Libellés

Affichage des articles dont le libellé est LA FEMME. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est LA FEMME. Afficher tous les articles

lundi 7 avril 2025

DES COURSES DE TAUREAUX À BAYONNE EN LABOURD AU PAYS BASQUE EN JUIN 1911

DES COURSES DE TAUREAUX À BAYONNE EN 1911.


C'est en août 1853, que se déroule la première corrida de l'ère moderne, dans le quartier Saint-Esprit, à Bayonne.




pays basque autrefois corrida arènes bayonne
COURSES DE TAUREAUX BAYONNE 1903
PAYS BASQUE D'ANTAN



Voici ce que rapporta à ce sujet le mensuel La Femme, le 1er juin 1911 :



"Les courses de taureaux et les plaques de la Société protectrice des animaux.



Rien de plus judicieux que le conseil que nous donne la Société protectrice des animaux : "Soyez bons pour les bêtes". Mais ce conseil nous vient tard, très tard. Quelles sont les bêtes que les Parisiens doivent protéger ? Les moutons, les boeufs, les veaux ? Ce sont leurs victimes. Terriblement omnivore, personne dans le département de la Seine ne songerait à donner un asile de tout repos aux gigots et aux filets dont nous nourrissons. La race porcine ? Nous demandons à messieurs les porcs, tout au contraire, d'être bon pour nous sous forme d'appétissantes saucisses et de succulents boudins ; c'est une vertu très différente de celle qu'on veut nous prêcher. Quant aux chevaux, hélas ! que vont-ils devenir à brève échéance ? La plus noble conquête de l'homme est sur le point de disparaître de nos rues et de nos écuries. L'omnibus cède la place à l'autobus, le fiacre au taxi, et l'aristocratique landau à la quarante et à la soixante ! Les termes sont renversés : Soyez bons pour les animaux. Est-ce aux chauffeurs que la bonne parole s'adresse ? Est-ce la protection des piétons que l'on veut recommander ? C'est possible, mais ce ne sont pas des termes d'une politesse exquise d'appeler les passants des animaux, vis-à-vis desquels les chauffeurs doivent exercer leur bonté !



pays basque autrefois corrida arènes bayonne
AFFICHE SPA 1904
PAR LEON CARRE



Enfin, passons ; il y a moyen de tout arranger : qu'on dévisse des réverbères les plaques qui n'en sont pas un ornement de haut goût, et qu'on les expédie à Nîmes, à Bayonne, à Dax. Alors la Société protectrice des animaux aura fait une ouvre pie et une oeuvre urgente. Un excellent journal que dirige une femme de grand mérite, Mlle Dumangin, consacre dans le Biarritz thermal un article courageux parce que, si l'on parle dans le Midi de la France de la suppression des courses de taureaux, on se fait des ennemis, et qu'une grande effervescence se produit aussitôt chez les nombreux amateurs de ce spectacle sanguinaire s'ils sont menacés d'en être privés.



Les jours de courses de taureaux, les arènes de Bayonne regorgent de spectateurs. Ah ! qu'on leur crie à ces gens qui aiment la vue des horribles tueries, le conseil dont nous n'avons que faire à Paris : "Soyez bons pour les animaux". Mais ils protestent contre la pitié, contre la bonté, ce n'est pas leur affaire, et en fait ils ont résisté, et jusqu'à aujourd'hui ils ont obtenu gain de cause, en dépit des efforts de l'honorable M. Barthou, député du département, qui voudrait que force restât à la loi, car la loi condamne les courses sanglantes. Il ne faut pas oublier qu'en 1900 la Chambre des députés vota, par 414 voix contre 69, la défense absolue des courses et mise à mort de taureaux et de chevaux dans les arènes sur le territoire français.



pays basque autrefois corrida arènes bayonne
ARRIVEE AUX ARENES BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Il y a environ une vingtaine d'années que des arènes ont été construites à Bayonne, et excepté deux courses données sous Napoléon III, ce scandale avait été épargné au pays basque et béarnais.



Les taureaux espagnols sont des animaux domestiques et dans leurs prairies ne s'attaquent jamais à qui que ce soit, témoins ceux de Veragua, qui ont leurs herbages le long de la route qui va de Madrid à Tolède, ce qui n'empêche pas les piétons, les voitures, les ânes et les mulets de parcourir ces routes. Dans le Biarritz thermal nous lisons ces lignes, où nous retrouvons le coeur compatissant de notre excellente collègue, Mlle Dumangin, et nous l'en félicitons : 

"Le taureau, animal domestique, souffre d'une façon cruelle. D'abord, par la pique du picador, qui parfois traverse le cuir, s'y brise, et l'animal court en poussant des hurlements de douleur, emportant ce morceau de bois qui lui traverse les chairs ; d'autres fois il a l'os de l'épaule mis à nu ; s'il est trop moi, on lui pose des banderilles de feu, fusées et pétard, qui lui brûlent les chairs ; même simples, les six banderilles de rigueur qui sont accrochées sur son cou par des harpons de fer, ne sont-elles pas un supplice affreux ! — Voilà l'épée, sera-ce la délivrance ? — Oui, quelquefois, si l'homme est adroit, sinon un, deux, trois, quatre lardasses qui pénètrent, et l'animal vomit le sang à pleine bouche ; est-ce fini ? — Mais non, vous avez le cachetero qui, avec son court et épais cachete, donne nombre de coups dans la nuque de l'animal couché, que la douleur fait parfois se relever sur ses pattes, et, s'il le peut, embrocher celui qui se trouve en face de lui ; c'est ainsi que mourut Espartero !




pays basque autrefois corrida arènes bayonne
MORT DU MATADOR ESPARTERO
27 MAI 1894



Voici pour le taureau, mais le cheval, lui, pauvre animal à qui l'on bande les yeux et que l'on présente de force au taureau ? Comment admettez-vous que des milliers de Français voient cela sans en être écoeurés ! La mort est hideuse : il est éventré, tous ses intestins sortent, le foie pend et ballotte, et il continue à trotter ; quand il tombe, on le force à se relever, on l'emmène, et si l'on peut recoudre, il reparaît au taureau suivant. Un taureau, s'il est bon, tue au moins 3 ou 4 chevaux, et comme à chaque course il y a 6 taureaux, vous voyez l'hécatombe !"



pays basque autrefois corrida arènes bayonne
CHUTE D'UN PICADOR ARENES DE BAYONNE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Il paraît qu'aucun Bayonnais ne consent à vendre ses vieux chevaux pour le cirque, et qu'on est obligé de les amener d'Espagne. Ainsi au fond la conscience proteste. Mais c'est une question d'argent, comme toute question qui est solidaire de démoralisation et de mort. On démoralise et on pratique la destruction parce que les industries qui exploitent le vice rapportent et permettent aux criminels d'édifier de belles fortunes. Là est toute l'explication, la clef de choses inhumaines et incompréhensibles. Cherchez l'argent, vous trouverez le motif secret de tant de scandales qui vous révoltent profondément.



