samedi 12 mai 2018

UN ACCIDENT TRAGIQUE AUX ARÈNES DE BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN SEPTEMBRE 1923

UN ACCIDENT TRAGIQUE AUX ARÈNES DE BAYONNE EN 1923.


Parmi les nombreuses corridas ayant eu lieu à Bayonne, certaines ont connu des accidents tragiques.

bayonne autrefois
ARENES BAYONNE - BAIONA
PAYS BASQUE D'ANTAN

Ce fut le cas, par exemple, de la corrida du 3 septembre 1923.




Voici ce que rapporta La Gazette de Bayonne, de Biarritz et du Pays Basque, dans son édition 

du 3 septembre 1923 :

"Une corrida tragique.


Aux Arènes de Bayonne où brillait Chicuelo un spectateur est tué par l’épée d’un matador.

tauromachie autrefois
MATADOR CHICUELO
PAYS BASQUE D'ANTAN

L’événement, au moment où il se produisit, passa presque inaperçu. 


Un incident tragique s’est produit hier aux Arènes de Bayonne, tel qu'on n’en avait pas encore vu ici, mais comme il s’en est déjà produit, nous dit-on, il y a quelques années à Saint-Sébastien et à Béziers. Avant de publier le compte rendu technique de la corrida, nous devons faire connaître dans quelles circonstances, un spectateur, en effet, M. Aguirre, avocat cubain actuellement en villégiature à Saint-Sébastien, et qui était venu voir nos courses, a été tué par l'épée du matador Marquez, qui avait sauté hors du cou du taureau, alors que le toréador tentait le descabello


Le coup fut si soudain, la mort du malheureux arriva si vite, à la stupeur de quelques spectateurs qui se rendirent compte de l’accident, que celui-ci passa presque inaperçu de la foule qui avait pris place dans les Arènes. Ce n’est qu’à la sortie de la corrida que le bruit se répandit de ce qui venait de se passer. 

bayonne avant
ARENES BAYONNE - BAIONA
PAYS BASQUE D'ANTAN

M. Aguirre avait été atteint d’une blessure à un vaisseau, au-dessous du cœur ; il expira presque subitement. 


Dès qu’il connut la nouvelle de cet accident, M. Boulant, président de la Société des Arènes, fit immédiatement les démarches nécessaires auprès de l’Administration des Postes pour que, en dépit de la fermeture dominicale, la famille fut prévenue sans retard, mais avec tous les ménagements possibles. 



Ce qu’on dit à Bayonne


A propos du spectateur tué, on fait remarquer que la fatalité, cette fois, est la grande coupable. M. Aguirre, dit-on, ne devait pas occuper la place où il se trouvait. Cette place était louée à quelqu’un qui devait venir seulement à 6 heures et demie, mais M. Aguirre insista auprès du contrôleur pour qu’on le mette dans cette loge. 


Cet accident est rare il s'est produit une fois au mois de mai dernier, avec Chicuelo et l’épée fut projetée jusqu’au cinquième tendido, mais personne ne fut atteint. Il y a quinze jours, à Santander, avec Valencia II, l'épée a été projetée et est venue tomber entre le maire, sa femme et leur bébé. 


bayonne autrefois
CORRIDA BAYONNE - BAIONA
PAYS BASQUE D'ANTAN

M. Campan et ceux qui s’occupent des courses sont navrés de ce qui est arrivé. Pourtant ils n'y peuvent rien. Ils sont désolés que cet accident se soit produit avec un concours de circonstances extraordinaire. Ils se sont occupés du corps qui a été transporté au chalet des "Quatre-Soeurs", chemin d'Anglet. 


Quelques personnes ont demandé s'il ne serait pas possible de tuer le taureau loin de la talanquère? 


