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mardi 14 octobre 2025

UN PÈLERINAGE À LEZO EN GUIPUSCOA AU PAYS BASQUE EN 1920 (deuxième et dernière partie)

 

UN PÈLERINAGE À LEZO EN 1920.


Dès 1203, et la fondation de Fontarrabie, sa voisine en Guipuscoa, la commune de Lezo est citée dans les textes anciens.




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SANCTUAIRE DE LEZO GIPUZKOA
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Gaulois, le 7 février 1920, sous la plume de René 

Bizet :



"Trois aspects de l'Espagne Catholique (suite).



... Devant le sanctuaire de Lezo, tout va changer. Une place étroite et qu'encombrent des chanteurs ambulants, des marchands de sabots, d'espadrilles ou d'articles de culture, contient mal une assemblée d'hommes et de femmes qui attendent leur tour de pénétrer dans la basilique déjà pleine et dont, par la porte large ouverte, on aperçoit l'autel piqué des étoiles des cierges allumés. Par bouffées, des chants en latin sortent de l'église et viennent se heurter aux chants profanes que les musiciens de la rue accompagnent de leur guitare bourdonnante. Ils ne se contrarient point. C'est le même peuple qui prie là-dedans et se distrait dehors, sur des airs également faciles, également simples. Les voix des boutiquiers et des acheteurs, les disputes, les marchandages et les rires mêlent leurs bruits aux oraisons. La prière est une expression de la vie de ce peuple de paysans, comme les querelles de marché.



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PLACE ET SANCTUAIRE LEZO GIPUZKOA
PAYS BASQUE D'ANTAN


L'attente est longue devant la porte, car il n'y a pas d'autres sorties. Pas à pas, pourtant, on se rapproche. Nous voici sur le seuil, les yeux étonnés par l'ombre, dans un bain de fraîcheur qui fait frissonner. Pas de vitraux ni de fenêtres, des ténèbres trouées seulement par brasier de l'autel. Des rangées de bancs et un va-et-vient incessant qui mêle ses bruits de pas aux prières et aux cantiques, à la voix du prêtre et des enfants de choeur.



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SANCTUAIRE DE LEZO GIPUZKOA
PAYS BASQUE D'ANTAN



Et puis les yeux s'accoutument à l'obscurité et s'arrêtent sur le "Santo Christo" imploré par toutes ces ferveurs et qui, semble, de son geste éternel, arrêter au mur du sanctuaire l'élan des oraisons obstinées. Il est là, derrière l'autel, cireux, cadavérique, les hanches cachées sous une sorte de jupon de satin noir qui rend plus funèbre encore sa maigreur tragique, tordue par la douleur. Il parle, de toute son attitude exténuée, à cette foule qui a besoin pour comprendre d'images nettes, fortes et qui disent bien ce qu'on veut qu'elle sache. Il est un de leurs morts. Ils ont vu son frère humain, étendu sur le lit de leur pauvre chambre, et ce sang qui coule de la plaie du corps et des mains et des pieds est vraiment aussi du sang humain. C'est lui qu'on supplie, c'est Lui qu'on embrasse, comme on baiserait, avant de l'ensevelir, le cadavre d'une mère ou d'un fils. Car on l'embrasse ainsi. A la base de la croix, une sorte de fenêtre est pratiquée et à toute seconde, entre l'encadrement de deux cierges, apparaît à cette lucarne un visage d'homme, de femme ou d'enfant, puis un cou qui se penche, des lèvres qui s'avancent et se posent sur la tache sanglante que le clou des bourreaux a mise aux pieds du Sauveur. Pour qui n'est point préparé à ces apparitions et à ces gestes, cette manifestation de la piété a quelque chose de théâtral et de naïf à la fois qui prête au sourire. Ces têtes apparues puis qui disparaissent derrière l'autel, cette succession de faces surgies puis comme happées par une trappe invisible a, dans l'éclairage vacillant, la houle murmurante des prières, on ne sait quoi de mélodramatique et de grotesque... Mais l'ardeur, la foi ambiante vous ressaisissent, la sincérité de tous ces baisers vous étreint. On regarde, on s'étonne, et l'on suit malgré soi la file des pèlerins. On entre dans la sacristie, où des prêtres osseux tendent des sébiles pour les offrandes. On gravit les marches de l'escalier, et les cliquetis de chapelets, les glissades d'espadrilles, les martèlements des sabots, les voeux formulés naïvement à voix basse forment une atmosphère de vie et d'irréel dont on subit l'enchantement. On ne voit que des corps, soudain guillotinés. Des baisers bruissent, immatériels ; par un coin de la petite fenêtre, on aperçoit une flamme de cierge dans les ténèbres, la petite lumière divine dans la brume fétide que nous tissent nos jours...



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CHRIST DE LEZO GIPUZKOA
PAYS BASQUE D'ANTAN



Ici, tout est mystère et groupé pour laisser aux imaginations simples libre cours. Toute cette foule n'a qu'une ardeur, un même élan, la porte vers le Christ miraculeux, les mêmes pensées hantent ces cerveaux, une même voix pourrait lancer cette force qui se recueille vers la croisade ou la bataille. Nul catholique ne se sentira étranger à ces catholiques. Tous, prêtres et fidèles, sous cette voûte, expriment une foi qui est notre foi...