Voir couler le sang d'animaux pour le seul plaisir malsain de la foule, est un acte de barbarie indigne d'un peuple civilisé ; en conséquence, la seule chose à faire, c'est de supprimer les courses de taureaux.



Quelquefois, assez souvent, c'est le toréador que le taureau éventre de ses cornes redoutables ou qu'il blesse grièvement. Nous avons déjà assez de sang sur nos mains, lavons-nous entre Français de celui des courses de taureaux. Toutes les religions s'accordent pour les flétrir. Le regretté pasteur de Bayonne, M. Nogaret, avait pris, il y a de longues années de cela, l'initiative de faire circuler une pétition qui demandait leur interdiction. L'Eglise catholique les interdit ; un mandement de 1885, de Mgr Besson, évêque de Nîmes, sur les combats et les courses de taureaux, les a stigmatisés. Avant lui, Mgr Plantier, également évêque de Nîmes, s'éleva contre ces spectacles. Eh bien, nous n'hésitons pas à renouveler notre proposition. Si la Société protectrice des animaux veut faire quelque chose d'utile et de bon, qu'elle nous débarrasse, nous bourgeois de Paris, de son injonction intempestive, et qu'elle la transporte à Nîmes, à Bayonne, à Biarritz, où véritablement le mal se fait avec une impunité par trop audacieuse. Souhaitons que M. Barthou, qui a entrepris cette campagne salutaire, réussisse pour celle-ci et pour les autres, auxquelles son succès attacherait, à son grand honneur, son nom respecté."








Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 6 900 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

mercredi 28 février 2024

LA FEMME AU PAYS BASQUE EN 1896 (huitième et dernière partie)

 

LA FEMME AU PAYS BASQUE EN 1896.


La place de la femme, dans la société, au Pays Basque, a toujours été très importante.





pays basque femmes naissance
FEMME DE NAVARRE ORIENTALE




Après nous avoir parlé des enfants, des animaux domestiques, des mariages et de la mort, voici 

ce que rapporta au sujet de la femme au Pays Basque, Mme d'Abbadie d'Arrast, épouse 

d'Antoine d'Abbadie d'Arrast, dans la revue bimensuelle La Femme, le 15 avril 1896 :



"La femme du pays basque (suite et fin).



... Mais avant tout, au dessus des arguments que les Codes humains peuvent nous fournir en faveur de l'autorité maternelle, il y a les indications de la nature, lesquelles sont clairement au bénéfice de la mère et ce sont ces indications qui me touchent le plus vivement. Epreuves, soucis, travail supporté pour l'amour des enfants, de qui sont-ils le lot si ce n'est de la femme ? C'est elle qui peine le plus, à commencer par l'acte premier, la fonction féminine par excellence, la maternité, que Dieu l'a chargée d'accomplir dans la douleur et par la douleur.



Pourquoi, puisque le travail et les devoirs des deux conjoints, quoique de sortes différentes, se départagent et s'équilibrent entre eux chacun dans la sphère qui leur a été dévolue, la puissance maternelle ne se départage-t-elle pas et ne s'équilibre-t-elle pas avec la puissance paternelle ? Cette inégalité de droits est une criante iniquité à l'égard de toutes les femmes, quelle que soit la classe sociale à laquelle elles appartiennent, une iniquité plus criante encore lorsqu'il s'agit de la femme du peuple, de la femme pauvre. Il n'est pas surprenant, qu'effrayées par les conditions léonines que l'homme leur impose légalement par le mariage, les filles du peuple répugnent à s'engager devant la loi et disent qu'elles préfèrent ne pas se marier pour conserver sur leurs enfants leur autorité.



Pour la paysanne en particulier, combien sont onéreuses et pénibles les multiples obligations de la maternité, la sujétion du nourrissage, le soin des petits enfants ; tandis que le père, lui, ne connaît que la joie de se sentir choyé par les petits quand il revient des champs. Une bouche de plus à nourrir, la bouche d'un de ces gamins, qu'est-ce pour lui, quel surcroît de travail cela lui impose-t-il ? Moins que rien. Mais la mère, pendant qu'à la maison et au dehors, active à sa besogne, elle va et vient, il lui faut prendre les petits dans ses bras ou les traîner suspendus à ses jupes. Pendant sa grossesse, elle ne peut s'accorder de relâche, elle travaille tous les jours, car il le faut bien. La fatigue qui se lit sur ses traits fait pitié, à force de s'épuiser cette jeune femme, à la primeur de son âge, a tout à coup revêtu l'apparence de quarante années. Ne sont-ce pas les indications de la nature pour dire, pour crier à ceux dont le coeur est capable de s'inspirer de justice, que la mère est quelqu'un, et qu'il est inique au regard des enfants, de feindre l'ignorer et de l'outrager en l'accablant d'une minorité imbécile.




pays basque femmes naissance labourd
"DEPOPULATION" A SOCOA
PAYS BASQUE D'ANTAN




Revenons à notre basquaise. Paysanne ou ouvrière, elle travaille pendant sa grossesse jusqu'à la dernière minute, elle ne se plaint pas, elle sait qu'il le faut. Au moment où son terme arrive, elle revient du champ en toute hâte, quelquefois la pioche à la main, ou elle rentre à la maison sa cruche d'eau sur la tête. Lorsqu'elle est pauvre, c'est souvent dans sa cuisine qu'elle met au monde son enfant ; les personnes de la maison l'entourent, on s'empresse auprès d'elle, on l'encourage, on lui prodigue des soins, on l'abreuve de vin chaud et de cordiaux. Ces soins ne sont pas des plus intelligents, il arrive que par un zèle excessif on amène la souffrante à l'état d'ébriété pour le dernier moment de la délivrance.



