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vendredi 28 août 2026

L'ÉMIGRATION À PARTIR DU PAYS BASQUE INTÉRIEUR EN 1900 (deuxième partie)

 

L'ÉMIGRATION DU PAYS BASQUE INTÉRIEUR EN 1900.


Pendant plus d'un siècle, des centaines de milliers de Basques ont quitté leur terre natale en espérant trouver une vie meilleure, souvent de l'autre côté de l'Océan Atlantique.



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BATEAU DE L'EMIGRATION
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet Michel Papy, dans le Bulletin de la Société des sciences, arts & 

lettres de Bayonne, en février 1973 :



"... La Soule et la Basse-Navarre ont vu partir en 1900, 329 personnes à destination de l’étranger. L’année précédente, 207 personnes avaient émigré. En deux ans, l’émigration a porté sur un peu moins du centième de la population totale (tableau I). L’augmentation du nombre de départs est sensible d’une année sur l’autre ; or, il existe peu de raisons de mettre en doute les chiffres d’émigrés en 1899, que les maires déclarent avec autant d’assurance que les chiffres de 1900, 50 communes sur 107, soit près de la moitié, ont connu une augmentation par rapport à l’année précédente. Faute de renseignements précis sur l’ensemble de la période, il n’est pas question d’en chercher des causes autres que fortuites. Les maires des 50 communes en question, invités à expliquer la progression des départs, n’ont su donner que des raisons beaucoup trop générales (la misère, l’appel de parents déjà émigrés, etc.) pour pouvoir s’appliquer ici. Trois d’entre eux avouent même leur ignorance. Pourtant, on relève dans deux communes, Saint-Jean-le-Vieux et Arraute, une explication intéressante. A Saint-Jean-le-Vieux, le maire est une personnalité des plus connues : maire depuis un an seulement, Louis Etcheverry est un ancien député, le type même du grand notable traditionaliste, excellent connaisseur du Pays Basque, auteur, peu d’années auparavant, d’une monographie sur sa commune primée en 1897 par la Société des Agriculteurs de France de la rue d’Athènes, fort préoccupé par l’émigration basque qu’il a déjà étudiée, il attribue l’augmentation des départs en 1900 "au voyage en Europe de plusieurs familles attirées par l’Exposition, qui ont entraîné ensuite des amis et des parents à leur suite en Amérique". Le maire d’Arraute lui fait écho : "On a profité de partir (sic) avec des connaissances qui sont venues dans le pays à l’occasion de l’Exposition." Quoique le phénomène ne soit pas cité ailleurs, on doit pouvoir expliquer de la même façon un certain nombre de départs de l’année 1900. En favorisant les visites au pays, et par conséquent, les contacts entre les Basques restés sur place et les "Américains", l’Exposition universelle a peut-être été suivie d’un regain momentané de l’émigration. Il ne semble pas qu’il faille en exagérer l’influence, cependant on ne peut exclure l’hypothèse que 1900 est une année exceptionnelle de ce simple point de vue. 




TABLEAU I : NOMBRE DE DEPARTS PAR CANTON
EN 1899 ET 1900



Les directions prises par les émigrants sont bien connues depuis longtemps. Le tableau II confirme et chiffre ce que l’on savait : la République Argentine attire la majeure partie des Basques, un peu concurrencée par la Californie. Le tableau ne s’applique qu’aux départs de l’année 1900, seule année pour laquelle l’enquête demandait le lieu de destination. De rares réponses évasives nous valent quelques incertitudes : sur les 107 maires de l’arrondissement, 7 se contentent d’indiquer "Amérique" ou "Buenos Aires et Montevideo" ou encore "Buenos Aires et Californie" sans préciser le nombre de personnes correspondant à chaque destination. Cette dernière donnée est désignée très souvent par le port de débarquement : San Francisco, et surtout Montevideo et Buenos Aires, toutes deux citées beaucoup plus souvent que l’Uruguay ou la République Argentine. On peut regretter de n’avoir guère de précision, de ne rien savoir du sort des émigrés, mais les premiers temps du séjour outre-mer étaient consacrés à la recherche d’un travail. Même ceux qu’attendaient parents ou amis ne se fixaient souvent qu’après une période plus ou moins longue d’errance et de tâtonnements. On sait, par exemple, que les Basques débarqués à San Francisco ont débordé progressivement dans tout le Far-West, Nouveau-Mexique et Colorado d’abord, puis Arizona et Nevada dès 1890, enfin, jusque dans les Etats du Nord et de la Prairie Américaine. Ceux qui débarquaient à Buenos Aires se dispersaient eux aussi sans doute : Adrien Planté oppose, en 1911, les émigrés basques aux béarnais : "les Basques se répandent surtout dans les vastes campagnes aux luzernières géantes, aux troupeaux bibliques, aux céréales à perte de vue. Les Béarnais occupent Buenos Aires...". 



TABLEAU II : DIRECTIONS PRISES PAR LES EMIGRANTS
DE L'ANNEE 1900



La République Argentine accueillait donc 72 % des Basques ; l’Amérique du Sud ou plus exactement son extrémité méridionale et tempérée, 80 % en tout. La Californie en attire presque le cinquième ; les destinations mineures sont la zone des Caraïbes (Cuba, Mexique) et le Canada. Il ne faut accorder qu’une valeur indicative à des proportions calculées sur les départs d’une seule année, vu le caractère fortuit des variations inter-annuelles. On sait déjà, par exemple, que la crise de 1890 en Argentine avait alors entraîné une chute immédiate, et d’ailleurs durable, des départs. Malgré tout, les pourcentages d’émigration vers leurs différentes destinations sont sans doute significatifs. Si R. Bochaca, dans sa thèse récente sur l’émigration française par le port de Bordeaux — émigration en bonne partie basque vers 1900 —, ne signale pour le tournant du siècle qu’un pourcentage infime, entre 0 et 2 %, de départs vers les Etats-Unis, la raison en est ailleurs : Bordeaux, qui s’est fait une spécialité de transports de passagers vers La Plata, voit décliner ses liens avec l’Amérique du Nord au profit du Havre, lieu vraisemblable d’embarquement des Basques à destination de San Francisco. 



