CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
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lundi 20 janvier 2025
LE TRIBUT DES TROIS GÉNISSES ENTRE LE BÉARN ET LA NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1926 (troisième et dernière partie)
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jeudi 9 janvier 2025
LE CAMP D'INTERNEMENT DE GURS EN BÉARN EN AOÛT 1940
LE CAMP DE GURS EN 1940.
Le camp de Gurs était situé en Béarn, à 20 km à l'Est d'Oloron-Ste-Marie et à 5 km de Navarrenx, dans le département des Basses-Pyrénées.
Le camp de Gurs était un camp d'internement construit en France à Gurs près d'Oloron-Sainte-Marie dans les Basses-Pyrénées (actuellement Pyrénées Atlantiques) par le gouvernement d'Edouard Daladier entre le 15 mars et le 25 avril 1939 pour interner les personnes fuyant l'Espagne (Républicains espagnols, combattants des Brigades internationales) après la prise du pouvoir du général Franco.
Au début de la Seconde Guerre mondiale, le même gouvernement y interna des étrangers ressortissants des pays en guerre contre la France ainsi que des militants du Parti communiste français, favorables au Pacte germano-soviétique.
Après l'armistice du 22 juin 1940, signé avec l'Allemagne par le gouvernement français de Pétain, le camp fut utilisé comme camp d'internement mixte pour des Juifs de toutes nationalités — sauf français — capturés et déportés par le régime nazi dans des pays sous contrôle (Allemagne, Autriche, Belgique, Pays-Bas). Près de 4 000 juifs furent transférés au camp de Drancy, entre le 6 août 1942 et le 3 mars 1943, puis en Pologne au camp d'Auschwitz où ils furent presque tous assassinés.
Voici ce que rapporta au sujet du camp de Gurs, le quotidien La France au Travail, le 6 août 1940 :
"La Garde Mobile, tyran domestique.
On peut dire de la garde mobile qu'elle est deux fois impopulaire : le 6 février et les jours suivants, elle se déconsidérait en prenant la défense armée des complices de Stavisky... Le 19 mars 1937, elle tirait sur les ouvriers au cours des émeutes sanglantes de Clichy.
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| MANIFESTANTS ET GARDES MOBILES CLICHY 19 MARS 1937 REGARDS 25 MARS 1937 |
La population parisienne n'est pas près d'oublier de si doux souvenirs. Aussi bien la garde mobile a-t-elle suivi dans la zone... inoccupée, son gouvernement naturel.
Il n'est dès lors pas étonnant qu'elle y continue ses exploits. Car cette troupe policière, bien payée et bien nourrie, préposée à la surveillance de ceux qui se battaient pour 10 sous par jour, a consenti la retraite sans renoncer à la tuerie. Seulement, elle ne s'attaque plus qu'aux prisonniers. C'est plus commode et moins dangereux.
C'est à Gurs, dans les Basses-Pyrénées, qu'elle occupe ses loisirs forcés. C'est à Gurs, en effet, que sont internés la plupart des prisonniers politiques. C'est à Gurs qu'on assassine les militants ouvriers.
Car tous n'ont pu s'enfuit au cours de leur exode forcé de la prison de la Santé. Beaucoup ont connu pire, roulant des nuits et des journées entières dans des voitures cellulaires, cantonnés deux par deux dans des cabines étroites où ils ne pouvaient ni se coucher ni s'asseoir et contraints de faire leurs besoins sur place... Enfin, c'est à coups de crosses de fusils et baïonnettes qu'on les a finalement parqués dans ce camp déjà trop fameux, cerné d'une double haie de fils barbelés. Mais laissons la parole aux victimes :
Ici, écrit Fauré, tout est sujet à brimades et humiliations. Nous souffrons toujours de la faim. Nous pouvons recevoir des colis, mais, si nous avons un paquet de cigarettes, on nous le casse en deux ; les tubes de dentifrices sont coupés dans le sens de la longueur ; les cahiers sont déchirés ; les gâteaux et le chocolat sont brisés... et nous serrons les poings sans rien pouvoir. Le courrier n'est pas distribué et un adjudant s'est vanté d'avoir gardé, par mesure disciplinaire, pour nous dresser, 1 000 lettres, 70 mandats et 50 colis... Des individus malpropres nous ont amené des poux et nous faisons la chasse toute la journée à la vermine et aux rats — des rats énormes qui viennent sur nous la nuit. Il n'y a aucune hygiène dans ce camp ; 2 lavabos et 7 robinets pour 1 000, et les w.-c. d'un type moyenâgeux. On n'ouvre l'eau que 3 heures le matin et 3 heures l'après-midi. Le service sanitaire est inexistant. Nous n'avons pas même de comprimés d'aspirine. Aussi, depuis notre arrivée, un pauvre vieux de 62 ans est mort faute de soins. Des cas de scorbut sont déclarés.
