CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
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samedi 12 avril 2025
mercredi 12 mars 2025
L'ILLETTRISME AU PAYS BASQUE NORD EN 1936 (deuxième partie)
L'ILLETTRISME AU PAYS BASQUE EN 1936.
Dans les années 1930, un illettrisme important est constaté chez les jeunes Basques lorsqu'ils effectuent leur service militaire.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, le 20 août
1936 :
"La plaie des illettrés.
Les causes.
Pour savoir à quels motifs on peut attribuer l'ignorance d'un jeune homme de 20 ans, nul autre moyen que de le lui demander à lui-même. C'est ce qui a été fait. Il peut bien y avoir dans les réponses quelque erreur plus ou moins volontaire. Cependant, les enquêtes conduites auprès de plusieurs centaines de militaires par 15 enquêteurs ont donné des résultats si concordants qu'on ne peut guère suspecter la valeur de l'ensemble des renseignements recueillis.
Voyons d'abord la catégorie des illettrés complets, c'est-à-dire de ceux qui ont eu à l'examen la note 0 soulignée (l'expression "illettrés complets" prête d'ailleurs à quelque équivoque, nous verrons plus loin).
Voici un premier groupe de 42 soldats venant pour moitié des Basses-Pyrénées : 3 ignorent le français ; 4 ne savent absolument ni lire, ni écrire. Motifs invoqués : mauvaise fréquentation et plus. La plupart invoquent l'éloignement de la maison d'école, 4 à 7 kilomètres.
Voici un autre groupe de 15, dont la moitié de Basques : 5 ne savent absolument rien, n'ont jamais été à l'école de laquelle les séparaient respectivement des distances de 2, 3, 4 et 6 kilomètres. Les autres ont fréquenté l'école 1, 2 ou 3 ans, un seul l'a fréquenté de 7 à 12 ans. Ici aussi, la distance de l'école était au minimum de 2 kilomètres ; dans deux cas 4 kilomètres, dans trois 5 kilomètres.
Cinq étaient placés domestiques à 10, 9 et 8 ans.
Autre groupe de 97 élèves, dont 15 Basques. Une dizaine ont fréquenté l'école de 6 à 11 ans ; deux de 7 à 9 ans ; les autres pendant 3 ou 4 ans. Mais tous, sauf un, de façon irrégulière. Causes : les travaux des champs, la garde du bétail et la distance ; un habitait à 6 kilomètres de l'école, cinq à 5 kilomètres et les autres entre 1 à 4 kilomètres.
Autre groupe de 17, pour la plupart Algériens et Basques. Les Algériens habitaient fort loin de l'école (jusqu'à 25 kilomètres), et ne l'ont pas fréquentée pour cette raison ; un seul en était voisin, mais appartient à une famille indigente de 9 enfants. Les Basques ont été en classe irrégulièrement pendant 3 ou 4 ans, ont quitté l'école sans savoir bien lire ni parler le français, que l'un d'eux ne comprend même pas. Ils font partie de familles nombreuses (6, 7, 8 enfants) et pauvres. Les autres, qui ont fréquenté l'école jusqu'à 9 et 10 ans, ont été placés ensuite comme domestiques.
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A peu près tous étaient fils d'agriculteurs et manquaient l'école pour aider leurs parents aux travaux des champs.
Quelques cas d'inintelligence totale, fort rares, mis à part, quelle est donc la cause qui ressort avec une irrécusable évidence de ces déclarations ? Une fréquentation nulle (nous en avons au moins une douzaine d'exemples) ou réduite à un, deux, trois ans, intermittente d'ailleurs et souvent limitée à la période d'hiver, terminée à un âge où les connaissances n'ont point de fixité. Il n'en faut pas plus pour aboutir, à 20 ans, au zéro souligné.
Mais l'absentéisme lui-même est une résultante : sans doute il y a lieu de déplorer une fois de plus la facilité avec laquelle sont éludées les dispositions sur l'obligation scolaire. Mais une fois la part faite à la négligence ou à la mauvaise volonté, il reste quelques constatations qu'il paraît nécessaire de souligner :
Les cas fréquents d'enfants placés domestiques ou apprentis à 9 ou 10 ans, ce qui indique sans doute une lacune ou une inobservance de la loi, mais non moins certainement la misère des familles.
La distance considérable qui sépare trop d'habitations de l'école : 3, 4, 5, 6 kilomètres à parcourir par de mauvais chemins, retardent le début de la scolarité, multiplient les occasions d'absence, mettent l'enfant en mauvaise disposition pour travailler.
Enfin, les familles nombreuses fournissent une forte proportion d'illettrés. Faut-il en être surpris ? Les aînés gardent les plus jeunes, et dès qu'ils sont en âge, sont mis en service."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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mercredi 12 février 2025
L'ILLETTRISME AU PAYS BASQUE NORD EN 1936 (première partie)
L'ILLETTRISME AU PAYS BASQUE EN 1936.
Dans les années 1930, un illettrisme important est constaté chez les jeunes Basques lorsqu'ils effectuent leur service militaire.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien La France de Bordeaux et du Sud-Ouest, le 20 août
1936 :
"La plaie des illettrés.
Sous ce titre, nous trouvons dans le bulletin de la Société bigourdane d'entr'aide pédagogique, avec la signature de M. J. Lahargue, le distingué inspecteur primaire, une très intéressante étude sur l'instruction des recrues.
Au lendemain du dépôt par le gouvernement du projet de loi sur la prolongation de la scolarité, cette enquête revêt un caractère de particulière actualité.
Nous en extrayons les passages suivants :
... "Cependant les faits sont là. Les illettrés moins nombreux sans doute, le sont encore beaucoup trop que les adversaires du régime en prennent prétexte pour crier à la faillite de nos institutions scolaires, c'est leur jeu : leurs exagérations ne doivent point nous empêcher de regarder le mal en face. En démocratie, rechercher la vérité est le premier devoir."
Le mal.
Nous voulons donc simplement donner ici les résultats d'une enquête entreprise dans une ville de garnison du Sud-Ouest sur le degré d'instruction des jeunes gens au moment de leur incorporation.
Chacun sait que la "page d'écriture", chère à Courteline, est depuis 1910 non pas remplacée mais doublée par un examen qui comporte 3 épreuves écrites et, éventuellement une épreuve orale.
Tous les militaires qui n'ont pas au total la note 5 doivent suivre des cours spéciaux dits par une généralisation d'ailleurs excessive "Cours des illettrés".
