengeances thermidoriennes, suscitées par les rancunes de l'opinion bayonnaise, vinrent atteindre certains de ses membres. Toujours est-il que dès le 1er Janvier 1795 — 12 Nivôse an III —, 215 signatures de la Société populaire dénonçaient maintenant à Paris Pinet aîné et Cavaignac, rendus spécialement responsables de la mort par la misère et le désespoir, de 1 600 des Basques déportés en Mars 1794. Le 20 Germinal an III — 9 avril 1795 —, Paris donnait l'ordre de désarmer tous ceux ayant participé aux "horreurs" de la "tyrannie" qui précéda le 9 Thermidor an II. C'était la conséquence d'un dernier sursaut jacobin, l'essai de "journée" du 12 Germinal an III — 1er Avril 1795, qui vint à point pour accroître encore la poussée anti jacobine et permettre à Tallien de venger les injures faite aux Cabarrus. Celui-ci, le 29 Germinal, lit à la Convention un rapport sur les excès commis aux alentours de Bayonne et dans le Guipuzcoa : "Et la France fut menacée... de n'avoir conquis que des déserts".



pays basque autrefois révolution histoire
JEAN-LAMBERT TALLIEN



Selon son habitude prudente, Tallien n'avait cité par écrit aucun nom de personne ; la discussion aboutit finalement à la demande d'un nouveau rapport. Mais les derniers montagnards subissaient une déroute décisive le 20 Mai 1795 — 1er Prairial an III —, après avoir un moment envahi la Convention. Le 3 Juin 1795 — 15 Prairial an III — le représentant en mission Chaudron-Rousseau, après avoir évoqué la déportation illégale et monstrueuse, issue du mensonge et de la calomnie selon ses propres expressions, des habitants des villages basques désignés le 3 Mars 1794, ordonnait notamment la destitution et la mise en arrestation de ceux qui, à Saint-Jean-de-Luz, avaient demandé cette mesure dès Novembre 1793, s'étant fait "les promoteurs de l'évacuation".



Enfin survint l'amnistie générale du 26 Octobre 1795 votée par la Convention dans sa dernière séance.



Une fois de plus nous ignorons si le Comité révolutionnaire de Bayonne, ayant trempé lui aussi dans l'affaire du 3 Mars, vit au préalable ses membres poursuivis, pour cette preuve ou pour d'autres encore de leur activité révolutionnaire d'antan. Leurs noms obscurs disparaissent de l'histoire en même temps que survient la réaction thermidorienne et nous ignorons à plus forte raison de quelle manière ils terminèrent leur vie au lendemain des événements tragiques auxquels reste infrangiblement attaché leur souvenir.



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COMITE SURVEILLANCE REVOLUTIONNAIRE


Conclusion.



A l'heure où dépassant les cadres de l'histoire de 1789 imposés par l'école libérale du 19ème siècle, jaillissent çà et là des études embrassant la Révolution dans toute son ampleur, il nous a paru de quelque intérêt de retracer l'histoire des deux Comités révolutionnaires de Bayonne. Le plus souvent, le rôle de ces organismes avait été peu éclairci ou laissé de côté, comme celui d'institutions révolutionnaires jusqu'alors mal connues et très peu étudiées. En dépit de l'absence fatale des textes primitifs, nous avons essayé d'embrasser toute l'histoire se déroulant en corrélation avec les événements locaux, intérieurs ou extérieurs, et en présence du Conventionnel Pinet dont l'action fut prédominante à Bayonne. A l'aide du cadre chronologique qui s'imposait ici, nous avons tenté de retracer ce que fut la part des choses, et surtout celle des hommes, dans le développement de la crise qui reste l'un des points capitaux de l'histoire bayonnaise. Quelles que soient les imperfections du détail de notre récit, en nous efforçant de retrouver au long des jours et des mois les traces du Comité révolutionnaire, notre seule ambition d'historien a été de chercher à donner du même coup leur physionomie exacte aux vicissitudes de ce que fut l'an II à Bayonne.


René Cuzacq,

Agrégé d'histoire et géographie 

Professeur au Lycée de Bayonne."





(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)











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dimanche 3 novembre 2024

LA DESTITUTION DU COMITÉ RÉVOLUTIONNAIRE DE BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN 1794 (sixième partie)


LE COMITÉ RÉVOLUTIONNAIRE DE BAYONNE EN 1794.