Des cas de scorbut... et aussi de dysenterie ! Aujourd'hui, c'est la contagion. Demain, ce sera l'épidémie.
Et de cette façon, MM. Daladier, Mandel et Reynaud seront assez vengés ; la garde mobile exécute fidèlement leurs volontés posthumes. Faute d'avoir pu mener leurs ennemis au poteau d'exécution, ils organisent pour eux une mort médicalement préparée. Et puis, il y a la provocation...
A chaque instant, écrit encore un autre détenu, les gardes nous promettent de descendre ceux qui broncheraient. Tout est prétexte à coups de fusils. A Ovard, c'est notre camarade André Lambert, délégué des cimentiers du pont de Saint-Cloud, qui a été tué en plein sommeil. Le 1er juillet, on a ramené un soldat avec une balle dans le ventre. Et nous avons un fusil-mitrailleur toujours en batterie, jour et nuit, à chaque coin du camp.
Chaque jour qui passe amène une funèbre nouvelle : l'assassinat organisé continue, comme à Clichy. Et cependant, les injures pleuvent : canailles, bandits, etc. Les gardes mobiles traitent ainsi des hommes qui, durant des mois, étaient en première ligne et faisaient leur devoir deux fois dangereusement.
"Si un jour je revois ceux du 19e bataillon de chasseurs, avec qui j'ai accompli 7 mois de front, ils me prendront pour un Marseillais quand je leur dirai que, calibré depuis Orléans comme Parachutiste, j'ai été lardé de coups de baïonnettes par la mobile !" écrit Varloteau, du syndicat des métaux.
Car les policiers en armes ne reculent devant rien : à la cruauté qui paraît leur être naturelle ils ajoutent la mauvaise foi. Cependant que les familles de leurs victimes, demeurées pour la plupart à Paris, se désespèrent de leur impuissance.
Il faudrait tout de même que, sans attendre davantage, le gouvernement de Vichy prenne l'initiative rapide d'une amnistie générale ; il est impossible qu'il soit sincère en organisant la paix s'il continue à tenir dans les bagnes de Gurs et d'ailleurs les gens que, par voie de conséquence, il continuerait de considérer comme des témoins trop gênants.
Ceux qui se sont élevés contre la guerre impérialiste demeurent les seuls véritables défenseurs du peuple français. Leur libération n'est pas affaire de justice : elle est affaire de gouvernement... ou de révolution. Nous saurons bientôt ce que l'on veut de l'autre côté de la... barricade.
Mais qu'on prenne garde : la complicité est punie comme le crime. Ceux qui mourront à Gurs auront des vengeurs."
(Source : http://archives.le64.fr/ et https://fr.wikipedia.org)
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vendredi 20 décembre 2024
LE TRIBUT DES TROIS GÉNISSES ENTRE LE BÉARN ET LA NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1926 (deuxième partie)
LE TRIBUT DES TROIS GÉNISSES.
La Junte de Roncal est une cérémonie multiséculaire, connue sous le nom de Tribut des Trois Vaches, qui est célébrée le 13 juillet de chaque année, au niveau de la borne internationale 262, marquant la frontière entre la France (Pyrénées Atlantiques) et l'Espagne (Navarre).
Cette cérémonie a lieu au col de la Pierre Saint-Martin, à 1 760 mètres sur la commune d'Arette.
A cette occasion, les maires béarnais de la vallée de Barétous remettent à leurs homologues de la vallée de Roncal trois vaches en vertu d'un traité vieux de plus de six siècles, considéré comme étant le plus ancien actuellement en vigueur en Europe.