Sont dispensés, non seulement des cours, mais même de l'examen, les militaires pourvus du certificat d'études ou d'un diplôme plus élevé.
Cela dit, voici les résultats d'ensemble d'une série des ces examens d'incorporation dans une garnison du Sud-Ouest qui possède deux régiments : un de cavalerie et un d'artillerie.
Nous avons pris les quatre demi-contingents d'octobre 1932 à mai 1934, au total plus de 2 500 recrues.
800 recrues seulement sur 2 588, moins du tiers, sont arrivées pourvues d'un diplôme les dispensant de l'examen, c'est-à-dire au minimum le certificat d'études primaires. Si nous tenons compte du fait qu'un certain nombre possédaient, soit le baccalauréat, soit un brevet, nous ne nous tromperons sans doute guère en disant que, parmi celles qui n'ont fréquenté que l'école primaire, à peine un quart avait obtenu le certificat d'études. La proposition paraît faible.
32,8% du contingent, près du tiers, subissent l'examen de façon satisfaisante, ce qui n'est pas beaucoup dire : on se doute bien que la correction n'est pas d'une extrême rigueur.
26,5% constituent la catégorie des demi-illettrés ; n'oublions pas que dans ce nombre, se trouvent ceux qui ont eu la note "zéro", c'est-à-dire ne savent pas écrire ou savent tout juste griffonner leur nom et déchiffrer plus ou moins bien un texte.
9,8% enfin, ne sachant rien, ont eu zéro souligné et forment les illettrés complets.
Ces deux dernières catégories devront suivre les cours qui leur seront faits, le soir, par des instituteurs de la ville.
Voilà donc une première constatation dans les contingents envisagés, 36,3% des jeunes gens ont une instruction soit absolument nulle, soit si médiocre qu'il leur faut à vingt ans reprendre de leurs doigts gauches les outils de l'écolier.
Recherchons l'origine géographique des recrues qui alimentent notre garnison.
La très grande majorité, les sept-huitièmes environ, viennent des 4 départements du Sud-Ouest : Gironde, Landes, Hautes et Basses-Pyrénées ; le reste, de régions diverses notamment l'Algérie. Refaisons par département le classement d'après le degré d'instruction pour la totalité de l'effectif.
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Une chose frappe de suite : c'est l'étrange et presque incroyable décalage entre les chiffres des Basses-Pyrénées et ceux des autres départements.
Alors que la moyenne des illettrés complets est de 5,5 p. cent (ce qui correspond remarquablement à la moyenne générale dans l'ensemble du pays) pour les départements autres que les Basses-Pyrénées, elle s'élève ici, à 18,7, près du cinquième. Nous voyons tout de suite que ce département est responsable de la très forte proportion d'illettrés qui afflige notre statistique de garnison.
Mais là encore, une précision s'impose. Les Basses-Pyrénées comprennent deux bureaux de recrutement : Bayonne et Pau. C'est celui de Bayonne, soit le Pays Basque, qui a fourni les contingents considérés.
Remarquons enfin la constance de la proportion d'illettrés ayant une autre origine. Elle ne varie qu'entre 4,7 et 5,4. Comme si, en dehors des causes particulières qui sévissent dans le Pays Basque, l'analphabétisme avait des causes plus générales, qu'on retrouve partout, et qu'il est difficile, sinon impossible de réduire.
Il y a lieu de considérer aussi l'autre catégorie des déficients de l'instruction, les demi-illettrés. La proportion en varie peu : moins du quart (Hautes-Pyrénées) au tiers (Landes) du contingent pour les départements du Sud-Ouest ; sensiblement moindre, environ le sixième pour les "départements divers". Cette différence s'explique en partie par le fait que cette dernière partie du contingent contient un certain nombre d'engagés volontaires de devancements d'appel : ce n'est plus du "tout venant". Aussi bien trouverait-on une différence à l'avantage de la cavalerie, arme de choix, plus instruits dans l'ensemble que l'artillerie ; mais ceci importe peu à notre objet présent.
Au total, ont dû suivre les cours d'illettrés :
49,6 % des jeunes soldats venant des Basses-Pyrénées ;
38,7 % venant des Landes ;
28,8 % venant de la Gironde ;
26,2 % venant des Hautes-Pyrénées ;
22,2 % venant de départements divers.
On remarquera le classement excellent dans ce tableau et dans les précédents du département des Hautes-Pyrénées, montagneux cependant et difficile. Mai ce n'est pas la première fois que l'on constate la supériorité des populations montagnardes au point de vue de l'instruction, les départements savoyards se sont souvent classés en tête à cet égard."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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jeudi 20 juin 2024
PRISONNIER DE GUERRE ALLEMAND À SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1870 (troisième et dernière partie)
PRISONNIER DE GUERRE ALLEMAND EN BASSE-NAVARRE EN 1870.
Pendant plusieurs guerres avec la Prusse ou l'Allemagne, des prisonniers de guerre furent internés dans les Basses-Pyrénées, et en particulier en Basse-Navarre.
Voici ce que rapporta à ce sujet La Revue hebdomadaire, le 22 août 1896, sous la plume de Louis
Labat :
"Prisonnier de guerre.
Journal d'un soldat du 13e Régiment d’Infanterie Bavaroise.
... Un autre jour de joie, pour nous, ce fut le 8 janvier. Nous reçûmes du pays la première lettre. Elle apportait de l’argent. L’heureux destinataire était l’ami Sch... Nous constatâmes par là que notre lettre au Frænkischen Kurier était la seule qui fût arrivée, qui eût fait savoir aux nôtres que nous étions encore de ce monde. Et nous nous sentîmes allégés d’un lourd poids à l’idée que, déjà, peut-être, ils nous avaient crus morts. Notre misère s’amoindrit, car nous tenions bien les uns aux autres et mettions en commun nos ressources. Le jour suivant, nous reçûmes, nous, Bavarois, 1 fr. 45 par homme, produit de collectes faites par nos chers compatriotes. Comme il n’en revenait rien aux Prussiens, nous fîmes une collecte entre nous, à notre tour, pour les aider en bons camarades. Il se produisit, le 9 janvier, un terrible ouragan, qui dura dix heures, et de la violence duquel on peut à peine se faire une idée. Le 12 janvier m’apporta les premières nouvelles et de l’argent des miens, ainsi que de mes braves compagnons de la Société de gymnastique Franconia. L’envoi me parvint par l’entremise de notre président Th..., qui s’était mis en rapport avec le Comité international de Genève. Je ne puis dire le bonheur que j’en éprouvai. Ce sont de ces choses qu’il faut avoir vécu soi-même. Du coup, je me trouvais hors de besoin, et je partageai bien volontiers avec ceux qui n’avaient rien à attendre. Le 19 janvier, chaque prisonnier reçut 1 fr- 351 comme don gracieux du comité de secours allemand.