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SANTO CRISTO LEZO GIPUZKOA
PAYS BASQUE D'ANTAN


Et nous sommes ramenés dans la petite nef ; la porte, au fond, large ouverte sur la plaie, découpe un morceau de ciel et de mur jaune ; des branches d'arbres se dessinent. La nature pénètre dans le temple, comme elle tressaille dans ces âmes qui vivent près d'elle. Il faut sortir. D'autres pèlerins attendent. Nous traversons la barrière qu'ils forment à l'entrée ; nous voilà dehors. Les guitares des chanteurs ambulants bourdonnent toujours, l'accent rugueux du parler basque roule toujours devant des baraques de toiles où l'on discute et, cierges en main, la troupe renforcée des fidèles oscille maintenant en rangs serrés, loin sur la route...



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VUE GENERALE LEZO GIPUZKOA
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le soleil de dix heures illumine tout le paysage où grouillent, parmi les arbres et les maisons basses, paysans, paysannes et mendiants. Nous ne les voyons plus avec nos yeux de voyageurs, étonnés de tant de dissemblances avec nous. Ces visages-là, nous venons de voir leurs pareils courbés comme les nôtres ou émerveillés de joie. Nous nous comprenons. Notre pays basque français est proche. Nous nous y sentons chez nous. Il s'en faut de bien peu que nous n'ayons ici le même sentiment. C'est le miracle d'une foi commune, pareillement entendue, et qui fait que ces horizons, ces formes, ces gens qui les peuplent ou les entourent, émeuvent notre sensibilité, sans effort, comme l'aspect d'un coteau familier, ou d'un ami qui revient d'un long voyage."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)


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dimanche 14 septembre 2025

UN PÈLERINAGE À LEZO EN GUIPUSCOA AU PAYS BASQUE EN 1920 (première partie)

UN PÈLERINAGE À LEZO EN 1920.


Dès 1203, et la fondation de Fontarrabie, sa voisine en Guipuscoa, la commune de Lezo est citée dans les textes anciens.




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SANCTUAIRE DE LEZO GIPUZKOA
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Gaulois, le 7 février 1920, sous la plume de René 

Bizet :



"Trois aspects de l'Espagne Catholique.



C'est au pèlerinage de l'Exaltation de la Sainte-Croix, le 14 septembre, qu'il faut venir surprendre, dans ce village de pays basque espagnol, la foi paysanne. Une tradition veut que dans la basilique de Santo Christo, un Christ miraculeux donne, à qui l'approche, "salud, dinero y buen marido" (santé, argent et bon mari), car toujours, au sentiment religieux des populations misérables, se mêle un sens de la vie pratique qui leur fait demander au ciel un peu de bonheur immédiat qu'elles ne peuvent obtenir de leurs travaux.



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CHRIST DE LEZO GIPUZKOA
PAYS BASQUE D'ANTAN


Lezzo, qui se trouve à quelques kilomètres de notre frontière, et qui, dans le fond de la baie de Pasajes, est sur le chemin de Saint-Sébastien, est presque inconnu de ceux qui se reposent sur les bords du golfe de Gascogne. Le visiteur n'enrichit pas l'humble sanctuaire, et, je ne sais pourquoi, l'étranger croit davantage trouver un avant-goût de l'Espagne véritable à Hernani ou à Fontarabie. C'est un préjugé qu'entretiennent les guides et les agences de voyages. Le pays basque ou la Navarre, toute proche, montrent, dans tous leurs villages, leurs moeurs avec plus de simplicité qu'on n'en peut trouver dans les lieux de pèlerinages pour touristes, et, dans ce coin d'Espagne surtout, où elles ont une si grande importance, les manifestations religieuses en disent plus long sur un peuple que tous les monuments ou que toutes les danses pittoresques qu'on vient admirer, de loin, dans des endroits convenus.



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LEZO GIPUZKOA
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le paysan basque est profondément catholique. Le Basque français ne l'est pas moins que l'espagnol. Ils apportent, dans l'accomplissement de leurs devoirs religieux, une ferveur qu'on ne trouve chez nous qu'en Bretagne, et un sens de la collectivité qu'on ne connaît que dans les pays flamands. C'est ce sens-là qui donne au Basque d'Espagne son caractère particulier. Il est le seul à le posséder dans toute la péninsule, le seul à aimer son église, à y chanter, à s'y rendre avec ses coreligionnaires, à donner à la prière en commun cette force, cette ardeur qui emportent toute l'âme avec elle. Ce sens-là, qui lui évite les superstitions personnelles, lui donne aussi un fanatisme incontestable. Nulle province où le Français ne soit plus suspect, à l'habitant que la Biscaye, où nous rencontrions mois de sympathie dans le peuple et dans le clergé. Mais nulle province aussi où une propagande catholique bien faite ne nous rallierait plus rapidement l'ensemble des suffrages. Si l'on parlait simplement de nous à ces âmes simples, si quelque prêtre basque de France pouvait s'adresser à ses frères et leur dire que nous ne sommes point tels que le Pueblo Vasco nous dépeint, nous pourrions acquérir à nos frontières une affection dont le défaut aura eu de grosses conséquences pour nous depuis les débuts de la guerre.



Le Basque espagnol est taciturne. Il ne faut pas songer recueillir ses confidences, même quand on le connaît bien : il est, pour tout dire, antipathique. Il semble sournois, incapable d'élan, têtu dans ses convictions. Allons avec lui dans ses églises, suivons-le à Lezzo dans son pèlerinage, il nous apparaîtra tout autre, près de nous, candide, enthousiaste et si naïvement confiant...