Cette cérémonie est inscrite à l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France depuis 2014.
Voici ce que rapporta à ce sujet le mensuel La Grande Revue, le 1er septembre 1926, sous la plume
de John Labusquière :
"Le Tribut des trois génisses (A la Frontière Franco-Espagnole).
En matière de justice criminelle, son rôle était limité à l'instruction et à un avis transmis au procureur général. Elle était nommée pour 4 ans, renouvelable par moitié tous les 2 ans ; ses membres étaient élus de 2 en 2 ans par les jurats et par les députés des diverses communautés. Ils prêtaient serment en mains des autres jurats à leur entrée en fonction. Les magistrats municipaux, de situation inférieure, les députés et les gardes étaient chargés de l'administration des communes, finances, police, etc... La vallée possédait un sceau à ses armes. Les représentants avaient voix délibération aux Etats de Béarn, au même titre que les députés des vallées d'Aspe et d'Ossau. Pour 148 feux elle contribuait aux impositions votées par les Etats ; au 18ème siècle, elle payait 100 écus de fief au roi pour les domaines, bois et privilèges qui lui avaient été concédés. Les habitants étaient exempts de payer péages, laudes, gabelles, tributs et autres subsides, dans le pays de Béarn. Ils étaient dispensés de faire garde dans aucune ville ou château de la province, d'y porter du bois et ils avaient le droit de chasse dans toute la vallée.
A diverses époques ont eu lieu des rectifications de frontière dont une, entre autres, celle de 1851, s'appuyant sur une sentence arbitrale rendue en 1375, par Gaston Phébus et Charles le Mauvais, s'occupa du tribut des trois génisses en réservant les droits des Roncalois.
La vallée espagnole de Roncal est située sur la partie la plus âpre de la Navarre, au sud des Pyrénées. Elle a la figure d'un rectangle fort allongé, de 7 lieues de long, depuis la chaîne des Pyrénées jusqu'aux confins de Salvatina ; 3 lieues de large de l'Est à l'Ouest, depuis Ansô jusqu'à la vallée de Salayar. Dans ses limites se dressent de grands monts couverts de forêts de diverses essences, des eaux riches y abonde ; la culture y est assez difficile sur certains points, mais l'élevage du mouton y est prospère. On évalue à plus de 100 000 les têtes des troupeaux ; mais il est nécessaire de les envoyer à la Bardena, relativement éloignée, durant 7 mois de l'année, tant l'hiver y est long et rigoureux. Les traditions s'y conservent pieusement ; toutefois, la langue espagnole s'est peu à peu substituée au basque ; mais le souvenir des Fueros, exploité par les Carlistes, y est resté vivace jusqu'à ces derniers temps. Il y a à peine 40 années, en Navarre, comme en Alava, en Biscaye, en Guipuscoa, quand sur les lèvres des hommes, des enfants, vibrait, même assourdi, le chant d'Iparraguirre, Guernicaco Arbola (le Chêne de Guernica, symbole des Fueros, droits provinciaux), le gouvernement royal, redoutant quelque mouvement insurrectionnel, par mesure de précaution, d'intimidation, envoyait des troupes.
Des deux côtés de la frontière, la race est belle, solide, avec son squelette, ses muscles, son tempérament combinés de béarnais, de basque, de navarrais ; elle est active, alerte, courageuse, sobre, infatigable, aisée à émouvoir.
Chacune des deux vallées comprend, comme bourgs, villages intéressés dans le tribut et participant à la cérémonie annuelle :
La vallée française de Barétous, Aramitz, chef-lieu de canton, Arette, Issor, Lanne, Ance, Féas.
La vallée navarro-espagnole de Roncal, Isaba, Ustarroz, Urzainqui, Garde.
Quant aux origines et causes du tribut, elles sont tellement lointaines que les documents les plus anciens, relatifs à la cérémonie — ce sont des procès-verbaux soigneusement établis, détaillés — n'en donnent même pas une ébauche rudimentaire.