Les aficionados disent qu’on ne saurait facilement amener chaque fois le taureau au centre de la piste et que c’est, le plus, souvent, près de la talanquère qu'on peut le quadrer. 


bayonne 1923
CORRIDA BAYONNE - BAIONA 2 SEPTEMBRE 1923
PAYS BASQUE D'ANTAN


Au Consulat de Cuba


Au Consulat de Cuba, où nous nous sommes rendu pour présenter les condoléances de la "Gazette", nombreux sont les membres de la colonie étrangère. C’est là, dans, le calme chalet des "Quatre-Sœurs", blotti entre le parc de La Rochefoucauld, que le corps a été transporté hier soir, vers dix heures. 



M. Léon de Léon nous dit... 


Le jeune consul de Cuba à Biarritz, M. Léon de Léon, nous reçoit avec sa bonne grâce coutumière. Ses traits, tirés par une longue et pieuse nuit de veille reflètent une peine profonde : "Carlos Aguirre, nous dit-il, était un sujet d'élite et un camarade exquis. Grand ami de la France, où il venait chaque année, il s’était embarqué dès son étude de droit terminée à La Havane (il y a de cela deux mois) et avait quitté sa famille à Paris pour voyager dans le Pays Basque français et espagnol. Venu en auto samedi de Saint-Sébastien, en compagnie de quelques amis, dont M. Velasco, il avait résolu d’assister à la corrida de Bayonne, car c'était un aficionado passionné. Laissant repartir ses compagnons de route, il demanda l'hospitalité à des amis de Biarritz et se rendit aux arènes avec un de ses compatriotes, M. Arango et Mlles Strauss, les toutes jeunes filles du milliardaire américain, pour y trouver la mort horrible qui met aujourd’hui en deuil toute la colonie cubaine." 


corrida antes
MATADOR CHICUELO
PAYS BASQUE D'ANTAN

Aussitôt prévenus, M. et Mme Aguirre sont arrivés ce matin à 7 heures par le rapide de Paris. Carlos était leur enfant unique, leur douleur est immense!


 — Une cérémonie permettra-t-elle à la population et aux hôtes de Biarritz de manifester publiquement leur sympathie à la famille de votre infortuné compatriote?


 — Non, nous répond M. Léon de Léon; M. et Mme Aguirre désirent que le corps soit embaumé et porté au plus tôt vers la terre cubaine. Nous faisons diligence pour que le transfert soit effectué par la frontière d’Espagne et Santander."

 

corrida autrefois
CORRIDA BAYONNE - BAIONA
PAYS BASQUE D'ANTAN


Ce que nous dit M. de Cisneros


Dans le jardin de la villa où nous conduit l'aimable consul, nous rencontrons M. François de Cisneros, le distingué chancelier attaché à la légation de Cuba en France. Notre confrère (M. de Cisneros est, on le sait, un journaliste de talent ), veut bien nous donner quelques précisions sur la personnalité de M. Aguirre : 


"Malgré son jeune âge — à peine vingt et un ans — notre ami avait accompli une belle carrière qui laissait prévoir de glorieux lendemains pour les lettres de notre pays. Carlos Aguirre est l’auteur d’un livre remarquable où il donne ses impressions de voyage en Italie. Hier encore, il m’annonçait avec joie la publication prochaine d'un recueil de commentaires sur les textes de lois cubaines.



bayonne avant
CORRIDA BAYONNE - BAIONA
PAYS BASQUE D'ANTAN

Carlos Aguirre venait en effet de terminer brillamment ses études de droit en se révélant le "meilleur sujet" de la Faculté de La Havane. Il était déjà attaché à la Cour de Justice de Cuba comme suppléant à l'accusation publique. Sa tragique disparition est une lourde perte pour notre patrie." 



