Tous les 7 juillet, des dizaines de milliers de "festayres" se rendent à Pampelune (Iruña), en Navarre.
AFFICHE SAN FIRMIN PAMPELUNE 1920 PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici ce que rapporta Raoul Laparra dans l'hebdomadaire, Le Menestrel, le 15 octobre 1920 :
"Le mouvement musical à l'étranger.
En Navarre : A Pampelune, les fameux concerts de San Firmin traversent une grave crise. Sarasate les fonda en 1880. On conserve encore le souvenir de la saison (1882) qui vit participer à ces séances Manuel Perez, directeur du Teatro Real ; Chapi, l'auteur de tant de zarzuelas célèbres ; les Navarrais Arrieta, Zabalzu, Guelbenzu, Gayarre et Sarasate. La mort de ce dernier, survenue en 1908, fut pour cette intéressante institution le point de départ d'une regrettable décadence. Il faut reconnaître, cependant, que la municipalité de Pampelune, tutrice de ces concerts, fit son possible pour éviter leur disparition. Elle y introduisit de nouveaux facteurs, comme la Banda municipal de Madrid et les orchestres Sinfonica et Filarmonica, que dirigent Arbos et Perez Casas, avec le concours de solistes tels que Casais, Manen, Quiroga, et des programmes embrassant de Bach à Strawinsky. Néanmoins, les édiles de la ville ont décidé de supprimer les concerts classiques, le jour de San Firmin, et les ont remis, cette année, à la date du second Congrès d'études basques. Et voilà comment, pour la première fois depuis quarante ans, le vénéré Patron de Pampelune s'est trouvé sevré de musique (symphonique, au moins, car celle des gaïtas navarras, plus dans l'ambiance après tout, ne lui manquèrent pas, je l'espère).
AFFICHE SAN FIRMIN PAMPELUNE 1919 PAYS BASQUE D'ANTAN
Avec la disparition éventuelle de ces concerts, Francisco Rebota nous affirme que la Navarre (de même que, écrit-il, l'Allemagne actuelle) peut se considérer comme morte, musicalement, après avoir alimenté du folklore de son sol les idées de tant de générations ! Ce folklore, cependant, n'a jamais été parfaitement défini et flotte entre les jotas de la baja ribera, voisine de l'Aragon, et les zortzikos de la haute montagne, limitrophe des provinces basques. Car le domaine des danseurs d'aurresku encercle la Navarre par le Nord et expire, à l'est, contre la vallée aragonaise d'Anso, qu'habitent les pythonisses vertes. C'est à ce point de contact, à Roncal, que naquit Gayarre, le ténor que l'Espagne pleura plus qu'un roi et autant qu'un toréador. Le mauvais souffleur de chandelles, mais le tueur d'hommes qu'est le vent du Guadarrama, éteignit traîtreusement, un soir, à Madrid, cette voix, que l'on assure avoir été divine, et précipita l'artiste au tombeau. Pourquoi faut-il que le sépulcre dépare le berceau et que l'on ait imposé à Roncal, village d'un si beau caractère, un tel accessoire de théâtre ? La sculpture ratée de cette prétentieuse élucubration voudrait pourtant exprimer une jolie idée : un ange, penché sur la tombe, l'oreille tendue, tâche de percevoir encore la voix qui s'est tue à jamais.
A part cela, l'ensemble de ces beaux marbres gâchés pour rien est digne des conceptions les plus navrantes de notre Père-Lachaise. Que l'on imagine le choc d'une pareille rencontre, dans cette vallée dont les hameaux, aux fermes lignes, semblent avoir été, contre la tapisserie des croupes, groupés et colorés par la main volontaire des primitifs. Tels sont, trop souvent, les produits des "sentiments officiels" comparés à ceux qui émanent de l'art véritable ou, tout bonnement, des émotions directes du coeur. Combien je préfère le simple "nicho" où, comme dans un columbarium antique, mon frère fut déposé, l'autre jour, par les Aragonais d'Hecho, ses modèles, dans le site même qui fut le sujet de sa dernière étude ! Cette question de la note juste dans le souvenir reporte aussi ma pensée au tombeau de Washington, à Mount Vernon. Martha Washington l'avait voulu sur la pente qui descend au Potomac et situé de telle façon qu'elle pût, à son réveil, l'apercevoir de sa fenêtre, dans l'aurore. Des esprits bien intentionnés se formalisèrent, plus tard, de cette humble pierre enlacée de fleurs sauvages. On éleva, à un autre endroit, une chapelle dans le style de Lourdes et l'on y transporta le Héros, altérant ainsi, dans le site, le souvenir du duo qui, silencieux, se continua, à travers la mort, entre celui qui s'était tu et celle qui aimait toujours. De même eût-on souhaité que le site inviolé de Roncal laissât revoir Gayarre dans sa jeunesse : le petit gars en béret dont la chanson paysanne s'essayait aux échos de l'étroite vallée, son univers, et que seuls écoutaient alors les anges du ciel navarrais."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
Plus de 7 200 autres articles vous attendent dans mon blog :
La propulsion des bateaux par moteurs à explosion des bateaux par moteurs à explosion est à l'ordre du jour. La hausse constante du prix du charbon d'une part, les progrès réalisés récemment dans la mise au point des moteurs à explosion et la perspective d'un ravitaillement abondant en combustibles liquides, de l'autre, ont attiré l'attention des armateurs sur le nouveau mode de propulsion.
De tous côtés, on construit des cargos mus par moteurs à huile lourde ou à pétrole, des bateaux à moteurs auxiliaires à pétrole ou à essence.
