CARTES POSTALES , PHOTOS ET VIDEOS ANCIENNES DU PAYS BASQUE. Entre 1800 et 1980 environ.
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mercredi 5 août 2026
dimanche 5 juillet 2026
LA CHASSE AUX ALOUETTES DANS LES BASSES-PYRÉNÉES EN JANVIER 1923 (première partie)
LA CHASSE AUX ALOUETTES DANS LES BASSES-PYRENEES EN 1923.
Parmi les nombreuses chasses pratiquées dans le Pays Basque d'Antan, comme la chasse au renard, aux vautours, à la palombe, et autres goélands, la chasse aux alouettes n'en était pas la moins pratiquée.
Voici ce que rapporta Georges Blançon dans le quotidien La Gazette de Bayonne, de Biarritz et du
Pays Basque, le 19 janvier 1923 :
"La chasse à l'alouette.
Peut-on créer deux zones pour la clôture en Basses-Pyrénées.
Où seraient opposés Basques et Béarnais.
Les volatiles traversent, actuellement, une crise douloureuse : ce sont les coqs qu'on veut exiler de Biarritz, c'est l'alouette qu'on poursuit impitoyablement, le fusil à la main, jusque dans les bureaux de M. le Préfet des Basses-Pyrénées. La chasse terminée, les petits oiseaux avaient poussé un "ouf !" de bonheur. On allait enfin pouvoir picorer les chenilles et les vers, avec quelques semences, sans compter les miettes de pain de l'écolier et du vieux monsieur compatissant. Mais les chasseurs d'alouettes veillaient. Ils ne veulent accorder à l'alouette aucun répit en février et en mars.
Nous avons publié, au début de la nouvelle année, une lettre de M. Harriet, lieutenant de louveterie, qui, de Saint-Jean-de-Luz, demandait à M. le Préfet de décréter la mort en masse des alouettes pendant ces deux mois-là : "L'alouette des champs, écrivait-il, doit être considérée comme le plus malfaisant des granivores dans nos régions." Tant de méchanceté entre-t-elle dans l'âme de ces bestioles ?...
M. Le Barillier, sénateur, a appuyé ce sévère, cet impitoyable réquisitoire.
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| ALBERT LE BARILLIER SENATEUR MAIRE D'ANGLET PAYS BASQUE D'ANTAN |
Mais M. Garipuy n'a pas encore pris de décision. Les chasseurs de notre pays n'en attendent pas moins sa décision avec confiance.
Pourtant, dans leur impatience de la décision préfectorale, ils accueillent et signalent quelques bruits parvenus jusqu'ici. Il paraît que des conseillers généraux du Béarn seraient hostiles à l'autorisation sollicitée et auraient fait, de leur côté, une démarche conforme à leurs désirs auprès de M. le Préfet. Il n'en fallait pas davantage pour réveiller des vieilles querelles — heureusement anodines et passagères.
"Si les Béarnais s'opposent à la mise à mort des alouettes en février et en mars, disent-ils, c'est que ces rares "privilégiés" tiennent à protéger les lièvres et les chevreuils dont pullulent leurs bois et leurs plaines. Mais nous autres Basques, qui ne possédons pas de ce gros gibier, nous demandons à bénéficier de la "repasse", n'ayant fait jusqu'ici qu'un maigre butin."
On s'est quelquefois battu pour des prunes. Allons-nous voir les Basques partir en guerre, le hammerless sur l'épaule, pour des alouettes ?
Mais le chasseur basque est bon enfant. Il fait remarquer qu'il existe un moyen de tout concilier : diviser, pour la clôture de la chasse, les Basses-Pyrénées en deux zones : l'une qui comprendrait les régions où persiste le gibier sédentaire, l'autre dont feraient partie les chasseurs d'alouettes.
Les choses en sont là, pendant que l'alouette, anxieuse, se demande à quelle sauce elle sera mangée."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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mardi 8 août 2023
LES ANIMAUX AU PAYS BASQUE EN 1898 (septième et dernière partie)
LES "HÔTES DE LA MAISON BASQUE" EN 1898.
Au début du 20ème siècle, les animaux domestiques occupent une grande place, dans le monde rural, et en particulier au Pays Basque.
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| UNE PAYSANNE ET SES OIES DESSIN DE LAM PAYS BASQUE D'ANTAN |
Voici ce que rapporta à ce sujet la revue bimensuelle La Femme, le 15 août 1898, sous la plume
de Mme d'Abbadie d'Arrast :
"Les "hôtes de la Maison Basque" (suite).