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PLACE ET SANCTUAIRE LEZO GIPUZKOA
PAYS BASQUE D'ANTAN


Lezzo est une ancienne grande ville, qui échelonne ses maisons de pierre aux pentes d'une contrefort de ce mont Jaizquibel, dont la masse sombre s'impose aux yeux depuis Fontarabie jusqu'à Saint-Sébastien. Il est tôt quand nous y arrivons, amenés jusqu'à Renteria par un tram électrique. C'est l'heure du marché. Aux murs des maisons, par des longes, sont attachées des mules, flanquées de paniers lourds de légumes, de fruits ou de bidons de lait, et tout un peuple jacassant s'empresse devant des étalages, de chaque côté de la route qui grimpe vers Lezzo et que suivent, d'un pas pesant, sous le soleil de septembre, vigoureux encore, les pèlerins bavards. Dans ce carré que dessinent, devant la vaste église de Renteria, de hautes et vieilles demeures écussonnées, c'est tout le tableau de la vie basque qui s'étale de couleurs plutôt sombres, relevées seulement par le jaune vieil or des murailles. Les femmes sont vêtues de noir, les hommes coiffés du petit béret ont les épaules chargées de couvertures noires zébrées de marron, qui leur donnent cet aspect frileux que nous retrouvons chez les émigrés, dans les salles d'attente de nos gares. Tous ces gens ont, dans la démarche, dans leur parler, quelque chose de fort et de rude qui nous éloigne d'eux d'abord.



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VUE GENERALE LEZO GIPUZKOA
PAYS BASQUE D'ANTAN


Le paysage n'a pas plus de grâce. La courbe des montagnes autour de la mer est sèche ; la montagne elle-même, couverte sa base de pommiers et pelée à son sommet, est sans agrément pour les yeux, et si beau que soit le temps, il n'y a pas de ciel moins paisible que celui qui couvre cette nature et où se forment, s'enfuient, s'accumulent et se dispersent de minutes en minutes des troupes de nuages aux reflets métalliques.



Nous sommes maintenant dans la campagne, sur le chemin du sanctuaire. Des mendiants apparaissent au bord de la route, comme des arbres pourris ; ils sont à genoux, tendent des moignons de bras ou de jambes, polis ou saignants, rongés de pustules, vers la foule qui ne s'en émeut point, en poussant des litanies geignardes que rythment, en appel, des : "Cristianos ! Cristianos !" déchirants. Voici des marchands de cierges, qui offrent comme des lys les bâtons de cire blanche, unis ou travaillés comme des bijoux, et toute une horde vermineuse de gamines qui vous persécutent de leurs médailles de zinc ou de leurs chapelets d'un sou. C'est au milieu de cette cohue qu'on avance, lentement, au fur et à mesure qu'on approche du village de Lezzo : des petites baraques de toile pavoisent le chemin de bannières et de statuettes pieuses peinturlurées de bleu et de vermillon. On vend dans la même boutique des gâteaux à la graisse et des livres de messe, et les voyageurs se gavent à la fois de "fritons" et d'images saintes qu'ils rapporteront en souvenir. Mais tout cela ne diffère que par la couleur et la misère de nos pèlerinages de France."



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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lundi 14 octobre 2024

LA DUCHESSE DE GRAMONT ET LE PAYS BASQUE EN JUILLET 1905

LA FAMILLE GRAMONT AU PAYS BASQUE.


Margaretha, dite Marguerite de Rothschild, duchesse de Gramont, est née à Francfort-sur-le-Main le 19 septembre 1855 et morte à Paris le 25 juillet 1905.



duc guiche bidache gramont maréchal histoire
PORTRAIT DE MARGUERITE DE ROTSCHILD
DUCHESSE DE GRAMONT
PAR PHILIP ALEXIUS DE LASZLO 1902



Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Gaulois, le 27 juillet 1905 :



"C'était une femme admirable par le coeur et par l'esprit, et aussi par sa beauté, que la duchesse de Gramont qui vient de mourir à la suite d'une cruelle maladie. Elle a élevé la première fille de son mari, comme ses propres enfants, avec un soin maternel de tous les instants. Aux regrets qu'elle laisse à tous les siens et à ses amis, on peut mesurer son mérite ; mais on ne saura pas les regrets de ceux qui recevaient ses bienfaits cachés. Elle était charitable avec une exquise discrétion et une générosité sans bornes, ayant auprès d'elle une personne uniquement chargée de distribuer ses bonnes ouvres et d'aller porter à domicile les secours qu'elle savait nécessaires et dont elle devinait parfois la nécessité voilée.



Elle était la fille de cette baronne de Rothschild qui fut une des femmes les plus séduisantes de sont temps et écrivit la musique de cette délicieuse romance :

Si vous n'avez rien à me dire,

Pourquoi venir auprès de moi ?



La maison de Gramont est incontestablement une des plus anciennes et des plus illustres de France. Elle est représentée actuellement par le duc de Gramont et ses enfants, par ses frères et sa soeur ; ses enfants sont, on le sait, la marquise de Clermont-Tonnerre, fille du premier mariage de son père avec la princesse Isabelle de Beauvau, le duc de Guiche, premier enfant issu du second mariage du duc et aujourd'hui marié à Mlle Greffulhe, beau et excellent cavalier, en qui revivront les belles traditions de sa maison, la comtesse Hélie de Noailles et le comte Louis-René de Gramont, qui revient d'Oxford. Les frères du duc de Gramont sont le duc de Lesparre, qui a épousé Mlle de Gonegliano ; le comte Alfred de Gramont, qui fait partie du Service d'honneur de Monsieur le Duc d'Orléans, et sa soeur est la comtesse de Brigode.





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PORTRAIT DE ANTOINE XI ALFRED DE GRAMONT
PAR PHILIP DE LASZLO 1902



L'oncle du duc de Gramont, le général duc de Lesparre, mort en 1877, n'a laissé que trois filles, la comtesse de l'Aigle, la comtesse d'Archiac, morte l'année dernière, et la comtesse de Bryas.