pays basque femmes naissance paysan
HERCAGE
PAYS BASQUE D'ANTAN



Aux yeux de la plupart de nos lectrices, il semblera sans doute qu'une cuisine ne soit pas un lieu d'élection pour la naissance d'un enfant. Cependant, il y a des circonstances dans lesquelles il s'est rencontré pire qu'une cuisine. L'enfant divin, Lui, à son arrivée ici-bas, s'est trouvé dans un endroit encore moins discret et moins clos. La pauvreté des braves gens de la campagne porte avec soi et en soi de semblables misères. Ce sont les gênes qu'elle impose à ceux dont le logis est étroit et dont le mobilier est réduit au strict nécessaire. Demandons-nous si elle n'apporte pas en même temps, cette pauvreté que Dieu envoie selon son bon plaisir et que le Seigneur a choisie pour y vivre, certaines compensations qui rachètent les privations et renferment des leçons pour les fortunés de ce monde ? Oui, certainement, lorsque l'honnêteté préside aux rapports des gens entre eux, ce qui est de règle dans les anciennes bonnes maisons de cultivateurs où les moeurs sont pures, l'intimité forcée des membres d'une famille, parents et enfants, maîtres et serviteurs, resserre les liens de la solidarité. Dans les logements réduits on apprend à se mieux aider mutuellement, à se prêter secours, à se sacrifier les uns aux autres, les aises, les habitudes, l'égoïsme. L'égoïste est obligé de se dominer, son égoïsme revêt sa laide apparence que ni l'or, ni la soie, ni les grands airs et les belles paroles ne peuvent dissimuler. Et puis, la souffrance que l'on voit, que l'on sent, que l'on touche, exerce la pitié et l'enseigne. C'est une éducation de charité que les coeurs reçoivent.



pays basque femmes naissance agriculture
FERRAGE D'UN BOEUF
PAYS BASQUE D'ANTAN



La pitié a besoin de se développer par l'exercice comme toutes les vertus et les bons penchants humains. Par pratique, non par théorie, s'inculquent dans les âmes des hommes l'abnégation, la compassion vraiment agissantes dont raffinement chez ceux qui ont souffert et vu souffrir, nous fait nous écrier : "Heureux les pauvres !" Qui n'a été frappé de ce fait, qu'il y a plus de vraie et spontanée sensibilité chez la femme du peuple que chez la femme des classes aisées ; plus de sympathie pour des douleurs, qu'elle a appris à connaître par expérience ?



Dès que l'enfant est né, la jeune mère est portée dans sa chambre. On la couche, et la pauvrette va enfin pouvoir se reposer. Mais en dépit du grand besoin qu'elle aurait d'un long repos, de combien peu de jours sera la douceur qu'elle s'accorde de rester dans son lit. Vite, trop vite, après sa délivrance, la voici déjà debout, elle lave elle-même son linge, elle a fait son ménage, nourri sa volaille, pris soin de ses enfants ; elle n'a pas de servante, ni d'argent pour se payer une aide. Cependant, comme la femme riche, elle subit la montée du lait et les fatigues de la nourriture. Qu'elle est courageuse et digne d'admiration !



Et l'enfant qu'est-il devenu? Des matronnes se sont empressées de l'emporter dans leurs bras. Elles le frottent et le lavent, elles lui pétrissent la tête dans leurs mains pour l'arrondir et le frottent encore, quelquefois avec un morceau de lard. Fenêtres et portes sont ouvertes, la nuit est froide, il n'y a que quelques tisons dans le foyer. Mais qu'importe ? le petit Basque est robuste, il résiste à ces bons soins. Le père le tient dans ses grosses mains et s'émerveille d'un rejeton si frêle ; les personnes du logis lui font fête et l'examinent. On lui découvre mille beautés et mille charmes. Cela prend du temps ; il n'a pas chaud lorsqu'on songe à l'emmailloter et c'est une chance si, vu l'heure, on ne l'emporte pas à l'église pour le baptiser. Cette coutume d'emporter l'enfant immédiatement à l'église a coûté la vie à plus d'un baby basque autrefois. Ses langes sont en molleton rouge. Les deux petits bras y sont étroitement emprisonnés, ainsi que les jambes ; puis le minuscule paquetage humain est fortement serré par des lisières de drap et prend l'apparence d'un pain de sucre dont seule vient émerger la tête que l'on coiffe d'un bonnet de laine brune. Alors aussi fières que contentes, les matronnes jugent que la toilette du nouveau-né est parfaite.



pays basque femmes naissance sandalier
SANDALIERS
PAYS BASQUE D'ANTAN



Une corbeille en osier placée auprès du lit de la mère reçoit son petit hôte. On ferme hermétiquement les volets de la chambre, afin que l'obscurité soit aussi complète que possible. L'enfant demeure pendant les trois premiers mois dans les ténèbres, parce qu'il faut qu'il dorme pour laisser sa mère plus tranquille. On pense que si l'enfant voyait la lumière, il la trouverait si belle qu'il ne dormirait plus afin d'en pouvoir jouir !



Dors donc, petit Basque, dors à poings fermés ; trois fois par jour, ta mère reviendra des champs pour t'allaiter. Ne crains pas qu'elle t'oublie, la brave femme. Elle trouve pour toi les mots les plus doux de sa langue. Tu es son "gaichoua", son pauvret bien aimé, son "bilbotcha", son petit coeur, son "maitia", son adoré, son charmant. Le soir, elle te berce avec les beaux chants graves d'autrefois :


L'oiselet dans sa cage

Chante tristement,

Bien qu'il ait là

De quoi manger, de quoi boire.

Il désire être dehors,

Parce que, parce que

La liberté est si belle.


Oiseau qui es dehors, 

Regarde la cage. 

Si cela l'est possible, 

Garde-toi de t'en approcher 

Parce que, parce que 

La liberté est si belle.

(L'Oiseau en cage, ancien chant souletin.)


pays basque femmes naissance chanson soule
CHANSON SOULETINE XORIÑOAK KAIOLAN



Bientôt les premiers balbutiements viendront éclore sur tes lèvres. A la joie de tes parents, ils t'entendront distinctement appeler : "Aita, Aita" père, père, "Ama, Ama" mère, mère. Ainsi à ton tour, avec les milliers et les myriades de petits qui ont vécu ici-bas, tu apportes la preuve de l'antiquité du langage de ta race, puisqu'à peine as-tu agité ta langue et gonflé tes joues, que spontanément, chose merveilleuse, tu as prononcé ces deux mots si beaux : Aita, Ama, que l'Eternel Dieu Lui-même, personne ne l'ignore, a enseigné dans le paradis terrestre à Adam et à Eve qui, l'un et l'autre, ont parlé basque auprès de l'arbre de la Tentation.