... "Un jour qu'il n'y avait rien à faire, les mouches tourmentaient la femme en disant : Lan ! lan ! lan ! (Travail ! travail ! travail !) Elle leur donna un crible : "Allez, leur dit-elle, remplissez d'eau la barrique vide qui est dans la cave. Vous prendrez l'eau dans le canal du moulin et vous la transporterez dans le crible en montant par la prairie qui est au-dessus de la maison.
En un instant cela fut fait et les mouches étaient encore là harcelant la femme et bourdonnant : Lan ! lan ! lan ! (Travail ! travail ! travail !)
A bout de patience, elle dit à son mari :
— Quelle merveille que ces mouches ! Il faut absolument nous en défaire.
— Oui, répondit le mari. Mais nous devons à chacune payer des gages.
— Donnez-leur, dit la femme, les dix oies qui sont un peu au-dessous de la maison.
En même temps les oies s'envolèrent avec des cris bruyants vers les nues et les mouches de Mendiondo ne reparurent plus."
Quoi qu'il en soit de cette intéressante légende dont on doit la conservation à M. Cerquaud, inspecteur d'Académie, est-il permis, en l'absence de noms de famille et d'emblèmes ayant l'abeille, la mouche pour origine, de faire l'hypothèse que la vénération dont les Basques entourent encore aujourd'hui leurs ruches, soit un dernier vestige d'une très antique tradition se rattachant au fétichisme de l'abeille, fétichisme en honneur chez les tribus, grecques ? Nous posons la question. Pour nous, simplement, nous avons été frappée de la tournure d'esprit, des traditions, des coutumes anthropomorphes des Basques et il nous a semblé que parlant des hôtes de la Maison Basque dans l'intention très avouable de retenir quelques-uns des usages pittoresques du pays qui bientôt auront disparu, on nous pardonnerait une téméraire mais très fugitive incursion sur un terrain qui n'est pas le nôtre, où nous ne nous sommes aventurée que timidement et sans songer à conclure.
| FERME BASQUE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Notons encore une opinion superstitieuse des Basques à propos des bêtes :
Pour la sécurité du bétail, en Soule, le 3 février, jour de la St-Blaise, a lieu un pèlerinage célèbre dont voici le cérémonial, d'après le récit qu'en a publié l'Avenir de Bayonne (17 février 1898), sous le pseudonyme de G. de la Nive :
| 3 FEVRIER SAINT BLAISE |
"Il y a une vingtaine d'années, j'ai vu la St-Blaise se fêter dans le pays de Soule. Au milieu des grands bois qui séparent Mauléon de Barcus, il est un endroit, pas bien grand, appelé "l'Hôpital St-Blaise". Pour le 3 février, il s'y fait de nombreux pèlerinages ; on s'y rend de plusieurs lieues à la ronde, village par village, pendant trois jours consécutifs. L'église est toute petite, mais fort ancienne ; elle a un cachet antique pas trop banal. Toute la cérémonie religieuse consiste, pour le curé, à défiler devant la balustrade où le populaire vient s'agenouiller en rangs ininterrompus. A chacun il fait la même demande : "Combien d'évangiles ?" Le nombre d'évangiles est relatif à celui des bêtes à corne du pèlerin, et c'est cinquante centimes par évangile. Un premier clerc inscrit le nom du déposant et le nombre d'évangiles ; un second recueille les fonds.
| EGLISE ET PRESBYTERE L'HÔPITAL SAINT-BLAISE PAYS BASQUE D'ANTAN |
La cloche de l'Hôpital St-Blaise est miraculeuse ; les trois jours du pèlerinage constituent le bénéfice annuel de son sonneur. Elle est affreusement fêlée, elle a un horrible bruit de ferraille ; mais avez-vous des migraines, avez-vous des maux de dents ? Mettez alors la tête sous la cloche et dites au sonneur de la faire retentir une, deux, trois, quatre fois. C'est deux sous le coup de cloche et, la foi aidant, vous en aurez pour toute l'année à être dispensé de migraines et de maux de dents...
| EGLISE L'HÔPITAL SAINT-BLAISE PAYS BASQUE D'ANTAN |
Les bons propriétaires Souletins n'ont eu garde d'oublier un encens particulièrement agréable à saint Blaise. Ils sont venus au pèlerinage portant sous le bras une grosse poignée de poils de la queue de leur bétail. Et, à la nuit tombante, ils en forment des tas considérables tout autour de l'église et les font brûler. Pendant que la fumée s'élève, chaque groupe de villageois, qui ne voyagent jamais sans musique, ici avec un violon, là avec un "chirula", plus loin avec une véritable fanfare, se met à danser, à chanter avec un entrain admirable.
