Libellés

Affichage des articles dont le libellé est 1860. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est 1860. Afficher tous les articles

vendredi 1 août 2025

LA VENTE DU CHÂTEAU D'ASCARAT EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1860 ET 1862

LA VENTE DU CHÂTEAU D'ASCARAT EN 1860 ET 1862.


En 1860 et 1862, le château d'Ascarat, en Basse-Navarre, est mis en vente aux enchères sur saisie immobilière.




pays basque autrefois château basse-navarre
CHÂTEAU DE GUIPPEVILLE ASCARAT
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet la presse, dans diverses éditions :


  • La Gazette nationale ou le Moniteur universel, le 18 novembre 1860 :

"Ventes immobilières.

Etude de Me Guidou, notaire à Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, 66.

Vente sur licitation, en l'audience des criées du tribunal de la Seine, le mercredi 12 décembre 1860, deux heures de relevée, en quatre lots, qui pourront être réunis, après avoir été criés séparément,


De la Terre d'Ascarat, situées dans les communes d'Ascarat, de Lasse et d'Uhart-Cize, cantons de Saint-Jean-Pied-de-Port et de Baïgorry, arrondissement de Mauléon (Basses-Pyrénées), à proximité de Saint-Jean-Pied-de-Port et de Bayonne.


Mises à prix :

1er lot Château d'Ascarat et dépendances 20 000 fr.

2e lot Métairie de Mocossaïl 15 000 fr.

3e lot Métairie d'Uhalde 13 000 fr.

4e lot Moulins de Fargues 5 000 fr.



S'adresser pour les renseignements :

1° à Me Guidou

2° à Mes Peronne et Petit-Bergonz, avoués à Paris ;

3° à Me Dubut, notaire à Saint-Jean-Pied-de-Port ;

4° à Me Saint-Jaymes, avoué à Saint-Palais."





  • La Gazette Nationale ou le Moniteur universel, le 6 juin 1862 :

"Etude de Me Guidou, notaire à Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, 66.

Vente sur folle enchère, en l'audience des saisies immobilières du tribunal civil de la Seine, au Palais-de-Justice, le 26 juin 1862, deux heures de relevée, en un seul lot,


Du Château d'Ascarat, des métairies de Mocossail et d'Uhalde, et du moulin de Fargues, situés communes d'Ascarat, de Lasse et d'Uhart-Cize, arrondissement de Mauléon (Basses-Pyrénées), à proximité de Saint-Jean-Pied-de-Port et de Bayonne.


Mise à prix : 30 000 fr.


S'adresser pour les renseignements à :

1° Me Guidou, avoué poursuivant ; 

2° Me Péronne, avoué à Paris, rue de Grammont, 3 ;

3° Me Petit-Bergonz, avoué à Paris, rue Saint-Honoré, 346 ;

4° à Me Dubut, notaire à Saint-Jean-Pied-de-Port."



pays basque autrefois château basse-navarre
BLASON COMMUNE D'ASCARAT
BASSE-NAVARRE D'ANTAN




  • La Gazette Nationale ou le Moniteur universel, le 11 juin 1862 :

"Etude de Me Guidou, notaire à Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, 66.

Vente sur folle enchère, en l'audience des saisies immobilières du tribunal civil de première instance du département de la Seine, séant au Palais-de-Justice à Paris, local et issue de l'audience ordinaire de la première chambre dudit tribunal, deux heures de relevée,


En un seul lot,


Du Château d'Ascarat, des métairies de Mocossail et d'Uhalde, et du moulin de Fargues, situés communes d'Ascarat, de Lasse et d'Uhart-en-Cize, arrondissement de Mauléon, département des Basses-Pyrénées (vallée de Saint-Jean-Pied-de-Port et de Baïgorry),


Plus amplement désignés dans l'insertion légale de ladite vente faite au journal judiciaire les Affiches parisiennes le 30 mai 1862.


L'adjudication aura lieu le jeudi 26 juin 1862, deux heures de relevée.




Désignation.



Premièrement. Château d'Ascarat et ses dépendances, métairies de Mocossail et d'Uhalde, et moulin de Fargues, d'une contenance totale de 69 hectares 98 ares 66 centiares.


Deuxièmement. La métairie de Mocossail et ses dépendances, d'une contenance totale de 27 hectares 56 ares 40 centiares, est située communes de Lasse et d'Uhart-en-Cize.


Troisièmement. La métairie d'Uhalde et ses dépendances, d'une contenance totale de 24 hectares 72 ares 6 centiares, est située sur la commune d'Uhart-en-Cize.


Quatrièmement. Le moulin de Fargues est entièrement situé dans la commune d'Uhart-en-Cize.


Mise à prix :


La revente sur folle-enchère se fera aux charges, clauses et conditions de l'enchère, déposée au greffe pour parvenir à la première adjudication, et en outre à la charge des frais de folle-enchère et sur la mise à prix de trente mille fr. cf 30 000 fr.



S'adresser pour les renseignements :


1° A Me Guidou, avoué à Paris, rue Neuve-des-Petits-Champs, n. 66, poursuivant la vente sur folle-enchère ; 

2° A Me Péronne, avoué à Paris, rue de Grammont, n. 3 ;

3° A Me Petit-Bergonz, avoué à Paris, rue Saint-Honoré, n. 346 ;

4° A Me Dubut, notaire à Saint-Jean-Pied-de-Port."


