L'ÉGLISE DE SAINT-JEAN-DE-LUZ EN LABOURD AU PAYS BASQUE (quatrième partie)
L'ÉGLISE DE SAINT-JEAN-DE-LUZ.
L'église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Luz est renommée pour son retable du 17ème en bois doré et pour y avoir vu y célébré le mariage du roi Louis XIV le 9 juin 1660.
L'église est classée au titre des monuments historiques par arrêté du 7 mars 1931.
INTERIEUR EGLISE SAINT JEAN-BAPTISTE SAINT-JEAN-DE-LUZ D'ANTAN
Voici ce que rapporta à ce sujet le bulletin de la Société des sciences, lettres & arts de Bayonne, du
Dédiée à saint Jean-Baptiste, élevée sur les confins de terrains que recouvraient autrefois les eaux de la Nivelle, l'église de St-Jean-de-Luz a donné son nom à l'agglomération qui l'entoure, car l'appellation basque Donibane-Lohitzun se traduit littéralement par St-Jean-le-Boueux. Mais nous n'avons aucune donnée sur l'époque à laquelle remonte la construction de l'une comme la formation de l'autre.
M. l'abbé Haristoy, ancien curé de Ciboure, se demande, dans une étude qu'il a consacrée à St-Jean-de-Luz, s'il ne faut pas supposer une première église au quartier d'Accotz.
L'antériorité du quartier d'Accotz est une hypothèse en faveur de laquelle on peut invoquer une tradition consignée dans les Archives Municipales de St-Jean-de-Luz, la nature primitive des lieux sur lesquels la ville fut bâtie — flèche de sable resserrée et peu sûre entre la mer, les marais et une rivière — et aussi le fait qu'Accotz possédait autrefois un abbé (nom donné aux maires dans notre pays jusque vers la fin de l'ancien régime) et des jurats, ce qui est le propre d'une communauté distincte.
Mais on se trouve désorienté quand on recherche les traces réelles d'une église sise à Accotz. Il est impossible de recueillir un indice quelconque à ce sujet, et, si l'on étudie la région haute comprise entre le coude de la Nivelle en face d'Ascain et la mer, on ne trouve que Serres qui a disparu comme paroisse après la Révolution, mais dont l'église subsiste encore.
Serres aurait-il possédé le premier sanctuaire chrétien de cette région ? Peut-être. L'antiquité de Serres ressort de l'observation qu'il est situé, si l'on se reporte à des époques arriérées, sur la voie la plus naturelle des grandes communications à travers la contrée comprise entre la Rhune et l'Océan, voie qui, au Moyen Âge, était utilisée par de nombreux pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle. Alors que, vers l'embouchure de la Nivelle, la largeur et la profondeur de son lit ainsi que les marécages qui la bordaient rendaient la traversée difficile sinon impossible, on trouvait au-dessous de Serres un premier gué qui menait en Espagne par les vallées d'Olhette et un col de faible altitude. L'importance de ce gué est confirmée par l'existence, à sa proximité, dans les temps anciens, d'une maison forte dont l'origine est due sans doute à la garde et à la défense du passage. L'emplacement de cette maison reste marqué de nos jours par la villa Dorrea, qui en conserve des vestiges dans sa construction, et le souvenir dans son nom qui signifie "tour", en basque.
VILLA DORREA ASCAIN PAYS BASQUE D'ANTAN
Les plus anciens documents connus faisant mention de la paroisse de St-Jean-de-Luz, ne datent que de la seconde moitié du XIIe siècle.
Ils font partie du Livre d'Or de Bayonne, cartulaire manuscrit de son Eglise cathédrale.
LE LIVRE D'OR DE BAYONNE TRANSCRIPTION DE JEAN BIDACHE 1906
Du Ve au Xe siècle, les invasions barbares avaient dévasté le pays, ruiné les églises comme le reste. Les envahisseurs s'étaient emparés des biens ecclésiastiques. Ces biens restèrent aux mains de ceux qui les chassèrent. En ce qui concerne le Labourd, ils rentrèrent dans l'apanage de ses premiers vicomtes, lorsque cette vicomté fut créée vers 1023 par le roi de Navarre. Dès lors, les évêques de Bayonne s'appliquèrent à en obtenir la restitution, en même temps que le relèvement et la réorganisation de leur diocèse. Ce n'est pas en vain qu'ils firent appel à la religion et à la conscience des vicomtes. Non seulement ceux-ci consentirent aux restitutions. Ils y ajoutèrent des libéralités. Et c'est ainsi que fut reconstitué et agrandi le patrimoine de l'église de Bayonne.
