lundi 24 juillet 2017

LE CAMP DU POLO BEYRIS A BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE DE 1939 A 1947

LE CAMP DU POLO DE BEYRIS A EU PLUSIEURS VIES.

Après une période consacrée au sport de polo, puis aux sports équestres, le terrain du polo de Beyris de Bayonne a été transformé en camp d'internement, de 1939 à 1947.

Ce terrain de 8,5 hectares, situé à la limite des communes de Bayonne et d'Anglet a une 

position stratégique, près de la frontière.


  • Au début de l'année 1939, en raison de l'arrivée massive des réfugiés espagnols, le
 préfet des Basses-Pyrénées Angelo Chiappe réquisitionne les installations du Polo de Beyris 

pour créer un centre d'"hébergement". 

Il les visitera d'ailleurs en personne le 14 février 1939.

Des dizaines  de familles de Républicains sont alors entassées dans les écuries et les vestiaires 

du club de polo.

Ils couchent sur des paillasses en paille.


pays basque autrefois
REFUGIES REPUBLICAINS
BAYONNE 1939
COLL PRIVEE M J DUBERNAT


La Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays Basque, dans son édition du 7 février 1939 relate :

"...L'exode tragique des réfugiés de Figueras, des armées défaites et décimées de Barcelone, refait de Bayonne et d'Hendaye des gares régulatrices de la fuite et de la misère. Depuis huit jours, c'est par trains entiers, que des êtres humains dont les éclairs des yeux manifestent les derniers souffles de vie, passent par nos gares, descendent parfois à nos stations.

Le décongestionnement des Pyrénées-Orientales aussi bien que l'acheminement, via Hendaye, aux zones franquistes, des soldats désarmées et des civils affamés, qui demandent à aller "chez Franco", ne sont cependant pas des limites à un simple transit ces trafics ferroviaires de la désolation ferroviaire.

La France, fidèle à une mission généreuse, dont on ne connaît peut-être pas tout le prix, ni le mérite, soigne les enfants, les femmes et les vieillards.

A Bayonne, hier, des locaux, jadis réservés aux splendeurs mondaines des grands tournois hippiques de polo, où les amateurs, pour deux heures de jeu, dépensaient plusieurs centaines de milliers de francs sur le tapis vert du polo de Beyris, des locaux ont été aménagés pour abriter des enfants couverts de vermine, rongés de gale et d'une misère physiologique horrible à voir. Les opérations de vaccination, de dépouillement, se poursuivent, tandis qu'on réconforte ces épaves humaines avec d'infinies précautions."


Le Populaire du 16 février 1939, annonce que 600 enfants sont hébergés à la ferme Cabana de 

Beyris.

Le 30 septembre 1939, 247 femmes et enfants de combattants Républicains sont évacuées et 

renvoyés de force en Espagne.

Les hommes valides sont transférés dans divers camps d'internement puis sont regroupés en 

compagnies de travailleurs étrangers destinées à soutenir l'effort de guerre.

Le 2 octobre 1939, le camp est "officiellement" évacué.





  • L'offensive Allemande et sa victoire en mai-juin 1940 entraîne la défaite de l'armée 
Française.

Les Allemands créent des camps d'internement, des Frontstalags, pour les prisonniers issus des

colonies françaises.


En zone occupée, il existe 22 camps pour 69 000 prisonniers "indigènes", parmi lesquels 50 000 

Nord-Africains, 16 000 Sénégalais, Soudanais, Togolais et Voltaïques, ainsi que 3 000 

Malgaches et Indochinois.

En effet, les nazis craignent les maladies tropicales ou celles portant atteinte à la "pureté du 

sang aryen" et ils renvoient tous ces prisonniers dans la zone occupée.

Au polo de Beyris, c'est le Frontstalag 222 et les prisonniers y sont soumis au travail forcé pour 

des constructions comme le Mur de l'Atlantique, les dépôts de munitions, les terrassements et 

les travaux forestiers.

Ils sont répartis en différents commandos de travail dans une zone allant d'Hendaye jusqu'aux 

Landes.


pays basque autrefois
PRISONNIERS NORD-AFRICAINS CAMP POLO BEYRIS
BAYONNE 1940

pays basque avant
PRISONNIERS NORD-AFRICAINS CAMP POLO BEYRIS
BAYONNE 1940
COLL PRIVEE M J DUBERNAT

Il y a une cinquantaine de grandes baraques en bois, entourées de 3 rangées de barbelés et de 5 

miradors.


Les conditions d'internement sont très dures : froid, nourriture insuffisante, manque de soins, 

etc....


La Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays Basque du 21 novembre 1940 demande d'ailleurs 

à ses lecteurs de Biarritz de penser au pain des prisonniers et d'amener à la Permanence du 

Comité local d'aide aux prisonniers du pain, des victuailles, des fruits et des légumes qui 

amènera ces dons à Bayonne pour le centre d'accueil qui prépare depuis des semaines des 

repas pour les prisonniers.


Georges Scapini, nommé par Pétain chef du Service diplomatique des prisonniers de guerre à 

Berlin, avec le rang d'ambassadeur, visite le 10 avril 1941 le camp de prisonniers de Beyris et 

l'hôpital de Bayonne où sont soignés des soldats africains.



La Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays Basque du 5 août 1941 annonce une arrivée 

prochaine d'officiers indigènes et un appel est encore lancé aux lecteurs du journal pour que le 

Comité d'Assistance aux Prisonniers reçoive  des assiettes, des serviettes de table et de toilette, 

quelques vases pour mettre des fleurs, des gravures encadrées, et d'une manière générale, tout 

ce qui pourrait servir à orner une salle de réunion d'officiers.


La Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays Basque du 22 août 1942 informe sur des vols 

d'une centaine de colis destinés aux prisonniers Nord-Africains et sur une enquête de la 

Gendarmerie.



Les habitants du Pays Basque sont encore mis à contribution en 1943 pour aider le 

ravitaillement du camp de Beyris et le canton d'Ustaritz est cité en bon exemple avec 1 000 

kilos de haricots, 500 kilos de pommes de terre, 600 kilos de choux, carottes, poireaux, sans 

compter 800 kilos de maïs.




A partir de janvier 1943, devant les besoins grandissant sur le front de l'Est, la Wermacht 

mobilise tous ses soldats et le Gouvernement Français répond favorablement à la demande 

allemande de faire assurer la garde dans certains frontstalags par des officiers français.



En juillet 1944, des prisonniers noirs créent un orchestre de musique militaire et donnent un 

concert à l'hôpital de Bayonne pour leurs camarades malades.

La mortalité dans ce camp aura été importante car 40 de ces prisonniers ont été enterrés au 

cimetière Louillot d'Anglet et 102 sont enterrés eux au cimetière Saint-Léon de Bayonne.

Les causes de décès sont en majorité dues à la maladie, en particulier la tuberculose qui sévit 

dans le camp, mais aussi aux tentatives d'évasion ou accidents de travail.

Les gardiens de ces camps sont souvent des anciens combattants allemands de 14-18 et sont 

relativement cléments à l'égard des prisonniers.


Le 22 août 1944, le camp Frontstalag 222 de Beyris est libéré et vidé de tous ses 

occupants.



  • Le 18 septembre 1944, le camp est transformé en centre de détention des "politiques 
français", la plupart accusés de collaboration.

Jusqu'au 20 avril 1945, 765 civils y sont enfermés.

C'est à la fois un lieu d'internement et un centre de triage pour les détenus en instance de 

transfert devant les cours de justice de l'Epuration, ou en attente d'internement à Gurs, pour 

259 d'entre eux.

On y trouve pêle-mêle des présumés collaborateurs et trafiquants de marché noir qui ont 

transité par la Maison Blanche de Biarritz, le Château-Neuf ou la Villa Chagrin de Bayonne.

Ce camp "de concentration" , situé sur des terrains appartenant à la Ville de Bayonne et loué à 

l'Administration de la Guerre va accueillir des détenus politiques jusqu'au mois de mai 1945.




  • A partir du 15 janvier 1945, la partie Nord de ce camp, composée de 15 grands hangars, 
est réservée aux 310 prisonniers de guerre allemands en provenance du camp de Gurs.


pays basque avant
PRISONNIERS DE GUERRE ALLEMANDS
CAMP POLO BEYRIS BAYONNE 1945

A compter du 1er mai 1945, le camp du Polo, qui devient le dépôt 189, est utilisé dans son 

entier pour des prisonniers allemands, répartis sur différents chantiers, comme le déminage de 

la Côte Basque et Landaise, mais aussi pour l'agriculture ou l'industrie.

On estime à environ 5 000 le nombre de prisonniers de guerre allemands et autrichiens qui ont 

été internés dans ce camp.

Ce camp fermera à la fin de  1947.


Ainsi, ce camp aura existé pendant 8 ans et hébergé ou détenu des milliers de personnes de 

conditions et d'origine différentes, mais la misère et le malheur auront été bien présents toutes 

ces années...


(Source : http://www.ajpn.org/internement-Camp-du-Polo-de-Beyris-Frontstalag-222-944.html  ET le Collectif pour la Mémoire du Camp de Beyris . Photo : coll privée M J DUBERNAT)


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