En fait, chaque année, le 13 juillet, les communes de la vallée de Barétous, ci-dessus dénommées, acquittent envers la vallée de Roncal un tribut ainsi fixé : "trois génisses, de même dentition, encornure et pelage". Un protocole détaillé, minutieux, a réglé les conditions dans lesquelles il doit s'acquitter et doit se confirmer le pacte de paix entre les deux vallées. Ce protocole, comme nous le verrons plus loin, a subi des modifications assez sensibles, au point de vue moral, en ce sens que certaines formalités humiliantes pour les villages, même pour la France, en ont été éliminées, il y a quelques années.
Citons d'abord un document relativement récent, le procès-verbal de la cérémonie qui se déroula le 13 juillet 1864. Il est traduit de l'espagnol :
"Au por de Larra, nommé Ernaz et au point qui s'appelle la Pierre de Saint-Martin, cime la plus élevée des Pyrénées, dans cette partie de la Navarre où se séparent et se limitent les juridictions d'Espagne et de France et les vallées de Roncal et de Barétous, celle-ci de la principauté de Béarn, ce treize juillet de mil huit cent soixante-quatre, par-devant moi, soussigné, secrétaire de l'ayuntamiento constitutionnel de la ville de Issaba et des témoins qui à la fin seront nommés, se sont réunis, suivant la coutume immémoriale des juntes, en ledit por et le jour fixé, chaque année, pour la vallée de Roncal (Navarre) : don Léon Marco, Pedro Ciprian, Perez et don Lorenzo Hualde, alcalde et députés de la ville de Issaba, don Vicente Larriquetta, député de la ville de Ustarroz ; don Domingo Urzainqui, député de la ville de Urzainqui et don Santiago Aznarès, député de la ville de Garde ; pour la vallée de Barétous : M. Pedro Arazzo, maire de Lano (Lanne), M. Fidèle Nougué, maire d'Aréta (Arette) et M. Juan Fausat, maire de Yosa (Issor), les trois villages compris dans la vallée, à qui il appartient de prendre part à cette cérémonie.
Tous étant ainsi assemblés et constitués, sans avoir procédé à aucun salut pas plus qu'à toute autre démonstration de courtoisie, M. l'alcade de la ville de Issaba demanda aux habitants de Barétous s'ils venaient avec l'intention de prêter, suivant la coutume immémoriale, le serment de maintenir la paix et l'harmonie entre les deux vallées, aussi bien que d'effectuer la livraison de trois génisses de même taille, de deux années chacune, sans la moindre tache ou tare ; à quoi les députés répondirent Oui.
Par suite, tous étant d'accord sur la célébration de l'acte, l'un des représentants de la vallée de Barétous plaça une lance horizontalement sur la pierre-limite des deux pays ; à l'extrémité de cette lance se trouvait une ceinture ou flamme blanche ; en suivant, un représentant de la vallée de Roncal et, en son nom, plaça une lance portant une ceinture ou flamme rouge, au-dessus de celle de la vallée de Barétous, le fer de cette lance dirigé vers la France, de telle façon que les deux formaient une croix. Un des représentants de la vallée de Barétous posa sa main droite sur ladite croix et sur cette main un représentant de la vallée de Roncal posa la sienne ; ensuite, un autre représentant de la vallée de Barétous plaça sa main sur laquelle, incontinent, un représentant de la vallée de Roncal posa la sienne et ainsi se succédèrent alternativement les représentants des deux vallées.
Enfin, M. l'alcalde de la ville de Issaba qui présidait et à qui seul appartenait le droit de présider, plaça sa main droite au-dessus de toutes les autres. Il donna de brèves explications en leur idiome aux Français sur la solennité du serment attendu d'eux ; ces derniers jurèrent, par voie d'hommage et en la forme prescrite, promettant en leur conscience de maintenir la paix, la tranquillité et l'harmonie ; d'acquitter le tribut ou amende que, annuellement et depuis un temps immémorial, ils devaient et venaient acquitter, suivant la sentence arbitrale rendue à cet effet et qui date du dix octobre mil trois cent soixante-quinze. Les uns et les autres s'engagèrent à accomplir réciproquement et religieusement ladite sentence, sans donner lieu à des discussions, troubles ou dissentiments. En conséquence, et en considération de la force et de la sincérité du serment, les représentants de la vallée de Barétous prononcèrent par trois fois, à voix claire, intelligible : Paix avant, Paix avant."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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mercredi 20 novembre 2024
LE TRIBUT DES TROIS GÉNISSES ENTRE LE BÉARN ET LA NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1926 (première partie)
LE TRIBUT DES TROIS GÉNISSES.