Tout d'abord, évêque et chanoines en jouissaient en commun. Les nécessités d'un partage ne tardèrent pas à se faire sentir. On trouve trace d'une première convention à ce sujet vers la fin du XIe ou la première moitié du XIIe siècle. Un second partage plus explicite se fit en 1186, suivi en 1188 d'une répartition de droits honorifiques, où rentrait la nomination des chapelains, capellani, ainsi qu'étaient appelés les desservants des églises appartenant à l'évêché. Ce partage fut confirmé par une bulle du pape Célestin III en 1194.
C'est dans ces documents qu'apparaît pour la première fois le nom de Saint-Jean-de-Luz, Sto Johanne de Luis.
La nomination de son chapelain fut attribuée au chapitre. Celui-ci recueillit ce privilège en même temps que tous les bénéfices de la donation si importante faite à l'église de Bayonne quelques années auparavant par Bertrand, vicomte de Labourd de 1123 à 1169, donation de la baronnie de Saint-Jean-de-Luz avec tous les droits seigneuriaux qui y étaient attachés, y compris le patronage de l'église.
Malheureusement nous ne possédons pas le texte même de cet acte de donation, connu seulement par les nombreux documents postérieurs qui s'y réfèrent. MM. les chanoines Dubarat et Daranatz, dans leur ouvrage concernant les Recherches sur la Ville et sur l'Eglise de Bayonne du chanoine Veillet, ouvrage dont nous inspirons largement pour cette partie de notre étude, le croient postérieur à 1140. De son côté, M. de Jaurgain, dans la Vasconie, le situe dans les environs de 1149. De toutes façons la date se place entre 1123 et 1169, années qui limitent la période pendant laquelle Bertrand fut vicomte de Labourd. Quant au texte, bien que transcrit au Livre d'Or de Bayonne, il a disparu sous l'effet d'un corrosif, oeuvre que l'on peut imaginer celle d'un parti intéressé à sa disparition, quand on songe aux longues disputes, aux interminables procès auxquels donna lieu la question de la baronnie entre le chapitre de Bayonne et les habitants de St-Jean-de-Luz jusqu'à son rachat par ces habitants en 1570, et même après ce rachat.
LIVRE RECHERCHES SUR LA VILLE ET L'EGLISE DE BAYONNE DE RENE VEILLET
A défaut d'autres précisions, demandons-nous si le fait que St-Jean-de-Luz était une baronnie au XIIe siècle, ne jetterait pas quelques lueur sur ses origines.
Une baronnie ne se créait pas fortuitement, n'importe où. Elle venait de l'établissement d'un homme d'armes, d'un baron et de ses gens, dans une demeure fortifiée dont la construction était commandée par la défense d'un passage, d'un point particulièrement vulnérable.
Est-ce que le site de St-Jean-de-Luz ne mériterait pas d'être compris parmi ceux dont la défense s'était imposée lors des invasions normandes des IXe et Xe siècles qui se faisaient par mer ? Alors comme à présent, la baie devait offrir la navigation un lieu de refuge apprécié, sur une côte où il n'y en a pas d'autres, ses rivages devaient se prêter au débarquement, ainsi que les bords de la rivière qui s'y jette. Ainsi, il vient à l'esprit que l'origine de St-Jean-de-Luz pourrait bien se trouver, avec l'établissement d'un baron dans la construction de quelque fortification entre la mer et la rivière, large tour rectangulaire comme c'était l'usage dans notre région. A son abri se serait formée une agglomération, bâtie une église.
Bien entendu, nous ne donnons à cette explication aucune certitude. Nous la présentons comme une simple hypothèse, conservant le droit d'en faire devant la brume épaisse qui recouvre le lointain passé de la ville, pensant même qu'il est utile d'en taire et de les livrer aux réflexions d'autrui. L'une d'elles peut s'affirmer un jour plus particulièrement, grâce à de nouvelles observations ou à d'heureuses découvertes archéologiques."
A suivre...
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
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