Dans le Labourd, les Sociétés de Secours mutuels que les paysans forment entre eux pour assurer leur bétail font dire une messe pour la St-Blaise à l'intention des écuries des sociétaires. Sont punis d'une amende ceux qui s'abstiendraient d'y assister. Repos obligatoire pour le bétail, ce jour-là, jusqu'à midi. Une infraction à ce règlement serait punissable de 10 fr. d'amende.
Voici quelques autres superstitions populaires :
On a peur de passer auprès d'un chien couché par terre : cela n'augure que malheur.
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| 3 CHIENS BERGER D'ALSACE |
Si l'on a de l'argent dans la poche lorsqu'on entend chanter le coucou pour la première fois de l'année, on aura de l'argent pendant toute l'année.
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| COUCOU |
Le bouc mis dans une écurie préserve des maladies.
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| ATTELAGE AVEC BOUC |
Tuer un chat dans la maison porte malheur.
Voir un chat noir traverser la chambre est le signe qu'une sorcière vous jette des maléfices.
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| CHAT NOIR PORTE BONHEUR |
Pour conjurer le mauvais esprit, il faut couper le cou à un chien noir et se servir des tronçons sanglants pour tracer une croix sur chaque ouverture de la maison, fenêtres et portes. Ensuite, il faut enterrer le chien devant la porte principale.
Une poule noire dans une basse-cour porte bonheur. Lorsqu'on est prudent on laisse une poule noire dans son poulailler parmi les autres poules.
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| POULE NOIRE ESPOIR |
Le blaireau possède une graisse dont les vertus curatives sont universelles.
Le serpent est un animal dont on a horreur : il s'introduit auprès des mères qui allaitent et dérobe le lait aux nourrissons. Ce reptile, plein de ruse, met l'extrémité de sa queue dans la bouche de l'enfant pour que la mère ne s'aperçoive pas de l'horrible substitution qui a lieu.
Le chien qui hurle dans la nuit est signe de mort.
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| CHIEN PENDANT LA GUERRE 1914-1918 |
La maîtresse de maison fait passer plusieurs fois les grains de maïs par un gosier de renard afin de préserver la volaille des déprédations de cet ennemi des basses-cours.
Le cri du hibou est de mauvais augure.
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| HIBOU |
L'hirondelle qui niche dans l'étable apporte des veaux et du lait.
Lorsque le coq chante vers 11 heures, c'est signe que la maison est entourée de sorciers.
Le premier chant du coq le matin met en fuite les laminacs.
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| LE CHANT DU COQ |
Une dernière légende pour prouver l'influence du chant du coq sur les esprits malins.
"Les anciens de Licq ne pouvaient venir à bout de la construction de leur pont : mais à l'endroit du gave où ils cherchaient à le bâtir, il y avait trois laminacs, tous trois se nommaient Guilhem. Un jour, ces laminacs dirent à un homme du village qu'ils construiraient un pont de pierre la nuit, veille de la saint-Jean, s'il voulait en payement leur donner son âme. L'homme le leur promit, à condition que le pont serait construit dans une même nuit, avant que le coq eût chanté. La nuit de la veillée de saint Jean, les trois Guilhem ensorcelèrent d'abord tous les coqs et ils commencèrent à travailler, disant en se passant les pierres : "Tiens, Guilhem ! — Donne, Guilhem ! — Prends, Guilhem !". Pour terminer le pont, ils avaient à la main la dernière pierre, lorsqu'un poussin, encore dans l'oeuf, sous la poule, chanta. Alors les trois Guilhem dirent : "Adieu notre payement", et ils jetèrent la pierre dans l'eau. Depuis lors, une pierre manque à ce pont..."
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| PONT DE LICQ-ATHEREY SOULE PAYS BASQUE D'ANTAN |
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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dimanche 9 juillet 2023
LES ANIMAUX AU PAYS BASQUE EN 1898 (sixième partie)
LES "HÔTES DE LA MAISON BASQUE" EN 1898.
Au début du 20ème siècle, les animaux domestiques occupent une grande place, dans le monde rural, et en particulier au Pays Basque.
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| ABEILLE |
Voici ce que rapporta à ce sujet la revue bimensuelle La Femme, le 1er août 1898, sous la plume
de Mme d'Abbadie d'Arrast :
"Les "hôtes de la Maison Basque" (suite).