La Junte de Roncal est une cérémonie multiséculaire, connue sous le nom de Tribut des Trois Vaches, qui est célébrée le 13 juillet de chaque année, au niveau de la borne internationale 262, marquant la frontière entre la France (Pyrénées Atlantiques) et l'Espagne (Navarre).
Cette cérémonie a lieu au col de la Pierre Saint-Martin, à 1 760 mètres sur la commune d'Arette.
A cette occasion, les maires béarnais de la vallée de Barétous remettent à leurs homologues de la vallée de Roncal trois vaches en vertu d'un traité vieux de plus de six siècles, considéré comme étant le plus ancien actuellement en vigueur en Europe.
Cette cérémonie est inscrite à l'Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France depuis 2014.
Voici ce que rapporta à ce sujet le mensuel La Grande Revue, le 1er septembre 1926, sous la plume
de John Labusquière :
"Le Tribut des trois génisses (A la Frontière Franco-Espagnole).
Tandis qu'au dehors la bise gémit sa glaciale, morne mélopée ; que la terre ensemencée, les pâturages, les landes, les forêts sommeillent sous le blanc linceul de la neige ; que les troupeaux rentrés et blottis dans les étables s'étalent sur la maigre litière, ruminant, meuglant, bêlant, rêvant à la saison estivale qui les remettra en liberté, les villages, hameaux pyrénéens accrochés aux flancs escarpés des montagnes ou tapis dans d'étroits vallons, semblent participer à l'engourdissement de la nature. Sous le manteau de vastes cheminées où, tout à tour, entre voisins, on se groupe pour la veillée, dans l'âtre, entre de vieux landiers, lentement brûlent, se consument des souches de chêne, de hêtre, de sapin. Ces veillées paysannes s'illustrent de chants naïfs, de contes savoureux, pittoresques, de légendes narrés par quelque ancien, dans le patois local. De ces récits, le plus curieux, sans doute, est un épisode historique dont les origines sont "immémoriales". Chaque hiver le thème s'en répète, non sans provoquer de dolents soupirs ou des exclamations haineuses, dans quelques bourgs, villages, hameaux des deux vallées que sépare la frontière, celle de Barétous (Basses-Pyrénées), celle de Roncal (Navarre) : Le tribut des trois génisses.
Non seulement cet épisode se narre avec son enveloppe légendaire, mais encore il reparaît avec sa manifestation réaliste, car, chaque année, le 13 juillet, dans une cérémonie d'allure quasi officielle, publique, en plein air, il se déroule, ravivant les souvenirs.
Pour si infime qu'il apparaisse, parmi la tourmente fréquemment angoissante des conflits qui agitent le monde, il est un témoignage de loyale fidélité, certains la qualifient d'excessive, à un engagement de paix, d'entente, contracté, il y a des siècles, par des villages du Béarn envers des bourgs de la Vascongada Navarre (vallée de Roncal). A la suite de fréquentes, sanglantes querelles surgies entre bergers, des villages français durent se soumettre à des conditions assez humiliantes, relativement onéreuses. Ils n'ont cessé d'observer la foi jurée, car, pour eux, un acte portant les signatures de leurs "anciens" n'est pas un chiffon de papier. Cependant, ils n'ont rien perdu de leur antique fierté, les voisins et amis des Basques français qui, lors du premier voyage de Napoléon 1er à Bayonne, avaient dressé, en son honneur, un arc de triomphe portant cette hautaines inscription : Au vainqueur invincible, les Cantabres invaincus !
Qu'est ce tribut des trois génisses ? Quelles sont ses origines, ses causes ?... Dans quelles conditions se déroulait et se déroule, encore de nos jours, la cérémonie au cours de laquelle il s'acquitte ? Tel est le but de cette étude.
D'abord, quelle est la situation géographique des deux vallées en cause ? Quels sont leurs caractères principaux, leur importance, leur population ?