Dans le domaine de la pêche, il semble que nous sommes demeurés très en retard sur nos concurrents anglais, américains, hollandais, Scandinaves ou allemands.
Alors qu'à l'étranger des flottilles très importantes de bateaux à moteurs sont en exploitation, chez nous le nouveau mode de propulsion, chez nous le nouveau mode de propulsion paraît n'inspirer encore que peu de confiance aux armateurs à la pêche. Le bateau à moteur est discuté, sinon calomnié ; personne ne veut se risquer à faire une expérience qui ne serait en réalité que la mise en pratique chez nous de données familières à nos concurrents étrangers.
Cela tient surtout à ce que nous avons négligé de nous instruire. Personne en France ne paraît s'être soucié de faire un voyage d'études en Angleterre, en Hollande, en Allemagne ou en Danemark pour voir ce que font les autres, pourquoi ils réussissent là où nous ne paraissons rencontrer que des déboires.
La Société Les Entreprises Maritimes Basquesa tenu à combler cette lacune. La première en France, elle s'est lancée résolument dans la construction en grande série de bateaux de pêche à moteur. Tout en poussant activement l'étude de navires de plus fort tonnage, elle s'est mise en demeure de construire et de livrer rapidement des bateaux de pêche à moteur de 15 tonneaux.
Sur un vaste terrain situé dans la baie de Saint-Jean-de-Luz (Basses-Pyrénées) d'où, il y a un an à peine, s'envolaient les avions préposés à la défense des côtes, s'élèvent aujourd'hui les importants chantiers de Socoa munis d'un outillage moderne.
LES ENTREPRISES MARITIMES BASQUES DE SOCOA PAYS BASQUE D'ANTAN
Ces chantiers sont d'un accès facile. Par mer, lorsque la tempête règne dans le golfe de Gascogne,Socoa est le seul point abordable sur la partie du littoral comprise entre l'embouchure de la Gironde et l'Espagne. Par terre, la voie ferrée de Bayonne à Hendaye de "Chemins de fer Basques" desservira incessamment Socoa, et permettra un approvisionnement facile en matières premières tout particulièrement en bois des Pyrénées et des Landes.
Enfin, un personnel technique, spécialiste de constructions navales, doublé d'une main-d'oeuvre éprouvée, permet l'étude et la réalisation pratique parfaite de tous les projets.
LES ENTREPRISES MARITIMES BASQUES DE SOCOA PAYS BASQUE D'ANTAN
Le nouveau "Quinze tonneaux de pêche à moteur", des Entreprises Maritimes Basquesest le fruit d'une longue expérience et d'une série d'études minutieuses. Ce n'est pas un bateau mixte, solution bâtarde à laquelle on se serait arrêté en voulant réunir les avantages, souvent inconciliables, de la voile et du moteur ; c'est un bateau marchant 9 noeuds (16 kilomètres 600 à l'heure), et sur lequel la voilure ne sera qu'une auxiliaire servant seulement en cas de panne ou, tout au plus, aux allures portantes.
Ce bateau ne peut donner que de bons résultats pour toutes les pêches côtières, celle de la sardine au filet tournant ou au filet droit avec les 10 canots que peuvent contenir ses cales, celle du thon dans un rayon d'action de 80/00 milles, celle de la langouste aux casiers, celles qui se pratiquent aux cordes ou palangres.
Si la Société des Entreprises Maritimes Basques a construit son type de bateau en vue d'applications aussi diverses, c'est parce qu'elle a la conviction que l'unification des innombrables modèles de bateaux pêcheurs utilisés sur les côtes de France est un progrès désirable et parfaitement réalisable ; c'est aussi parce qu'elle juge que le bateau à moteur ne doit pas être nécessairement une copie de ses devanciers, les bateaux à voile ou à rame, pas plus que l'automobile n'a été copiée sur la diligence.
En ce qui concerne le moteur, il était nécessaire de rompre avec la routine qui a contribué à rendre impopulaire chez nous le moteur marin à explosion et, imitant les Scandinaves, les Hollandais et les Allemands, de s'arrêter à un type de moteur à régime lent, de poids assez élevé, robuste et pouvant être mis dans toutes les mains.
On doit à la vérité de reconnaître qu'en France quelques constructeurs avaient fait de sérieux efforts pour rompre avec l'idée qui consistait à chercher la solution du problème dans le moteur à haut régime, léger, mais fragile et capricieux.
C'est à ces constructeurs que les Entreprises Maritimes Basques ont fait appel pour munir d'un type de moteur ayant fait ses preuves, les bateaux sortant de leurs cales.
LES ENTREPRISES MARITIMES BASQUES DE SOCOA PAYS BASQUE D'ANTAN
L'Anna-Héloïse, le premier bâtiment que les Entreprises Maritimes Basques viennent de créer, est une chaloupe légère, mais solide, entièrement pontée et possédant les meilleures qualités nautiques. Son aménagement comprend : au centre, sous un roufle assez élevé pour permettre à un homme de se tenir debout, le moteur ; à l'avant et à l'arrière, deux vastes cales.
Ses dimensions sont les suivantes : longueur, 15 mètres ; largeur, 3 m. 50 ; tirant d'eau, 1 mètre.
Son moteur de 25/30 HP est du cycle à 4 temps, comprenant 4 cylindres séparés, tournant au régime de 600 tours par minute.
Les trois pompes de circulation, de cale et d'huile sont à piston plongeur, démultipliées et d'accès facile.
Le graissage est particulièrement soigné : l'huile arrive abondamment à toutes les parties du moteur.
L'allumage se fait par magnéto à haute tension.
Le moteur fonctionne, soit à l'essence, soit au pétrole-lampant, grâce à un appareil spécial permettant à tout moment de la marche le passage d'un combustible à l'autre, sans affecter la souplesse du moteur.