Un autre de ses oncles, le général comte de Gramont, a laissé un fils unique.



Une autre branche, celle des Gramont d'Aster, est représentée par le comte de Gramont d'Aster, qui a épousé Mlle Odette de Montesquieu-Fezensac, et par la comtesse de Vergennes.



La maison de Gramont ne porte ce nom que depuis le milieu du seizième siècle. Elle l'a adopté par alliance, à l'exclusion du sien qui était cependant illustre, car c'était alors la maison d'Aure qui possédait la vicomte d'Aster et remontait à Sanche-Garcie d'Aure, vicomte de Larbourt, au comté de Foix, en 1381.



C'est Menaud d'Aure, vicomte d'Aster, qui épousa en 1525 l'héritière des Gramont qui étaient princes, souverains de Bidache et de Barnache, dans le comté de Bigorre, alliés aux rois de Navarre et d'Aragon, et aux comtes de Béarn.



La maison de Gramont a exercé son autorité souveraine à Bidache jusqu'en 1789. Le titre de prince de Bidache appartient encore aux ducs de Gramont, avec celui de duc de Guiche, qui est toujours porté par le fils aîné du duc. Bidache avait sa milice spéciale, qu'on appelait les bandes Gramontoises et dont le prince nommait les officiers.



La belle Corisandre, veuve du comte de Gramont, Diane d'Andouins, dont Henri IV fut amoureux, lui envoya un renfort de vingt-quatre mille garçons qu'elle avait levés à ses frais. Henri IV l'en remercia en déposant à ses pieds, au château de Guiche, vingt-deux drapeaux pris sur l'ennemi.



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PORTRAIT DE DIANE D'ANDOINS
ET SA FILLE CATHERINE 



Les Gramont sont alliés à la maison de France par Christine de Noailles, qui était la tante du comte de Toulouse et la grand'tante du duc de Penthièvre, qui était lui-même le grand-père de Louis-Philippe.



Ils ont eu également une alliance avec la maison de Lorraine.



On compte dans cette maison deux maréchaux, six lieutenants-généraux, six cordons bleus, un chevalier de la Toison d'Or, des chevaliers de Malte, plusieurs cardinaux et évêques.



Antoine, comte de Gramont, fils de la belle Corisandre, épousa Louise de Roquelaure et en eut deux fils, beaux tous les deux, qui commencèrent la grande illustration de la famille à des titres divers. Ces deux fils furent le maréchal duc de Gramont, et le chevalier, puis comte de Gramont, dont les mémoires, écrits par son beau-frère Hamilton, sont restés célèbres, et obtinrent difficilement l'autorisation d'être publiés en France.



Le maréchal fut connu d'abord comme comte de Guiche. Il vint à quatorze ans à Paris "pour apprendre ses exercices", et fit ses premières armes auprès de Louis XIII, au siège de Montpellier, en 1621. Il servit ensuite en Italie, fut blessé au siège de Mantoue, et sa vie ne fut qu'une suite de batailles, en Italie, en Flandres, en Allemagne, en Catalogne. Il fut à l'assaut de Lerida, au son des violons, et contribua à la victoire de Lens.



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ANTOINE III DE GRAMONT
MARECHAL DE FRANCE 1641



Maréchal en 1641, colonel général des gardes-françaises, chevalier des ordres, il est créé duc et pair en 1663. Gouverneur de Bayonne, il est envoyé à Madrid, chargé de demander la main de l'infante Marie-Thérèse pour Louis XIV, et meurt à Bayonne, en 1678, vice-roi de Navarre et de Béarn.



On a de lui des mémoires intéressantes au point de vue militaire et diplomatique.



Il avait épousé une parente de Richelieu. Il savait prendre habilement le cardinal aux heures les plus difficiles.



Un jour, il le surprit dans son cabinet, en simple veste, sautant au mur, pour faire de l'exercice. Le cardinal n'aimait pas être surpris en pareille posture.


— N'est-ce que cela ? dit Gramont. Je parie d'en faire autant.



Et, sans attendre la réponse, il met habit bas et saute au mur avec le cardinal, qui rit de bon coeur.



Le frère du maréchal, Philibert, comte de Gramont, était un étourdi plein d'esprit, gentilhomme accompli, mais dont les aventures furent un peu vives.




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PHILIBERT DE GRAMONT



Cordon bleu et lieutenant-général du Béarn, il est exilé pour avoir osé faire la cour à Mlle de La Motte. Il se réfugie en Angleterre, y devient l'ami de Charles II. Gagnant beaucoup au jeu, Gramont menait une existence fastueuse et licencieuse aussi. Il avait courtisé Mlle Hamilton, et il songeait à rentrer en France pour éviter de l'épouser. Mais il fut rejoint à Douvres par les deux frères de la jeune fille, qui lui crièrent de loin :


— Comte de Gramont, n'avez-vous rien oublié ?

— Si fait, dit-il aussitôt, j'ai oublié d'épouser miss Hamilton.



Il retourna à Londres et épousa. Molière fit de cette aventure défigurée le sujet du Mariage forcé.



Le comte de Gramont était d'une bravoure bien connue ; il avait cédé par devoir et non par crainte.



Rentré en grâce auprès de Louis XIV, il écoutait, avec la Cour, le Miserere, de Lulli, à genoux, comme le Roi.


— Qu'en dites-vous ? dit le Roi en se relevant.

— Eh, sire, je dis que cette musique est bien douce aux oreilles et bien dure aux genoux.



Le maréchal laissait deux fils : Armand, comte de Guiche, qui se couvrit de gloire au passage du Rhin et dans d'autres batailles, et mourut de dépit d'avoir été battu par Montecuculli ; et Antoine-Charles, deuxième duc de Gramont, qui fut le père du second maréchal duc de Gramont. Mme de Sévigné disait du comte de Guiche qu'il était "seul de son air". Il était beau, spirituel et admirablement doué.



