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vendredi 5 avril 2024

LE PAYS BASQUE EN 1860 (deuxième partie)

 

LE PAYS BASQUE EN 1860.


Depuis très longtemps, de nombreuses études ont eu lieu sur le Pays Basque.




pays basque autrefois origines euskarie peuple
ESSAI SUR LA NUMISMATIQUE IBERIENNE
DE P.A. BOUDARD


Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La Presse, le 5 novembre 1860, sous la plume de 

Vivien de Saint-Martin :



"Bulletin des Sciences Historiques. VII.

P.A. Boudard, Numismatique Ibérienne.

Beziers, 1859, un volume in-4° avec 39 planches (Paris. Rollin).



... Armé de cette méthode féconde, M. de Humboldt parcourt une à une toutes les provinces de l'ancienne Hispanie, et au moyen de la nomenclature que lui fournissent les auteurs anciens, moins altérée que la nomenclature actuelle qui a passé par la double filière des Goths et des Musulmans, il reconnaît dans toutes les traces plus ou moins nombreuses de 1'idiôme euskarien. Quand les noms ne sont pas identiques avec ceux des pays basques actuels, ils sont formés des mêmes éléments, et ces éléments, dont la signification est invariable, sont toujours en harmonie avec la nature des lieux. Après le pays même des Vascons, c'est l'extrémité méridionale de la péninsule qui fournit le plus de dénominations purement basques. 




pays basque autrefois langue allemand
GUILLAUME DE HUMBOLDT


Ce qui ressort avec évidence du travail de M. de Humboldt, c'est que le fonds primitif de la population de l'Espagne était euskarien, et que dans les parties mêmes de la Péninsule où la nomenclature celtique était devenue dominante (par exemple dans la Lusitanie), les dénominations géographiques d'origine euskarienne se retrouvent encore assez nombreuses, assez généralement répandues, pour qu'on ne puisse douter que ces territoires avaient été également occupés par des populations de race basque. C'es là un grand fait ethnographique complètement acquis à la science. 



L'étude de M. de Humboldt ne s'arrête pas à la limite des Pyrénées. Le savant investigateur reconnaît au nord des montagnes, d'un côté dans la Gaule aquitanique jusqu'à la Garonne, de l'autre dans la zone littorale qui borde la Méditerranée depuis les Pyrénées orientales jusqu'aux Alpes maritimes, beaucoup de noms et de tribus d'origine indubitablement basque. Il en conclut qu'a une époque inconnue, mais nécessairement très ancienne, les Euskariens occupèrent ces deux régions de la Gaule méridionale. Ce fait important est d'ailleurs pleinement confirmé par les notions anciennes. On sait ce que César dit, au début de ses Commentaires, de la région comprise entre la Garonne et les Pyrénées, qu'elle différait de la Celtique par sa langue, sa constitution et ses lois. De même, toute la zone maritime qui s'étend des Pyrénées au Rhône inférieur, et même au-delà du Rhône jusqu'au cœur de l'Italie, est attribuée par les anciens auteurs à la nation des Ligures, qu'ils disent être d'origine ibérienne. Pour les anciens, Ibérien est synonyme d'aborigène de l'Hispanie. Les plus vieilles traditions historiques recueillies par les Grecs et par les Latins rapportent aussi à la race ibérienne ou ligure la première population des trois grandes îles de la Méditerranée occidentale, la Corse, la Sardaigne et la Sicile. Quelques-unes de ces inductions sont certainement encore matière à discussion ; mais le point principal, l'extension originaire de la race euskarienne dans tout le sud de la Gaule, ne saurait plus aujourd'hui être mis en doute. Ce fait primordial est devenu une des bases des travaux historiques.



Cette question du domaine primitif des populations euskariennes autour de la Méditerranée occidentale se rattache d'ailleurs à un problème plus général à un problème qu'on a déjà beaucoup agité sans l'avoir encore pu résoudre, celui de l'origine même de la race dont les Basques sont aujourd'hui les derniers représentants, et de son degré de parenté avec les autres peuples de l'Europe. Comme toutes les questions d'origine, celle-ci est surtout du ressort de la philologie comparée. Je dois dire que jusqu'à présent elle ne me paraît pas avoir été creusée à fond par des hommes d'une compétence absolue, et qu'on attend encore sur cette branche de la philologie européenne un travail qui soit à la hauteur des études que les Bopp, les Grimm et d'autres savants ont consacrées aux langues indo-celtiques. Guillaume de Humboldt a ouvert la route, mais il s'est arrêté au seuil. 