L'installation du moteur est très soignée ; aucun détail n'a été négligé pour obtenir la sécurité dans le fonctionnement. Toutes les commandes peuvent être placées sur le pont, à portée de l'homme de barre, de façon que celui-ci puisse, si c'est utile, manoeuvrer seul le bateau.
MOTEUR DE "L'ANNA-HELOÏSE"
LES ENTREPRISES MARITIMES BASQUES DE SOCOA PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici encore quelques renseignements techniques sur l'Anna-Héloïse :
Coque— Formes de vedette marine ;
Grément de chaloupe ; etc., etc...
Moteur. — Poids, 1 300 kilos ;
Alésage, 130 m/m ;
Course, 160 m/m ;
Nombre de tours par minute, 600 à 650.
Un cabestan mû par le moteur peut être installé sur commande.
A cette description de l'Anna-Héloïse, les Entreprises Maritimes Basques se tiennent prêtes à ajouter tous les renseignements dont MM. les armateurs pourraient avoir besoin. Elles se feront un plaisir de faire la démonstration du bateau en pêche..."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
Plus de 6 800 autres articles vous attendent dans mon blog :
Dès 1203, et la fondation de Fontarrabie, sa voisine en Guipuscoa, la commune de Lezo est citée dans les textes anciens.
SANCTUAIRE DE LEZO GIPUZKOA PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Gaulois, le 7 février 1920, sous la plume de René
Bizet :
"Trois aspects de l'Espagne Catholique (suite).
... Devant le sanctuaire de Lezo, tout va changer. Une place étroite et qu'encombrent des chanteurs ambulants, des marchands de sabots, d'espadrilles ou d'articles de culture, contient mal une assemblée d'hommes et de femmes qui attendent leur tour de pénétrer dans la basilique déjà pleine et dont, par la porte large ouverte, on aperçoit l'autel piqué des étoiles des cierges allumés. Par bouffées, des chants en latin sortent de l'église et viennent se heurter aux chants profanes que les musiciens de la rue accompagnent de leur guitare bourdonnante. Ils ne se contrarient point. C'est le même peuple qui prie là-dedans et se distrait dehors, sur des airs également faciles, également simples. Les voix des boutiquiers et des acheteurs, les disputes, les marchandages et les rires mêlent leurs bruits aux oraisons. La prière est une expression de la vie de ce peuple de paysans, comme les querelles de marché.
PLACE ET SANCTUAIRE LEZO GIPUZKOA PAYS BASQUE D'ANTAN
L'attente est longue devant la porte, car il n'y a pas d'autres sorties. Pas à pas, pourtant, on se rapproche. Nous voici sur le seuil, les yeux étonnés par l'ombre, dans un bain de fraîcheur qui fait frissonner. Pas de vitraux ni de fenêtres, des ténèbres trouées seulement par brasier de l'autel. Des rangées de bancs et un va-et-vient incessant qui mêle ses bruits de pas aux prières et aux cantiques, à la voix du prêtre et des enfants de choeur.
SANCTUAIRE DE LEZO GIPUZKOA PAYS BASQUE D'ANTAN
Et puis les yeux s'accoutument à l'obscurité et s'arrêtent sur le "Santo Christo" imploré par toutes ces ferveurs et qui, semble, de son geste éternel, arrêter au mur du sanctuaire l'élan des oraisons obstinées. Il est là, derrière l'autel, cireux, cadavérique, les hanches cachées sous une sorte de jupon de satin noir qui rend plus funèbre encore sa maigreur tragique, tordue par la douleur. Il parle, de toute son attitude exténuée, à cette foule qui a besoin pour comprendre d'images nettes, fortes et qui disent bien ce qu'on veut qu'elle sache. Il est un de leurs morts. Ils ont vu son frère humain, étendu sur le lit de leur pauvre chambre, et ce sang qui coule de la plaie du corps et des mains et des pieds est vraiment aussi du sang humain. C'est lui qu'on supplie, c'est Lui qu'on embrasse, comme on baiserait, avant de l'ensevelir, le cadavre d'une mère ou d'un fils. Car on l'embrasse ainsi. A la base de la croix, une sorte de fenêtre est pratiquée et à toute seconde, entre l'encadrement de deux cierges, apparaît à cette lucarne un visage d'homme, de femme ou d'enfant, puis un cou qui se penche, des lèvres qui s'avancent et se posent sur la tache sanglante que le clou des bourreaux a mise aux pieds du Sauveur. Pour qui n'est point préparé à ces apparitions et à ces gestes, cette manifestation de la piété a quelque chose de théâtral et de naïf à la fois qui prête au sourire. Ces têtes apparues puis qui disparaissent derrière l'autel, cette succession de faces surgies puis comme happées par une trappe invisible a, dans l'éclairage vacillant, la houle murmurante des prières, on ne sait quoi de mélodramatique et de grotesque... Mais l'ardeur, la foi ambiante vous ressaisissent, la sincérité de tous ces baisers vous étreint. On regarde, on s'étonne, et l'on suit malgré soi la file des pèlerins. On entre dans la sacristie, où des prêtres osseux tendent des sébiles pour les offrandes. On gravit les marches de l'escalier, et les cliquetis de chapelets, les glissades d'espadrilles, les martèlements des sabots, les voeux formulés naïvement à voix basse forment une atmosphère de vie et d'irréel dont on subit l'enchantement. On ne voit que des corps, soudain guillotinés. Des baisers bruissent, immatériels ; par un coin de la petite fenêtre, on aperçoit une flamme de cierge dans les ténèbres, la petite lumière divine dans la brume fétide que nous tissent nos jours...