... Une scène merveilleusement racontée par Fénimore Cooper dans le Dernier des Mohicans, fait admirablement comprendre les superstitions fétichistes elles moeurs qui en sont les conséquences. Il nous montre un Peau-Rouge, un Castor de la tribu des Castors, qui vient à passer devant une colonie de vrais castors. Le Castor s'arrête pour adresser la parole à ses parents ; s'il avait omis cette formalité, il aurait commis une grave inconvenance, une profanation. Cet homme ne pouvait passer devant une république si puissante de ses ancêtres sans leur accorder une preuve de respect. Il fit halte et leur parla sur le même ton de bienveillance et d'amitié que s'il s'était adressé à des êtres intelligents : il les traita de "cousins" et conclut en suppliant ces animaux de répandre sur sa tribu une partie de la sagesse qui fait leur grande réputation.
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| LE DERNIER DES MOHICANS ILLUSTR TUCK ET FILS |
Chez le Basque, nous constatons qu'il n'y a plus que de rares vestiges de ces anciennes croyances. Aucune famille, à quelques rares exceptions, ne porte le nom d'un animal. On nous a cité deux familles seulement, dont l'une s'appelle "Cboribit", Oiseau, et l'autre appartient à l'ancienne et noble souche des "Belzunce", c'est à dire Hibou noir. L'archevêque de Marseille, que son dévouement pendant l'épidémie de peste en 1720 a rendu illustre, était un Bélzunce. Ainsi, peu de traces dans les noms des familles d'une origine fétichiste.
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| HENRI-FRANCOIS-XAVIER DE BELSUNCE DE CASTELMORON EVÊQUE DE MARSEILLE DE 1709 A 1755 |
Ne peut-on pas attribuer la formation les noms de famille basques à une cause très naturelle, très logique ? Ce qui détermine le nom, c'est d'une manière constante la situation du lieu où s'élève la maison, l'espèce de végétation qui l'entoure : les eaux, sources, fontaines, ruisseaux qui l'avoisinent. On est Monsieur "de la Coudraye". "Sous le chêne", "près du pommier", "au pied de la source", "à la tête de la montagne", "de l'endroit rocailleux", "de la lande", "près de l'église" etc., etc. N'est-il pas permis de penser que ces appellations sont la conséquence de l'état primitif migrateur du peuple basque ? Chassées de leur sol natal à la suite d'un cataclysme, dont le souvenir est devenu confus dans les traditions humaines, ou expulsées brutalement par des envahisseurs, ces antiques tribus ont erré à travers le monde à la recherche d'une nouvelle patrie. Elles ont campé au milieu des nations sans avoir le temps d'adopter les croyances et les coutumes des peuples chez qui elles passaient, et lorsqu'à la fin, à la faveur des circonstances, elles ont pu faire halte et se fixer dans les régions pyrénéennes, dans des cantons qu'aucun autre peuple ne leur disputait, ce sont les sites eux-mêmes où les émigrants s'arrêtèrent, où ils élevèrent une première hutte, qui leur fournirent des noms. Le nom d'abord était celui de l'établissement que l'on venait de fonder, puis, par extension, par l'usage, la famille s'est désignée du même nom que sa demeure.
Sous l'abri primitif qu'ils avaient édifié à la hâte, les nouveaux habitants des contreforts pyrénéens ont songé à une installation plus durable. La hutte est devenue une masure, et la masure un maison. A mesure qu'ils s'initiaient à la culture de la terre, qu'ils entreprenaient des travaux, ils durent s'approprier les animaux que les nations voisines possédaient et dont elles savaient tirer parti : les espèces qu'ils introduisirent, nouvelles venues chez eux et par suite races étrangères, arrivaient à une époque trop tardive pour que des traditions aient pu prendre naissance, et l'empreinte caractéristique qu'une longue et antique cohabitation avec les bêtes a laissée chez les autres nations, a fait défaut dans une grande mesure chez les Basques. Culte, légendes, superstitions-fétiches, apologues, proverbes, littérature animalesques, rien de tout cela ne se retrouve ici avec la netteté que présentent les traditions des autres peuples. Avant l'époque où ils se sont enfuis, s'échappant de la mystérieuse catastrophe, de telles traditions existaient-elles parmi eux? Possédaient-ils des races domestiques particulières à leurs contrées ? Autant de questions auxquelles il est difficile de répondre. Si la tradition existait auparavant, elle a été en partie effacée, elle s'est atténuée pendant la période dés tribulations que le peuple a sans doute traversée, et si les Basques primitifs possédaient des races d'animaux domestiques qui leur fussent particulières, ces races ont disparu et aujourd'hui les bêtes qu'abritent leurs fermes sont les mêmes que chez leurs voisins de la Gascogne et de l'Espagne.
