LE TRIBUT DES TROIS GÉNISSES ENTRE LE BÉARN ET LA NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1926 (première partie)
LE TRIBUT DES TROIS GÉNISSES.
La Junte de Roncal est une cérémonie multiséculaire, connue sous le nom de Tribut des Trois Vaches, qui est célébrée le 13 juillet de chaque année, au niveau de la borne internationale 262, marquant la frontière entre la France (Pyrénées Atlantiques) et l'Espagne (Navarre).
JUNTE RONCAL NAVARRE PAYS BASQUE D'ANTAN
Cette cérémonie a lieu au col de la Pierre Saint-Martin, à 1 760 mètres sur la commune d'Arette.
A cette occasion, les maires béarnais de la vallée de Barétous remettent à leurs homologues de la vallée de Roncal trois vaches en vertu d'un traité vieux de plus de six siècles, considéré comme étant le plus ancien actuellement en vigueur en Europe.
Cette cérémonie est inscrite à l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France depuis 2014.
Voici ce que rapporta à ce sujet le mensuel La Grande Revue, le 1er septembre 1926, sous la plume
Tandis qu'au dehors la bise gémit sa glaciale, morne mélopée ; que la terre ensemencée, les pâturages, les landes, les forêts sommeillent sous le blanc linceul de la neige ; que les troupeaux rentrés et blottis dans les étables s'étalent sur la maigre litière, ruminant, meuglant, bêlant, rêvant à la saison estivale qui les remettra en liberté, les villages, hameaux pyrénéens accrochés aux flancs escarpés des montagnes ou tapis dans d'étroits vallons, semblent participer à l'engourdissement de la nature. Sous le manteau de vastes cheminées où, tout à tour, entre voisins, on se groupe pour la veillée, dans l'âtre, entre de vieux landiers, lentement brûlent, se consument des souches de chêne, de hêtre, de sapin. Ces veillées paysannes s'illustrent de chants naïfs, de contes savoureux, pittoresques, de légendes narrés par quelque ancien, dans le patois local. De ces récits, le plus curieux, sans doute, est un épisode historique dont les origines sont "immémoriales". Chaque hiver le thème s'en répète, non sans provoquer de dolents soupirs ou des exclamations haineuses, dans quelques bourgs, villages, hameaux des deux vallées que sépare la frontière, celle de Barétous (Basses-Pyrénées), celle de Roncal (Navarre) : Le tribut des trois génisses.
JUNTE RONCAL NAVARRE 1906 PAYS BASQUE D'ANTAN
Non seulement cet épisode se narre avec son enveloppe légendaire, mais encore il reparaît avec sa manifestation réaliste, car, chaque année, le 13 juillet, dans une cérémonie d'allure quasi officielle, publique, en plein air, il se déroule, ravivant les souvenirs.
Pour si infime qu'il apparaisse, parmi la tourmente fréquemment angoissante des conflits qui agitent le monde, il est un témoignage de loyale fidélité, certains la qualifient d'excessive, à un engagement de paix, d'entente, contracté, il y a des siècles, par des villages du Béarn envers des bourgs de la VascongadaNavarre (vallée de Roncal). A la suite de fréquentes, sanglantes querelles surgies entre bergers, des villages français durent se soumettre à des conditions assez humiliantes, relativement onéreuses. Ils n'ont cessé d'observer la foi jurée, car, pour eux, un acte portant les signatures de leurs "anciens" n'est pas un chiffon de papier. Cependant, ils n'ont rien perdu de leur antique fierté, les voisins et amis des Basques français qui, lors du premier voyage de Napoléon 1er à Bayonne, avaient dressé, en son honneur, un arc de triomphe portant cette hautaines inscription : Au vainqueur invincible, les Cantabres invaincus !
Qu'est ce tribut des trois génisses ? Quelles sont ses origines, ses causes ?... Dans quelles conditions se déroulait et se déroule, encore de nos jours, la cérémonie au cours de laquelle il s'acquitte ? Tel est le but de cette étude.
D'abord, quelle est la situation géographique des deux vallées en cause ? Quels sont leurs caractères principaux, leur importance, leur population ?
La vallée française de Barétous est située à l'extrémité sud du département des Basses-Pyrénées (arrondissement d'Oloron), débutant à Oloron-Sainte-Marie et finissant à la frontière. C'est la première vallée béarnaise à l'est du pays basque. Elle fait partie du canton d'Aramitz (l'un des deux villages, l'autre est Athos, dont Alexandre Dumas se servit pour créer et baptiser les populaires compagnons du gascon d'Artagnan). En vallées, en vallons, en gorges abruptes, en cimes altières, en pentes escarpées d'où descendent des ruisseaux rapides que les orages, la fonte des neiges transforment en torrents impétueux dont l'un, le Vert, va se jeter dans le gave d'Oloron, l'autre le Lourdios, dans le gave d'Aspe, la vallée s'allonge jusqu'à la frontière où elle rejoint celle de Roncal. Dans la vallée de Barétous, l'agriculture est à action très limitée, par le caractère même du sol, par la rudesse du climat ; les labourables y sont rares et le labour fort pénible ; les pâturages fournissent une herbe courte et peu savoureuse. Toutefois, l'élevage y constitue la principale ressource ; sa race bovine est appréciée, sa race ovine est l'élément principal, essentiel. La population oscille entre 5 500 et 6 000 habitants.
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La vallée a son histoire qui offre un vif intérêt, dont l'exposé, même sommaire, entraînerait trop loin, débordant le cadre de cette étude. Disons, cependant, qu'elle a subi les répercussions de toutes les combinaisons, de tous les accords, conflits politiques qui, à travers les siècles, ont touché à la vie de la Navarre et de la principauté de Béarn. Depuis les temps les plus reculés elle était régie par unfor qui fut confirmé, en 1220, par le vicomte de Béarn, Guilhem Ramon de Moncade. Ce fordont le texte complet n'a pas été conservé créait une situation particulière à la vallée.
En fait, le for établit que les habitants de la vallée doivent jouir des mêmes droits que ceux de la vallée d'Aspe et qu'ils sont obligés de se joindre à eux, en cas de guerre. Il fixe le nombre des otages que chaque communauté doit fournir au vicomte, en cas de plainte contre la vallée et le vicomte s'engage à rendre justice à Oloron. En 1385, la vallée ressortissait au bailliage d'Oloron ; au 18ème siècle elle ressortissait à la même maréchaussée, au parlement de Pau et à l'intendance d'Auch. Les communautés appartenaient au roi, sauf le village d'Issor, propriété de la Toulade, baron de Laas. Mais ce qui différenciait sa constitution administrative de celle des autres vallées, c'est que, au moyen-âge, elle n'était pas gérée par des jurats élus, représentant la population. Ses jurats exerçaient au nom du vicomte, plus tard au nom du roi, la justice politique, civile, criminelle sur tous les habitants des cinq villages. Ils formaient une cour qui siégeait à Aramitz, chef-lieu de la vallée, elle se composait de douze membres, soit quatre pour Aramitz, cinq pour Arette, un pour Lanne, un pour Féas, un pour Ance."
A suivre...
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
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