P. S. : je n'ai pas trouvé dans les archives de la BNF le résultat de ces ventes aux enchères...




(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)






Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 7 300 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

vendredi 5 avril 2024

LE PAYS BASQUE EN 1860 (deuxième et dernière partie)

 

LE PAYS BASQUE EN 1860.


Depuis très longtemps, de nombreuses études ont eu lieu sur le Pays Basque.




pays basque autrefois origines euskarie peuple
ESSAI SUR LA NUMISMATIQUE IBERIENNE
DE P.A. BOUDARD


Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Presse, le 5 novembre 1860, sous la plume de 

Vivien de Saint-Martin :



"Bulletin des Sciences Historiques. VII.

P.A. Boudard, Numismatique Ibérienne.

Beziers, 1859, un volume in-4° avec 39 planches (Paris. Rollin).



... Armé de cette méthode féconde, M. de Humboldt parcourt une à une toutes les provinces de l'ancienne Hispanie, et au moyen de la nomenclature que lui fournissent les auteurs anciens, moins altérée que la nomenclature actuelle qui a passé par la double filière des Goths et des Musulmans, il reconnaît dans toutes les traces plus ou moins nombreuses de 1'idiôme euskarien. Quand les noms ne sont pas identiques avec ceux des pays basques actuels, ils sont formés des mêmes éléments, et ces éléments, dont la signification est invariable, sont toujours en harmonie avec la nature des lieux. Après le pays même des Vascons, c'est l'extrémité méridionale de la péninsule qui fournit le plus de dénominations purement basques. 




pays basque autrefois langue allemand
GUILLAUME DE HUMBOLDT


Ce qui ressort avec évidence du travail de M. de Humboldt, c'est que le fonds primitif de la population de l'Espagne était euskarien, et que dans les parties mêmes de la Péninsule où la nomenclature celtique était devenue dominante (par exemple dans la Lusitanie), les dénominations géographiques d'origine euskarienne se retrouvent encore assez nombreuses, assez généralement répandues, pour qu'on ne puisse douter que ces territoires avaient été également occupés par des populations de race basque. C'es là un grand fait ethnographique complètement acquis à la science. 



L'étude de M. de Humboldt ne s'arrête pas à la limite des Pyrénées. Le savant investigateur reconnaît au nord des montagnes, d'un côté dans la Gaule aquitanique jusqu'à la Garonne, de l'autre dans la zone littorale qui borde la Méditerranée depuis les Pyrénées orientales jusqu'aux Alpes maritimes, beaucoup de noms et de tribus d'origine indubitablement basque. Il en conclut qu'a une époque inconnue, mais nécessairement très ancienne, les Euskariens occupèrent ces deux régions de la Gaule méridionale. Ce fait important est d'ailleurs pleinement confirmé par les notions anciennes. On sait ce que César dit, au début de ses Commentaires, de la région comprise entre la Garonne et les Pyrénées, qu'elle différait de la Celtique par sa langue, sa constitution et ses lois. De même, toute la zone maritime qui s'étend des Pyrénées au Rhône inférieur, et même au-delà du Rhône jusqu'au cœur de l'Italie, est attribuée par les anciens auteurs à la nation des Ligures, qu'ils disent être d'origine ibérienne. Pour les anciens, Ibérien est synonyme d'aborigène de l'Hispanie. Les plus vieilles traditions historiques recueillies par les Grecs et par les Latins rapportent aussi à la race ibérienne ou ligure la première population des trois grandes îles de la Méditerranée occidentale, la Corse, la Sardaigne et la Sicile. Quelques-unes de ces inductions sont certainement encore matière à discussion ; mais le point principal, l'extension originaire de la race euskarienne dans tout le sud de la Gaule, ne saurait plus aujourd'hui être mis en doute. Ce fait primordial est devenu une des bases des travaux historiques.



Cette question du domaine primitif des populations euskariennes autour de la Méditerranée occidentale se rattache d'ailleurs à un problème plus général à un problème qu'on a déjà beaucoup agité sans l'avoir encore pu résoudre, celui de l'origine même de la race dont les Basques sont aujourd'hui les derniers représentants, et de son degré de parenté avec les autres peuples de l'Europe. Comme toutes les questions d'origine, celle-ci est surtout du ressort de la philologie comparée. Je dois dire que jusqu'à présent elle ne me paraît pas avoir été creusée à fond par des hommes d'une compétence absolue, et qu'on attend encore sur cette branche de la philologie européenne un travail qui soit à la hauteur des études que les Bopp, les Grimm et d'autres savants ont consacrées aux langues indo-celtiques. Guillaume de Humboldt a ouvert la route, mais il s'est arrêté au seuil. 



On a déclaré, en quelque sorte à priori, que sous le double rapport du vocabulaire et de la structure grammaticale, la langue basque ou euskarienne était radicalement différente de l'immense famille des langues qui remonte vers le sanscrit ; mais il ne faut pas oublier qu'avant les beaux travaux de M. Pictet et de ses émules, on avait affirmé la même chose des langues celtiques, dont la place, dans la famille indo-européenne, est aujourd'hui bien établie. Il est à regretter que M. Pictet, que je viens de nommer, n'ait pas fait entrer l'euskarien dans son remarquable ouvrage sur les Origines indo-européennes, dont une plume éminemment compétente a récemment rendu compte dans les colonnes de la Presse. Ce qui est indubitable, c'est que le basque a un très grand, nombre de mots ou de racines en commun, d'une part avec les langues sémitiques, et de l'autre avec les langues ariennes (le sanscrit et ses congénères) ; non pas seulement de ces mots qui tiennent à la vie extérieure, et dont la transmission de peuple à peuple peut s'expliquer par le simple contact ou par des rapports historiques ; mais des mots primitifs, organiques en quelque sorte, qui expriment les premiers rapports des hommes entre eux et de l'homme avec la nature. On a aussi reconnu dans le basque la présence d'un nombre considérable de mots qui appartiennent aux langues finnoises ou altaïques, fait qui de prime-abord paraît très singulier, mais qui peut s'expliquer d'une manière très naturelle. Dans l'état actuel de la science, on regarde les peuples du groupe celtique comme représentant la plus ancienne des migrations asiatiques vers l'ouest de l'Europe dans les temps antérieurs à l'histoire ; la suite des études pourra bien transporter cette priorité à la famille euskarienne, et ne laisser aux Celtes, nos ancêtres que le second rang dans l'ordre des dates. 