Celui-ci, né en 1672, maréchal en 1724 et mort en 1725, membre du conseil de régence, fut aussi un vaillant soldat, mais moins heureux que son grand-père. Il fut ambassadeur à Madrid et fut gouverneur général de la Navarre et du Béarn.




duc guiche bidache gramont maréchal histoire
PORTRAIT D'ANTOINE V DE GRAMONT
MARECHAL DE FRANCE EN 1724



C'est à lui qu'arriva la plus désagréable aventure, pour un courtisan.



Louis XIV ayant fait un madrigal, craignait les flatteurs ; il le montre au maréchal sans lui avouer sa paternité, se bornant à dire :


— N'est-ce pas que voilà un méchant madrigal ? 



Le maréchal lit à peine, fait la moue et répond :


— Votre majesté a bien raison ; il ne se peut rien voir de plus mauvais.

— Je m'en doutais, dit le Roi en riant. Il est de moi !



Ce second maréchal de Gramont eut trois fils, dont deux furent lieutenants-généraux. Le second fut tué d'un boulet à la bataille de Fontenoy. Son fils, sixième duc de Gramont, épousa Béatrix de Choiseul, soeur du duc de Choiseul, premier ministre, sur qui elle exerça une grande influence.




duc guiche bidache gramont maréchal histoire
PORTRAIT DE LA DUCHESSE DE GRAMONT
PAR ALEXANDRE ROSLIN VERS 1774



Arrêtée pendant la Terreur, elle monta à l'échafaud avec la duchesse du Châtelet, et montra comme elle un courage admirable et un souverain mépris de ses juges.



Son fils, qui avait émigré, fut général sous la Restauration. Il fut père du duc de Gramont, qui fut ambassadeur de Napoléon III et ministre des affaires étrangères en 1870, et du général duc de Lesparre.



Le duc actuel, qui a été un officier des plus distingués, est, on la sait, le fils de l'ancien ministre.



Il faudrait citer encore plusieurs personnages illustres de cette famille essentiellement militaire, où cependant les ambassadeurs furent nombreux.



On ne peut ignorer les Gramont quand on sait l'histoire de France. La race est des plus belles et des plus affinées ; tous ceux qui ont connu la duchesse de Gramont qui vient de mourir savent qu'elle avait épousé ce passé de gloire et qu'elle en avait conservé noblement la tradition dans l'éducation de ses enfants."




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)







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jeudi 26 septembre 2024

L'OPÉRA LYRIQUE "GUERNICA" DE PEDRO GAILHARD ET DE PIERRE-BARTHÉLEMY GHEUSI EN 1895


L'OPÉRA "GUERNICA" EN 1895.


"Guernica" est un opéra lyrique en 3 actes, écrit en 1895 par P. Gailhard et P.B. Gheusi, avec une musique de Paul Vidal.
Cet opéra a été présenté pour la première fois à l'Opéra-comique le 5 juin 1895.
 

mercredi 6 décembre 2023

LE DUEL ENTRE JEAN JAURÈS ET PAUL DÉROULÈDE À BÉHOBIE (PAUSU) EN LABOURD AU PAYS BASQUE LE 6 DÉCEMBRE 1904


LE DUEL ENTRE JAURÈS ET DÉROULÈDE À BÉHOBIE EN 1904.


Le duel qui a opposé le directeur du journal L'Humanité, Jean Jaurès, et le dirigeant de la droite nationaliste, Paul Déroulède, en exil à Saint-Sébastien (Guipuscoa) est un événement marquant de la fin de 1904 au Pays Basque.

mercredi 17 mai 2023

LE DÉCÈS D'ÉDOUARD DE BERTERÈCHE DE MENDITTE EN SOULE AU PAYS BASQUE EN 1922

LE DÉCÈS D'ÉDOUARD DE BERTERÈCHE DE MENDITTE EN 1922.


Edouard de Berterèche de Menditte naît le 12 juin 1833 à Menditte (Soule, Basses-Pyrénées) et meurt le 30 octobre 1922.



famille soule pays basque autrefois
BLASON FAMILLE BERTERECHE DE MENDITTE
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta le quotidien Le Gaulois, le 20 novembre 1922, sous la plume de Valfleury :




"Ces jours derniers, une foule nombreuse et recueillie se pressait dans l'église d'Abense-de-Haut pour accompagner à sa dernière demeure M. Edouard de Berterèche de Menditte, décédé dans sa quatre-vingt-dixième année.



Né à Menditte (Basses-Pyrénées) dans le vieux manoir ancestral, il appartenait à une des des plus anciennes familles de la noblesse du pays basque, toujours au premier rang, aujourd'hui comme dans les siècles passés, pour la défense de la religion et de la patrie.



Resté ardemment fidèle à toutes nos traditions religieuses et politiques, il fut un type accompli de gentilhomme français ; il joignait à la distinction de l'homme de race une urbanité exquise, une délicatesse de sentiments qui lui attiraient tous les cœurs mais à la bonté la plus profonde, à l'accueil le plus affable, il joignait une fermeté de principes inébranlable. 



Très attaché au pays basque, il voulut y revenir et y passer ses dernières années ; depuis vingt-cinq ans, fixé dans le petit village d'Abense, il se dévoua corps et âme à sa commune, où, entouré de la considération de tous, il était une autorité aimée autant que respectée, et on peut lui appliquer la parole de nos saints livres :"Il a passé en faisant le bien."