CHRIST DE LEZO GIPUZKOA PAYS BASQUE D'ANTAN
Ici, tout est mystère et groupé pour laisser aux imaginations simples libre cours. Toute cette foule n'a qu'une ardeur, un même élan, la porte vers le Christ miraculeux, les mêmes pensées hantent ces cerveaux, une même voix pourrait lancer cette force qui se recueille vers la croisade ou la bataille. Nul catholique ne se sentira étranger à ces catholiques. Tous, prêtres et fidèles, sous cette voûte, expriment une foi qui est notre foi...
SANTO CRISTO LEZO GIPUZKOA PAYS BASQUE D'ANTAN
Et nous sommes ramenés dans la petite nef ; la porte, au fond, large ouverte sur la plaie, découpe un morceau de ciel et de mur jaune ; des branches d'arbres se dessinent. La nature pénètre dans le temple, comme elle tressaille dans ces âmes qui vivent près d'elle. Il faut sortir. D'autres pèlerins attendent. Nous traversons la barrière qu'ils forment à l'entrée ; nous voilà dehors. Les guitares des chanteurs ambulants bourdonnent toujours, l'accent rugueux du parler basque roule toujours devant des baraques de toiles où l'on discute et, cierges en main, la troupe renforcée des fidèles oscille maintenant en rangs serrés, loin sur la route...
VUE GENERALE LEZO GIPUZKOA PAYS BASQUE D'ANTAN
Le soleil de dix heures illumine tout le paysage où grouillent, parmi les arbres et les maisons basses, paysans, paysannes et mendiants. Nous ne les voyons plus avec nos yeux de voyageurs, étonnés de tant de dissemblances avec nous. Ces visages-là, nous venons de voir leurs pareils courbés comme les nôtres ou émerveillés de joie. Nous nous comprenons. Notre pays basque français est proche. Nous nous y sentons chez nous. Il s'en faut de bien peu que nous n'ayons ici le même sentiment. C'est le miracle d'une foi commune, pareillement entendue, et qui fait que ces horizons, ces formes, ces gens qui les peuplent ou les entourent, émeuvent notre sensibilité, sans effort, comme l'aspect d'un coteau familier, ou d'un ami qui revient d'un long voyage."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
Plus de 6 800 autres articles vous attendent dans mon blog :
Dès 1203, et la fondation de Fontarrabie, sa voisine en Guipuscoa, la commune de Lezo est citée dans les textes anciens.
SANCTUAIRE DE LEZO GIPUZKOA PAYS BASQUE D'ANTAN
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Gaulois, le 7 février 1920, sous la plume de René
Bizet :
"Trois aspects de l'Espagne Catholique.
C'est au pèlerinage de l'Exaltation de la Sainte-Croix, le 14 septembre, qu'il faut venir surprendre, dans ce village de pays basque espagnol, la foi paysanne. Une tradition veut que dans la basilique de Santo Christo, un Christ miraculeux donne, à qui l'approche, "salud, dinero y buen marido" (santé, argent et bon mari), car toujours, au sentiment religieux des populations misérables, se mêle un sens de la vie pratique qui leur fait demander au ciel un peu de bonheur immédiat qu'elles ne peuvent obtenir de leurs travaux.
CHRIST DE LEZO GIPUZKOA PAYS BASQUE D'ANTAN
Lezzo, qui se trouve à quelques kilomètres de notre frontière, et qui, dans le fond de la baie de Pasajes, est sur le chemin de Saint-Sébastien, est presque inconnu de ceux qui se reposent sur les bords du golfe de Gascogne. Le visiteur n'enrichit pas l'humble sanctuaire, et, je ne sais pourquoi, l'étranger croit davantage trouver un avant-goût de l'Espagne véritable à Hernani ou à Fontarabie. C'est un préjugé qu'entretiennent les guides et les agences de voyages. Le pays basque ou la Navarre, toute proche, montrent, dans tous leurs villages, leurs moeurs avec plus de simplicité qu'on n'en peut trouver dans les lieux de pèlerinages pour touristes, et, dans ce coin d'Espagne surtout, où elles ont une si grande importance, les manifestations religieuses en disent plus long sur un peuple que tous les monuments ou que toutes les danses pittoresques qu'on vient admirer, de loin, dans des endroits convenus.
LEZO GIPUZKOA PAYS BASQUE D'ANTAN
Le paysan basque est profondément catholique. Le Basque français ne l'est pas moins que l'espagnol. Ils apportent, dans l'accomplissement de leurs devoirs religieux, une ferveur qu'on ne trouve chez nous qu'en Bretagne, et un sens de la collectivité qu'on ne connaît que dans les pays flamands. C'est ce sens-là qui donne au Basque d'Espagne son caractère particulier. Il est le seul à le posséder dans toute la péninsule, le seul à aimer son église, à y chanter, à s'y rendre avec ses coreligionnaires, à donner à la prière en commun cette force, cette ardeur qui emportent toute l'âme avec elle. Ce sens-là, qui lui évite les superstitions personnelles, lui donne aussi un fanatisme incontestable. Nulle province où le Français ne soit plus suspect, à l'habitant que la Biscaye, où nous rencontrions mois de sympathie dans le peuple et dans le clergé. Mais nulle province aussi où une propagande catholique bien faite ne nous rallierait plus rapidement l'ensemble des suffrages. Si l'on parlait simplement de nous à ces âmes simples, si quelque prêtre basque de France pouvait s'adresser à ses frères et leur dire que nous ne sommes point tels que le Pueblo Vasco nous dépeint, nous pourrions acquérir à nos frontières une affection dont le défaut aura eu de grosses conséquences pour nous depuis les débuts de la guerre.