Il était d'usage autrefois que la femme ne sortit pas de sa demeure avant de s'être rendue à l'église pour les relevailles. Une excellente créature craignait fort le qu'en dira-t-on et la critique de ses voisines : elle n'était pas descendue encore au village depuis ses couches. Or, un matin, elle se trouvait en grand besoin de quelques légumes de son jardin et n'avait personne sous la main qui pût lui rendre service. Elle considérait ses choux du pas de sa porte et son embarras était grand lorsqu'il lui vint à l'esprit une idée ingénieuse. Malgré qu'il lui fût pénible d'user de subterfuge, elle monte dans son grenier et par une lucarne, elle détache une tuile de son auvent, s'en coiffe comme d'une mante, puis, satisfaite, la tête couverte de sa tuile, elle se dit à elle-même : Je peux en tout repos de conscience aller choisir mon chou et le couper moi-même, on ne pourra pas dire que j'ai quitté mon toit avant d'avoir rempli mes devoirs religieux !"


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 7 000 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

mercredi 27 décembre 2023

LA FEMME AU PAYS BASQUE EN 1896 (sixième partie)

LA FEMME AU PAYS BASQUE EN 1896.


La place de la femme, dans la société, au Pays Basque, a toujours été très importante.




pays basque autrefois femme oihenart proverbes d'abbadie
FEMME DE HAUTE BISCAYE




Après nous avoir parlé des enfants, des animaux domestiques, des mariages et de la mort, voici 

ce que rapporta au sujet de la femme au Pays Basque, Mme d'Abbadie d'Arrast, épouse 

d'Antoine d'Abbadie d'Arrast, dans la revue bimensuelle La Femme, le 15 février 1896 :



"La femme du pays basque (suite).



"... Nos modestes études sur la femme dans le pays basque présenteraient une lacune si nous négligions un des types de femmes les plus curieux de la région. Nous voulons parler de la mendiante.


pays basque autrefois femme oihenart proverbes d'abbadie
MENDIANTE PAYS BASQUE D'ANTAN
ILLUST F HUYGENS


Ce type ancien s'efface à mesure que descendent dans la tombe, les unes après les autres, les vieilles femmes qui, dans leur première enfance, avaient assisté à l'invasion des Espagnols dans les villages de la frontière et entendu dévaler le long des montagnes les lourds canons des Anglais en route pour Toulouse. Ces braves vieilles ne ressemblent en rien aux mendiantes de nos villes. On ne les a pas vues, dans leur jeunesse, implorer la pitié des passants, un marmot loué à l'heure ou à la journée sur les bras. Lorsqu'elles étaient jeunes, elles travaillaient, elles gagnaient leur pain avec vaillance. L'âge est venu, avec l'âge le déclin des forces. Alors elles ont eu recours à la charité publique. Entourée de ces conditions de respectabilité, la mendicité ne peut emporter avec elle aucune défaveur. Au contraire, autrefois, on éprouvait à l'égard des mendiantes une affectueuse commisération, on les recevait avec beaucoup d'affabilité, on les traitait avec bonté. Faire l'aumône était une des principales vertus et le privilège de la maîtresse de maison. Telle maîtresse s'était acquis une réputation par ses charités ; on citait son nom avec admiration, parce qu'elle savait faire généreusement part de ses biens aux pauvres. Elle ne donnait pas d'argent, car elle n'en avait pas. Elle donnait les produits du sol : des haricots, des pommes de terre, du pain, des morceaux de meture selon le degré, d'aisance de la famille. Pour emporter sa quête, la mendiante s'était munie d'un sac cousu aux deux bouts qu'elle jetait sur son dos en passant sa tête par une ouverture ménagée au milieu du sac. De celte façon, la charge s'équilibrait dans les deux poches du sac. Dans chaque village un jour était réservé aux pauvres. On les voyait revenir régulièrement : on les connaissait, on les attendait. Dans les maisons éloignées, on leur gardait, de la paille, des couvertures, quelquefois une couchette, on leur destinait un gite où ils passaient la nuit après avoir pris part au repas de la famille.




béarn autrefois femme oihenart proverbes d'abbadie
MENDIANTE
BEARN D'ANTAN



Lorsqu'une mendiante frappait à sa porte, la première question que lui posait la maîtresse était souvent : "Qu'y a-t-il de nouveau ?" La mendiante était une gazette vivante, et c'était la seule gazette qui parvînt aussi loin dans les pays perdus de la montagne. Elle ne se faisait pas prier pour raconter ce qu'elle avait vu et appris dans le cours de ses pérégrinations. Elle savait embellir les nouvelles et possédait à un haut degré le talent de l'amplification, surtout lorsqu'elle vantait la libéralité des personnes charitables à son égard. Si son récit paraissait amusant, la maitresse la retenait à souper pour que toute la famille pût l'entendre à la veillée du soir après le travail de la journée. Quelques vieilles femmes d'une mémoire extraordinaire récitaient des complaintes versifiées dont les couplets se suivaient à l'infini. Les auditeurs ravis écoutaient sans se lasser. Malheureusement, ces complaintes n'ont pas été notées à temps et sont maintenant oubliées de la génération présente. A une époque où les communications étaient aussi difficiles que rares, les mendiantes avaient un rôle utile dans la contrée. Les contes de fées, les pièces de théâtre où l'auteur fait intervenir la vieille femme en haillons qui est chargée de porter à la jeune et belle séquestrée les assurances de la libération prochaine, ne sont pas, sous ce rapport, pures fictions. Elles sont plus conformes à la réalité qu'on ne le suppose. Grâce à leur vie errante, les mendiantes servaient d'intermédiaires entre les familles, elles se chargeaient de messages d'une maison à l'autre, elles négociaient des mariages et les promesses des fiancés s'échangeaient par elles. On leur a attribué avec raison la conclusion de mariages riches, de mariages importants : leur discrétion était à toute épreuve.