pays basque autrefois origines euskarie peuple
LIVRE LES ORIGINES INDO-EUROPEENNES
D"ADOLPHE PICTET



M. Boudard, dans le beau volume qu'il vient de publier sur la numismatique ibérienne, ne s'est ni proposé un but aussi éloigné ; ni tracé un aussi large cadre ; le sujet auquel il s'est restreint est, comme son titre l'indique, renfermé dans la numismatique des anciens Ibères,— nom sous lequel il comprend tous ceux des habitants de l'Espagne ancienne qui n'étalent ni Celtes, ni Carthaginois, ni Grecs, ni Romains, c'est-à-dire qui n'appartenaient pas aux colonies historiquement connues. Mais, au fond, cette étude revient à la recherche de la population aborigène de l'Hispanie, car les médailles sont (avec les dénominations géographiques) les seuls vestiges qui nous en soient restés, et c'est surtout par les légendes de ces médailles qu'on peut arriver le plus sûrement à reconnaître la langue que parlait cette population, et conséquemment sa nationalité. 



Depuis les travaux philologiques de M. Guillaume de Humboldt, de bons ouvrages ont été publiés sur la numismatique ancienne de la Péninsule ; il suffit de rappeler l'Essai de M. de Saulcy sur la classification des monnaies autonomes d'Espagne (1810). Préparé de longue main par plusieurs travaux antérieurs, M. Boudard a repris cette étude à peu près au point où l'avait laissée M. de Saulcy, et lui aura certainement fait faire un pas considérable. Il a soumis à un nouvel examen, au moyen de toutes les médailles connues, l'alphabet ibérien de ses prédécesseurs ; il a vérifié tous les signes, il en a modifié plusieurs et ajouté quelques signes nouveaux. Cette première partie de l'ouvrage, autant qu'il nous est permis de nous prononcer sur cette matière toute spéciale, a conduit l'auteur à de très bons résultats. Sa méthode est sage, sa marche tout à la fois prudente et logique ; il va toujours du connu à l'inconnu, évite toute hypothèse, toute supposition en dehors des données vérifiables par les monuments, et ne fait jamais un pas en avant que lorsque le terrain parcouru lui paraît bien assuré. L'alphabet ainsi vérifié et constitué, au moyen des médailles d'une provenance certaine, l'auteur l'applique avec confiance aux légendes douteuses ou inexpliquées. On comprend que nous ne pouvons le suivre dans ces investigations délicates : nous devons nous borner à en signaler le résultat le plus général. Ce résultat est celui-ci. Non seulement par la détermination analytique des radicaux, mais surtout par le retour fréquent de certaines particules placées soit au commencement, soit à la fin des noms qui forment les légendes, M. Boudard a pu constater avec une parfaite évidence dans le plus grand nombre des cas, et dans les autres avec une très grande probabilité, que la langue des légendes ibériennes n'est autre que le basque ; et comme la provenance des médailles appartient à toutes les parties de la Péninsule, l'auteur est arrivé par là précisément au même résultat que M. de Humboldt par l'examen des anciens noms de lieux, à savoir, que la langue euskarienne fut autrefois parlée dans toute l'Hispanie, conséquemment que les 6 ou 700 000 Basques, qui habitent aujourd'hui aux deux côtés des Pyrénées sont les représentants de la seule race qui puisse être qualifiée d'indigène. 



pays basque autrefois origines euskarie peuple
LIVRE ESSAI DE CLASSIFICATION DES SUITES MONETAIRES BYZANTINES
PAR F DE SAULCY



Les quelques observations de détail auxquelles pourraient donner lieu les savantes et consciencieuses recherches de M. Boudard, se perdent dans l'importance du résultat final. Je crains, par exemple, que l'auteur, malgré sa réserve habituelle, ne se soit pas toujours tenu suffisamment en garde contre l'entraînement des explications étymologiques, ce redoutable écueil de ce genre d'investigations. Ne pas tout vouloir expliquer est souvent le plus sage. On peut admettre que les Cerrétans, renommés par l'excellence des jambons qui se préparaient chez eux (on voit que la réputation dont a hérité Bayonne date de loin), eussent reçu un nom formé du mot cherri, qui, en basque, signifie jambon ; que le nom des Lusitains vienne du mot lutzi, flèche, cela est encore possible à la rigueur : mais que le nom des Vardules se soit formé de deux mots signifiant "cabanes voisines" ; que le nom des Turdules, ce peuple du sud célèbre par son antique civilisation, vienne de hurde et de ohla, signifiant "cabane de porc" ; que les Sardons, qu'on trouve aux deux côtés des Pyrénées orientales, doivent le leur à deux mots signifiant "fourche bonne", voilà, je le crains, ce qu'on n'admettra pas sans quelque peine. S'il est une dérivation certaine, c'est celle du nom des Cévennes, rattaché au kymrique kéfïn, armoricain kevn, crête, dos de montagne ; mais, comme le nom se trouve écrit sous deux formes légèrement différentes dans les auteurs anciens, Cebenna, chez les uns, Cemmena, chez les autres, M. Boudard fait de ces deux formes deux noms différents, et croit pouvoir expliquer le premier par le basque ké-penn-a "le roc nuageux". On pourrait aussi reprocher, au judicieux numismatiste une critique quelquefois trop facile dans l'appréciation des autorités ; on n'aime pas à voir citer, par exemple, un texte aussi effroyablement corrompu que celui de l'anonyme de Ravenne, sur le même pied que Pline, Strabon ou Ptolémée. 