On a déclaré, en quelque sorte à priori, que sous le double rapport du vocabulaire et de la structure grammaticale, la langue basque ou euskarienne était radicalement différente de l'immense famille des langues qui remonte vers le sanscrit ; mais il ne faut pas oublier qu'avant les beaux travaux de M. Pictet et de ses émules, on avait affirmé la même chose des langues celtiques, dont la place, dans la famille indo-européenne, est aujourd'hui bien établie. Il est à regretter que M. Pictet, que je viens de nommer, n'ait pas fait entrer l'euskarien dans son remarquable ouvrage sur les Origines indo-européennes, dont une plume éminemment compétente a récemment rendu compte dans les colonnes de la Presse. Ce qui est indubitable, c'est que le basque a un très grand, nombre de mots ou de racines en commun, d'une part avec les langues sémitiques, et de l'autre avec les langues ariennes (le sanscrit et ses congénères) ; non pas seulement de ces mots qui tiennent à la vie extérieure, et dont la transmission de peuple à peuple peut s'expliquer par le simple contact ou par des rapports historiques ; mais des mots primitifs, organiques en quelque sorte, qui expriment les premiers rapports des hommes entre eux et de l'homme avec la nature. On a aussi reconnu dans le basque la présence d'un nombre considérable de mots qui appartiennent aux langues finnoises ou altaïques, fait qui de prime-abord paraît très singulier, mais qui peut s'expliquer d'une manière très naturelle. Dans l'état actuel de la science, on regarde les peuples du groupe celtique comme représentant la plus ancienne des migrations asiatiques vers l'ouest de l'Europe dans les temps antérieurs à l'histoire ; la suite des études pourra bien transporter cette priorité à la famille euskarienne, et ne laisser aux Celtes, nos ancêtres que le second rang dans l'ordre des dates. 




pays basque autrefois origines euskarie peuple
LIVRE LES ORIGINES INDO-EUROPEENNES
D"ADOLPHE PICTET



M. Boudard, dans le beau volume qu'il vient de publier sur la numismatique ibérienne, ne s'est ni proposé un but aussi éloigné ; ni tracé un aussi large cadre ; le sujet auquel il s'est restreint est, comme son titre l'indique, renfermé dans la numismatique des anciens Ibères,— nom sous lequel il comprend tous ceux des habitants de l'Espagne ancienne qui n'étalent ni Celtes, ni Carthaginois, ni Grecs, ni Romains, c'est-à-dire qui n'appartenaient pas aux colonies historiquement connues. Mais, au fond, cette étude revient à la recherche de la population aborigène de l'Hispanie, car les médailles sont (avec les dénominations géographiques) les seuls vestiges qui nous en soient restés, et c'est surtout par les légendes de ces médailles qu'on peut arriver le plus sûrement à reconnaître la langue que parlait cette population, et conséquemment sa nationalité. 



Depuis les travaux philologiques de M. Guillaume de Humboldt, de bons ouvrages ont été publiés sur la numismatique ancienne de la Péninsule ; il suffit de rappeler l'Essai de M. de Saulcy sur la classification des monnaies autonomes d'Espagne (1810). Préparé de longue main par plusieurs travaux antérieurs, M. Boudard a repris cette étude à peu près au point où l'avait laissée M. de Saulcy, et lui aura certainement fait faire un pas considérable. Il a soumis à un nouvel examen, au moyen de toutes les médailles connues, l'alphabet ibérien de ses prédécesseurs ; il a vérifié tous les signes, il en a modifié plusieurs et ajouté quelques signes nouveaux. Cette première partie de l'ouvrage, autant qu'il nous est permis de nous prononcer sur cette matière toute spéciale, a conduit l'auteur à de très bons résultats. Sa méthode est sage, sa marche tout à la fois prudente et logique ; il va toujours du connu à l'inconnu, évite toute hypothèse, toute supposition en dehors des données vérifiables par les monuments, et ne fait jamais un pas en avant que lorsque le terrain parcouru lui paraît bien assuré. L'alphabet ainsi vérifié et constitué, au moyen des médailles d'une provenance certaine, l'auteur l'applique avec confiance aux légendes douteuses ou inexpliquées. On comprend que nous ne pouvons le suivre dans ces investigations délicates : nous devons nous borner à en signaler le résultat le plus général. Ce résultat est celui-ci. Non seulement par la détermination analytique des radicaux, mais surtout par le retour fréquent de certaines particules placées soit au commencement, soit à la fin des noms qui forment les légendes, M. Boudard a pu constater avec une parfaite évidence dans le plus grand nombre des cas, et dans les autres avec une très grande probabilité, que la langue des légendes ibériennes n'est autre que le basque ; et comme la provenance des médailles appartient à toutes les parties de la Péninsule, l'auteur est arrivé par là précisément au même résultat que M. de Humboldt par l'examen des anciens noms de lieux, à savoir, que la langue euskarienne fut autrefois parlée dans toute l'Hispanie, conséquemment que les 6 ou 700 000 Basques, qui habitent aujourd'hui aux deux côtés des Pyrénées sont les représentants de la seule race qui puisse être qualifiée d'indigène. 