...Le 19 septembre 1864, il épousa à Tardets Joséphine d'Uhalt et il eut six enfants, Marie Thérèse née en 1865, Pierre en 1867, Charles en 1869, Jeanne en 1872, Marie en 1874 et Marguerite en 1881...



histoire colonel armée soule menditte
CHARLES DE BERTERECHE DE MENDITTE



Décoré de la médaille de la Baltique et de celle de la campagne de 1870-71, c'était l'un des derniers survivants, de l'expédition de Bomarsund (1854).


histoire guerre aland crimée forteresse
EXPEDITION BOMARSUND ÎLES ALAND 1854



Le deuil était conduit par M. Pierre de Berterèche de Menditte et le lieutenant-colonel de Berterèche de Menditte, ses fils ; M. Guy de Berterèche de Menditte et le lieutenant Montjean, ses petits-fils ; l'abbé de Menditte, M. Renaud d'Elissagaray, ancien député ; MM. Charles, Jean, Célestin de Menditte, ses neveux ; MM. Philippe et Marc d'Elissagaray, M. Théodore de Menditte, ses petits-neveux.



Les cordons du poêle étaient tenus par le docteur Constantin, conseiller général des Basses-Pyrénées ; M. Jean de Souhy, conseiller d'arrondissement ; M. d'Etchécopar et le capitaine Populus.



Reconnu dans l'assistance Mlle de Berterèche de Menditte, Mmes Pierre et Charles de Berterèche de Menditte, Mlle Catherine de Berterèche de Menditte, Mme Montjean, Mlle d'Uhalt, Mlle de Menditte, Mme T. de Menditte, Mme Lhande, Mme d'Arhampe d'Andurain, Mme de Joantho, Mme Keller, baron et Mlle d'Abbadie, comtesse de Braüer, Mme Diez des Allines, baron de Batz, Mme Honoré, Mlle de Souhy, Mme de Portal, Mlle L. d'Andurain, Mme d'Etchandy, M. et Mme Jean d'Andurain, le docteur Chaubard, etc."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



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mardi 2 mai 2023

VOYAGE AU PAYS BASQUE NORD EN 1860 (deuxième et dernière partie)

VOYAGE AU PAYS BASQUE EN 1860.


Le Pays Basque est, depuis longtemps, une terre d'excursions pour les voyageurs du monde entier.


pays basque autrefois excursions voyage cacolet
EXCURSION A CHEVAL EN 1861
PAYS BASQUE D'ANTAN


Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Gaulois, le 7 octobre 1860 :



"A Monsieur de Tréville, capitaine-lieutenant aux Mousquetaires de sa Majesté.


Biarritz, Ier octobre 1860. 


Vous avez bien voulu, monsieur le capitaine, m’accorder un mois de congé. — Je vous remercie de la faveur grande, dont j'ai profité pour aller me tremper dans les ondes de l’Océan.



Me voici à Biarritz, où j’ai rencontré d’Artagnan, gras et replet comme un moine. Nous nous sommes jetés dans les bras l’un de l’autre, au grand estonnement des badauds, qui ne comprenaient rien à une pareille démonstration.



J’ai, moi aussi, passé à Bordeaux, et si je n’ai pas, à l'exemple de tant d'autres, admiré le pont, le théâtre et le quai, — j’ai tout au moins entendu un joli mot.



J’entre au Café de Bordeaux, — où l’on est aussi détestablement servi qu’au Casino d’Étretat. — Je demande un grog ; — on me l’apporte apures force réflexions. — Que s’était-il passé à l’office, à mon sujet ?


N’importe. Je dis au garçon qui me sert :


— Avez-vous du papier à cigarettes ? 

— Non, monsieur, — répond-il, — je ne fume pas !



Biarritz est maintenant presque désert. La pluie a chassé le plus grand nombre des baigneurs. Pourtant il restait, dimanche dernier, assez de grands d’Espagne pour assister au service divin célébré à l’occasion de la mort de la duchesse d’Albe. J’ai remarqué le comte et la comtesse Sclafani, le comte et la comtesse de Montcabrié, le duc et la duchesse de Medina-Cœli, le duc de Alhumada, le duc de San-Lucar, monsieur et madame O’Shea, M. Labat, maire de Bayonne, et madame Labat.



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JEAN-FRANCOIS-JULES LABAT
MAIRE DE BAYONNE EN 1860



La défunte duchesse, — fort aimée de tout le pays, — a été ici vivement regrettée.



Biarritz, qui a commencé par être un village de pêcheurs de baleines et de sardines, est maintenant une jolie vigie. De coquettes maisons blanches, de grandioses hôtels, sont éparpillés sur un large espace, et forment les rues et les places les plus bizarrement tracées.



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PLACE BELLEVUE BIARRITZ 1860
PAYS BASQUE D'ANTAN



La vie s’y passe ravissement. On rit, on danse, on chante et l’on se baigne tout le long du jour.... et de la côte.



Nous avons trois ports : la Côte des Basques, peu fréquentée ; le Port-Vieux, petite anse profonde et tranquille, où l’on plonge en famille, — ni hommes ni femmes, — tous baigneurs, — sous l’œil des marquises et des grisettes ; — la Côte des Fous, immense plage du sable le plus fin, — lieu préféré de ceux qui aiment mieux sauter que nager.



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PORT VIEUX ET PETITE PLAGE DES BAINS BIARRITZ 1860
PAYS BASQUE D'ANTAN



Il y a trois ans, les baraques où l'on se déshabillait appartenaient à des Biarrots. Chacune d’elles avait ses habitués ; — chaque terrasse formait un salon où l’on venait caqueter sur les aventures du jour; — chaque baigneur avait ses admirateurs ; — tel vantait la baraque de Million, tel autre celle de Pascaline, tel autre celle de Marianote.