Mais ce sont là, je le répète, des taches légères si on les compare à l'étendue des recherches de l'auteur, à l'esprit sobre et judicieux qui les dirige en général, et à l'importance de leurs résultats. L'auteur a fait beaucoup plus que ce qu'accuse l'extrême modestie de son jugement, lorsque dans sa préface il dit : "Dans un sujet où toute question inconnue est immédiatement suivie d'une question à résoudre, les erreurs sont inévitables, et je ne peux encore donner mon livre que comme un Essai sur les études ibériennes. Je ne doute pas qu'un savant soutenu par sa science, par sa position et par d'autres moyens qui m'ont fait défaut, n'eût aisément donné une solution complète et définitive de la question qui préoccupe le monde savant ; pour moi qui ne suis qu'un modeste chercheur.... etc." M. Boudard habite Béziers (une ville dont les origines sont euskariennes, aussi bien que celles de Narbonne sa voisine) ; c'est un de ces travailleurs bien méritants que Paris pourrait envier à la province, et qui ont d'autant plus d'honneur à bien servir la science qu'ils n'ont pas sous la main les secours de tout genre que l'on trouve au centre des travaux scientifiques. L'œuvre de M. Boudard mérite de prendre place à Ia suite des Etudes de Guillaume de Humboldt sur la population primitive de l'Espagne : c'est le plus bel éloge que nous en puissions faire."



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 7 100 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

mardi 5 mars 2024

UNE ÉTUDE SUR LE PAYS BASQUE EN 1860 (première partie)

LE PAYS BASQUE EN 1860.


Depuis très longtemps, de nombreuses études ont eu lieu sur le Pays Basque.




pays basque autrefois peuple langue histoire
LIVRE ESSAI SUR LA NUMISMATIQUE IBERIENNE
DE P.A. BOUDARD


Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Presse, le 5 novembre 1860 :



"Bulletin des Sciences Historiques. VII.

P.A. Boudard, Numismatique Ibérienne.

Beziers, 1859, un volume in-4° avec 39 planches (Paris. Rollin).



Dans le coin le plus éloigné de notre beau pays de France, là où l'extrémité des Pyrénées couvre de ses derniers contreforts le fond du golfe de Gascogne, à cheval sur les deux versants de la chaîne, et appartenant d'un côté à la France, de l'autre à l'Espagne, sans être espagnol ni français, habite un peuple singulier, profondément marqué d'un cachet d'originalité primitive, complètement séparé de ses voisins, français ou espagnols, par sa langue, par son caractère, par ses usages, par ses traditions, plus encore que par l'isolement de ses vallées et la nature difficile de ses montagnes. Tout le monde a nommé les Basques. Vigoureusement taillé dans sa médiocre stature, agile et nerveux comme les chamois de ses rochers, l'œil vif, le regard fier, la démarche assurée, doué d'une élégance naturelle qu'il doit en partie aux exercices du corps dont il fait son amusement habituel, en partie à son costume d'une simplicité pittoresque, le Basque ne ressemble à aucun des autres montagnards de l'Espagne ou de la France, et bien moins encore aux lourds paysans de nos campagnes. Tout en lui respire le gentiment de l'indépendance et de la valeur personnelle. Dans ses vallées natales, là ou le frottement de la civilisation étrangère n'a pas émoussé son caractère propre, le Basque a gardé les mœurs patriarcales des anciens âges. Il a ses usages, qui ont traversé les générations, il a ses croyances et ses légendes, il a sa poésie nationale, comme il a sa langue et son nom. Son véritable nom, son nom national, qu'il porte avec orgueil comme un noble héritage, ce n'est ni notre appellation française de Basques, ni le Vascongados espagnol, deux formes altérées dont l'usage remonte aux Romains (Vascones) : lui-même ne se nomme qu'Eskuaradun, Eskualdun ou Euskaldun, selon les dialectes, c'est-à-dire, littéralement : celui qui possède, qui parle l'eskuara (de duna, posséder). Eskuara est le nom de l'idiôme basque, comme Euskerria le nom du pays (de erria, pays, territoire. ) 