A partir d'octobre 1793, le Comité Révolutionnaire sévit à Bayonne, en Labourd.




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COMPAGNIE FRANCHE DE BAYONNE 1793
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le Bulletin N° 3 de janvier 1929 de la Société des Sciences, Lettres, 

Arts et Etudes Régionales de Bayonne, sous la plume de René Cuzacq :



"... 3. La politique montagnarde de Pinet aîné et le second Comité révolutionnaire (12 pluviôse - 9 Thermidor An II, 31 Janvier - 27 Juillet 1794).



Ainsi, tandis que s'installe le nouveau Comité révolutionnaire, une nouvelle époque commence dans l'histoire de la Révolution bayonnaise : l'action jacobine succède à trois mois de tâtonnements.



L'armée est tout d'abord réorganisée. Pinet, fidèlement suivi par Cavaignac, signe toute une série d'arrêtés, notamment en ventôse ; des soins nouveaux sont apportés à l'entretien des troupes ; par contre les désertions sont sévèrement réprimées : à la fin de Février, exactement le 4 ventôse, Pinet décide de mettre le séquestre sur les biens des déserteurs et de leurs parents. La désertion de 47 soldats basques, surtout originaires d'Itxassou, entraîne des mesures particulièrement violentes et la création le 13 ventôse an II — 4 mars 1794, d'une commission extraordinaire où siègent d'ailleurs plusieurs officiers. C'est la célèbre commission extraordinaire qui, dans l'espace de quelques semaines, inaugure une première session sanglante à Bayonne, gagne les Landes et le Gers, revient ensuite dans notre ville, jusqu'à ce que le décret du 27 Germinal vienne, au milieu d'Avril 1794, donner l'ordre de réserver au seul Tribunal criminel révolutionnaire de Paris les délits politiques de toute nature. Par ailleurs de nombreux officiers royalistes ou girondins sont pourchassés, destitués, au besoin exécutés ; dès le 15 Mars, le capitaine Grandjean paye de sa vie ses opinions anti-républicaines ; d'autre part, soupçonné de prévarications, l'agent général des fourrages, Boucher, est condamné à mort le 6 Floréal — 25 Avril — dans l'une des dernières séances de la fameuse commission. Par le fer et par le sang, l'armée devient de la sorte une force militaire solide, prête à prendre l'offensive, comme les autres armées de la République, dont les succès troublent le sommeil de Pinet et de Cavaignac. Quelle joie sera la leur quand, au début de Thermidor, s'étant débarrassés de Muller et de ses incertitudes, ils salueront l'heure de l'action. "Il est donc arrivé ce moment si longtemps attendu où la brave armée des Pyrénées occidentales, s'élevant au-dessus de tous les obstacles que la malveillance avait fait naître autour d'elle pour la condamner à la nullité..." pourront alors s'écrier fièrement Garrau, Pinet et Cavaignac.



Mais la réorganisation militaire s'accompagne d'une action intérieure non moins violente et poussée. Les taxes civiques frappent les riches aristocrates et les essais de réaction de l'opinion bayonnaise, qui cherchent au Théâtre l'occasion de se manifester, ne sont que le prétexte de lourdes et répétées amendes.



Dès le 25 pluviôse an II — 13 Février 1794 — 10 000 livres d'amende frappent les riches bourgeois qui se sont abstenus la veille d'assister à une représentation au profit de l'armée ; et lorsque deux citoyens dont un gendarme, s'avisent d'enlever aux applaudissements de la foule la claire-voie qui, malgré l'égalité républicaine, rétablit une sorte de loge pour les représentants, leurs familles, leurs invités, les deux coupables paient de leur tête cet acte audacieux.



D'autre part dès le 3 ventôse — 21 Février, un arrêté de Pinet aboutit à la saisie de 8 845 livres en sous de monnaie chez les commerçants de Bayonne ; de plus, en vertu des décrets des 27 et 28 Germinal, les nobles et les étrangers du district d'Ustaritz sont invités à se retirer à une lieue au moins de la rive droite de l'Adour. Dans le morne silence de la ville maintenant domptée, la Commission extraordinaire et le Comité Révolutionnaire, surveillant la cité, portent partout leurs regards inquisiteurs et assurent l'implacable exécution des volontés de Pinet et de Cavaignac. Ceux-ci insistent encore vainement en messidor pour rétablir la Commission extraordinaire, qu'il a bien fallu supprimer à la suite du décret du 27 Germinal.