Aujourd'hui tout cela est changé. L'administration municipale a fait construire une sorte d'établissement à prix uniforme, contenant une centaine de cabines ; on est mal servi, on n’est connu de personne, on ne médit plus du prochain en compagnie de belles dames, et l’on n’a plus à crier l'éloge de Million, de Marianote ou de Pascaline, car Million s'est fait pêcheur, Marianote repasseuse, et Pascaline servante d’auberge.



Ce ne sont plus des cabanes, c'est une caserne de gendarmerie, — tout s’y fait sous une discipline sévère. On se déshabille en trois temps, — on plonge en trois mouvements, le corps roide et le petit doigt près de la couture du pantalon, — on s’essuie à un commandement du régisseur, et on s’habille, je crois, au son du tambour.


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VUE DU PORT DES PÊCHEURS BIARRITZ 1860
PAYS BASQUE D'ANTAN



Qui me rendra mes cabanes d’autrefois ? Mais où sont les neiges d’aman ?



J'ai dit que Biarritz avait subi d'immenses transformations.



Depuis que l’Empereur y a fait bâtir un château, et qu’il y vient habiter un ou deux mois chaque année, Biarritz acquiert de jour en jour une importance de plus en plus considérable.



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VILLA EUGENIE BIARRITZ 1862
PAYS BASQUE D'ANTAN


Les potaches, les américaines, les antiques diligences, les tilburys, les calèches, les coupés élégants, sillonnent en tous sens le chemin qui mène de Bayonne à la mer.



Autrefois on ne connaissait pas tout ce luxe. — Il n’y avait ni route impériale, ni chemin vicinal. On allait à la mer à travers de petits sentiers bien discrets et bien timides ; on y allait deux à deux, la main dans la main, chantant et riait tout le long de la route.



Ou, si l’on était seul, on se rendait à Biarritz en cacolet.



Le cacolet,— je vais vous l’apprendre, — était une sorte de bât placé sur le dos d'un cheval, et portant de chaque côté un panier garni d'un coussin. A gauche, se mettait le voyageur ; à droite, la conductrice, charmante Basquaise aux dents blanches, à l'œil vif, fière de ses dix-huit ans et de sa vertu inébranlable, qui charmait, par ses reparties fines, les ennuis du voyage. Légère autant de corps que d’esprit, elle avait soin de mettre dans son panier un supplément de charge pour faire tenir tout le système en équilibre.


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PROMENADE EN CACOLET
PAYS BASQUE D'ANTAN


Elle vous racontait, dans son langage pittoresque, émaillé d’une foule de barbaries et de solécismes les plus gracieux, l'histoire des amoureux de la chambre d'amour près de laquelle on passait, et elle la racontait si bien que l'eau vous venait à la bouche, et comme la chaleur était accablante, vous sentiez arriver le moment scabreux où le bonhomme Homère fait intervenir un nuage discret.... Mais alors votre compagne sautait lestement de son panier, et le contrecoup vous faisait faire une chute, bien propre, hélas ! à éteindre votre flamme.


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CACOLET PAR HELENE FEILLET
MUSEE BASQUE BAYONNE


Un poète de ces contrées a chanté la mort du cacolet ; voulez-vous que je vous cite les deux derniers couplets de M. Barandeguy Dupont ?


Mais à quoi bon gémir et chercher en arrière 

Ce doux char des amants ? on l'a mis en fourrière, 

De par l'hymen, sans doute, et les maris jaloux ! 

Les amours dénichés ont fui par la campagne, 

Et la fière Basquaise, à la porte d'Espagne,

A brisé son fouet, de courroux ! 


Oh ! taisons-nous ; Bayonne est la vierge sans tache ; 

Aujourd'hui sa pudeur préfère la patache 

Au cacolet mondain dont la gloire a vécu !... 

Allez, tendres beautés allez, amants timides, 

Au lien du cacolet dont l’amour est le guide,

Il vous reste le tapeeu !



Regardez là-bas ce groupe confus qui disparaît dans le nuage de poussière qu’il soulève. Laissez-le approcher, et vous reconnaîtrez une douzaine de Basquaises venant de Saint Jean-de-Luz à Bayonne pour y vendre leurs excellentes et renommées sardines.



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LES KASCAROTS DE ST JEAN DE LUZ ET CIBOURE


Les pieds nus, leurs sandales à la main, le cotillon retroussé, on les voit trotter ainsi par groupes, et parcourir de cette allure une distance de vingt et un kilomètres en moins de deux heures ; tout cela pour gagner quinze à vingt sous ; après quoi, elles s’en retourneront par le même chemin et du même pas, avec leur corbeille vide, sans avoir eu le temps de se reposer.



C’est que notre Basquaise est une fière femme, allez ! Elle endure gaiement les plus fortes fatigues ; toujours sur pied, elle vaque, ménagère infatigable, aux travaux de la maison et aux occupations des champs.



Gracieuse et affable avec l’étranger, elle est respectée de son mari, qui la consulte toujours dans les occasions difficiles.



Le Basque, lui, est aussi gai que la Basquaise, mais il met dans tous ses actes, et jusque dans ses plaisirs, une gravité qui fait sourire ceux qui ne le connaissent pas.



Essentiellement indépendant et fier, il sait partout conserver sa dignité ; il est brave, un peu sceptique parfois, mais surtout il est intelligent.