Le Basque espagnol est taciturne. Il ne faut pas songer recueillir ses confidences, même quand on le connaît bien : il est, pour tout dire, antipathique. Il semble sournois, incapable d'élan, têtu dans ses convictions. Allons avec lui dans ses églises, suivons-le à Lezzo dans son pèlerinage, il nous apparaîtra tout autre, près de nous, candide, enthousiaste et si naïvement confiant...
PLACE ET SANCTUAIRE LEZO GIPUZKOA PAYS BASQUE D'ANTAN
Lezzo est une ancienne grande ville, qui échelonne ses maisons de pierre aux pentes d'une contrefort de ce mont Jaizquibel, dont la masse sombre s'impose aux yeux depuis Fontarabie jusqu'à Saint-Sébastien. Il est tôt quand nous y arrivons, amenés jusqu'à Renteria par un tram électrique. C'est l'heure du marché. Aux murs des maisons, par des longes, sont attachées des mules, flanquées de paniers lourds de légumes, de fruits ou de bidons de lait, et tout un peuple jacassant s'empresse devant des étalages, de chaque côté de la route qui grimpe vers Lezzo et que suivent, d'un pas pesant, sous le soleil de septembre, vigoureux encore, les pèlerins bavards. Dans ce carré que dessinent, devant la vaste église de Renteria, de hautes et vieilles demeures écussonnées, c'est tout le tableau de la vie basque qui s'étale de couleurs plutôt sombres, relevées seulement par le jaune vieil or des murailles. Les femmes sont vêtues de noir, les hommes coiffés du petit béret ont les épaules chargées de couvertures noires zébrées de marron, qui leur donnent cet aspect frileux que nous retrouvons chez les émigrés, dans les salles d'attente de nos gares. Tous ces gens ont, dans la démarche, dans leur parler, quelque chose de fort et de rude qui nous éloigne d'eux d'abord.
VUE GENERALE LEZO GIPUZKOA PAYS BASQUE D'ANTAN
Le paysage n'a pas plus de grâce. La courbe des montagnes autour de la mer est sèche ; la montagne elle-même, couverte sa base de pommiers et pelée à son sommet, est sans agrément pour les yeux, et si beau que soit le temps, il n'y a pas de ciel moins paisible que celui qui couvre cette nature et où se forment, s'enfuient, s'accumulent et se dispersent de minutes en minutes des troupes de nuages aux reflets métalliques.
Nous sommes maintenant dans la campagne, sur le chemin du sanctuaire. Des mendiants apparaissent au bord de la route, comme des arbres pourris ; ils sont à genoux, tendent des moignons de bras ou de jambes, polis ou saignants, rongés de pustules, vers la foule qui ne s'en émeut point, en poussant des litanies geignardes que rythment, en appel, des : "Cristianos ! Cristianos !" déchirants. Voici des marchands de cierges, qui offrent comme des lys les bâtons de cire blanche, unis ou travaillés comme des bijoux, et toute une horde vermineuse de gamines qui vous persécutent de leurs médailles de zinc ou de leurs chapelets d'un sou. C'est au milieu de cette cohue qu'on avance, lentement, au fur et à mesure qu'on approche du village de Lezzo : des petites baraques de toile pavoisent le chemin de bannières et de statuettes pieuses peinturlurées de bleu et de vermillon. On vend dans la même boutique des gâteaux à la graisse et des livres de messe, et les voyageurs se gavent à la fois de "fritons" et d'images saintes qu'ils rapporteront en souvenir. Mais tout cela ne diffère que par la couleur et la misère de nos pèlerinages de France."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
Plus de 6 800 autres articles vous attendent dans mon blog :
Le phylloxéra de la vigne est une espèce d'insectes hémiptères de la famille des Phylloxeridae.
C'est une variété de pucerons ravageurs parasites de la vigne, néobiotes venus de l'Est des Etats-Unis, qui a provoqué des dégâts considérables dans les principales régions viticoles d'Europe à la fin du 19ème siècle.
LE VIN
Voici ce que rapporta à ce sujet le Dr J. Feytaud dans l'hebdomadaire Revue de viticulture, en date
du 4 mars 1920 :
"Dr J. Feytaud. — Sur le dépérissement phylloxérique du Mourvèdre X Rupestris 1202 et de l'Aramon X Rupestris Ganzin 1 dans le Nord-Espagne.
La comparaison est surtout facile avec le 41 B et avec le Lot, qui sont assez répandus dans les vignobles de Navarre et de Rioja. Les exemples suivants, pris aux alentours d'Elciego, sont démonstratifs :
Dans une vigne plantée sur les alluvions anciennes d'une haute terrasse dominant la vallée de l'Ebre, une portion est en 1202, l'autre en 41 B ; les deux portions s'imbriquent l'une dans l'autre, leur ligne de séparation étant une ligne brisée. Le sol, assez homogène, paraît convenir mieux encore aux Franco-Rupestris qu'aux Franco-Berlandieri, sa teneur en calcaire est de 20 % (avec sous-sol plus calcaire, jusqu'au 45 %). Or, le 1202 a subi là, depuis 4 années, des dépressions telles qu'il y est actuellement au dernier terme du dépérissement, tandis que le 41 B reste en bel état.
Il arrive qu'au milieu de plantations de 1202 quelques pieds épars résistent isolément, verts et vigoureux, tandis que tout meurt ale tour. Si la souche du "rescapé" produit un rejet, nous constatons couramment que ce n'est pas un 1202, mais un 41 B, ou bien encore un Rupestris du Lot.