La vallée française de Barétous est située à l'extrémité sud du département des Basses-Pyrénées (arrondissement d'Oloron), débutant à Oloron-Sainte-Marie et finissant à la frontière. C'est la première vallée béarnaise à l'est du pays basque. Elle fait partie du canton d'Aramitz (l'un des deux villages, l'autre est Athos, dont Alexandre Dumas se servit pour créer et baptiser les populaires compagnons du gascon d'Artagnan). En vallées, en vallons, en gorges abruptes, en cimes altières, en pentes escarpées d'où descendent des ruisseaux rapides que les orages, la fonte des neiges transforment en torrents impétueux dont l'un, le Vert, va se jeter dans le gave d'Oloron, l'autre le Lourdios, dans le gave d'Aspe, la vallée s'allonge jusqu'à la frontière où elle rejoint celle de Roncal. Dans la vallée de Barétous, l'agriculture est à action très limitée, par le caractère même du sol, par la rudesse du climat ; les labourables y sont rares et le labour fort pénible ; les pâturages fournissent une herbe courte et peu savoureuse. Toutefois, l'élevage y constitue la principale ressource ; sa race bovine est appréciée, sa race ovine est l'élément principal, essentiel. La population oscille entre 5 500 et 6 000 habitants.
La vallée a son histoire qui offre un vif intérêt, dont l'exposé, même sommaire, entraînerait trop loin, débordant le cadre de cette étude. Disons, cependant, qu'elle a subi les répercussions de toutes les combinaisons, de tous les accords, conflits politiques qui, à travers les siècles, ont touché à la vie de la Navarre et de la principauté de Béarn. Depuis les temps les plus reculés elle était régie par un for qui fut confirmé, en 1220, par le vicomte de Béarn, Guilhem Ramon de Moncade. Ce for dont le texte complet n'a pas été conservé créait une situation particulière à la vallée.
En fait, le for établit que les habitants de la vallée doivent jouir des mêmes droits que ceux de la vallée d'Aspe et qu'ils sont obligés de se joindre à eux, en cas de guerre. Il fixe le nombre des otages que chaque communauté doit fournir au vicomte, en cas de plainte contre la vallée et le vicomte s'engage à rendre justice à Oloron. En 1385, la vallée ressortissait au bailliage d'Oloron ; au 18ème siècle elle ressortissait à la même maréchaussée, au parlement de Pau et à l'intendance d'Auch. Les communautés appartenaient au roi, sauf le village d'Issor, propriété de la Toulade, baron de Laas. Mais ce qui différenciait sa constitution administrative de celle des autres vallées, c'est que, au moyen-âge, elle n'était pas gérée par des jurats élus, représentant la population. Ses jurats exerçaient au nom du vicomte, plus tard au nom du roi, la justice politique, civile, criminelle sur tous les habitants des cinq villages. Ils formaient une cour qui siégeait à Aramitz, chef-lieu de la vallée, elle se composait de douze membres, soit quatre pour Aramitz, cinq pour Arette, un pour Lanne, un pour Féas, un pour Ance."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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lundi 25 septembre 2023
LE PAYS BASQUE ET LE BÉARN DANS L'ENSEIGNEMENT EN 1896
LE PAYS BASQUE ET LE BÉARN DANS L'ENSEIGNEMENT PRIMAIRE EN 1896.
En 1896, les régions, et entre autres le Pays Basque, le Béarn et ka Bigorre, sont enseignées à l'école primaire, en cours moyen et supérieur.
![]() |
| CARTE DES BASSES-PYRENEES 1869 |
Voici ce que rapporta à ce sujet l'hebdomadaire La Revue de l'Enseignement Primaire et Primaire
Supérieur, le 6 décembre 1896 :
"Education des adultes.
Conférence populaire.
Les Pyrénées françaises et leurs habitants.
... 8. Beautés des Basses-Pyrénées.