Que leur rapportait leur industrie ? Peu de choses, sans doute, mais suffisamment pour pourvoir à leurs besoins : on vivait de si peu, il y à une soixantaine d'années ! Les provisions  qu'elles avaient amassées dans leurs sacs, elles allaient les vendre dans les fermes pour la nourriture des bestiaux et de la volaille. On leur donnait un sou par kilo de morceaux de pain. Elles recevaient aussi, et c'était une des formes que prenait la charité, du lin à filer. Elles pouvaient gagner en filant de 2 à 3 sous par jour. Ces gains nous paraissent bien minimes, mais leur valeur s'élève si nous les comparons aux salaires des ouvrières de la campagne vers la fin de la Restauration. De 1820 à 1830, la journée de femme pour couper la fougère, pour piocher les champs, se payait six sous. Certains travaux mieux rémunérés, ceux de la vendange, cueillir le raisin, le porter à la cuve, valaient dix sous. Ce chiffre de dix sous représentait, du reste, le salaire ordinaire des ouvriers. Il nous faut arriver à 1835 pour trouver dans les anciens livres de comptes basques des salaires agricoles de douze à quinze sous par journée d'homme. Les prix des loyers, les denrées alimentaires étaient d'une valeur proportionnelle. Le loyer d'une petite maison avec sou jardin variait de 10 à 20 francs par an ; la viande, dont on ne mangeait pour ainsi dire jamais, se payait six ou huit sous la livre, c'est à dire le kilo et demi.



La mendiante, lorsque c'était une méchante créature, savait se doubler d'une prétendue sorcière et se faisait attribuer une puissance mystérieuse pour exploiter la crédulité des paysans. Elle jetait le sort sur le bétail, sur les enfants. On la redoutait. Lorsqu'on lui donnait l'aumône, c'est qu'on n'osait pas lui refuser, et elle savait menacer et maudire jusqu'à ce qu'elle eût obtenu ce qu'elle voulait. Souvent la mendiante, pour augmenter ses petits profits, ne dédaignait pas la contrebande. Elle dissimulait sous ses jupes des sacs de sel qu'elle portait d'Espagne en France, du sucre, du café, et qu'elle était certaine de vendre dans les maisons qu'elle fournissait de ces denrées.



Nous nous demandons quelle est l'opinion du Basque sur la femme, et, à cette question, nous ferons la réponse la plus banale. Le Basque, lorsqu'il parle de la femme, ne diffère pas d'opinion avec la généralité des hommes de toutes les époques et de toutes les races. Il devient satirique. Toute son ironie s'adresse au sexe faible. Se souvenant d'Eve, il dit : "Amuse le chien avec un os et la femme avec un mensonge."



Dans un ancien recueil de proverbes basques, nous apprenons que la femme est une créature portée à la vanité : "Une servante de pays lointain a bruit de demoiselle." Qu'elle est dissipée: "Les trop longues promenades perdent les poules et les femmes." Qu'elle est coquette : "Johanna a sa robe de drap fin, sa pitance, c'est la fève : son potage est comme de l'eau de lessive." La femme est, bien entendu , versatile : "L'esprit de la femme est léger comme le vent du Midi." Sa beauté est un piège : "La belle est d'ordinaire fainéante." Avant de prendre femme, on ne saurait trop peser et examiner : "L'or, la femme et les étoffes, ne les choisis qu'en plein jour," et quelque avisé qu'ait été Domingo dans le choix de son épouse, encore aurait-il lieu de se repentir, car, en se mariant, il a épousé les soucis : "Domingo, dit le proverbe, prends une femme et après dors tant que tu voudras, car elle aura assez soin de t'éveiller." Il lui en cuira s'il a été assez sot pour faire un mariage d'ambition : "Celui qui prend femme de grande maison ne sera pas sans noise à la maison." S'il la prend à cause de sa dot, la sagesse des Basques, d'accord avec celle des nations, l'avertit que "celui qui choisit sa femme par seule considération de sa dot, s'en repent dès le lendemain, à cause du mal qui lui en revient". Mais voici un proverbe qui est moins juste et plus cruel : "Le jour où l'on se marie, c'est le lendemain du bon temps." La marâtre reçoit plus justement des coups d'épingle : "La marâtre, quoique faite de miel, n'est pas bonne." "Il ne s'est jamais trouvé au monde qu'une seule bonne marâtre et le loup l'a emportée." Et ceci : "Marâtre, dis-moi : "Tiens", et non pas : "En veux-tu ?" Un esprit plus équitable à l'égard de la femme se révèle cependant par le proverbe suivant : "C'est à force de filer que notre maîtresse a provision de linge, et non pas pour être restée à la maison." En fin de compte, dans la lutte contre le pouvoir de l'homme, la femme s'avoue vaincue : "Qui a mari a seigneur," dit le proverbe.




liburu atsotiza refrauac oihenart euskal herria lehen
LIBURU ATSOTIZAC ETA REFRAUAC 
ARNAULD OIHENART


Le recueil des proverbes basques, par Arnauld Oyhenart, avocat au parlement de Navarre, est un livre très ancien. Oyhenart était originaire de Mauléon et vivait en 1638. Son recueil renferme 500 proverbes, dont un grand nombre semblent s'être inspirés des maximes de l'Ecclésiaste et ne sont pas d'une originalité bien frappante. L'ouvrage est rare, l'édition première est introuvable ; elle a été rééditée à Paris, en 1847.



pays basque autrefois oihenart proverbes
LIVRE LES PROVERBES BASQUES 
ARNAULD OIHENART


Les proverbes d'Oyhenart sont un des plus anciens ouvrages en langue basque que l'on connaisse. La littérature basque n'est ni très ancienne, ni très riche. Parmi les plus anciens et précieux livres, il faut mettre en première ligne la traduction en basque du Nouveau Testament, de Jean de Liçarrague, traduction imprimée à La Rochelle, en 1571, sur les ordres de Jeanne d'Albret, à une époque où, d'après les savantes recherches de M. Julien Vinson, professeur à l'Ecole des langues orientales, la Réforme s'était largement établie dans la partie du pays basque soumise à la domination de la reine Jeanne, c'est à dire en Soule, dont la capitale était Mauléon, et en Basse-Navarre, pays qui s'étendait de Saint-Palais à la frontière espagnole et dont Saint-Jean-Pied-de-Port a été pendant un temps la ville royale."



A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 7 000 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

mardi 28 novembre 2023

LA FEMME AU PAYS BASQUE EN 1896 (cinquième partie)

LA FEMME AU PAYS BASQUE EN 1896.


La place de la femme, dans la société, au Pays Basque, a toujours été très importante.



pais vasco antes mujer vizcaya
FEMME DE BASSE BISCAYE
PAYS BASQUE D'ANTAN





Après nous avoir parlé des enfants, des animaux domestiques, des mariages et de la mort, voici 

ce que rapporta au sujet de la femme au Pays Basque, Mme d'Abbadie d'Arrast, épouse 

d'Antoine d'Abbadie d'Arrast, dans la revue bimensuelle La Femme, le 1er février 1896 :



"La femme du pays basque (suite).