Inversement, il m'est arrivé de voir quelques pieds périclitant parmi des Chasselas X Berlandieri 41 B prospères. L'examen des repousses, toutes les fois qu'il fut possible, indiqua régulièrement que les moribonds appartenaient non pas au type 41 B, mais aux types Mourvèdre X Rupestris 1202 ou Aramon X Rupestris Ganzin 1.
Dans une pièce de vigne plantée en 1904 avec un mélange de Rupestris du Lot et de Riparia X Rupestris 3309, il y avait au bout de deux ans quelques manquants par-ci par-là, comme il arrive toujours. Ayant sous la main des Mourvèdre X Rupestris 1202 et des Aramon X Rupestris Ganzin 1, dont on plantait en 1907 une pièce voisine, on garnit les vides avec ces variétés. Or, quand je visitai ces vignes à l'automne dernier, je constatai partout la présence de très nombreux radicicules ; la plantation de 1907 était garnie de grandes taches phylloxériques confluentes, et considérée comme entièrement perdue ; celle de 1904 présentait au contraire dans l'ensemble une grande vigueur (Rupestris du Lot et R X R 3309) contrastant avec l'état lamentable de tous les pieds de remplacement (M X R 1202 et A X R Ganzin 1), dont les repousses permettaient de confirmer l'identité. Des dépressions se produisaient là comme ailleurs, mais elles faisaient périr les Franco-Rupestris tout en épargnant les Américains.
J'ai pu noter divers exemples analogues au cours de ma visite en Rioja. Il paraît bien net que tous les foyers de dépérissement phylloxériques apparus jusqu'à présent portent sur le Mourvèdre X Rupestris 1202 (qui est de beaucoup le porte-greffe dominant) et sur l'Aramon X Rupestris Ganzin 1, jamais sur le Chasselas X Berlandieri 41 B, ni sur le Rupestris du Lot, ni sur le Riparia X Rupestris 3309.
Ces constatations sont d'autant plus nettes qu'elles ont eu lieu dans des conditions identiques de sol, de culture, sur des lots imbriqués les uns dans les autres et parfois mélangés.
Il est probable que ce qui s'est passé aux abords d'Elciego se passe également, de la même façon, dans le reste de la Rioja, dans l'Aragon et la Navarre. Les observations faites en Navarre par M. A. Azanza paraissent l'établir nettement. Nous assisterions donc partout, dans le Nord-Espagne, à la faillite des franco-américains, tout au moins de ceux auxquels on a eu recours sur une vaste échelle : Mourvèdre X Rupestris 1202 et Aramon X Rupestris Ganzin 1. Des cas analogues semblent s'être aussi déclarés dans le Sud.
POETE-GREFFE MURVEDRE RUPESTRIS 1202
La triste expérience que sont en train de faire nos voisins espagnols n'est pas la seule qui découle d'un engouement excessif pour ces hybrides. J'ai dit qu'il y a une douzaine d'années on observait déjà un dépérissement analogue pour l'Aramon X Rupestris Ganzin 1 dans les vignobles de Sicile, dont il était le porte-greffe dominant. La découverte surprit tellement les agronomes italiens qu'ils firent effort pour expliquer la maladie sans mettre directement en cause le Phylloxéra. Ils durent toutefois reconnaître que le parasite y jouait un grand rôle dans la plupart des cas.
On pourrait, en Espagne, comme on l'a fait en Sicile, soulever la question de l'acclimatation des hybrides porte-greffes et de leur adaptation au terrain et se demander si ce n'est pas le facteur essentiel. Au Congrès de Madrid, à une époque où l'on n'observait pas encore de dépressions phylloxériques dans les vignobles reconstitués. M. Garcia de los Salmones traita avec autorité le problème de l'adaptation aux terrains calcaires et secs. Ce problème, disait-il, se pose en termes difficiles, particulièrement lorsque le climat est sec et le sol superficiel. Il estime avec raison que l'étude sur place, en champs d'expériences, d'hybrides nouveaux obtenus par croisement secondaire d'un franco-américain et du Berlandieri, pourra donner de meilleurs porte-greffes pour les sols les plus calcaires et les plus secs. Il considère que le Mourvèdre X Rupestris 1202 comme un des meilleurs et des plus recommandables parmi les porte-greffes déjà éprouvés. Il le dit surtout excellent dans les terrains calcaires hargneux frais, profonds, et déconseille plutôt son emploi dans les terrains maigres et secs.
PORTE-GREFFE RIPARIA BERLANDIERI 34 C.
Or, les principaux foyers de dépérissement du 1202, aux alentours d'Elciego, sont précisément dans les terrains caillouteux et hargneux, assez profonds et frais, dosant de 20 à 40 % de calcaire, tandis que les plantations des côtes pauvres et très sèches sont jusqu'à présent moins éprouvées. Je ne pense donc pas que l'on puisse faire passer l'invasion phylloxérique au second plan, pour invoquer une mauvaise adaptation du porte-greffe comme cause essentielle de la maladie. Il est logique, à mon avis, d'admettre les conditions favorisantes de climat, de sol ; mais la véritable cause, le facteur essentiel et déterminant serait bien l'invasion phylloxérique des racines. L'insecte, ici comme ailleurs, ne pullule qu'en milieu favorable, c'est entendu ; mais il y trouve un aliment facile sur les racines du 1202 et du Ganzin 1, qu'il abat en quelques minutes.
HYBRIDE RUPESTRIS-LACOSTE
En Rioja alavesa, les premiers indices du mal, notés en 1915, affectaient déjà nettement la forme de taches d'huile ; il n'en eût pas été de même si les vignes avaient dépéri par manque d'affinité ou par défaut d'adaptation ; le fléchissement aurait été diffus et les taches phylloxériques ne s'y seraient superposées que plus tard.