IV
Le printemps vint. Les champs, les arbres, les buissons reprirent leur verdure. Le soleil envoyait à la terre de chauds rayons tempérés par de douces brises. La vie recommençait. Lorsque arriva le carnaval, les habitants de la ville, malgré les tristesses de l’heure, descendirent masqués dans la rue ; preuve qu’à cette distance du théâtre de la guerre, les gens ne ressentaient pas les événements comme à Pau. Chez nous aussi, le carnaval fit valoir ses droits. Nos vieux Bavarois ne se tinrent pas d’improviser une farce militaire de circonstance, dans laquelle les Français furent duriment malmenés. L’exaspération d’un sergent français en fut si grande qu’il porta plainte au commandant ; il réussit à faire mettre en prison tous ceux qui s’étaient mêlés à la plaisanterie, pour avoir rabaissé l’honneur de l'armée française. Ce sergent était de ceux qui nous détestaient foncièrement. Il ne laissait passer aucune occasion de nous consigner.
Le 24 février, par un très beau temps, nous fîmes une promenade, depuis longtemps souhaitée. Le 25 et le 26, un consul américain nous rendit visite. Il venait s’informer de la façon dont nous étions nourris et traités. Il fit les gros yeux quand nous lui donnâmes à goûter de notre soupe, quand nous lui peignîmes notre situation au point de vue de la propreté et que nous lui montrâmes notre misérable litière et nos malades. Il en exprima de l’indignation, tout en nous donnant à comprendre qu’il n’était en situation d’y rien changer. Pour ce qui est de la manière dont le commandant et les soldats français, à quelques exceptions près, se comportaient à notre égard, il était naturel que nous n’eussions pas fait entendre de plainte, car nous n’avions eu à subir de leur part aucuns mauvais traitements. Enfin, le 27, arriva la nouvelle que l’armistice était conclu. Si longtemps attendue, elle fit merveille. Impossible de traduire l’allégresse, la jubilation générales. On criait, on riait, on pleurait, à n’en plus finir. Les visages rayonnaient. Notre seul chagrin nous venait de nos malades, qui ne pouvaient s’associer à nos transports. Les affaires marchèrent bien à la cantine. Quiconque était en mesure de donner donnait volontiers aux camarades. L’étroite surveillance dont nous étions l’objet se relâcha et prit un caractère plus amical. L’espoir de la paix prochaine avait ravi tout le monde, Allemands comme Français. Ces derniers, seulement, étaient outrés de la demande de cinq milliards par l’Allemagne. Bien que le moment de notre départ ne fût pas fixé, tout nous le fit prévoir comme proche. On distribua des souliers à ceux qui n’en avaient pas, des chaussures à ceux qui n’en avaient que de mauvaises, pour qu’ils ne fussent pas obligés de faire la route nu-pieds. Le 29, on nous avisa que le 1er mars, une moitié d’entre nous, par ordre alphabétique, devaient se mettre en marche. Je laisse à penser si on fut content. Les rudes soldats, éprouvés à la guerre, avaient l’air de vrais gamins. Personne ne dormit de la nuit. Il n’y avait que la seconde moitié alphabétique qui fît triste figure, en pensant qu’elle ne partirait pas avec nous.
A une heure du matin, nous franchîmes en chantant la porte de la citadelle. Nous traversâmes la ville, dont les habitants, par les fenêtres, nous faisaient des signes d’adieu. Saint-Jean-Pied-de-Port était déjà loin lorsque le soleil se leva. Nous chantions de gaies chansons, malgré la fatigue d’une marche ascendante. Au bout de quatre heures, nous avions contourné la haute montagne, et nous apercevions à nos pieds la citadelle ou nous étions restés prisonniers pendant trois mois.
D’Irissarry, situé de l’autre côté de la montagne, nous avions encore deux heures de route jusqu’à Hasparren, où nous devions, ce jour-là, faire étape, et où l’on nous remit par homme 55 centimes et un demi-pain. Une grande halle, couverte en verre, nous servit d’abri. Nous y couchâmes sur une jonchée de paille. Cette halle était une dépendance du principal hôtel de la ville, qu'on nous permit d’aller visiter. Nous profitâmes de la permission. Bientôt, les habitants se mêlèrent à nous et nous invitèrent à chanter. Ils prirent plaisir à nous entendre. Animés par le vin et l’idée de la liberté reconquise, nous entonnâmes nos airs allemands. Et quand pour régaler la population je servis l’air : "Je suis un archer à la solde du Régent" (Ein Schütz bin ich in des Regenten Sold), un tonnerre d'applaudissements éclata. De toutes parts, l’on m’offrit à boire.
Nous regagnâmes peu après notre gîte. A peine avions-nous dormi une demi-heure que, soudain, un bruit terrible, dans la rue, nous fit sursauter. Les soldats de notre escorte s’étaient enivrés. Ils s'étaient pris violemment de querelle, et la dispute s’aggrava au point qu’ils firent usage de leurs armes. Les perturbateurs furent arrêtés, et la nuit s’acheva dans le calme. Le lendemain matin, à quatre heures, je fus détaché avec trois camarades et quatre hommes de l’escorte, à l'effet d’aller à Bayonne, but de notre marche, retenir le pain pour le détachement qui suivait. Il faisait encore noir. Le chemin allait toujours s’élevant. Nous n’étions pas sortis des Pyrénées. Un vent frais vint de la mer, et, au lever du soleil, la ville balnéaire de Biarritz, connue comme le lieu de plaisance favori de Napoléon III, nous salua de la blancheur amicale de ses maisons. Au loin, se découpaient déjà les sombres et massifs contours de la citadelle maritime de Bayonne. Je contemplai dans le saisissement le panorama enchanteur qui s’offrait à moi. Il s’est gravé si profondément dans mon souvenir qu’après vingt-cinq ans l’image m’en reste aussi vive. Nous pressâmes le pas pour faire halte dans une auberge assise sur une hauteur. Nous avions faim et soif ; les Français et nous, ne nous fîmes pas faute de manger et de boire. Lorsque nous voulûmes payer, les Français s'étaient si bien arrangés, qu'il nous fallut jouer des talons, en toute hâte, sans avoir à régler la dépense ; le détachement commençait à apparaître derrière nous. Au pas accéléré, nous passâmes devant une charmante villa, sur la façade de laquelle brillait en lettres d'or le mot : "Ithurralde." Une fenêtre s’ouvrit, et une voix nous cria : "Compatriotes, arrêtez-vous une minute, je descends." Nous nous arrêtâmes, surpris. La porte s’ouvrit. Une jeune fille s’approcha de nous, portant sur une assiette du pain et du vin qu’elle nous offrit, en attendant l’arrivée de sa maîtresse. Celle-ci ne se fit pas attendre. Elle vint à nous, la main amicalement tendue. Elle nous conta que, Bavaroise de naissance, elle habitait le pays depuis vingt ans. Nous appréciâmes le pain et le vin. Les Français ne cessaient de protester qu’ils étaient nos bons camarades. Au départ, la maîtresse de maison, ayant coupé des branches de cyprès, en offrit une à chacun de nous, en souvenir.