Dans cette rupture du lien de la tradition, il faut noter des exceptions. Ainsi l'abeille est traitée parles Basques et par leurs voisins du Béarn avec considération : on l'entoure de singulières prévenances ; on a pour elle d'étranges ménagements. D'où cela vient-il ? On prend grand soin des ruches, on est persuadé que si l'on manque d'égard vis-à-vis des abeilles, celles-ci s'en vont. Leur départ est un malheur, un signe de mauvais augure. On regarde leur présence dans une ferme comme un porte-bonheur. Lorsqu'on s'approche des abeilles, on leur parle. On les appelle "Mesdemoiselles Belles et Bonnes" ; on leur dit qu'elles sont gentilles ; s'il survient un événement dans la maison, une naissance, une mort, on se hâte de le leur annoncer. Jamais on ne ferait mal à une abeille, jamais un voleur n'oserait porter la main sur une ruche, ce ne serait rien moins qu'un sacrilège. Jamais il ne faut dire le nombre de ses ruches, sous peine d'être frappé par le malheur.
Il y a un an vint à mourir une basquaise dont le rucher était considérable, car elle laissait ses ruches se multiplier. et n'en retirait jamais le miel. Le juge de paix fut chargé parla famille d'aller annoncer aux abeilles la mort de leur maîtresse. Il s'acquitta de son message en termes affectueux, dans les formes de politesse requises pour témoigner son respect. Il est bien avéré que le petit peuple ailé s'en va et ne revient plus si on ne le prévient pas des changements qui surviennent dans la maison et si on ne conserve pas à son égard une politesse dont il puisse se sentir flatté.
Retrouvons-nous dans cette singulière coutume un vestige des anciennes croyances, des idées religieuses de certaines provinces du Danube, de la Grèce et de l'Asie-Mineure, où l'abeille n'était rien moins qu'un insecte sacré auquel on rendait un culte ? Il y a cependant une dissemblance, car là où l'abeille était adorée, les tribus, les individus portaient le nom de l'Abeille, comme chez les Peaux-Rouges il y a des Castors, des Ours et des Loups ; il n'en va pas ainsi chez les Basques. En Grèce, les médailles dont on a conservé des modèles étaient frappées avec l'emblème sacré qui était une abeille, et nous ne savons pas qu'on ait attribué jamais ce même emblème aux Basques. Au témoignage de Philostrate quand les Athéniens envoyèrent leurs premières colonies en lonie, les Muses sous forme d'abeilles servirent de guides aux émigrants. Sur les monnaies d'Ephèse on voyait une abeille. Hérodote rapporte que tout le nord du Danube était occupé par des Abeilles, c'est à dire par des tribus vouées au culte de l'abeille. Ce sont encore les Abeilles qui élèvent Jupiter sur le mont Ida. La restauration du temple de Delphes est attribuée aux Abeilles. Il y avait donc des tribus, des associations qui portaient le nom d'Abeilles, lesquelles étaient répandues sur une vaste surface de pays. (P.-F. Mac-Lennan, Fortnighltly Review, traduction de la Revue Britannique, 1870.)
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| ABEILLE SUR MONNAIE D'EPHESE |
Faut-il rattacher à quelque vestige d'un culte primitif de l'abeille une légende basque dont le caractère n'est pas anthropomorphe comme les autres légendes et qui semble s'inspirer de quelque lointaine croyance fétiche ? Nous soumettons le problème à l'appréciation des basquisants.
La légende est reproduite dans le Bulletin de la Société des Sciences, Lettres et Arts de Pau sous le titre des Mouches de Mendiondo.
"Le maître de la maison de Mendiondo était un grand fainéant et pourtant la besogne était toujours plus vile terminée chez lui que chez ses voisins. En une seule heure, dès le matin, la prairie au-dessous de la maison se trouva fauchée. Un dimanche, pendant la messe, fut scié tout le froment d'un champ.
Les voisins étaient fort étonnés, parce qu'ils ne voyaient jamais chez lui aucun ouvrier. Sa femme aussi se méfiait.