... La récolte de la fougère commence en octobre et ne finit guère qu'en décembre. Les fougeraies couvrent les pentes, les plateaux, les sommets, l'escarpement des ravins, partout où un peu de terre végétale a permis aux fougères, aux bruyères, à l'ajonc épineux de tracer leurs racines ; elles sont situées dans les lieux les plus ingrats, lorsqu'un sol pauvre, le climat froid et humide ne permet ni la culture de la vigne, ni le défrichement pour les champs et les prairies. Pendant plusieurs semaines, par tous les temps, qu'il pleuve ou qu'il vente, tous les matins à l'aurore, les habitants de la ferme se mettent en route. Ils emportent leur frugal repas de midi, car ils ne rentreront qu'à la tombée de la nuit ; ils ont leurs faucilles à la main et des cordes enroulées sur leurs épaules ; ce sont leurs outils agricoles ; ils gravissent les sentiers, grimpent le long des rochers, escaladent les points abruptes, et montent, montent toujours en haut, très haut. Pendant qu'ils cheminent, l'Angélus sonne à l'église du village, les premiers rayons du soleil blanchissent le ciel ; la terre est encore enveloppée d'ombre et de vapeurs matinales. A mesure qu'ils s'élèvent, le soleil monte et répand sa lumière sur le chaos des pics, éclairant les cimes les unes après les autres, jusqu'à ce que sa royale lumière inonde les vallées. La petite troupe des moissonneurs se réchauffe. La joie du réveil de la nature remplit les coeurs ; les plus jeunes chantent ; tous sentent, malgré l'habitude qu'ils ont d'y assister, combien le spectacle est magnifique ! Maintenant, en bas, le village ne leur apparaît plus dans la verdure des prés et des arbres que comme un jouet d'enfant ; la rivière marque son sillage en étroit ruban d'argent, et, éparses, des maisonnettes, toutes petites, semées au hasard dans les replis du terrain, au milieu des bois, sur le bord des prairies, semblent, tout autour sur les montagnes qui enserrent les vallées, comme d'autres jouets dont quelques points mouvants dans les herbages représentent les habitants et le bétail. Chacun reconnaît sa ferme et la ferme d'un tel et d'un tel et observe les détails de la vie du fermier. Mais ce qu'on peut encore examiner chez le voisin est devenu bien vague, bien imperceptible ! Quelle solitude, quel silence et quel calme ! En haut la voûte infinie, et, pour soutenir la voûte, comme piliers, les pics neigeux à l'horizon ; tout près la masse énorme et la hauteur sur laquelle on va recueillir la litière de l'étable qu'on est venu y chercher. Comment, dans la splendeur de cet atelier, les ouvriers ne ressentiraient-ils pas l'influence de l'éternelle beauté ? Cette beauté se dévoile à leurs yeux comme récompense de leur bon courage, c'est le livre illustré que la main du Père céleste feuillette pour eux et dont la lecture leur est faite en secret pendant leur travail. Il n'est pas besoin d'apprendre à lire dans les livres humains, on peut rester illettré, on n'est pas ignorant lorsque journellement on lit les oeuvres de l'éditeur divin...



Et peut-être trouverons-nous ici l'explication dès dons poétiques des improvisateurs et des improvisatrices dont nous parlions tout à l'heure. Ils ont vu et en voyant ils ont deviné les règles de l'art retracées dans la nature.



pays basque autrefois économie agriculture fougère
FOUGERE



On coupe la fougère à la serpe, agenouillé sur la mousse humide, la peau des mains et des jambes arrachée par les piquants des ajoncs. On continue sous la pluie, car on ne peut trouver de refuge dans ces solitudes où souvent il n'y a même pas un arbre pour offrir l'abri de son feuillage. On poursuit lorsque le soleil brûle, courbé sous ses feux et la sueur au front. On réunit en meules la fougère à mesure qu'elle est fauchée ; cette partie du travail est exécutée par les femmes aussi bien que par les hommes. Ce qui est pénible, ce que l'homme seul peut accomplir, c'est de charger sur le dos les meules qu'on a liées avec des cordes en gros paquets et de s'en aller par les pentes dangereuses à travers les rochers, ployé sous le fardeau jusqu'à l'endroit où l'inclinaison de la montagne et l'orientation du ravin permettent de lancer les paquets et de les faire rouler jusqu'au fond. Doer la fougère, selon les expressions des ouvriers, est doublement fatigant lorsque la plante est mouillée par la pluie, ce qui arrive la plupart du temps. La récolte descendue dans le ravin, on vient la charger sur des traîneaux et on la transporte jusqu'à un chemin à peu près accessible aux charrettes. On recommence alors à décharger et à recharger et on rentre enfin sur les charrettes le bon lit sain et chaud sur lequel les animaux de la ferme passeront à l'aise la mauvaise saison.



pays basque autrefois économie agriculture fougère
COUPE DE LA FOUGERE
NIVERNAIS D'ANTAN



La récolte de la fougère, quelque pénible qu'elle soit, ne met pas positivement en danger la vie des moissonneurs. Par contre, la gaulée des châtaignes ne va pas sans grands périls et il ne se passe pas d'années où l'on n'ait de ce chef, malheureusement, une chute grave ou un accident mortel à déplorer. La femme ne peut y prendre que la moindre part. Elle ramasse le fruit à mesure que l'homme grimpé dans l'arbre le fait tomber à grands coups de sa gaule. On frémit des conditions périlleuses dans lesquelles le gauleur accomplit son travail. Le châtaignier dans lequel il se place a poussé au bord d'un ravin, ses branches s'étendent au-dessus du précipice ; l'homme a l'abîme sous lui, un abîme que des rochers hérissent. C'est à chaque minute sa vie qu'il met en question. Dans cette charpente mouvante que le vent fait ployer, sur les branches arrondies et glissantes il se campe, tandis qu'à bras tendus, des deux mains il manoeuvre la longue perche. Tantôt le voilà à cheval sur la branche, tantôt il s'agrippe des pieds aux intersections des branches et du tronc, ou il cherche à s'accrocher aux rugosités de l'écorce ; comment peut-il tenir, tandis que pour atteindre la châtaigne aux extrémités des rameaux, il se met debout et se penche en avant et s'étend aussi loin qu'il peut en maniant cette gaule si lourde et si longue dont le poids risque de lui faire perdre l'équilibre. S'il ne se casse pas le cou, c'est miracle. Les femmes courent aussi des dangers pendant qu'au bas de l'arbre elles remplissent les corbeilles ; l'homme en prenant son élan a lâché la gaule ; la gaule, en tombant, peut blesser grièvement, cela s'est vu, car l'ouvrière courbée sur sa glane ne songe pas à se garer. Quel fruit coûte plus cher aux braves paysans que cette petite châtaigne ! Qui de nous se doute de son véritable prix, lorsque, pour quelques sous, nous rapportons à la maison le sac brûlant du marchand de marrons de nos rues !