Au bout d’une demi-heure, nous fûmes aux portes de Bayonne. Arrêtés par le poste, nous dûmes attendre un temps assez long pour être introduits et, avec une escorte renforcée, être accompagnés dans la ville. Conduits aux vastes bâtiments de la manutention militaire, nous y reçûmes du pain pour le détachement qui allait arriver et nous le transportâmes à la gare. Un jeune capitaine vint à nous. Il nous fit cadeau de cigares, qui furent grandement les bienvenus. Dans un allemand écorché, il nous dit qu’il avait été blessé à Wœrth, fait prisonnier et conduit à Ludwisbourg ; on l’avait logé chez un pharmacien, et il s’y rétablit si bien qu’il put rentrer en France sur parole. Avec beaucoup de gaieté, il parla des bons soins dont il s'était vu l'objet en Allemagne ; il se loua par-dessus tout du pays et des gens de la brave Souabe. Deux heures plus tard arriva notre détachement, suivi d’une foule qui criait. Nos camarades s’étaient mis des branches de cyprès à la casquette, ce que l’on avait pris pour une provocation et une dérision. Nous priâmes les nôtres d’enlever cet ornement. Une section vint nous protéger. Elle occupa la gare et contint le peuple.
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| VUE GENERALE BAYONNE 1870 PAYS BASQUE D'ANTAN |
La gare fourmillait d’uniformes de l’armée française, brillamment entremêlés, qui ne laissèrent pas de provoquer chez nous des remarques narquoises et des rires. Ce fut difficilement qu’on parvint à éviter un conflit. On se hâta de nous placer dans les voitures, et le train se mit immédiatement en marche. Bientôt, les lourds remparts dominant la mer disparurent à nos yeux. Le train brûla Dax et Morcenx et arriva d’une traite à Bordeaux, où nous stoppâmes quelques minutes...."
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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lundi 20 mai 2024
PRISONNIER DE GUERRE ALLLEMAND À SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT EN BASSE-NAVARRE AU PAYS BASQUE EN 1870 (deuxième partie)
PRISONNIER DE GUERRE ALLEMAND EN BASSE-NAVARRE EN 1870.
Pendant plusieurs guerres avec la Prusse ou l'Allemagne, des prisonniers de guerre furent internés dans les Basses-Pyrénées, et en particulier en Basse-Navarre.
Voici ce que rapporta à ce sujet La Revue hebdomadaire, le 22 août 1896, sous la plume de Louis
Labat :
"Prisonnier de guerre.
Journal d'un soldat du 13e Régiment d’Infanterie Bavaroise.
... Tous les jours, une section était commandée pour les vivres. Plus d’une fois, il m'arriva de me mettre volontairement dans les rangs, car je tenais à connaître la ville et la population de la ville. Le temps était toujours superbe, l’air tiède ; les roses étaient en fleur. C’était une joie pour moi que d’aller, du haut des remparts, à la première heure, admirer le lever du soleil. Quel bien j’en éprouvais ! J’oubliais, pour quelques minutes, ma situation de prisonnier de guerre. J’étais rapidement rappelé à la réalité quand la vie revenait à la caserne et que les camarades allaient se débarbouiller à la fontaine. Nous n’avions ni vase pour l’eau, ni savon, ni serviette. Ce n’est que plus tard que nous obtînmes du savon, moyennant finances. En de telles circonstances, la propreté avait beaucoup à souffrir. La vermine se propageait rapidement. Elle fut bientôt pour nous un réel supplice. La plupart des nôtres n’avaient que la chemise qu’ils portaient sur le corps, et il n’y eut personne qui reçut des Français linge, souliers, ni effets d’habillement. La paille qu’on nous avait octroyée lors de notre arrivée ne nous fut pas changée jusqu’au départ. La vermine s’y était tellement nichée que nous souffrîmes par elle le martyre. Il est aisé d'imaginer que la santé d’un bon nombre s’en ressentit. D’autant plus que les soins médicaux nous faisaient totalement défaut. L’excellence du climat nous était une vraie fortune ; plus d’un lui dut de ne pas succomber. Quant à l’argent, c’était une chose qu’on ne connaissait plus que de nom.
Le 6 décembre, dans la matinée, parut un brigadier de gendarmerie, avec six autres gendarmes ; la garnison, s’étant formée en cercle, barra les issues. Tous les prisonniers, hors ceux qui étaient gravement malades, furent rangés sur la place, enveloppés d’un cercle de soldats. Les gendarmes fouillèrent les chambres, ouvrirent les havresacs, et tout ce qui offrait quelque valeur fut confisqué. Après quoi, on passa en revue les poches et les porte-monnaie ; on nous enleva jusqu’à nos montres. La colère et l'indignation s’emparèrent de nous. Il fallait pourtant se résigner. Nous pensâmes à nous plaindre ; mais le brigadier de gendarmerie nous déclara qu’il agissait par ordre, qu’il le regrettait, ce dont nous ne pouvions douter, du reste, car, en toute occasion, il se conduisait envers nous d’une façon affable et humaine. Les jours diminuaient. Les nuits devinrent plus longues. Je portais envie aux camarades, qui dormaient de si bon cœur lorsque, souvent, je ne pouvais fermer les yeux. A cela se joignait le douloureux sentiment d’être séparé de tout, de n’avoir aucune nouvelle du théâtre de la guerre ni du pays, ce qui m’était insupportable.