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EMIGRATION BASQUE AU DEPART DE BORDEAUX
PAYS BASQUE D'ANTAN


Il y a peu à dire sur la nette prédilection des Basques pour l’Argentine et l’Uruguay. Le fait est assez connu à travers les témoignages les plus divers. Le plus remarquable est sa constance à travers tout le siècle. Toutes les enquêtes chiffrées confirment le fait : à titre d’exemple, dans la vallée d’Ossès, entre 1866 et 1914, 83 % des jeunes gens ont émigré vers l’Amérique du Sud, presque tous vers l’Argentine, si l’on en croit les listes des recensements militaires. La relative constance des courants migratoires s’explique, on le sait, par l’existence de réseaux de relation de divers types. Ces réseaux expliquent aussi que telle commune se spécialise en quelque sorte dans telle forme d’émigration, ou telle direction. 



L’exode touche inégalement les différents cantons basques. Le tableau I et la carte indiquent clairement que les régions les plus enfoncées dans la montagne sont les principales pourvoyeuses d'émigrants ; plus de la moitié d’entre eux sont originaires des seuls cantons de Saint-Jean-Pied-de-Port et de Saint-Etienne-de-Baïgorry. Ce dernier canton connaît des départs quatre fois plus importants, proportionnellement à sa population, que ceux de Mauléon et Saint-Palais. Le tableau III confirme cette impression. Les seuls cantons, où près d’un tiers des communes n’a connu aucun départ en deux ans, sont ceux des zones basses, les cantons de Mauléon, Saint-Palais et Iholdy. Les causes de ces différences locales sont en principe faciles à déceler, toutes vraisemblables, en réalité délicates à analyser de près. 



CARTE ORIGINE DES EMIGRANTS DE 1899 ET 1900
PAYS BASQUE D'ANTAN




TABLEAU III : COMMUNES SANS EMIGRANT EN 1899 ET 1900



Dans le canton de Mauléon, par exemple, si peu de personnes s’expatrient, c’est parce que beaucoup de ruraux gagnent Mauléon, alors en croissance rapide ; certaines communes du canton de Tardets, voire de celui d’Iholdy ont sans doute subi elles aussi l’attraction de Mauléon, Mais surtout cet exemple illustre les difficultés d’une véritable explication. Pour la mener à bien, c’est l’ensemble de l’exode rural qu’il faudrait mesurer avec certitude, non les seuls départs vers l’étranger ; c’est l’attraction de Bayonne et de la Côte basque, de Bordeaux, de Paris, qu’il faudrait connaître. Si dans le cas de Bayonne et de la côte, on peut supposer que l’appel joue plus ou moins en fonction de la proximité géographique, comme c’est le cas pour Mauléon, il n’en est pas de même pour Bordeaux et Paris ; dans ces deux cas, comme pour les départs vers l’Amérique, des liens divers, nés peut-être du hasard, conditionnent les départs.



Il faudrait aussi pouvoir mesurer l’ancienneté de l’émigration, dans chaque commune. L’enquête diocésaine de 1909, qui demande aux curés depuis combien de temps l’émigration à l’étranger est pratiquée dans leur paroisse, ne peut malheureusement être d’aucun secours : la majorité des prêtres, ou bien ne répond pas, ou bien se contente d’appréciations de ce type : "de temps immémorial", "de tout temps", etc. 



Faute de connaître exactement la structure sociale et professionnelle de toutes les communes, faute de pouvoir mesurer leur densité de population en fonction des ressources supposées, faute de savoir enfin si ces différences dans l’intensité de l’émigration d’une commune à l’autre, sont traditionnelles ou occasionnelles, il faut se contenter de remarques de détail. 



Quelques communes attirent l’attention par le nombre élevé de leurs émigrants, tant en chiffres absolus qu’en pourcentages sur la population municipale. Le cas le plus remarquable est celui de la vallée de la Nive des Aldudes dont les trois communes, Banca, les Aldudes et Urepel totalisent 100 départs environ en deux ans soit pas très loin de 4 % de la population totale. Le curé des Aldudes donne, en 1909, une explication politique et polémique : "Aux élections législatives de 1893, les Aldudiens votèrent pour Louis Etcheverry contre Berdoly, et le gouvernement de la République leur supprima les privilèges accordés par Napoléon III. D’où la misère, le sol ne suffisant pas à nourrir des familles d’ailleurs assez chargées d’enfants. Dès lors, s’accentua encore l’exode en Californie commencé depuis une cinquantaine d’années." On sait en effet que si l’installation définitive de la douane aux Aldudes date de 1847, celle-ci "a longtemps respecté les droits de libre-échange des frontaliers, jusqu’au 16 avril 1895" ; or ce régime avait permis un négoce, voire un artisanat actif, sans parler, bien entendu de la contrebande. Sans doute la disparition de ces ressources a-t-elle activé encore l’émigration."



A suivre...


(Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)





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