pays basque autrefois économie agriculture châtaignes
BATTAGE DES CHÂTAIGNES
ARDECHE D'ANTAN


Il est incontestable que les travaux agricoles ne vont pas sans de réels dangers, sans sacrifices et sans fatigues. Le Basque dit que la femme dont les pieds sont de sel ne doit pas laver. La femme dont les bras sont de coton et les jambes de papier mâché fera bien de se trouver une cachette pour s'y installer une litière. Mais sera-t-elle mieux en ville qu'à la campagne pour rester paresseuse ? J'en doute. La faim a vite fait de découvrir les cachettes de la femme oisive, aussi bien à la ville qu'à la campagne.



Si l'agriculture fait des victimes, ce sont des exceptions. Comptera-t-on, au contraire, le nombre des victimes des ateliers urbains ? N'est-ce pas dans ces ateliers que se perdent les vies ? En ville, la phtisie tient le haut du pavé. En trois générations, cette maîtresse a expédié la famille arrivée des champs, robuste et saine, quelque soixante ans auparavant. C'est une loi de destruction fatale qu'ont révélée l'implacable statistique. En ville, l'anémie épuise la jeune fille et la vieillit à vingt ans ; pauvre jeune fille qui a quitté son village et ses champs pour vivre de la vie des demoiselles et qui en meurt. En ville, les industries malsaines causent d'incurables maladies : nécrose des os, empoisonnements de diverses variétés, tuberculoses. Oh ! si les médecins pouvaient donner d'efficaces ordonnances ! Sont-ce des pilules et des extraits qu'ils feraient prendre à leurs malades citadins ? Ne serait-ce pas tout simplement la clé des champs ? En ville on mange des aliments malsains, on boit des breuvages frelatés ; on respire un air vicié dont nous avons horreur lorsqu'un beau rayon de soleil qui le traverse le rend visible, et nous le montre épais, chargé de poussières et de germes morbides. En ville, la famille se disperse, les enfants vagabondent. On est loin des choses de Dieu, on se prive de beautés idéales, on se sèvre des biens que Dieu a accordés pour le réconfort de la race humaine. Il faut se demander si, en ville, on n'est pas séparé de Dieu lui-même ! Dieu est-il dans nos villes, y ouvre-t-il sous nos yeux, comme il le fait à la campagne, le livre de ses merveilles ? Non, mille fois non. En ville, le livre que l'on feuillette est un mauvais livre, le livre d'une humanité déchue, découronnée. Ne désertons pas les champs. Que notre courte carrière ici-bas s'écoule dans le labeur et dans la paix. Restons où se trouvent notre berceau, notre foyer, notre famille : Bretons en Bretagne, Berrichons dans le Berry, Béarnais en Béarn, Basques dans leur beau pays. Ne nous séparons ni des amis, ni du genre d'existence, ni des travaux auxquels dès l'enfance nous avons été accoutumés. Ce qui a suffi aux pères doit suffire aux enfants. Reprenons faucilles et sarcloirs et nos paniers pour les vendanges. Nos âmes se rasséréneront, nos corps resteront robustes, déchaussons de nos pieds ces souliers trop étroits, brûlons au feu les corsets malfaisants. Et puis, voyant tous les jours, par nos plaines et par nos vallées, les volées de passereaux nourris selon leurs besoins, notre foi sera fortifiée, et nous irons chantant comme eux savent gazouiller."



A suivre...


(Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)



Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 7 000 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!

samedi 28 octobre 2023

LA FEMME AU PAYS BASQUE EN 1896 (quatrième partie)

LA FEMME AU PAYS BASQUE EN 1896.


La place de la femme, dans la société, au Pays Basque, a toujours été très importante.



pays basque autrefois 1900 femme alava
FEMME D'ALAVA
PAYS BASQUE D'ANTAN


Après nous avoir parlé des enfants, des animaux domestiques, des mariages et de la mort, voici 

ce que rapporta au sujet de la femme au Pays Basque, Mme d'Abbadie d'Arrast, épouse 

d'Antoine d'Abbadie d'Arrast, dans la revue bimensuelle La Femme, le 15 janvier 1896 :



"La femme du pays basque (suite).



... En dehors des trois exemples que je viens de citer, peu de femmes se sont fait un nom dans le pays. Le type de la Basquaise reste un type impersonnel. Les personnalités féminines dont nous pourrions esquisser les traits ne sont connues que dans un cercle restreint. Il est difficile de se procurer des informations sur celles qui offrent un peu plus de relief. Deux jeunes filles que nous ne pouvons nous permettre de nommer font preuve d'une intelligence au-dessus de la moyenne. L'une a passé ses examens de licence et va exercer la pharmacie ; l'autre est un peintre d'un talent distingué. Elève de M. Bonnat, elle a exposé ses oeuvres au Palais de l'Industrie. Ses portraits sont d'une bonne peinture, d'un dessin ferme et correct. Du bout de son pinceau, elle a élevé sept frères et soeurs.



Je pourrai parler plus ouvertement d'une élève du Conservatoire qui a débuté à Paris comme cantatrice, Mlle Folzer, de Saint-Jean-Pied-de-Port. Cette artiste avait une belle voix, un physique sympathique. Mais sa carrière artistique a tenu dans un trop court espace pour qu'elle ait eu le temps d'arriver à la célébrité. Atteinte par la phtisie, elle a abandonné le théâtre où elle venait à peine de débuter, elle est rentrée dans sa ville natale et, à vingt-cinq ans, elle a succombé aux ravages de l'implacable maladie. En ce moment, une autre chanteuse, née à Saint-Jean-Pied-de-Port, douée d'une voix remarquable, se fait applaudir à Bordeaux. Les Basques sont naturellement musiciens : la voix est sonore, profonde ; une éducation professionnelle leur ferait acquérir ce qui leur manque, de la justesse et de la souplesse. Avec de l'élude et de la méthode, on retirerait de leurs gosiers des sons rares et exquis. Les antiques chants nationaux, très caractéristiques, graves, mélancoliques, méritent leur réputation. On en a publié quelques recueils ; leur distinction et une incontestable originalité leur ont valu l'honneur d'être reproduits dans un opéra moderne. Une femme éminemment musicienne, qui appartient par le sang et l'éducation à l'aristocratie basque, Mme de la Villehélio, a entrepris une savante annotation des airs populaires dont avait été bercée son enfance. Le génie artistique qui a guidé Mme de la Villehélio dans la composition de son recueil, ses recherches historiques donnent à sa publication une autorité et une valeur hors ligne.