pays basque autrefois origines euskarie peuple
LIVRE ESSAI DE CLASSIFICATION DES SUITES MONETAIRES BYZANTINES
PAR F DE SAULCY



Les quelques observations de détail auxquelles pourraient donner lieu les savantes et consciencieuses recherches de M. Boudard, se perdent dans l'importance du résultat final. Je crains, par exemple, que l'auteur, malgré sa réserve habituelle, ne se soit pas toujours tenu suffisamment en garde contre l'entraînement des explications étymologiques, ce redoutable écueil de ce genre d'investigations. Ne pas tout vouloir expliquer est souvent le plus sage. On peut admettre que les Cerrétans, renommés par l'excellence des jambons qui se préparaient chez eux (on voit que la réputation dont a hérité Bayonne date de loin), eussent reçu un nom formé du mot cherri, qui, en basque, signifie jambon ; que le nom des Lusitains vienne du mot lutzi, flèche, cela est encore possible à la rigueur : mais que le nom des Vardules se soit formé de deux mots signifiant "cabanes voisines" ; que le nom des Turdules, ce peuple du sud célèbre par son antique civilisation, vienne de hurde et de ohla, signifiant "cabane de porc" ; que les Sardons, qu'on trouve aux deux côtés des Pyrénées orientales, doivent le leur à deux mots signifiant "fourche bonne", voilà, je le crains, ce qu'on n'admettra pas sans quelque peine. S'il est une dérivation certaine, c'est celle du nom des Cévennes, rattaché au kymrique kéfïn, armoricain kevn, crête, dos de montagne ; mais, comme le nom se trouve écrit sous deux formes légèrement différentes dans les auteurs anciens, Cebenna, chez les uns, Cemmena, chez les autres, M. Boudard fait de ces deux formes deux noms différents, et croit pouvoir expliquer le premier par le basque ké-penn-a "le roc nuageux". On pourrait aussi reprocher, au judicieux numismatiste une critique quelquefois trop facile dans l'appréciation des autorités ; on n'aime pas à voir citer, par exemple, un texte aussi effroyablement corrompu que celui de l'anonyme de Ravenne, sur le même pied que Pline, Strabon ou Ptolémée. 



Mais ce sont là, je le répète, des taches légères si on les compare à l'étendue des recherches de l'auteur, à l'esprit sobre et judicieux qui les dirige en général, et à l'importance de leurs résultats. L'auteur a fait beaucoup plus que ce qu'accuse l'extrême modestie de son jugement, lorsque dans sa préface il dit : "Dans un sujet où toute question inconnue est immédiatement suivie d'une question à résoudre, les erreurs sont inévitables, et je ne peux encore donner mon livre que comme un Essai sur les études ibériennes. Je ne doute pas qu'un savant soutenu par sa science, par sa position et par d'autres moyens qui m'ont fait défaut, n'eût aisément donné une solution complète et définitive de la question qui préoccupe le monde savant ; pour moi qui ne suis qu'un modeste chercheur.... etc." M. Boudard habite Béziers (une ville dont les origines sont euskariennes, aussi bien que celles de Narbonne sa voisine) ; c'est un de ces travailleurs bien méritants que Paris pourrait envier à la province, et qui ont d'autant plus d'honneur à bien servir la science qu'ils n'ont pas sous la main les secours de tout genre que l'on trouve au centre des travaux scientifiques. L'œuvre de M. Boudard mérite de prendre place à Ia suite des Etudes de Guillaume de Humboldt sur la population primitive de l'Espagne : c'est le plus bel éloge que nous en puissions faire."




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