Enfin, le 13 décembre nous apporta un changement depuis longtemps attendu. On nous permit une promenade. Ceux mêmes qui risquaient de ne pouvoir aller jusqu’au bout voulurent en être. Sur tous les visages éclatait la joie qu’on ressentait à l’idée de se mouvoir librement dans cette belle nature de Dieu. Par une journée merveilleuse, nous pénétrâmes sous bonne garde en pleines Pyrénées. Des tableaux ravissants se présentaient à mes yeux étonnés. Des caravanes de voitures, lourdement chargées, traînées par des mulets, traversaient les montagnes, pour se rendre en Espagne ou en revenir. De grands bœufs passaient, attelés à des charrettes à deux roues, sur lesquelles le conducteur était assis, dirigeant ses animaux avec un long bâton armé d’une pointe de fer. Le long des pentes, revêtues de broussailles courtes et hérissées, grimpaient joyeusement des troupeaux de chèvres et de brebis mérinos. Partout où nos yeux se portaient, ils voyaient ce qu'ils n’avaient jamais vu. Mais c’est en vain qu’ils cherchaient la forêt allemande, avec ses pins et ses sapins, aux émanations odorantes. De tous les côtés, en effet, la montagne est couverte d'ajoncs, auxquels, de temps en temps, les paysans mettent le feu pour donner un aliment nouveau à la terre. Le regard se promenait avec satisfaction sur de magnifiques châtaigneraies, qui s’étendaient à de grandes distances. Nous traversâmes de jolis villages, plantés de treilles et de cyprès. Des bandes de petits ânes, sans mors et sans bride, chargés de bois, nous barraient le chemin. Des messieurs et des dames, sur de beaux chevaux fougueux, nous dépassaient. Chaque instant nous amenait sa surprise.
| SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT BASSE-NAVARRE 1854 PAYS BASQUE D'ANTAN |
Lorsque nous rentrâmes de cette promenade, Saint-Jean-Pied-de-Port nous offrit un spectacle plein de couleur. C’était jour de marché en ville. On ne voyait partout que chevaux et mulets, ayant sur le dos des paniers qui contenaient des objets de toute nature. Les affaires se traitaient avec animation. Des Espagnoles aux yeux de feu circulaient d’un pas élastique, avec de lourdes charges sur la tête. C’est la manière des femmes de porter les fardeaux dans ce pays. Elles balancent ainsi avec légèreté des cruches cerclées de cuivre. A cette scène ne manquait pas la belle Doña, dont le regard rivalise d’éclat avec celui de son costume et qui, toute en soie et en velours, parée d’une ceinture dorée, est assise sur un cheval rapide. Galant, à ses côtés, était le fier Don, en veste de velours garnie de cordons et de tresses d’or, et dont un petit chapeau, aux rubans flottants, achevait le costume pittoresque. Quel contraste mettait, dans ce tableau de richesse, la présence de mendiants vagabonds ! Ils allaient par troupes, vêtus de haillons, en petites culottes, la tête entourée d’un mouchoir sale, ayant des chiffons noirs autour des jambes, chaussés de sandales, armés d’un gros bâton, tout pareils d’aspect à des brigands. Le doux farniente est, je crois, leur vocation, et la mendicité leur occupation principale. Le reste de la population porte surtout la blouse ; le béret est la coiffure ordinaire du pays.
On comprendra sans peine qu’au sortir de ce que nous avions vu nous réintégrâmes la caserne avec amertume. Malheureusement, beaucoup de nos camarades étaient tombés malades. Le 21 décembre, pour la première fois, nous en enterrâmes un. Le clergé catholique (il n’y a que des catholiques à Saint-Jean-Pied-de-Port) précédait le cortège. Trois camarades portèrent le cercueil à l’église, où l’on célébra un service funèbre. Le mort fut conduit ensuite au lieu de paix. Nous nous rangeâmes avec tristesse au bord de la fosse où disparut ce brave, qui, loin du pays, loin des siens, après des batailles et des dangers courus, avait succombé à une maladie perfide. Le second qui mourut était protestant. Le clergé refusa donc cette fois son office. Aussi, de ce jour-là, présentâmes-nous chaque mort comme catholique, afin de lui donner des obsèques honorables. Nous perdîmes treize des nôtres pendant la captivité.
L’hiver fit son apparition sous la forme d’une pluie violente, qui défeuilla les arbres et les buissons. Force nous fut de garder la chambre, le plus souvent dans l'obscurité, n’ayant reçu par chambrée qu’une petite chandelle, qu'il fallait faire durer huit pleins jours, et qui, en réalité, suffisait tout juste pour quelques heures. Le découragement, parmi nous, augmenta de jour en jour. Bien que nous eussions écrit beaucoup de lettres, nous ne recevions aucune nouvelle du pays. Une idée de l'ami B... nous sauva. "J’ai trouvé ! cria-t-il. Nous allons écrire au Frænkischen Kurier (Courrier de Franconie), nous signerons de nos noms, et si la lettre n’arrive pas, nous n’avons plus rien à attendre." Aussitôt dit, aussitôt fait. Cette lettre fut la seule qui parvint à son adresse ; elle donna des nouvelles à tous ceux que nous aimions et qui, depuis longtemps déjà, pleuraient notre mort. La Noël était proche. Nous nous demandâmes s'il n'y avait pas moyen de célébrer cette fête. Justement, il se trouva un ami pour avoir reçu quelque argent. Il le mit libéralement à notre disposition. Nous fîmes un arbre de Noël avec des morceaux de bois liés en croix, auxquels nous suspendîmes des noix et des pommes ; et comme nous avions en réserve des bouts de chandelles, nous les utilisâmes à cette occasion. Dans la nuit sainte, notre petit arbre resplendissait de lumières. Nous entonnâmes l’air : "Nuit délicieuse ! nuit bénie !" (Stille Nacht ! heilige Nacht !) ; et les Français, accourus à notre chant, nous regardaient faire. Les lumières éteintes, je me glissai avec une indicible mélancolie jusqu’à la place de la Citadelle, et je m’adossai à un arbre. Mes pensées se portèrent vers la patrie lointaine, vers les êtres chers qui, aujourd’hui dans la douleur et le regret de l’absent, étaient réunis autour de l’arbre, me donnaient leur souvenir. Je regagnai ma dure couche. Mais je ne pus, de la nuit, clore les paupières. Telle fut la Noël du captif.