Il faut le voir, dans les fêtes de son village, se livrer avec ardeur à une danse qui nous paraît insipide, mais qui lui plaît comme un devoir agréable. Il faut le voir, surtout alors, improviser ses jolies chansons que le vent n’emporte pas toujours. Comme il déploie alors sa verve railleuse, et avec quel art charmant il sait déguiser la pointe de fine critique dont il assaisonne ses chants !



Écoutez-le blâmant la galanterie des prêtres :


Goure artzain galtza beltza 

Ardiac noula donatza ? 

Tchesta erazi nahi ukhan dereza

Zure galraspace gatza ; 

Zutur besteric behar dizec 

Maïec bere a hatzartza. 


"Bergers aux bas noirs, comment vont les brebis, je vous prie ? Vous avez donc voulu leur donner le sel de votre panetière ? Il faut à ce troupeau bien d’autres bergers que vous."



Quel bizarre langage, — mais quelle ravissante satire !



Si j'étais venu plus tôt à Biarritz, je vous aurais raconté de biens méchants propos sur les fervents du Casino.



Je vous aurais raconté qu’on a expulsé huit personnages dont le bonheur au jeu était d'une insolence inébranlable. Je vous aurais dit que M. le comte D faisait publiquement la cour à la chevalière de Saint-N'** en plein Port-Vieux, — à la face du soleil et de M. de Saint-N*'* lui-même ;— que ce nouvel Hercule, couché aux pieds de sa blonde Omphale, tressait d’une main amoureuse les cheveux de sa belle, payés deux cents francs chez le plus fameux perruquier de la Haute-Garonne , — et mordait aux biscuits croqués par son adorée, en attendant qu’ils mordissent tous deux à l'éternelle pomme qui perdit Eve.



Je vous eusse dit que deux riches étrangères se sont promenées, cette semaine, dans les rues de Bayonne le cigare aux dents et la canne à la main.



Mais, hélas ! Biarritz est désert, et me voilà forcé de me rabattre sur Bayonne pour vous narrer un bon mot d'un paysan du cru.



Dernièrement,— aux élections du conseil municipal, — le brave homme arrive à l'hôtel de ville et demande au maire en personne pour quels candidats il doit voter.


— Choisissez qui bon vous semblera, — répond M. Labat, — voici les deux listes concurrentes.


Sur l’une, — celle de la municipalité, — il y avait vingt-six noms; sur celle de l’opposition, six candidats seulement étaient portés.



Notre paysan regarde attentivement les deux listes et les retourne en tous sens ; puis, s'arrêtant sur la seconde :


— Bah ! s’écrie-t-il — dans son patois original, — ici moins de tracassiers, — votons pour eux.



Et voilà comment les candidats de l'opposition eurent une voix de plus.



pays basque autrefois labourd
BIARRITZ EN 1861
PAYS BASQUE D'ANTAN


Cette anecdote en appelle une autre. — Que faites-vous dans votre village ? disais-je à un vieux militaire retraité des environs de Bayonne.


Comme vous devez vous ennuyer ! Toujours la même existence, pas la moindre petite aventure à mettre sous la dent !


— Mon Dieu, — me répondit-il, — nous nous levons, ma femme et moi, tous les jours à cinq heures. — nous allons nous promener ; nous dînons à midi ; nous faisons un bout de sieste, puis quelques visites, — et le soir, après souper, nous nous couchons.


— Et voilà votre vie de chaque jour ? — Certainement. — Mais enfin ne vous arrive-t-il jamais le moindre événement ? — Cherchez bien.


— Ah ! je me rappelle, — reprit le médaillé de Sainte-Hélène. — Il y a quelque temps j'étais couché avec Julie, — mon épouse ; — nous dormions tous deux de ce sommeil tranquille que procurent les Chroniques de M. d’Audigier, ou les Courriers de Paris de ce pauvre diable de Mané. Tout à coup nous sommes réveillés par des cris plaintifs,— des cris d’enfant.


— Tiens, dis-je en poussant ma femme, nous qui n’avons point de mioche, en voici un que le ciel nous envoie.



J’allai ouvrir la porte : c’était un cochon de lait qui faisait tout ce bruit.



Nous le prîmes avec nous et nous le consolâmes jusqu’au jour, en le caressant et en lui donnant du pain trempé dans du lait.


— Et vous l’élevez chez vous ? repris-je. — Oh ! non, nous l’avons placé chez le charcutier d’en face, il est nourri et logé. Nous allons le voir matin et soir.


— Et combien cela vous coûte-t-il ? — Dix francs par mois. — Dix francs par mois pour un cochon de lait!  c’est bien cher !


— Dame, que voulez-vous, monsieur, nous n’avons pas d’enfants.



Je suis rentré dimanche à Bayonne pour assister aux débuts de la troupe d’hiver. Quelle curieuse chose que les débuts en province, mon cher capitaine ; je vous promets une centaine de lignes sur ce sujet intéressant quand ma paresse m’aura quitté.



Donc, j’ai entendu les Mousquetaires de la Reine, joués par la nouvelle troupe. A part une basse détestable, tout a bien marché, et j’y ai applaudi la plus jolie Dugazon, la plus blonde, la plus rose que j’aie jamais vue ; elle se nomme Blanche Nordet ; elle jouait le rôle de Berthe de Simiane.


pays basque autrefois opéra comique paris
OPERA COMIQUE LES MOUSQUETAIRES DE LA REINE


Quelle ravissante Déjazet possèdent, en elle, les heureux Bayonnais !



Si vous m’écrivez, cher capitaine, adressez ainsi vos lettres :


A Monsieur Porthos, 

Mousquetaire du Gaulois, 

Chez M. Dumatte, fabricant de chocolats,

Biarritz. 



J'y mange un chocolat exquis dont je vous expédierai quelques caisses à la fin du mois.


Porthos."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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