Affaire Bessonart (Pierre), 21 ans, cultivateur à Itxassou, accusé d’assassinat et vol.
Voici les faits d’après l’acte d’accusation :
Le 4 avril 1926, les habitants de la commune d’Halsou apprenaient que le sieur Elgard Laurent, 55 ans, de la même commune, avait été assailli sur la route de Cambo à Itxassou, par un individu qui lui avait pris son porte-monnaie après l'avoir mortellement blessé. La victime vivait dans cette localité avec sa sœur, son neveu, sa nièce et le mari de cette dernière, Bessonart Pierre.
Très rangé, très sobre, très laborieux, il passait pour posséder des économies. Il se plaignait souvent des agissements à son égard de sa famille surtout de son neveu Bessonart.
Les habitants d'Halsou qui avaient été victimes de ses indélicatesses, n’avaient pas de lui une meilleure opinion.
L’accusé n’ignorait pas que son oncle avait vendu en janvier dernier un cheval pour la somme de 1 150 fr. et la conviction qu'il devait avoir sur lui cet argent fit naître dans son esprit la pensée de le lui ravir.
Le 3 avril, vers 19 heures, Elgard Laurent partit pour Itxassou. Bessonart, qui était au courant de ce départ et fermement décidé à exécuter son criminel dessein, quitta sa maison quelques instants après lui, le suivant à une cinquantaine de mètres. On le vit marchant à 20 mètres derrière son oncle. Ce dernier abandonna la route pour longer la voie ferrée et arriver plus vite à Cambo. Bessonart rentra alors chez lui, prit une bicyclette et se porta sur la route au-devant de son oncle et, à proximité de la maison "Ségura-Borda", armé d’un pieux arraché à une haie voisine, le frappa par derrière avec une telle violence que le malheureux, grièvement blessé, tomba à la renverse évanoui. Le croyant mort, il se pencha sur lui et lui ravit son porte-monnaie. Il regagna ensuite sa demeure, laissant son oncle dans le fossé de la route où il fut trouvé le lendemain matin qui le transportèrent dans une grange voisine ; un médecin de Cambo fut appelé pour lui donner des soins. Transporté chez lui, il succombait quelques heures après.
La gendarmerie, immédiatement prévenue, se rendit sur les lieux ; elle trouva le béret d’Elgard accroché à la branche d'un chêne, en face du lieu de l’agression, et à 25 mètres plus loin, elle découvrit dans un fourré un pieu arraché à la clôture d’une haie et à l’extrémité duquel adhéraient encore quelques cheveux de la victime était maculée de sang.
Ses soupçons se portèrent tout de suite sur Bessonart, dont elle connaissait la mauvaise réputation. Malgré ses protestations d’innocence, elle l’arrêta après avoir aperçu sur ses vêtements et sur sa bicyclette des taches suspectes.
Interrogé par un commissaire de police mobile sur un autre vol, Bessonart avouait spontanément qu’il était le meurtrier de son oncle. Peu après, revenant sur ses aveux, il accusa son jeune beau-frère Laurent Hatty d'avoir commis le forfait ; mais le soir du même jour, il se rétractait et avouait de nouveau son crime.
Bessonart ayant été réformé au cours de son service militaire pour débilité mentale, le juge d'instruction l’a fait examiner au point de vue mental. Le médecin le déclare responsable de ses actes, mais estime que cette responsabilité comporte une légère atténuation en raison de la "déficience" psychique qu’il présente.
De très mauvais renseignements ont été fournis sur le compte de l'accusé, considéré comme paresseux, menteur et malhonnête. Il a été condamné une fois pour vol à 2 mois de prison avec sursis.
Le siège du ministère public est occupé par M. de Andreis, avocat général.
La défense es assurée par Me Delmas, du barreau de Bayonne.
L'interrogatoire.
Bessonart est marié depuis un an et demi, deux mois avant son départ au régiment ; il n’a fait que six mois de service militaire, ayant été réformé pour débilité mentale. Il vivait à la maison "Hola" avec sa belle-mère, sa femme, un beau-frère et l’oncle Elgard, en qualité de locataire.
Bessonart déclare avoir toujours vécu en bonne intelligence avec son oncle, ne l’avoir jamais contrarié, ne lui avoir jamais pris de l’argent. il reconnaît avoir frappé, mais n’avoir pas tué ; c’est après les coups que l'oncle est décédé.
Le 3 avril 1926, veille du jour de Pâques, Bessonart rentrait chez lui, lorsque son oncle lui fit un reproche au sujet d'une soeur qui, partie pour Saint-Jean-de-Luz, n’était pas encore rentrée, ce qui l'obligeait d'aller seul à Itxassou chercher un costume pour la fête du lendemain.
L'accusé prétend être parti quelques instants après à la poursuite de son oncle pour l'accompagner et qu'à ce moment Elgard aurait manifesté son consentement. Mais, arrivé à la côte d’Halsou, un peu avant la maison "Ségura Borda", à Itxassou, une discussion serait survenue, au cours de laquelle l'oncle aurait pris le neveu au collet et l’aurait menacé d’un coup de bâton. S’étant dégagé, Bessonart aurait pris un pieu, en aurait frappé son oncle qui tomba à genoux. L’accusé reconnaît cependant avoir pris de l’argent (120 francs environ) dans un porte-monnaie situé dans la poche du veston de son oncle. Le méfait commis, il est rentré chez lui.
Il nie formellement être parti en bicyclette et s’être mis en embuscade.
On présente à l'accusé le pieu avec lequel il aurait frappé ; il ne le reconnaît pas car au moment où les faits se sont produits, il faisait nuit.
L'interrogatoire est terminé.
L'audience continue."
A suivre...
(Source : gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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