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| CHEMIN DE LA CITADELLE SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT BASSE-NAVARRE D'ANTAN |
Le dernier jour de l’année 1870 était venu. Nous célébrâmes de fort mauvaise humeur la Saint-Sylvestre, mais ne brûlâmes pas moins un calendrier français, en chantant le cantique : "Bénissez tous Dieu !" (Nun danket alle Goth !) Solennellement, le son des cloches monta jusqu’à nous, mêlant son chant aux nôtres. Le son des cloches me pénétra l’âme, et je remerciai Dieu de tout cœur de ce qu’il avait, jusqu’à ce jour, dans la sanglante guerre, tout conduit si heureusement. Le 3 janvier fut pour nous tous un jour de joie. Nous touchâmes la première paye. On nous remit 2 fr. 50. Cet argent me fit l’effet d’une petite fortune. Nous sortîmes alors de notre torpeur. La cantine eut fort à faire. C’est à qui se donnerait, après tant de privations, quelques satisfactions. Le vin, dont nous étions restés si longtemps privés, nous remit le corps et l’âme. Comme du feu, le sang de la vigne nous ruissela dans les membres. J’ai, en France, bu beaucoup et de toutes sortes de vins ; mais nulle part je n’en ai goûté d’aussi chaud et d’un tel arôme. La bouteille coûtait douze sous. On éleva le prix à dix-huit dès le second jour, ce qui causa un mécontentement général : mais qu’y faire ?"
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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mardi 9 avril 2024
L'ARMÉE FRANÇAISE À LA FRONTIÈRE DES PYRÉNÉES AU PAYS BASQUE AU DÉBUT DU 19EME SIÈCLE (troisième et dernière partie)
L'ARMÉE FRANÇAISE AU PAYS BASQUE À LA FIN DU 18EME SIÈCLE.
La frontière, au Pays Basque, a, souvent, été le théâtre de manoeuvres militaires.
Voici ce que rapporta à ce sujet le quotidien Le Spectateur Militaire, dans plusieurs éditions, sous
la plume du Lieutenant-Colonel J. B. Dumas :
- le 15 mars 1909 :
"Couverture de la zone-frontière des Pyrénées.
Des manoeuvres de couverture. Repos ailleurs !
A la fin de janvier, le maréchal dut envoyer 2 divisions d’infanterie, 1 division de dragons, 1 brigade de cavalerie légère, 28 pièces et 2 000 hommes d’élite, au total plus de 14 000 hommes, renforcer l’armée de l’Empereur dans l’est de la France. Wellington, au contraire, recevait 6 000 hommes de renfort et 1 400 chevaux.
La proximité des deux armées du maréchal et de Wellington n’avait donné lieu, jusqu’à cette date, qu’à des engagements de peu d’importance sur le front d’Urt à Labastide-Clairence et Hasparren.
L’Empereur, répondant à Soult, lui avait fait connaître comment il concevait l’emploi de ses forces dans le rayon de Bayonne :
Les places fortes ne sont rien par elles-mêmes quand l’ennemi est maître de la mer et qu’il peut réunir autant de bombes, de boulets et de bouches à feu qu’il lui plaît pour les écraser. Laissez donc seulement quelques troupes à Bayonne. Le moyen d’en empêcher le siège est de tenir l’armée réunie près de cette place. Reprenez l’offensive, tombez sur l une ou l’autre aile de l’ennemi, et quoique vous n'ayez que 20 000 hommes, si vous saisissez le moment propice et que vous attaquiez hardiment, vous ne pouvez manquer d’obtenir quelques avantages. Vous avez assez de talent pour me bien comprendre.
Le 14 février, en effet, l’armée anglaise reprenait l’offensive.
Soult avait pris position sur la Bidouze sur un front de 30 kilomètres à vol d’oiseau ; la division Foy, depuis l’embouchure jusqu’à Came ; la division Taupin, de Came à Bergouey ; la division Villate, de Bergouey à Ilharre. Il avait laissé la division Abbé à Bayonne pour renforcer la garnison, portée ainsi à 13 000 hommes ; les divisions Darmagnac et Darricau étaient sur la rive droite de l’Adour vers Saint-Laurent et Sainte-Marie. Des retranchements avaient été élevés à Peyrehorade et à Hastingues pour protéger le passage des gaves.
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| MARECHAL JEAN-DE-DIEU SOULT |
Le 14, la division anglaise de Hill, forte de 20 000 hommes, abordait le général Harispe vers Hélette et le rejetait sur Méharin, puis sur Luxe, Garris et Saint-Palais, en mime temps que, plus au nord, l’ennemi refoulait nos avant-ports sur la Bidouze.
Soult, le 15 février, de Labastide de Béarn, faisait connaître la situation au Ministre de la guerre :
Il n'est plus douteux que les ennemis ne portent la plupart de leurs forces sur leur droite et qu’ils n’aient le projet de déborder constamment ma gauche : la grande supériorité numérique qu’ils ont leur en donne la facilité.
La ligne de la Bidouze serait bonne à défendre si je pouvais soutenir le général Harispe à Saint-Palais et garder en même temps le passage de Mauléon. Mais je suis déjà trop étendu et je dois, en resserrant ma ligne, chercher un meilleur appui. A cet effet, je passerai demain sur la rive droite du gave d’Oloron.
J'appuierai ma gauche à Navarrenx et ma droite à Peyrehorade, où j’ai tait construire une tète de pont ; la ligne se prolongera ensuite sur l’Adour.
Le 16 au malin, la division Harispe observait Saint-Palais et la Bidouze, en avant de l’aile gauche.
Echelonnées en arrière, la brigade Paris tenait le gave de Mauléon et la division Villate était sur le gave d’Oloron. à Sauveterre, couverte par une tête de pont.
Sur le front, la division Foy gardait Hastingues et Peyrehorade, et la division Taupin, le gave d’Oloron à son embouchure. A la droite, les divisions Darmagnac et Darricau avaient passé l’Adour à Port-de Lanne et s’étaient rapprochées de Peyrehorade.
Ce même jour, le général Hill traversait la Bidouze à Saint-Palais en rétablissant le pont ; il repoussait la division Harispe ; il abordait le gave de Mauléon et rejetait la brigade Pâris sur Sauveterre. En même temps, trois divisions de l’armée anglaise arrivaient à Labastide-Clairence ; elles marchaient le 17 sur Bidache et débouchaient au delà de la Bidouze.