Aussi loin que nous pouvons remonter dans le passé, nous trouvons les Basques fixés dans les cantons qu'ils occupent encore aujourd'hui au sud des Pyrénées, jusqu'à l'Ébre supérieur. Les notions fournies par l'histoire ne commencent, d'ailleurs qu'au temps de la seconde guerre punique, lorsque les Romains (213 ans avant notre ère) vinrent pour la première fois combattre les Carthaginois en Espagne ; elles ne deviennent tout à fait précises qu'à l'époque d'Auguste, lorsque l'Hispanie complètement soumise reçut une organisation romaine. Quand vint la dissolution de l'empire, au commencement du cinquième siècle, les Vascons eurent à lutter contre les Suèves et les Visigoths, qui avaient envahi les provinces de l'Ebre ; et, cent trente ans plus tard, vers le milieu du sixième siècle, ils eurent à repousser l'attaque des Franks Mérovingiens, qui, maîtres de l'Aquitaine, voulaient porter leur domination au-delà des Pyrénées. Cette agression des Franks, par les événements qui la suivirent, marque dans l'histoire des Basques, et dans notre propre histoire territoriale, une époque mémorable. Entraînés par les représailles, les montagnards passèrent à leur tour les défilés pyrénéens, se répandirent dans les plaines de l'Adour, et inondèrent bientôt toute l'Aquitaine jusqu'à la Garonne. Grégoire de Tours met cette expédition en l'année 586. Refoulés bientôt après, les Basques durent se replier vers les montagnes ; mais, dans l'arrangement qui survint entre eux et les Mérovingiens, la possession d'une grande partie du pays compris entre l'Adour et les Pyrénées leur fut abandonnée, et ils en sont depuis lors restés les occupants. C'est à dater de cette cession qu'une portion de la population basque s'est trouvée comprise dans les limites de la France, — comprise nominalement, s'entend, car il est bien certain que, depuis une antiquité immémoriale, tout le Midi de ce qui est aujourd'hui la France eut pour habitants des populations de race euskarienne ; et c'est par cette affinité d'origine entre les Vascons du Sud et le fond de la population aquitanique qu'on s'explique comment la rapide irruption de 586 a pu laisser le nom de Gascogne (qui n'est qu'une prononciation franque ou gauloise du mot Vasconia) à tout le vaste bassin compris entre les Pyrénées et la Garonne. 




pays basque autrefois peuple langue histoire
ROYAUMES FRANCS 587




Toute l'histoire du peuple basque, jusqu'à la lin du moyen-âge, est dans sa lutte presque sans trêve pour défendre ou reconquérir son indépendance. Deux grands événements signalent le huitième siècle : l'invasion des musulmans et l'attaque de Charlemagne. Le flot musulman, qui venait d'envahir l'Espagne et de submerger la monarchie des Goths, vint se briser, en 713, contre les rochers de la Vasconie, — les monts Albaskèn, comme s'expriment les chroniqueurs arabes. On sait d'ailleurs que c'est dans la région montagneuse du nord-ouest de l'Espagne que se réfugièrent les débris de l'indépendance espagnole, et que se forma, entre le pays vascon et la Galice, le petit royaume des Asturies, où se conserva dans son ardeur militante le sentiment de la loi chrétienne contre l'Islam, de l'indépendance nationale contre l'étranger, et d'où est sortie enfin, reconstituée province à province, la splendide monarchie de Ferdinand-le-Catholique et de Charles-Quint. (On sait que le pays basque français se partage en trois cantons, le Soule, la Basse-Navarre et le Labourd, et qu'il forme aujourd'hui la moitié occidentale du département des Basses-Pyrénées.)



Les Basques partagèrent l'honneur de cette cause glorieuse, mais sans aliéner jamais, dans leur concours à la défense commune, à leur propre indépendance ni leur individualité nationale. Quand la principauté chrétienne des Asturies, absorbant de proche en proche les provinces environnantes, fut devenue le royaume de Léon, puis le royaume d'Oviédo, puis le royaume de Castille, puis le royaume des Espagnes, le peuple euskarien garda toujours son existence à part ; avec ses chefs électifs ou héréditaires, ses coutumes et sa constitution. Même quand il les eut pour protecteurs, il fut l'auxiliaire et l'allié des princes d'Asturie et de Castille, jamais leur sujet ; et lorsque, au seizième siècle, le développement politique des grands Etats ne lui permit plus de garder son isolement vis-à-vis de l'Espagne, il fut annexé à la couronne, mais non absorbé dans la monarchie. Il en a été de même vis-à-vis de la France. 


pays basque autrefois bataille roncevaux
ROLAND A RONCEVAUX
CHANT D'ALTABISCAR

A l'invasion de Charlemagne dans le pays basque, en 778, se rattache une des traditions que l'Euskarien garde avec le plus d'orgueil au fond de ses montagnes. Maître de la Catalogne jusqu'à l'Ebre, l'empereur voulait sans doute s'assurer également la possession des passes occidentales des Pyrénées ; les chroniques sont très vagues à ce sujet. Un seul souvenir s'est conservé de l'expédition, c'est celui du désastre dont elle fut suivie. L'armée impériale, après avoir démantelé Pampelune, avait déjà repassé les défilés de Roncevaux ; l'arrière-garde seule, commandée par le fameux Roland, le neveu de l'Empereur, était encore engagée dans ces gorges sauvages, lorsque les montagnards embusqués apparurent tout à coup à la crête des rochers en poussant leur terrible cri de guerre et accablèrent les soldats sous une grêle de traits et de pierres. Tous y périrent jusqu'au dernier ; Roland lui-même, l'invincible Roland tomba mortellement frappé dans ce combat sans gloire. Chose étrange ! ce nom de Roland, que l'histoire prononce à peine, est resté dans la mémoire des peuples comme une des renommées les plus vivantes du moyen âge. La poésie en a fait l'objet de ses chants, la légende l'a entouré de son auréole fantastique, et ces légendes, se sont répandues dans l'Europe entière. Les Pyrénées euskariennes en sont remplies ; le Pas-de-Roland, la Brèche-de-Roland en consacrent la tradition. Cette tradition s'est perpétuée dans un chant célèbre, connu dans les vallées basques sous le nom de Chant d'Altabiçar


"Un cri s'est élevé  

Du milieu des montagnes des Euskariens.  