En résumé, je crois que le Phylloxéra est bien le facteur essentiel du dépérissement des Mourvèdre X Rupestris 1202 et des Aramon-Rupestris Ganzin 1 dans les vignobles de Rioja, et je m'imagine que le terrain et le climat interviennent moins en diminuant les facultés de résistance du végétal qu'en renforçant les facultés agressives du parasite. Les sols dans lesquels la vigne périclite sont en grande partie des terrains assez meubles, sableux sans excès, argileux à point, très "phylloxérants". Quant au climat, il est naturellement sec et chaud ; il le fut plus que d'ordinaire pendant les dernières années, ce qui contribua certainement à l'extension et à l'intensification des foyers.
PORTE-GREFFE ARAMON RUPESTRIS 1
On sait que le Phylloxéra est particulièrement actif dans les vignobles méridionaux, en Espagne, en Sicile, en Algérie. Son activité est plus modérée dans nos vignobles de France. Il n'est pourtant pas sûr que certaines régions de notre pays où la reconstitution a été faite sur les mêmes bases ne seront pas menacées, à plus ou moins longue échéance, d'une crise analogue à celle qui sévit aujourd'hui plus au Sud. Nos viticulteur ont donc intérêt à connaître les mécomptes qu'ont donnés par ailleurs des porte-greffes franco-américains. Il est bon qu'ils se persuadent que le greffage n'a pas supprimé le Phylloxéra, que celui-ci persiste, peu ou prou, en terres propices, dans toutes nos régions viticoles et qu'il pourrait, à un moment donné, redevenir agressif sur des plantations reconstituées dont les porte-greffes n'offriraient pas des garanties suffisantes.
L'adoption des porte-greffes que nous incriminons ici ne fut pas sans prêter à la critique. Des polémiques s'engagèrent sur leur compte presque aussitôt après leur création. Les objecteur célébraient les qualités de leurs produits et la plupart des agronomes les vantèrent à leur suite, tandis que d'autres, et non des moindres, MM. Viala et Ravaz par exemple, faisaient de judicieuses réserves dont le public viticole ne tint pas un compte suffisant. Ainsi, dès 1895, M. Ravaz contestait leur résistance, après avoir constaté qu'en champs d'expériences leurs racines portaient de nombreuses tubérosités phylloxériques. Il est remarquable que dans les mêmes conditions, ilne put découvrir de lésions sur les racines du Chasselas X Berlandieri 41 B, cet autre franco-américain dont la résistance s'affirme si nettement aujourd'hui dans les foyers phylloxériques de la Rioja, à côté des Riparia X Rupestris et des Berlandieri X Riparia.
Décembre 1919."
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
Plus de 6 700 autres articles vous attendent dans mon blog :
Le phylloxéra de la vigne est une espèce d'insectes hémiptères de la famille des Phylloxeridae.
C'est une variété de pucerons ravageurs parasites de la vigne, néobiotes venus de l'Est des Etats-Unis, qui a provoqué des dégâts considérables dans les principales régions viticoles d'Europe à la fin du 19ème siècle.
LE VIN
Voici ce que rapporta à ce sujet le Dr J. Feytaud dans l'hebdomadaire Revue de viticulture, en date
du 26 février 1920 :
"Dr J. Feytaud. — Sur le dépérissement phylloxérique du Mourvèdre X Rupestris 1202 et de l'Aramon X Rupestris Ganzin 1.
... Ce serait fort beau si les destructeurs des racines étaient aussi réservés. Malheureusement il n'en est pas ainsi : le Phylloxéra se signale en Rioja, comme en Navarre, par des dégâts très sérieux qui retiennent actuellement l'attention des viticulteurs espagnols.
Ce n'est pas la première fois qu'il y est question du Phylloxéra. L'Espagne eut déjà sa grande crise, ouverte vers 1880 dans le Sud (Malaga) et dans le Nord-Est (Gérone), quelques années plus tard dans le Nord-Ouest en Galice (1888), puis en Navarre (1892). Elle sévissait en Rioja de 1893 à 1900 ; les vieilles vignes européennes étant dévastées par le fléau les propriétaires, profitant des exemples venus de France, se mirent à reconstituer.
Lorsque fut entreprise la replantation des vignobles de Navarre et de Rioja, la vogue des américains purs était passée. Jacquez, Taylor, Vialla, Rupestris, Solonis, Clinton étaient à peu près délaissés comme porte-greffes et le Riparia lui-même avait fait faillite en de nombreux terrains. Les problèmes de l'adaptation et de la résistance au calcaire avaient sollicité l'attention des chercheurs, et la création des premiers hybrides semblait révolutionner le monde viticole. Les porte-greffes franco-américaine étaient tout à fait à l'ordre du jour et les dithyrambes de leurs partisans étouffaient les meilleurs conseils de prudence.
La reconstitution des vignes en Espagne se fit sous ce courant d'idées ; en Navarre, en Rioja, étant donnée la nature calcaire des terrains, on se lança en toute confiance vers les franco-américains, qui convenaient si parfaitement en apparence à ces sols où le Riparia ne pouvait tenir. On prit le Mourvèdre X Rupestris 1202 et l'Aramon X Rupestris Ganzin 1. Ces deux porte-greffes ont servi à refaire la presque totalité des vignobles du Nord de l'Espagne. Une place assez importante était cependant prise à côté d'eux par le Chasselas X Berlanderie 41 B., le Rupestris du Lot et le Riparia X Rupestris 3309.