Au pays basque maintenant (arrondissements de Mauléon et Bayonne). Il est différent et des hautes vallées étroites des gaves et des larges plaines de Pau et d'Oloron : c’est un mélange de collines arrondies et de petites plaines ; les plaines sont couvertes de cultures (maïs, froment, prés, vignobles) ; les collines sont abandonnées au pâturage, au genêt, à la fougère. Cette variété de relief et de couleurs est l’un des charmes du pays. Un autre, c’est la beauté des maisons : blanchies à la chaux presque chaque année, avec leurs toitures en tuiles rouges, avec leurs volets peints en vert ou en rouge, elles semblent être des personnes vivantes et accueillantes.
La montagne la plus connue du pays est la Rhune, dont l’ascension est facile, et d’où l’on découvre l'Espagne jusqu’à Barcelone, la France jusqu’à Bordeaux, les Pyrénées jusqu’à Tarbes.
Deux villes ont une réelle importance.
Bayonne (30 000 habitants) est la grande commissionnaire entre la France et l'Espagne : ce sont les négociants bayonnais qui vendent à nos voisins nos tissus, nos outils ; ils leur achètent leurs vins (beaucoup moins depuis 1892, droits plus élevés), leurs fruits, leurs sardines. Serrée entre des remparts, comme Perpignan, la ville a peu d’air et peu de soleil, des rues étroites et des maisons hautes : c’est le contraire de Tarbes.
Biarritz (10 000 habitants) est tout simplement la ville de mer la plus fréquentée. Elle doit sa vogue à Napoléon III, qui vint y passer quelques étés, et qui entraîna à sa suite le grand monde de France, d’Espagne, d’Angleterre. Ce n’était jusqu’alors qu’une pauvre bourgade de pêcheurs, avec ses maisons basses et malpropres. Elle se transforma en quelques années : un pavillon pour cabines de bains au bord de la plage, un casino magnifique non loin de là, avec un balcon suspendu au dessus des flots et où se font entendre les musiciens pendant que les baigneurs s'agitent dans les vagues, que les enfants jouent sur le sable, que les curieux se promènent sous le pavillon ou, assis sur le sable, causent par petits groupes protégés contre l’ardeur du soleil par des parasols dont le manche est piqué dans le sable ; des promenades charmantes et variées sur la côte où l’eau creuse des cavernes dans la roche ; enfin des maisons neuves et fort belles qui ont remplacé les anciennes baraques, voilà quelques-uns des charmes de Biarritz. Ajoutez y trois des spectacles les plus beaux que puisse présenter la nature : la mer infinie, tantôt douce et caressante, tantôt furieuse et menaçante ; la montagne bleue dont les lignes coupent nettement le ciel à l'horizon ; le ciel souvent clair et bleu. Qui a vu Biarritz l’enchanteresse désire y revenir pour y rêver et pour y méditer.
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| CERTIFICAT D'ETUDES PRIMAIRES SUPERIEURES 1896 |
9. Les Bigourdans, les Béarnais et les Basques.
— Les Bigourdans et les Béarnais des hautes vallées sont de rudes montagnards semblables aux Ariégeois, avec moins de douceur dans les manières et dans le ton. Les uns sont laboureurs, cultivent de petits coins de terre dans les étroites bandes de plaine et au flanc des montagnes ; les autres sont pasteurs, surveillent leurs troupeaux de moulons l'été sur les hauts plateaux recouverts de gazon, l'hiver dans les prairies des plaines qu’ils louent aux propriétaires, d’autres se font fonctionnaires, entrent dans la douane, dans l’enseignement, dans le clergé ; d'autres enfin émigrent vers les villes, Pau Bordeaux, Paris, en qualité de domestiques, garçons de café, marchands.
Les Bigourdans et les Béarnais des plaines sont moins rudes de manières et de moeurs, plus caressants dans le langage ; gais, aimables causeurs, spirituels, volontiers railleurs, ils constituent une agréable compagnie pour passer un bon moment.