Au col d'Ilbanéta un bruit retentit ;  

C'est le murmure sourd d'une année qui vient.  

Qu'ont-ils à faire dans nos montagnes, ces hommes du Nord ?...


pays basque autrefois roland charlemagne roncevaux
ROLAND A RONCEVAUX
PAYS BASQUE D'ANTAN

Puis, l'image de la destruction et le cri sauvage du triomphe : 


"Les rochers roulent et tombent, écrasant les soldats. 

Que d'os broyés ! quelle mer de sang !  

Fuyez ! fuyez !...  

Fuis, roi Carloman, avec tes plumes noires et ta cape rouge !  

Ton neveu, ton plus brave, ton chéri, Roland, est étendu mort là-bas...

Ils étaient des milliers, il n'y en 'a plus un !..."


chanson roland roncevaux pays basque charlemagne
LA CHANSON DE ROLAND RONCEVAUX
PAYS BASQUE D'ANTAN

Cette race singulière des Euskalduns, avec sa langue harmonieuse et sonore, mais difficile pour les étrangers, et qui diffère de toutes les langues connues, a dû fixer de bonne heure l'attention des historiens. Vainement aurait-on voulu remonter à ses origines ; nulle trace n'en est restée dans le souvenir des hommes. Cependant on a eu dès longtemps la pensée qu'elle avait dû former, dans les temps primitifs, la population aborigène de toute l'Hispanie. Cette idée était naturelle, car, de tous les peuples qui ont occupé ou possédé la Péninsule, depuis les Celtes jusqu'aux Arabes, il n'en est aucun dont on ne connaisse l'origine étrangère. Les Euskariens seuls, qu'on ne voit pas venir du dehors et qu'on ne sait à quelle tige rattacher, présentent tous les caractères d'une population- indigène. Le jésuite Mariana, dans son Histoire générale d'Espagne écrite à la fin du seizième siècle, le savant Oïhenart, dans sa précieuse Notice des deux Vasconies (1638), Larramendi, dans les prolégomènes de son Dictionnaire basque (1746), émettent l'opinion qu'à une époque antérieure aux souvenirs de l'histoire, la langue euskarienne avait été la langue commune de toute la Péninsule hispanique. Mais ce n'était là qu'une présomption, étayée tout au plus de quelques rares indices ; la philologie comparée, qui peut seule chercher et fournir des preuves scientifiques, n'existait pas encore. Après Larramendi, les efforts, ou pour mieux dire les divagations de plusieurs auteurs basques pour soutenir la même thèse, furent de nature à compromettre plutôt qu'à servir la cause qu'ils voulaient défendre. Un autre élément d'étude était né qui devait servir à éclairer ces questions d'origine, mais qui eut aussi à traverser ses premières phases d'incertitudes et d'hypothèses compromettantes : ce sont les médailles. Un grand nombre d'anciennes monnaies ont été trouvées dans toutes les parties de l'Espagne, mais surtout dans les provinces du nord et du nord-est, portant des légendes en caractères inconnus ; ces caractères, ces letras desconocidas, selon l'expression consacrée parmi les numismatistes espagnols, ont été depuis un siècle et plus l'objet d'un grand nombre de travaux et de systèmes, et là aussi le zèle a devancé la critique. C'est seulement de notre temps que cette étude de la numismatique ibérienne, aussi bien que l'étude purement linguistique qu'on ne peut plus en séparer, s'appuyant sur de meilleures données et sur une méthode d'investigation plus rigoureuse, sont entrées dans la seule voie qui les pourra conduire à de solides résultats. 




pays basque autrefois peuple langue histoire
PREMIERE GRAMMAIRE BASQUE
DU PERE MANUEL DE LARRAMENDI



Le premier qui, pour la philologie ibérienne, ait laissé des travaux véritablement marqués au coin de la bonne et saine critique, est M. Guillaume de Humboldt, le frère de l'illustre voyageur. En 1817, dans un travail inséré au 4e volume du Mithrïdates d'Adelung, cet universel et profond philologue avait exposé pour la première fois d'une manière vraiment analytique les principes fondamentaux de la grammaire basque ; quatre ans plus tard, en 1821, il écrivit (également en allemand) un Mémoire intitulé : Examen des recherches qui ont été faites sur les habitants primitifs de l'Espagne. Dans cet ouvrage, rempli d'aperçus neufs et de vues ingénieuses, M. de Humboldt prend pour base principale de son étude la comparaison analytique des dénominations géographiques, principe excellent dont personne avant lui n'avait fait une application aussi étendue, quoique l'esprit pénétrant de Leibnitz en eût, dès le dix-septième siècle, suggéré l'emploi comme un des meilleurs auxiliaires dans la recherche des origines. Il y a, en effet, dans les noms de lieux, particulièrement dans ceux que l'on peut regarder comme primitifs, parce qu'ils tiennent au sol, tels, par exemple, que les noms de rivières et de montagnes, une persistance qui serait presque incroyable si elle n'était démontrée par une multitude d'exemples. Les tribus se déplacent ou s'éteignent, les Etats se forment, les nations se civilisent, les villes s'élèvent, les pays et peuples prennent dans le cours des temps un nouvel aspect ; souvent les peuples mêmes se succèdent et se remplacent sur le même sol, expulsés par la force ou absorbés par la conquête : tout change, en un mot, les hommes et les choses, et dans ce mouvement perpétuel qui élève ou abaisse les Etats, qui crée ou détruit les empires, les noms donnés aux accidents du sol par les premiers occupants se perpétuent presque toujours à travers les siècles, et les révolutions, aisément reconnaissables malgré leurs altérations, parce que ce sont en général des mots simples, courts, toujours significatifs. On peut affirmer que, dans nombre de cas, la trace des migrations primitives, qui ont versé en Europe le trop plein des populations de l'Asie intérieure, se pourrait suivre à l'aide des traînées d'homonymies géographiques que les tribus laissèrent après elles sur les terres qui furent leurs stations successives." 