Le 21 février, Wellington avait concentré environ six divisions d’infanterie et deux brigades de cavalerie au delà de la Bidouze, face au gave d’Oloron entre Sauveterre et Navarrenx. Beresford, avec deux divisions, occupait la Bidouze inférieure jusqu’à l’Adour : il envoyait un bataillon près d’Urt ; il réunissait des bateaux sur ce point comme s’il eût voulu y jeter un pont. Le 23, il repoussait les postes de Foy à Hastingues et à Œyregave et il les rejetait jusque dans la tête de pont de Peyrehorade.
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| PORTRAIT DU LIEUTENANT-GENERAL LORD HILL 1819 PAR GEORGE DAWE |
Le 24, Wellington faisait menacer sur une étendue de plus de cinquante kilomètres tout le front français du gave d’Oloron, qui présente de très nombreux gués : il poussait la division espagnole Morillo renforcée d’un fort détachement de cavalerie sur le Lausset en avant de Navarrenx. Elle y culbutait nos postes pendant qu’un de ses bataillons faisait une feinte sur le gué de Dognen (4 kilomètres sud de Navarrenx), afin de détourner notre attention du gué de Viellenave (4 kilomètres nord-ouest de Navarrenx et à 16 kilomètres au-dessus de Sauveterre). Il faisait avancer la division Clinton (6e) sur les gués de Montfort et de Laas (5 kilomètres nord-ouest de Viellenave), qu’elle franchissait sans opposition ; un bataillon allait menacer le gué de Barraute (5 kilomètres nord-ouest de Montfort.)
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| DUC DE WELLINGTON |
La 3e division (Picton), renforcée d’une brigade de hussards et d’artillerie, marchait par Osserain contre la tête de pont de Sauveterre, avec ordre d’y faire une démonstration, comme pour y forcer le passage. Sa tête franchissait le gave, mais nous la rejetions, par un retour offensif, sur l’autre rive.
La cavalerie anglaise menaçait encore plus ou moins activement tous les gués au nord-ouest de Sauveterre et à Castagnède, Auterrive, Saint-Bos.
La 4e division (Cole) cherchait, en amont du confluent des gaves, vers Sorde et Leren, un point favorable à l’établissement d’un pont. La 7e division (Walcker) tenait Foy en échec à Peyrehorade par Hastingues et OEyregave.
Trois divisions, trois batteries, quatre régiments de cavalerie sous le commandement de Hill franchissaient, pendant ce temps, le Saison à Gestas et à Nabas (7 et 9 kilomètres de Sauveterre), marchant vers le gué de Viellenave. La configuration du pays dissimulait leur marche. Elles franchissaient, sans être arrêtées, le gué de Viellenave.
Les forces anglaises s’élevaient au total à 45 000 hommes environ.
Le maréchal Soult avait appris, le 22 au matin, par les reconnaissances du général Soult, la présence de cavalerie anglaise et d’infanterie de la division Morillo en face de Navarrenx et à Mauléon. Celui-ci lui avait encore signalé la marche du gros des forces anglaises vers le Saison. Le maréchal était aussi informé que Les Anglais avaient dégarni leur camp sur la Bidouze et fait filer ces troupes vers leur droite. Le maréchal estimait en conséquence que l’ennemi pouvait soit continuer son mouvement par la droite et chercher à le forcer sur la ligne du gave d’Oloron, soit le déborder complètement pour couper ses communications avec Orthez et Toulouse. Il se rendait aussitôt (22 à midi), de sa personne de Sauveterre à Orthez pour reconnaître les positions de la rive droite du gave de Pau et il ordonnait de prendre du champ en arrière sans disputer les passages du gave d’Oloron.
Le 24, Clausel abandonnait donc toutes ses défenses sur la rive gauche ; il faisait sauter le pont de Sauveterre et il se retirait sur les hauteurs d’Orion et de Montestrucq. Le lendemain, il gagnait Orthez. Villatte, formant son arrière-garde, occupait les hauteurs de Magret (cote 121 au sud d’Orthez) ; le 25 au matin, il en était refoulé dans le faubourg de Départ (rive gauche du gave) par Wellington en personne, accompagnant une avant-garde de cavalerie et d’artillerie.
Cette dernière canonnait la ville et les troupes françaises déjà sur la rive droite ; elle parvenait à empêcher la destruction du pont d’Orthez, à laquelle la solidité de cet ouvrage et le manque de poudre en quantité suffisante s’opposaient encore.
Pendant ce temps, Tanpin avait réuni sa division à Salies : il allait passer le gave au pont de Bérenx et il le rompait derrière lui. D’Erlon rejoignait Foix à Peyrehorade avec Darmagnac et Rouget. L’armée se dirigeait vers Orthez pour occuper les hauteurs de la rive droite. Elle allait y compter environ 35 000 ou 38 000 hommes. Sa cavalerie surveillait et avait ordre de garder le gave depuis Pau jusqu’à l’Adour (80 kilomètres en ligne droite) à raison de : un régiment entre Orthez, Peyrehorade et l’Adour (30 à 40 kilomètres), trois régiments avec deux bataillons, d’Orthez à Pau (40 kilomètres). Cette rivière présente des gués très nombreux ; mais l’hiver avait été extraordinairement pluvieux et froid ; il continuait encore. Les communications étaient entièrement défoncées et des plus difficiles ; les nombreux marécages, non encore assainis et drainés, s’étaient étendus dans tous les fonds sur les deux rives et dans les ravins entre les hauteurs.
Ce même jour, le maréchal faisait connaître au ministre que toute l’armée ennemie — sauf ce qui restait devant Bayonne — était devant lui, et qu’elle pouvait continuer à le déborder, grâce à sa forte supériorité numérique ; mais "j’espère", écrivait-il, "que, me voyant réuni, le général qui la commande, la tiendra plus concentrée, surtout s’il suppose que je suis déterminé à profiter des fautes qu’il fera pour l’attaquer à l’instant même où l’occasion me paraîtra favorable".