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COMITE SURVEILLANCE REVOLUTIONNAIRE


A toutes ces mesures, le nouveau Comité révolutionnaire de Bayonne a été associé de près. Mais dans l'absence des documents disparus, nous perdons facilement sa trace ; nous sommes très peu renseignés sur les membres qui le composent ; tels que les indique l'arrêté du 12 pluviôse ; du moins les noms qui s'y trouvent présentent-ils cette fois une physionomie locale très caractérisée. Ils sont les chefs de la petite minorité bayonnaise acquise à la Montagne qui se serrent autour du Conventionnel en mission, dirigent son action et sont ses collaborateurs les plus immédiats et les plus intimes. Nous voyons cependant que le 30 Floréal an II — 17 Mai 1794, — le Comité de Biarritz est supprimé au profit de celui de Bayonne, comme ayant un ressort trop petit. Nous entrevoyons surtout que le second comité révolutionnaire de Bayonne fut étroitement mêlé au drame capital qui marque cette période de la Révolution locale.



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COMITE SURVEILLANCE REVOLUTIONNAIRE


Dressés contre l'oeuvre religieuse de la Révolution, de tout temps en relations suivies avec leurs frères d'Espagne, les Basques devaient fatalement opposer une résistance passive, et plus souvent encore active, aux impitoyables rigueurs de la politique montagnarde.



Depuis longtemps déjà, Pinet est au courant des tractations entre Basques espagnols et français ; dès le 24 Novembre 1793, la municipalité de Saint-Jean-de-Luz, sous la pression de la disette, a réclamé des mesures terribles. La désertion de 47 soldats basques de la région d'Itxassou, sous l'impulsion d'un prêtre réfractaire, fait déborder la colère de Pinet, débarrassé des entraves qui gênaient encore son action en Novembre 1793. Tandis qu'il crée la Commission extraordinaire, le grand arrêté du 13 Ventôse an II — 3 Mars 1794 —, signé aussi de Cavaignac, ordonne la déportation à 20 lieues des frontières de la population totale des villages de Sare, Ascain, Itxassou et de tous les très nombreux suspects qui seront désignés dans les communes de Souraïde, Espelette, Ainhoa. Or, l'un des membres du Comité révolutionnaire se rendit sur place en vue de faire procéder à la retentissante opération. Un lamentable cortège de 3 000 Basques, en proie à la misère et la faim, traversa Bayonne ; on les parqua dans les églises, avant de les disperser par petits groupes dans un certain nombre de communes landaises.



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PORTRAIT DE JEAN-BAPTISTE CAVAIGNAC 


Lorsqu'à l'extrême fin de Septembre 1794, le 8 vendémiaire an III, ils furent rappelés dans leurs villages, c'est à peine si la moitié d'entre eux revint finalement au pays natal.



Mais entre temps l'arrêté du 12 Pluviôse an II avait eu son épisode sanglant. Le 5 Floréal an II — 24 Avril 1794 — la Commission extraordinaire condamnait à mort Aillet, Sempé, Duvau et Coutanceau, respectivement âgés de 51, 31, 36 et 33 ans, anciens membres du Comité de surveillance créé le 10 Octobre 1793. Place de la Liberté, le Comédien Aillet monta le premier sur l'échafaud, pour avoir propagé "des principes qui auraient été au détriment de la Révolution" et tendant à "avilir la Représentation Nationale". Bien vainement, au courant de Mars, la Société des sans-culottes de Toulouse avait tenté une diversion à peine voilée et envoyé un certain Brubisse pour sauver son compatriote Coutanceau. Lartigue, qui avait à peine 29 ans, recevait 6 années de fer, et Rives âgé de 37 ans, deux années ; Rigaud qui comptait 37 ans, était détenu jusqu'à la paix, et le philosophe espagnol, Santivagnès, condamné à la déportation ; tous ces derniers "pour avoir prévariqué dans leurs fonctions" ; ils connaissaient en outre la peine supplémentaire de l'exposition publique, portant au col des écriteaux divers tels que "lâche citoyen", "mauvais citoyen", "prévaricateur". Cinq jours plus tard, le 29 Avril, lecture fut donnée du verdict à la Société populaire que présidait Derrécagaix."



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GUILLOTINE SOUS LA TERREUR



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)

 







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