Or, un dimanche, avant de se rendre à la messe, elle vit de loin son mari cacher quelque chose dans les broussailles. Elle y alla, curieuse de savoir ce qu'il y avait mis et y trouva un étui. Elle l'ouvrit et il en sortit dix mouches.
Les mouches voltigent devant ses yeux, à ses oreilles et bourdonnent : Cer eguin, cer eguin, cer eguin (Quoi faire ? quoi faire ? quoi faire ?)
Epouvantée, la femme leur dit : «"Rentrez bien vile dans le trou." Les mouches aussitôt rentrent dans l'étui.
La femme le ferma et le remit en place.
Elle s'empressa de raconter à son mari ce qui lui était arrivé, et le mari avoua que c'étaient les mouches qui faisaient le travail de la ferme.
A partir de ce moment, quelque besogne que la femme leur donnât, elle était faite en un moment."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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jeudi 8 juin 2023
LES ANIMAUX AU PAYS BASQUE EN 1898 (cinquième partie)
LES "HÔTES DE LA MAISON BASQUE" EN 1898.
Au début du 20ème siècle, les animaux domestiques occupent une grande place, dans le monde rural, et en particulier au Pays Basque.
Voici ce que rapporta à ce sujet la revue bimensuelle La Femme, le 1er juin 1898, sous la plume
de Mme d'Abbadie d'Arrast :
"Les "hôtes de la Maison Basque" (suite).
Chez tous les peuples, à toutes les époques, les récits populaires, les fables, les proverbes, les dictons ont reconnu aux bêtes un don spécial pour instruire et amuser les hommes. Les bêtes, il faut l'avouer, se sont montrées à hauteur de leur mission et ce dont nous leur devons une gratitude infinie, c'est qu'elles ont su éviter le piège de rendre la vertu ennuyeuse.
Les Basques ont des légendes, des proverbes, des dictons, des sortes de jeux de devinettes fort répandus parmi eux : les bêtes n'en sont pas tout à fait exclues, mais elles y jouent un rôle moindre, un rôle effacé, et lorsqu'entre en scène un compère renard, plein d'astuce, une fourmi industrieuse, eh bien ! cela ne sent plus son Basque ; on y devine des réminiscences du roi Salomon, des emprunts que l'auteur a faits au bon La Fontaine.
| LEGENDES BASQUES DE JEAN BARBIER ILLUSTRATIONS PABLO TILLAC |
Dans, le recueil des Proverbes d'Oyhénart, que nous avons eu l'occasion de citer plusieurs fois, nous trouvons une allusion au temps où les oiseaux parlaient : "Le conte de vieille porte. Jadis, au temps où les oiseaux parlaient, un oiseau, en hyver, étant tout gelé de froid, aborda un nid et l'ayant trouvé occupé par un autre oiseau, désirant l'en faire sortir, il voulut lui persuader que le soleil était bien chaud en la montagne de Orhi. Mais l'autre, connaissant la fourbe, lui répartit qu'il ne faisait que d'en venir et qu'il savait quel temps il y faisait. — Le soleil est bien chaud à Orhi ! — "J'y ai esté et ne fais qu'en venir." Orhi est le nom d'une haute montagne dans les Pyrénées, laquelle est presque toujours couverte de neige. Or, le passage que nous avons relevé ci-dessus, est une annotation de l'éditeur qui avoue, avec ingénuité, que c'est "un ajoustement au texte basque, pour plus ample explication d'iceluy !" La note n'est certainement pas marquée au coin de l'imagination basque.
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| LE PIC D'ORHY PAYS BASQUE D'ANTAN |
Cependant nous avons trouvé quelquefois chez d'anciens paysans des réminiscences du temps quand les animaux savaient parler. Nous aurons l'occasion de revenir sur ce point à propos du renard.
Les vieilles chansons nationales empruntent des images, comme l'oiseau en cage, comme la colombe qui gémit. Mais selon l'observation que nous en a faite un Basque, homme de goût et instruit des tournures d'esprit de ses compatriotes, les images qu'emploie le poète, l'oiseau, la colombe, ne mettent pas en action ces bêtes elles-mêmes ; ce sont de gracieux emblèmes dont l'auteur se sert pour dissimuler d'une façon discrète l'amie, la personne dont il veut célébrer les charmes.