pays basque autrefois femme chanteuse compositrice soule
JULIE ADRIENNE KARRIKABURU ROGER
DITE MME DE VILLEHELIO



Parmi les femmes d'élite du pays, je pourrais citer une négociante dont les aptitudes sont remarquables. Agée de 30 ans quand elle est devenue veuve, elle n'a pas hésité à prendre en mains un négoce étendu. Armements de navires pour l'Amérique, trafic considérable de laines, placements hypothécaires, administration de vastes domaines ; magasin de vente en détail, elle a su tout embrasser, en imprimant à son commerce une telle prospérité qu'elle a fondé une seconde maison qu'elle gère en même temps que la première. Elle est fille d'un marchand. Dès l'enfance elle a été habituée à se tenir auprès de son père pour servir les clients. Elle écrit admirablement bien, parle le français aussi purement que sa langue natale. Du matin au soir elle travaille, règle seule son énorme comptabilité, renouvelle ses contrats, traite des affaires de banque et ne permet à personne de l'aider. Et cette femme si énergique est cependant d'une santé frêle, d'une apparence délicate ; elle a supporté sans faiblir les épreuves de la maternité, elle est mère de sept enfants qu'elle a nourris elle-même. Elle est âgée à présent de 55 ans, et ce n'est que tout récemment qu'elle a consenti à placer son fils aîné à la tête de sa seconde maison de commerce.



Dieu nous garde, par les exemples féminins que nous recherchons parmi les Basques, de surexciter les ambitions ! Ni la paix, ni la sécurité de la conscience ne se trouvent au milieu du tourbillon des affaires, et ce n'est pas vers le grand commerce, avec ses nécessités d'égoïsme et de dureté de coeur, que nous souhaitons voir s'orienter la nouvelle génération de nos soeurs. Trop de responsabilités pèsent sur ceux qui se livrent aux entreprises de ce genre. Le naufrage irrémédiable menace sans trêve qui ose manier des intérêts commerciaux considérables. L'être humain doit se préserver de tels périls, s'il veut conserver intact dans son âme le désintéressement d'un disciple débonnaire du Christ. Retenons seulement de la femme intelligente dont je viens de parler et que je ne nomme pas par respectueuse discrétion, la leçon de virilité qu'elle a donnée, par l'exemple de sa courageuse carrière.



D'ailleurs chez quelque peuple que ce soit, quelque éducation que reçoive la femme, une intelligence aussi étendue, une netteté, une précision d'esprit aussi remarquables resteront à l'état d'exception. Il n'en va pas autrement parmi les hommes, malgré l'incalculable avantage d'une éducation professionnelle que l'on avait jusqu'ici jugée inutile pour la femme. Les hommes capables d'embrasser de vastes transactions commerciales, industrielles ou financières, se comptent. Les imprudents et les incapables qui, sans calculer leurs forces, s'élancent dans la carrière, sont légion. Ils étreignent plus qu'ils ne peuvent embrasser, et au lieu de la fortune et de l'honneur, ils rencontrent sur le chemin la ruine, la honte, la banqueroute.



Dans notre causerie avec les lectrices du journal la Femme, nous préférons en revenir à nos braves montagnardes qu'aucun labeur nécessaire, quelque rude qu'il soit, ne rebute. Elles donnent la preuve de leur courage en prenant leur part dans les travaux qu'exigent deux récoltes spéciales à la contrée : la cueillette de la fougère et la gaulée des châtaignes. Elles y prennent part. Mais elles ne pourraient s'en acquitter à elles seules : elles sentent que cela excéderait leurs forces et que l'aide de l'homme leur est indispensable. Une histoire pittoresque se conte entre Basques pour illustrer la nécessité des secours masculins. Le récit humoristique a pour point de départ un proverbe qui dit : L'homme est toujours homme, même dans le panier. Une belle fille, forte et robuste, avait épousé un jeune homme malingre, vrai petit avorton, petit homme de rien du tout, d'un caractère plus triste encore que de chétive apparence. Il était grincheux, impatient ; rien n'allait selon son goût et il ne laissait à sa femme, par ses éternelles récriminations, ni paix ni trêve. A bout de patience, un jour la femme se dit : "Je ne ferai jamais rien de bon de ce bout d'homme, de ce mauvais hommelet (guizalchar) qui ne mérite même pas le nom d'homme. Tout autant vaut que j'aille le jeter à l'eau." Elle l'enferme dans un panier, le charge sur sa tête et la voilà qui se dirige vers la rivière. Chemin faisant, un gros chien s'élance sur ses pas et se met à aboyer contre elle. Elle se range de côté et se met à s'écrier : "Ciel ! ciel ! que vais-je devenir ?" De son panier, le bout d'homme se prend à demander : "Qu'y a-t-il donc ?" La jeune femme répond : "C'est un énorme chien qui vient après moi et qui veut me dévorer ; crie donc un peu fort pour lui faire peur." Le bout d'homme, malgré qu'il fût si chétif, avait cependant la voix forte, une voix d'homme, et il se met de toutes ses forces à invectiver le chien : "Va te coucher, chien, sors de là, méchant." Cette grosse voix qui s'échappe du panier fait une telle peur au chien que le vilain détale au galop, oreille basse et queue entre les jambes. Alors la femme se dit à part elle : "Il n'est pas si peu de chose que cela, mon pauvre mari, puisqu'il a fait peur au chien. Il vient de nous tirer tous deux d'un très grand danger ; il peut encore m'être utile. Gardons-le. L'homme est toujours homme, même dans un panier. Guizon guizona, saski pettik."



A suivre...



(Source : Madame de Villehelio, mémoire de la musique traditionnelle de Zuberoa (eitb.eus) et Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France)




Merci ami(e) lecteur (lectrice) de m'avoir suivi dans cet article.

Plus de 7 000 autres articles vous attendent dans mon blog :

https://paysbasqueavant.blogspot.com/


N'hésitez pas à vous abonner à mon blog, à la page Facebook et à la chaîne YouTube, c'est gratuit !!!