A suivre...



(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 7 100 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

dimanche 31 décembre 2023

LE FANTASSIN BASQUE EN 1805 ET EN 1860

LE FANTASSIN BASQUE EN 1805 ET EN 1860.


Durant l'histoire, les soldats Basques ont souvent été appréciés pour leurs qualités.




pays basque autrefois armée histoire soldats napoléon
CHASSEURS A PIED BASQUES





Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Petit Caporal, le 5 juin 1905, sous la plume d'E. 

Assenac-Duboscq :



"Fantassin Basque. Austerlitz (1805) Maroc (1860).


A Sa Majesté Alphonse XIII. 



Si à la longue l’action des siècles, les relations de peuple à peuple ont modifié la physionomie particulière des nations, il en est peu qui aient résisté à cet entraînement comme les Basques. 



Les Basques ont conservé comme inaltérés le caractère et les mœurs que Strabon a décrits dans ses récits sur les Calabres. 



Leur idiome est resté le même. 



Ils ont conservé ce que les Romains ont appelé la "folie cantabrique", c’est-à-dire cet amour ardent pour leur patrie, leur indépendance, leur religion, leurs vieilles lois et leurs traditions !



Sobre, dur, robuste, agile, insensible aux rigueurs des saisons, tenace dans ses résolutions, bref dans ses discours, docile, discipliné, si, avec bienveillance on le commande, inflexible, et rebelle s’il est maltraité, tel est le caractère du Basque d’Espagne. 



Même caractère pour les Basques de l’autre versant des Pyrénées. 



Le Basque français est brave, actif, fidèle comme le Basque d’Espagne à sa parole, travailleur infatigable, et entreprenant, sans se laisser séduire par la nouveauté. 



Les femmes basques sur les deux versants des Pyrénées sont laborieuses, et courageuses, belles et d’une fraîcheur de teint remarquable, et d'une chevelure magnifique. 



Les Basques forment aujourd’hui la meilleure division de chasseurs à pied de l’Espagne avec les Navarrais et aussi des "Miquelets" (chasseurs provinciaux). 



pays basque autrefois armée soldats histoire
MIQUELETS



En 1860, l'année espagnole, après une campagne rude, était campée victorieuse au Rio Martin, autour de Tetuan une des villes les plus importantes du Maroc. 



Or, un matin du 28 février de 1860, l'armée espagnole entendit d’étranges hourras, un ensemble de cris discordants que des poitrines basques, seules, peuvent proférer. 



Les trois provinces Vascongades, (Guipuzcoa, Biscaye, Alava), malgré leurs "fueros" qui les exemptaient de la conscription, avaient voulu fournir leur contingent dans cette guerre contre le Maroc qui avait soulevé le patriotisme des Espagnols dans l'Espagne entière, et dont, dans un autre article, je pourrai expliquer les causes originelles. 



Donc, les 4 000 hommes de la légion basque, complètement armés et équipés, arrivèrent au Rio Martin dans cette matinée du 28 février. 



Les braves gens étaient cruellement éprouvés par les gros temps. 



Ils avaient de plus été maltraités pendant la traversée de Santander à Cadix, "par les matelots des navires de commerce anglais" qui avaient été mobilisés pour les transporter. 



Aussi, à leur manière, ces braves garçons saluaient la terre africaine, mais ils juraient par tous les saints du calendrier d'Espagne de ne revenir dans leurs montagnes... qu’à pied sec, et juraient à gros mots contre les Anglais. 



Aussitôt débarqué le général Latorre qui les commandait, monta à cheval, prit avec lui une escorte de cinquante hommes des plus alertes, et partit au trot pour le quartier général du commandant en chef de l’armée espagnole, le maréchal O’Donnell. 



Ses cinquante hommes, vêtus d’une façon pittoresque, coiffés du béret traditionnel, à la physionomie intelligente, les cheveux coupés ras sur le front, et rejetés en boucles abondantes en arrière de la tête, le suivaient d’une allure aussi vive, "au pas de basque", et répondaient aux questions qui leur étaient faites, dans une langue inconnue de presque toute l’armée. 



Ce fut un véritable événement. 


— Ce sont les Basques ! criaient les soldats. 



Et les bataillons des Galiciens, des Navarrais, des Castillans, des Aragonais et des Valenciens, les Andalous, les durs fantassins de l'Estrémadure, de la Catalogne et de la Manche, accoururent se ranger sur leur passage et les acclamèrent ! 



Les Basques, toujours courant, arrivèrent ainsi jusqu’à la tente du général en chef. 



Le maréchal O’Donnell sortit pour les voir et leur promit de passer la légion en revue le lendemain. 