POETE-GREFFE MURVEDRE RUPESTRIS 1202
PORTE-GREFFE RIPARIA BERLANDIERI 34 C.
HYBRIDE RUPESTRIS-LACOSTE
De prime abord, le 1202 et le Ganzin 1 semblaient convenir admirablement. Ils supportent en effet, le premier surtout, de fortes doses de calvaire. Au Congrès d'Angers, en 1907, M. Garcia de los Salmones, le distingué agronome de Pampelune, présentait ces deux Franco-Rupestris comme les meilleurs porte-greffes de l'Espagne. En 1909, M. Roger Marès, cherchant dans une comparaison avec le Sud-Europe des données pour la reconstruction du vignoble algérien, constatait que dans la péninsule ibérique, de la Navarre à l'Andalousie, ces mêmes hybrides jouissaient d'une "popularité parfaite".
Déjà cependant, à cette époque, des plaintes étaient venues d'Italie au sujet de l'un des deux favoris, l'Aramon X Rupestris Ganzin 1. Mais la publication de quelques rapports notoires sur les inquiétudes des propriétaires siciliens, ne fut pas suffisamment connue du grand public et la vogue de ce porte-greffe dans les autres pays n'en fut pas diminuée.
PORTE-GREFFE ARAMON RUPESTRIS 1
Or, depuis 1900, les viticulteurs riojanais avaient peu à peu rétabli leurs plantations sur les bases que je viens de dire. Cette reprise des terres phylloxérées s'achevait à peine au début de la guerre, et déjà une nouvelle crise allait s'ouvrir.
Des plantations de 6, 8, 10 ans présentaient de-ci de-là quelques traces de fléchissement, des traces de chlorose suspectes. Ces indices furent bien apparents en 1915. En 1916 et 1917, le caractère pathologique s'accentuait ; mais, confiants dans le greffage, les propriétaires ne songeaient guère que ce fût un retour offensif du parasite.
Lorsque, il y a deux ans, M. Georges Dubos me fit part de ses craintes et me décrivit les symptômes, il me parut probable qu'il s'agissait d'attaques phylloxériques ; l'examen de lots de racines reçus au laboratoire me permit de confirmer cette probabilité.
Au reste, la Rioja n'était pas seule à subir les conséquences d'une erreur de reconstitution. La Navarre les subissait déjà : les vignobles réputés de Sansol, Solana, Estella, Puenta la Reina, Sanguesa, Mendigorria, Olite, etc., avaient offert successivement, à partir de 1912, des dépressions nombreuses et des dépérissements rapides.
Les remarques que je publie se rapportent aux constatations que j'ai pu faire personnellement dans la partie de Rioja alavesa voisine d'Elciego. La similitude des terrains, des porte-greffes et des greffons rend très probable que les choses se passent de même sur les autres points du Nord-Espagne.
Tous les foyers de dépression en tache d'huile au niveau desquels j'ai fait des sondages correspondent à des foyers de multiplication du Phylloxéra et il me paraît indiscutable que la crise de dépérissement correspond à une reprise intense des ravages de cet Insecte.
Fait digne de remarque, les dépressions sont apparues tout d'abord et me semblent être jusqu'à présent beaucoup plus communes sur les terres les plus riches (ou les moins pauvres), les plus profondes, les moins calcaires, notamment sur les terres d'alluvions anciennes, caillouteuses, rougeâtres, où les foyers primitifs, apparus en 1914 et 1915 sur des plantations de 5 ou 6 ans à peine, prennent une extension couramment progressive, en dépit des soins culturaux.
Dans les terres les plus pauvres, dans les sols superficiels recouvrant à peine le rocher, la végétation est parfois languissante aux points les plus mal lotis ; mais il n'y a généralement pas encore beaucoup de taches phylloxériques proprement dites. Les dépérissements qui s'y sont produits et que l'on pourrait être tenté d'attribuer tous à cette cause tiennent en grande partie à l'insuffisante épaisseur de la couche arable.
En somme, pour un porte-greffe donné, les terres d'alluvions ou les mélanges de ces terres et de terres miocènes paraissent être, sur le point considéré, beaucoup plus favorables à la multiplication des radicicoles, beaucoup plus "phylloxérantes" en un mot, que les terres miocènes pures.
Même dans les sols propices, les attaques de l'Insecte ne sont pas générales. Certaines parties du territoire sont très éprouvées, tandis que d'autres sont jusqu'à présent indemnes. Ce que nous savons du mode de diffusion l'explique : les pépinières de porte-greffes américains ou franco-américaine sont restreintes, localisées au voisinage des centres habités ; dans l'ensemble du pays, il n'y a pour ainsi dire pas de souches susceptibles de recevoir la ponte des ailes et des sexués, ni de faire vivre des gallicoles. Dans ces conditions, la propagation du fléau par les ailés est impossible ; la diffusion n'a donc lieu que par le fait de radicicoles qui, émigrant du sol, sont transportés par le vent ou par l'homme ; elle est ainsi plus limitée au point de vue distance.
Quoi qu'il en soit, dans un sol donné, bien infesté de Phylloxéra, nous voyons le Mourvèdre X Rupestris 1202 péricliter et mourir très rapidement, l'Aramon X Rupestris Ganzin 1 presque aussi vite, tandis que le Chasselas X Berlandieri 41 B, autre franco-américaines, demeure solide, ainsi que le Rupestris du Lot et en général tous les américo-américains : Riparia X Rupestris 3309, Riparia X Rupestris 101, Berlandieri X Riparia 34 EM, Berlandieri X Ruparia 420 A."
(Source : Wikipédia)
A suivre...
Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.
Plus de 6 700 autres articles vous attendent dans mon blog :