| LES POEMES BASQUES PAYS BASQUE D'ANTAN |
Les rares fragments de littérature basque que l'on possède, d'une antiquité plus ou moins controversée, sont en général pauvres au point de vue animalesque. Celui qui occupe la scène, c'est l'homme et toujours l'homme. Dans le chant des Cantabres, dans les quelques vers que l'on a conservés du chant intitulé La bataille de Béotibar, il n'est question que de l'homme. Dans le chant d'Altobiscar, nous avons vu apparaître, dans une strophe, le chien aux côtés de son maître. Le reste du morceau est tout consacré à l'homme. Dans les deux chants en l'honneur du vicomte de Belzunce et du comte d'Estain, l'absence complète de la plus lointaine allusion à un animal quelconque frappe extrêmement quand on a fait porter son étude sur ce côté spécial de la littérature.
| ROLAND A RONCEVAUX PAYS BASQUE D'ANTAN |
Dans les légendes, la même constatation doit étonner encore davantage, car nous savons la place prépondérante que les bêtes tiennent chez toutes les autres nations lorsqu'il s'agit de traditions populaires et de superstitions. Partout ce ne sont que loups garous, apparitions fantastiques d'hydres, de serpents, de chiens isolés et en meute, de cavaliers qui traversent les nues, et cela à toutes les époques : depuis l'antiquité la plus reculée jusqu'à nos jours et sous les cieux les plus divers, depuis les peuplades des zones torrides jusqu'aux nations vouées aux neiges et aux glaces. Il en est de même pour les superstitions, les croyances, les religions "fétiches" généralement répandues à travers le globe, dont on retrouve des traces encore de nos jours chez les Fidgiens, chez les Peaux-Rouges dans l'Inde et chez les Mongols.
Légendes et superstitions chez les Basques sont extrêmement anthropomorphes. Les bergers basques redoutent un être fantastique qui est un homme sauvage, et ils reconnaissent l'existence d'une femme sauvage : Basa-Yauna et Basa-Andéria, qu'ils décrivent sous une forme humaine ; qu'ils redoutent à cause de leur méchanceté et de leur force musculaire.
| BASA JAUN PAYS BASQUE D'ANTAN |
Il est permis de supposer que cette forme anthropomorphe de la superstition prend son origine dans les antiques souvenirs que la population a conservés des hommes exclus de la société à cause de leur crimes, d'outlaws, de parias, peut-être de troglodytes, habitants sauvages primitifs des Pyrénées, que l'immigration des Basques a dépossédés de leurs repaires et a refoulés plus avant dans les forêts, vers les hautes cimes. Encore aujourd'hui, on croit voir le Basa-Yauna, on l'entend, ou souffre par lui, et l'on tremble à l'idée de sa rencontre.
Une autre forme anthropomorphe de la légende du Basque, c'est le petit peuple de nains, les Laminacs, réminiscence peut être des Génies de Rome, des "Lamiae" ! Ou bien explication enfantine du bruit sourd que le berger entendait dans la montagne pendant qu'il gardait son troupeau. Les mines de cuivre et de fer ont été exploitées vers les temps préhistoriques, à l'époque des Romains et à travers tout le moyen âge dans les Pyrénées. Les mineurs invisibles, cachés au sein de la terre, frappaient dans les entrailles de la roche pour en extraire le minerai. Le berger croyait alors entendre bourdonner le peuple actif des laminacs. Ces génies demeurent sous terre, dans les grottes, dans les galeries des mines : ils sortent le soir pour venir s'ébattre dans les prairies au clair de la lune ; ils entrent en relation avec les laboureurs, avec les ouvriers, avec les ménagères. Ils aident les uns, ils contrarient les autres ; ils ont de capricieuses humeurs, il faut se méfier de leurs tours. Le chant du coq le matin les met en fuite. Tous portent un nom d'homme, toujours le même, un nom de baptême, celui de Guilhem.
Les gens d'Espès disent que les Laminacs ont bâti l'église de leur village en une seule nuit : les Laminacs se passaient les pierres l'un à l'autre et ils disaient : "Tiens, Guilhem ! — Prends, Guilhem ! —Voilà, Guilhem." Ils étaient douze mille, et ils s'appelaient tous Guilhem. Mais pour avoir travaillé précipitamment, ils firent le mur penchant sur la route, comme tout le monde le voit encore aujourd'hui.
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| EGLISE D'ESPES-UNDUREIN PAYS BASQUE D'ANTAN |
Le Basa-Yauna, lui, dans les légendes, porte le nom d'Ancbo. Autrefois, il y avait à Estérencubi, sur la frontière d'Espagne, quatre vachers desquels était un jeune garçon. Lorsqu'ils étaient endormis dans leur cabane, venait se chauffer Ancho, le Seigneur sauvage (Basa-Yauna). Et quand il s'était chauffé, il mangeait leur nourriture. Les bergers recevaient un pain et d'autres mets et en laissaient tous les soirs la part à Ancho.