L’ami de la dernière heure


M. F. de Cisneros, en nous quittant, veut bien nous présenter à M. Arango qui reçut dans ses bras, son ami foudroyé.

 

M. Arango. lui aussi, a passé la nuit au pied du lit mortuaire. L’émotion étrangle sa voix : "Nous ne devions plus nous quitter. Carlos et moi, jusqu’à notre retour à la terre natale! Si vous saviez, Monsieur, combien sa joie de vivre était grande! Il était, à côté de moi. accoudé au tablancio, contre un pilier, et il me disait, joyeux: "Je suis heureux d’être venu revoir Chicuelo que j’avais jugé trop sévèrement, l’autre jour, à Saint-Sébastien. Il est magnifique, ce gosse-là! Puis, passionné par la course, il s'impatiente de voir encore debout le taureau qui, hélas! doit le tuer une seconde plus tard. Pendant qu’il jette un conseil au matador tout proche, la mort foudroyante vient le prendre : La fine lame, courbée comme un arc, sous l'effort puissant du taureau qui relève la tête, s'échappe de la main de Marquez. Elle se détend comme une truite qui joue sur l'eau. Un éclair d’acier et l’épée retombe déjà de la poitrine qu'elle vient de trouer. Carlos, mon ami, s’affaisse, un sourire encore au coin de la lèvre. Grâce à Dieu, il n’a pas souffert! "


bayonne autrefois
CORRIDA BAYONNE - BAIONA
PAYS BASQUE D'ANTAN


Au point de vue du droit... 


Au point de vue du droit, il semble difficile d'indiquer à qui incombent les responsabilités. En effet, la Société des Courses et la Ville de Bayonne paraissent n'être pas en défaut. Quant au toréador, son geste, tout imprécis qu’il ait été ne peut guère lui être impliqué comme faute. 


corrida autrefois
CORRIDA BAYONNE - BAIONA
PAYS BASQUE D'ANTAN

Il faut plutôt voir dans cette tragique aventure un concours de circonstances malheureuses où le hasard seul a joué un rôle.



La Corrida d’hier.


Chicuelo y triomphait, mais un très pénible accident marqua la cinquième course. 


tauromachie autrefois
MATADOR CHICUELO
PAYS BASQUE D'ANTAN

Les amphithéâtres sont combles; le temps est clair; décidément, l’Administration des Arènes est favorisée : c'est après la course seulement que la pluie commence timidement,  comme si elle avait voulu nous ménager jusqu'à la fin du spectacle. 


C’est la présence de Chicuelo surtout qui avait attiré cette foule immense, de Chicuelo dont les récents succès à Bilbao avaient ranimé l’espoir des aficionados; et de fait la journée a été celle de Chicuelo. Par lui surtout le spectacle qui devait malheureusement finir si tristement a commencé et s'est de longs moments maintenu dans l'enthousiasme et le nino a entendu les plus belles ovations qui aient jamais retenti dans nos Arènes. Il reçoit son premier taureau par des véroniques serrées, gracieuses, les pieds fixés au sol, véroniques qui soulèvent des bravos unanimes et qui font admirer son calme et son sang-froid; et les applaudissements continuent pour son travail de muleta, travail très intelligent, artistique qu'un bon coup d'épée vient conclure : l'oreille est accordée au matador. Et ce fut aussi bien , sinon mieux encore avec son second taureau, plus gros que le premier : toujours ces mêmes véroniques, admirables de finesse et de grâce; des quittes opportuns et décisifs; des banderilles courtes plantées "al quiebro"; des passes de muleta qui montrent une connaissance parfaite du taureau et l'art de le préparer habilement...


bayonne autrefois
CORRIDA BAYONNE - BAIONA
PAYS BASQUE D'ANTAN


L’accident.


Un accident bien malheureux s’est produit vers la fin de la course. Au moment où Marquez donnait un descabello au cinquième taureau, l’épée a été projetée en l’air et a frappé un spectateur. Transporté immédiatement à l’infirmerie, il a été confié aux soins des docteurs qui ont constaté que l'épée tombant de pointe avait pénétré dans la poitrine et ouvert une artère sous le cœur. La mort a été presque instantanée. Cet accident a vivement ému tous les spectateurs; au retour des courses, chacun plaignait la pauvre victime et l’on commentait ce fâcheux événement, si extraordinaire, ce funeste concours de circonstances fatales bien navrant. La malheureuse victime se nommait M. Carlos Frederico Aguirre y Sanchez, Cubain d’origine, il habitait actuellement l’hôtel Victoria-Palace, à Saint-Sébastien."



Merci ami lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans ce 1119ème article.


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