Un peuple qui mérite de fixer notre attention, c’est le peuple basque. Il est d'une autre race que tous ses voisins. Français ou Espagnols habitant sur les deux flancs des Pyrénées Occidentales, il compte environ 200 000 membres en France et 800 000 en Espagne. C'est le plus ancien des peuples de l’Europe : il remonte aux Ibères, qui habitaient le sud de la Gaule avant les Gaulois. Mais d'où venaient les Ibères ? Les savants discutent là-dessus depuis cent ans sans arriver à se mettre d’accord. Les uns disent que les Basques sont parents des Berbères de l'Algérie, et qu’ils sont venus de la Phénicie, qu'ils sont une ancienne colonie plus ancienne ayant passé par l’Afrique et l’Espagne ; les autres pensent qu'ils sont de la même famille que les naturels américains rencontres par Colomb lorsqu'il découvrit le nouveau continent.
Quoiqu'il en soit, les Basques ont une langue à eux qui est plus ancienne que toutes les langues européennes actuellement parlées, plus ancienne même que le latin et l’ancien grec. Ils tiennent à conserver leur langue qui est pour eux un héritage de leurs ancêtres, ils admirent la douceur et la sonorité de leur idiome. En un mot, ils sont fiers d’être Basques.
Mais cela ne les empêche pas d'être Français de coeur. Autrefois, avant la guerre de 1870 notamment, les jeunes gens partaient pour l'Amérique avant leurs vingt ans, désertant ainsi leur devoir militaire. Ce n'était pas le courage qui leur manquait (il en faut pour braver l'Océan et ses tempêtes) ; mais ils avaient peur de la discipline militaire, des punitions, des reproches, des railleries de tous ces "francimans" dont ils ne comprenaient pas le langage. Voici à ce sujet une histoire bien triste et absolument authentique. En 1870 un jeune Basque arrive à Orthez pour entrer dans les mobiles. Comment vous appelez-vous ? lui demande un sergent. Le Basque ne répond rien, il ne comprenait pas. "Comment vous appelez-vous ?" reprend le chef sur un ton de colère et avec un juron. Silence. "Vas-tu répondre ?" Silence ".A la salle de police !" Le malheureux enfant se voit enfermé dans un sombre cachot sans comprendre pourquoi, sans savoir quand il en sortira. La tristesse le saisit et la fièvre : cinq jours après, il était mort ! Mort de peur parce qu’il ne savait pas un mot de français !
Aujourd'hui hui les petits Basques et les petites Basquaises apprennent le français dans les écoles. Il leur faut, pour l’apprendre, beaucoup plus de peine qu’aux Béarnais, car les mots basques n’ont aucun rapport avec les mots français ; la construction même des phrases est toute différente. Mais une fois qu’ils ont surmonté les premières, les plus grandes difficultés, ils ne manquent ni d’intelligence ni de bonne volonté, et ils font leurs éludes aussi bien que d’autres. Les jeunes filles qui se placent domestiques dans les villes arrivent même à parler très couramment et très correctement le français. Bref, aujourd’hui on est sûr de rencontrer dans le hameau le plus reculé du pays basque des gens sachant le français.
Le Basque a de grandes qualités. Il tient à être un vrai Basque et par là il faut entendre :
1° un être laborieux qui vit de son travail et évite de se déshonorer par le vol ou par la mendicité ;
2° un être propre et rangé, qui se respecte et respecte les autres. Les soldats basques sont recherchés comme ordonnances par les officiers pour leur propreté et leur honnêteté. "Je vous demande pardon, vous trouvez la maison dans un joli état ", telle est la première parole d’une maîtresse de maison recevant une visite. Vous regardez : la cuisine est sans une poussière, tous les objets sont à leur place, les meubles et la vaisselle reluisent.
3° Etre Basque c'est encore être un bon membre de la famille, bon fils, bon mari, bonne femme ; les mœurs sont plus pures qu’ailleurs, on redoute le déshonneur qui s’attache à la mauvaise conduite.
4° C’est enfin exercer l’hospitalité. Au bout des vallées, sur les passages, des paysans aisés donnent pour rien un abri et un peu de nourriture. Il y a 60 ans, existait une ferme où chaque nuit des passants recevaient gratuitement le souper et le gîte. Aujourd’hui une autre ferme où de tout temps on a fait de même. Et à ceux qui lui reprochent cette perte d'argent, la maîtresse répond "Qui est dehors est content de rentrer dedans."
En résumé, les Basques veulent acquérir l'instruction moderne et entrer dans la civilisation actuelle, sans perdre aucune des vertus de leurs pères."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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