"Une nuit, voyant que la part n'avait pas été faite, le petit garçon dit : "Où avez-vous mis la part d'Ancho ? — Donne-lui la tienne, si tu veux", lui répondirent les autres. Le garçon laissa sa part sur la planche habituelle. Le Seigneur sauvage arriva comme à l'ordinaire. Après s'être chauffé, il mangea la part du petit garçon. Bien réchauffé et repu, il partit, emportant les vêlements des vachers, sauf ceux du petit garçon.
Cette nuit-là il neigea très fort. Le lendemain matin, les vachers ne trouvant pas leurs vêtements, dirent au garçon : "Va nous chercher nos vêtements. — Moi ? non. — Va, nous t'en prions. — Quelle récompense me donnerez-vous ?" Ils avaient une mauvaise génisse et la lui promirent.
Le garçon partit, et en arrivant à la citerne où était le Seigneur sauvage, il cria : "Ancho, donnez-moi les vêtements de mes camarades. — Tu ne les auras pas. — Je vous en prie, donnez-les moi ; ils m'ont envoyé les chercher. — Que te donne-t-on pour ta peine ? — Une mauvaise génisse. — Prends-la donc et prends aussi cette baguette de coudrier. Marque ta génisse et donne-lui cent et un coups, le cent et unième plus fort que les autres." Le garçon fit ce qu'Ancho avait dit. Il donna à sa génisse cent et un coups, le cent et unième plus fort que les autres, et après un court espace de temps, la génisse lui produisit un troupeau de cent et une belles têtes.
A cette époque, les Seigneurs sauvages conversaient avec les chrétiens."
Les autres légendes basques, assez nombreuses où Ancho et les Guilhem sont en scène, ont toutes le même caractère anthropomorphe.
Anthropomorphe aussi le Mamou, cet épouvantail à face humaine dont on terrorise les enfants, réminiscence peut-être de Mahomet, le Dieu des Turcs.
La Famine, la Misère est également personnifiée sous l'allégorie d'un homme. Pétiri Sant est un fanfaron qui cherche à se marier avec une des jeunes filles des nombreux villages par lesquels il passe. Il ne fait que passer, car on le renvoie par ironie d'un village à l'autre. Partout les jeunes filles reconduisent. En dernier lieu, les habitants d'Itxasou lui disent :
"Pétiri Sant, mon frère, tu n'es autre que la Misère.
J'ai appris depuis longtemps que St-Pé est ta résidence.
Oui, et aussi aux habitants, tu imposes maints tourments
En multipliant leurs jeunes au-delà des jours d'obligation."
Dans une autre satire, la jeunesse, qui aime le travail tout fait, est la compagne de Pétiri Sant. Les paresseux, les amateurs du beau sexe sont les parents de Pétiri Sant.
Une autre particularité anthropomorphe, très frappante chez les Basques, ce sont leurs noms de famille. Cette particularité étonne d'autant plus qu'on sait que chez tous les peuples primitifs, les noms de famille portent la marque d'une origine fétiche, car on peut affirmer que le fétichisme a été d'une manière universelle une des premières manifestations de l'instinct religieux, une phase primitive du développement des peuples à l'époque de leur enfance. On a des preuves multipliées de l'existence du fétichisme dans l'antiquité et d'une manière universelle chez toutes les nations. Le culte des animaux était en, usage chez les Egyptiens, en Afrique, en Asie : c'est un de ces faits que tout le monde admet sans discussion. De nos jours, ce culte bizarre est encore pratiqué par les peuplades aborigènes d'Australie, de Fidji, etc., etc.
Chez ces dernières tribus comme chez les autochtones de l'Hymalaya, aux environs de Cachemyre, chez les Fuégiens, chez les Peaux-Rouges, le fétichisme a marqué de son empreinte les noms des tribus, des familles et des individus. Ces gens-là prenaient et prennent les noms d'animaux communs dans les districts qu'ils habitent. L'animal qui leur donne son nom a été, à l'origine, le dieu lui-même, puis il est devenu un ami, un protecteur, une incarnation de la divinité, un grand ancêtre : toute la faune y a passé : le loup, l'ours, le renard, le requin, le crabe, la tortue, le serpent, le lion, le chien. La légende fait naître les Kirghis d'un lévrier roux."
A suivre...
(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)
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