Wellington, de son côté, avait employé la journée du 25 et partie de celle du 26 à reconnaître les dispositions de l’armée de Soult. Son premier projet avait été de passer par Orthez ; mais il ne tardait pas à apprendre que Beresford, le 26 au matin, avec deux divisions d’infanterie et une brigade de cavalerie, avait réussi à passer le gave à Peyrehorade, au moyen de son pont de pontons et par les gués de Cauneille que sa cavalerie avait déjà forcés le 25, et de Lahontan (3 et 11 kilomètres est de Peyrehorade). Il avait refoulé un bataillon, laissé par Foy, et le 15e chasseurs à cheval sur Puyôo et Ramous. Vers Baigts, un retour offensif repoussait la tête d’avant-garde anglaise. Mais, à 5 heures du soir, ces forces avaient déjà garni le plateau qui domine Baigts à l’est, et elles s’y étaient installées. Dès son arrivée à Labattut, Beresford avait lancé une reconnaissance d’infanterie et cinq cents chevaux sur Habas et Estibeaux, où cette dernière coupait la communication entre Orthez et Dax.
| WILLIAM CARR BERESFORD |
Wellington renonçait alors à pousser sur Orthez ; mais la réussite facile du mouvement de Beresford et le recul général des forces françaises, soit devant ce général, soit même à Orthez (rive gauche) l’amenèrent à croire que Soult n’accepterait pas la bataille.
Sous la protection du mouvement de Beresford et dès midi, Wellington avait fait descendre des hauteurs à l’ouest de Sainte-Suzanne, par la route de Salies, la brigade de cavalerie Somerset et la division Picton, sur le gué de Bérenx. Il portait également les divisions Alten et Clinton sur le pont de pontons de Bérenx.
Hill restait seul sur la rive gauche avec la division Stewart (2e), les deux brigades portugaises de la division Le Cor, deux régiments de cavalerie et de l’artillerie à cheval pour occuper les hauteurs de Magret (cotes 132,121, 140, 120, à 1 200 mètres environ sud-ouest d’Orthez).
Instruit tardivement (3 heures du soir) de ces mouvements, et même de celui de la veille sur Cauneille, Soult avait cru jusque-là l’armée ennemie en position avec ses principales forces devant Orthez sur la rive gauche du gave (rapport du maréchal, 27 février). Il formait aussitôt le corps d’Erlon (divisions Foy et Darmagnac), face à l’ouest, la gauche et la droite échelonnées en avant, sur le contrefort du Point-du-Jour (cote 115 à 2 kilomètres nord-ouest d’Orthez) à cheval sur la route de Peyrehorade. Ces troupes prolongeaient leur droite jusqu’à la route de Dax ; leur extrême gauche surveillait le gave dans la direction de Castetarbe. Reille, avec les divisions Taupin et Rouget, était porté sur le plateau en arrière de Saint-Boës (est de l’église, vers Plassotte), appuyant sa droite aux maisons éparses de la localité et prolongeant la grande route de Dax par l’occupation de la hauteur 175 avec sa gauche. Deux mille cinq cents mètres environ séparaient ces deux échelons.
La division Villatte, en échelon de recueil sur le plateau de Souars (2 kilomètres sud-ouest et ouest de l’église d’Orthez), la division Harispe à Orthez (rive droite) et sur les hauteurs des environs immédiats de la ville sur la rive droite (Moncade), Pâris en seconde ligne, en arrière et à l’est de Reille, étaient en mesure de soutenir la première ligne de d’Erlon et de Reille, que le maréchal "voulait garder jusqu’à la nuit afin d’avoir le temps de prendre d’autres dispositions". (Dépêche du maréchal, 26 février.)

PORTRAIT DU MARECHAL HARISPE PAR JEAN ANDRE RIXENS
Le maréchal donnait l’ordre qu’à la pointe du jour, le lendemain 27, le corps d’Erlon (Foy et Darmagnac) eût fait, pendant la nuit, un changement de front en refusant sa gauche pour se porter en arrière de la droite de la position qu’il occupait le 26 au soir et se former presque parallèlement à la (vieille) route de Peyrehorade, la division Foy, à la naissance des croupes de Saint-Bernard et du Point-du-Jour ; la division Darmagnac, à sa droite et en retrait par rapport à elle, sur la naissance des croupes 161 et de Bergé ; elles devaient défendre ces positions, empêcher l’ennemi de se porter sur Orthez et appuyer les divisions de Reille. Celles-ci tenaient les plateaux de Saint-Boës (Parrabeou, croix de 161 ; Brasquet, Saubétat et 170 ; Barbrou ; Loustau près de la croix au sud de l’église ; 175 ; Miché et 147, au nord) et les maisons de cette localité, protégées en avant, au sud, à l’ouest et au nord par des marais difficiles qui rendaient impraticable le fond des ravins.
Les troupes de Clausel avaient également ordre d’être disposées à la pointe du jour comme il suit : Pâris était désigné pour former la réserve du corps de Reille, à l’est du plateau de Saint-Boës, entre Plassotte et Lasserre. La division Harispe avait mission de défendre Orthez, extrême gauche du maréchal, et sa droite devait s’étendre dans la direction de la gauche du général Foy (vers la croupe Saint-Bernard ; couvent des Bernardines). Deux régiments de cavalerie étaient en réserve au nord d'Orthez. La division Villatte, alors sur le plateau de Souars (2 kilomètres environ sud-ouest et ouest de l’église d’Orthez), devait se porter pendant la nuit sur les hauteurs à l’ouest de Rontun (4 kilomètres nord-est d’Orthez, à 1 kilomètre nord-ouest de la Motte-de-Tury), vers les cotes 176, 178, Camelong, 172, Américain, et jusqu’à 134 (à 2 kilomètres 500 nord-ouest de 172). Des détachements de cavalerie, placés en observation sur chacun des éperons à l’est de Saint-Boës (Jouannès, Cassaet, Casteca, 134, Sainte-Marie et Saint-Martin-de-Bonnut), auraient mission de surveiller la plaine du côté du nord-ouest. La division Villatte devait ainsi former, en seconde ligne, réserve des corps de Reille et d’Erlon et soutenir au besoin Harispe. Celui-ci, chargé de défendre Orthez, reliait donc sa droite avec Foy et il s’échelonnait en arrière jusqu’à la division Villatte.
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| BATAILLE D'ORTHEZ 27 FEVRIER 1814 |
Le développement des positions occupées (8 kilomètres environ) portait ainsi les deux ailes en échelons en avant par rapport au centre. Les flancs avaient une grande force..."
Les combats continuèrent en Béarn et dans les Landes.
(Source : Bataille d'Orthez - 27 fevrier 1814 (orthez-1814.org) et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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