Quand le général Latorre eut pris les ordres du maréchal, il remonta à cheval et repartit au trot "toujours suivi de ses coureurs", qui traversèrent Tetuan jusqu’au camp où une triple haie de soldats leur criaient des vivats et applaudissaient des mains !



pays basque autrefois soldats histoire maroc
TABLEAU LA BATAILLE DE TETOUAN 31 JANVIER 1860
Par Dionisio Fierros — Source inconnue, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1436692




J’ai dit que ces trois provinces basques : la Biscaye, le Guipuzcoa et l'Alava avaient fourni ce contingent de 4 000 hommes. 



Leur fraternité, leur accord fut l’un des heureux résultats de cette guerre si nationale "la guerre contre les Maures". 



L’écusson d’Espagne avait été abattu par les Marocains, piétiné, souillé d’immondices.



pays basque autrefois guerre maroc soldats histoire
SOLDAT MAROCAIN VERS 1860



L’Espagne entière se souleva (1860). 



Les trois provinces Vascongades en fournissant ce beau contingent avaient donc oublié, dans cet élan patriotique, les années de guerre civile qui les avaient désolées et divisées ! 



Les veillées dans les trois provinces sont encore remplies des nombreux récits de cette guerre néfaste comme en France et en Espagne, sous le nom de guerres carlistes. 



Alors les Basques recrutés et conduits par le fameux Zumalacarregui, servaient la cause de Don Carlos. 



général guipuscoa carliste pays basque autrefois
PORTRAIT DE TOMAS DE ZUMALACARREGUI  Y DE IMAZ
PAR ALPHONSE JEAN-BAPTISTE BAYOT


C’étaient les "chapelgorris" (bérets rouges.).



Les autres, les "chapelchourris" (bérets blancs), servaient dans l’armée de la reine Christine. 



Les premiers étaient "los carlistas. » 



Les seconds étaient "los cristinos." 



Aujourd’hui ces guerres fratricides sont finies. Tous sont Espagnols. 



Les bérets rouges sont aux Guipuzcoans, les bérets blancs aux Biscayens, et les bérets bleus aux Alavais, sous un même drapeau, celui de l’Espagne une et indivisible, avec l’emblème de trois mains croisés et la devise : "Irurac Bat" "Trois en Un !"


pays basque autrefois carlisme guerre carlos histoire
MEDAILLON IRURAC BAT







pays basque autrefois armée histoire soldat
FANTASSIN BASQUE



Les Basques français du versant nord des Pyrénées sont comme les Basques d'Espagne, marcheurs et coureurs intrépides autant que soldats disciplinés, infatigables, combattants énergiques. 



Nos guerres du premier empire ont fourni un exemple célèbre de cette activité infatigable. Nous pouvons dire, nous, Napoléoniens, que les Basques sont avec nous. 



Voici cette histoire authentique : 

"Dans un des bataillons de la Grande Armée qui allait passer le Rhin en 1805, il y avait quatorze volontaires, tous natifs de Saint-Jean-Pied-de-Port, tous Basques, beaux garçons, et les plus forts de leur pays, au jeu de paume, passion sportive des Basques comme on sait. 


Un matin, ils virent arriver au camp devant Strasbourg un de leurs compatriotes qui leur remit le défi des Basques espagnols à la paume de la fête de Saint-Jean-Pied-de-Port


Que faire ? 


L’hésitation fut de courte durée. 


Quelques minutes après, une course folle commençait du Rhin à Saint-Jean-Pied-de-Port ! 


Les quatorze Basques étaient partis "sans permission" pour soutenir le défi des Espagnols, et gagnèrent la partie ! 


Partis sans permission, ils revenaient, "de même" rejoindre leur bataillon presque à la veille d'Austerlitz ! 


En apprenant cette équipée, Napoléon, on le conçoit, allait sévir ; puis, après avoir appris par le colonel que les quatorze gaillards avaient rejoint vainqueurs et frais comme au départ, leur bataillon, il fil sortir des rangs les quatorze délinquants. 



pays basque autrefois napoléon guerre armée histoire
NAPOLEON ET LES SOLDATS DE LA GRANDE ARMEE


— Comment t’appelles-tu ? demanda-t-il au premier qui sortit des rangs. 


Harispe, Sire ! 


pays basque autrefois armée soldat maréchal basse-navarre
PORTRAIT DU MARECHAL HARISPE PAR JEAN ANDRE RIXENS

Bien, fit l’Empereur, si au premier combat, toi ou l'un de tes camarades ne rachète pas cette faute de discipline par un acte d’éclat qui mérite l’attention et qui me fasse pardonner aux autres, vous passerez tous en conseil de guerre... et je vous envoie ensuite garder les mulets aux derrières de l’armée. Tu as compris ? 



Les quatorze joueurs à la paume comprirent si bien que c’est de leurs rangs que partit Harispe pour devenir maréchal de France ! 



Et. c’est aux mémoires du maréchal qui, plus tard, en Espagne, devait opérer (en 1816), contre les guérillas, en ces mêmes provinces Vascongades, que l'on trouve cette histoire et que mon grand-père maternel, qui était, en Espagne aux dragons, dit d’Espagne, plus d’une fois a racontée à moi-même."


(Source : MINIATURES MILITAIRES D’ALFONS CÀNOVAS : GUERRES CARLISTES 1835-1875.- DELFIN SALAS, 3º GUERRE CARLISTE (miniaturasmilitaresalfonscanovas.blogspot.com))




Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 5 400 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!